Cours de poétique T1 : Le corps et l'esprit : 1937-1940
Le trille du pianiste
1938-1939
Le trille du pianiste
La conscience n’est pas toujours nécessaire dans les actes les plus difficiles ; elle est même parfois un obstacle. Valéry prend l’exemple du pianiste.
[début manquant] d’exécution, mais prétend soutenir et surveiller et
guider, instant par instant 1. Ce n’est pas inconsciemment qu’un pianiste fait
un « trille » ; mais si le mouvement de chacun de ses doigts est
distinctement conscient à basse fréquence, cette conscience distincte
devient incompatible avec l’accélération 2. De même, tandis que celui qui
dessine d’après un modèle ou une idée nette ne peut le faire que par petits
éléments qui contiennent chacun un peu de regard et un peu d’action, celui
qui trace un trait continu ne peut guère s’attarder. Allez tracer lentement une
droite ou un cercle...
La conscience dans tous ces actes ne peut jouer qu’un rôle indicateur,
exercer peut-être une surveillance discrète ; mais l’acte, une fois amorcé,
doit être abandonné à son développement propre, à peine de défaillance ou
d’inhibition. Ceci est bien remarquable. L’esprit ne doit pas se mêler de
tout, quoiqu’il se soit découvert cette vocation ; et l’on pourrait presque
mesurer l’importance de nos fonctions par leur intolérance à l’égard de la
conscience et des interventions de la connaissance dans leurs affaires. Dans
cet ordre de choses, moins nous en savons, mieux se passent ces choses ;
plus vaguement nous savons ce que nous faisons, plus ce que nous faisons se fait. Dans cette exécution d’acte, les temps d’enchaînement de leurs
phases successives sont exactement ajustés, et les retards sont prohibitifs. Il
faut que le flambeau passe de main en main avant qu’il ne s’éteigne.
Minimum qu’il faut pour les accomplir. Cheval. Mais je reviens à vous.
[suite manquante]
1. NAF 19091, f. 82. Dactylographie avec ajouts autographes.
2. Voir L’Idée fixe (1932, Œ2, p. 226 ; LP2, p. 97) ; « Philosophie de la danse » (1936, Œ1, p. 1401 ; LP2, p. 933).
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