Après quoi on court
Dana
J’étais chez moi, mangeant du Nutella à la cuillère après avoir été au régime pendant cinq ans, quand mon téléphone a sonné.
C’était Aurélie, une copine de fac qui m’implorait de me lever et m’expliquait que je devais en finir avec mon hibernation post-rupture, sortir, rencontrer d’autres gens.
Je lui ai dit que je n’avais pas envie de cela pour l’instant.
Elle m’a mis devant le fait accompli : elle était en bas de chez moi en voiture et elle passait me prendre pour m’emmener dans un très bon club de jazz de Saint-Germain-des-Prés.
J’ai protesté, dit que je ressemblais à une loque. Elle me laissait dix minutes. J’en ai demandé vingt, suis sortie au bout de quarante.
Aurélie m’a juré que j’étais belle, je l’ai crue à moitié.
Il fallait que je me sorte Michaël de la tête, selon elle ; c’était un lâche incapable de s’engager.
Je n’eus pas la force de la contredire. Je ne savais toujours pas ce qui lui avait pris. Je n’avais pas vraiment cherché à comprendre. Je jugeais que c’était à lui de me recontacter pour s’excuser. Mais il ne l’avait pas fait. Au début, je pensais que, s’il m’appelait, je créerais un rapport de force en faisant semblant d’être énervée pour qu’il comprenne qu’il ne devrait jamais recommencer. Puis, plus le temps passait, plus je me demandais si ce n’était pas moi qui allais l’appeler pour lui demander de revenir.
Devant le club, je vis Aurélie rejoindre deux jeunes garçons. Elle me présenta l’un d’eux comme son nouveau petit ami. Je ne fus pas surprise d’apprendre que l’autre était célibataire. C’était évidemment un guet-apens. Mais il faut bien avouer au regard du cavalier qui m’avait été imposé que c’était un très beau guet-apens.
Julien, puisque c’était son prénom, était très séduisant mais il avait l’attitude de celui qui sait qu’il est attirant. Difficile de compter le nombre de fois où il a relevé son col de chemise, mis la main dans ses cheveux ou regardé ses boutons de manchette.
Il m’a invité à danser. Il draguait comme un papa, allant même jusqu’à me demander si c’était la première fois que je venais ici ou si j’habitais chez mes parents.
Il sentait très fort le parfum, était trop bronzé pour la saison, avait un côté ridicule à force de se regarder dans les miroirs, et pourtant, j’ai passé une belle soirée avec lui.
Il m’a fait rire, fait penser à autre chose. Il m’a fait me sentir belle.
Du coup, quand il m’a proposé de me raccompagner à la fin de la soirée, j’ai dit oui sans beaucoup hésiter.
Évidemment, en arrivant devant chez moi, je m’attendais à ce qu’il m’embrasse.
Il ne l’a pas fait, il m’a juste souhaité une bonne nuit.
Quelques minutes après qu’on s’est séparés, j’ai appelé Aurélie afin de lui demander pourquoi, à son avis, Julien ne m’avait pas embrassé. J’ai compris alors que j’étais en voie d’oublier Michaël.
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