Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 94 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

Je ne remercierais jamais assez ma mère et mon frère pour ces deux extraordinaires semaines de baise à Tel-Aviv. Je sais, ce n’était pas leur objectif. Mais il faut bien avouer que, si leur ambition était de me dégoûter de l’homosexualité, ce n’était pas précisément la ville où il fallait m’envoyer.

Bien sûr, cela n’a pas commencé dans la joie. Mon frère est venu me chercher à l’aéroport, m’a fait monter dans sa voiture cabossée et m’a expliqué à quel point c’était mal de causer un tel mauvais sang à nos parents.

Il m’a dit qu’il m’aimait quand même, que je serais toujours son frère mais m’a demandé de la fermer devant sa femme car il ne lui avait pas expliqué pourquoi, soudainement, il avait accepté de me faire squatter chez eux quinze jours.

Je n’ai pas répondu. J’avais envie de lui expliquer que celui qui causait du mauvais sang à nos parents était plutôt celui qui s’était installé à 4 000 kilomètres d’eux, dans un pays en guerre pour faire un boulot de merde, mais comme je ne voulais pas qu’on se dispute sans savoir où aller après, je me suis tu.

J’ai bien fait. J’ai adoré ce petit séjour. Bien sûr, j’étais content de passer du temps avec mon neveu, qui ne cessait de grandir et ressemblait de plus en plus à mon frère. On regardait des dessins animés le soir ensemble avant qu’il aille se coucher. Je suis devenu incollable sur chaque personnage des Razmoket.

Mais bon, si je devais vraiment vous résumer ces deux semaines, disons que c’est probablement là où j’ai vraiment commencé à m’accepter, à avoir moins peur.

Il y eut les après-midi à la plage du Hilton où je regardais d’athlétiques garçons mater, sans gêne, d’autres athlétiques garçons en me disant que j’adorerais être aussi bien foutu qu’eux. D’autres à la plage « normale » où je croisais des jeunes mecs juifs avec qui j’avais fait des trucs à Paris mais qui, allongés sur leur serviette, à côté de leurs parents ou de leurs petites amies, faisaient semblant de ne pas me reconnaître.

Il y eut ces bosquets où j’offrais mon sexe à des inconnus de tous âges, militaires en uniforme, réfugiés palestiniens ou touristes de passage.

Il y eut ces boîtes de nuit qui comportaient presque toutes des darkrooms ou des backrooms dans lesquelles je vivais avec légèreté et sauvagerie l’instant présent.

Il était loin le temps où je pleurais dans les clubs en regardant Noam. J’étais devenu acteur de ma vie. Tel-Aviv a fait de moi un pédé qui s’assume. Vraiment, merci du voyage !

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