La chance de leur vie
Chapitre 17
« Protégez mes parents », murmure Lester, à genoux, face au mur de sa chambre.
Il se balance d’avant en arrière, les cheveux toujours verts, et tâte, de temps en temps, du bout des doigts, la pellicule de la décalcomanie représentant une morsure de vampire qu’Iris lui a appliqué à la naissance du cou. Deux petits trous écarlates d’où suintent trois gouttes de sang.
« Protégez-les d’eux-mêmes et des autres. Protégez mon père de la tentation et ma mère de l’envie. Faites que la sagesse les embrasse, que votre grâce les touche. Montrez-leur votre lumière. Montre-leur ta lumière. Dieu. Mon amour. Amour. Dieu toi qui es amour. Prends-les sous ton aile et fais qu’ils ne connaissent ni le froid ni la tristesse. Guide-les vers le pardon. Guide-les l’un vers l’autre et non pas loin l’un de l’autre. Fais-leur entendre ta voix sublime, ta voix adorable, comme je l’entends moi-même. Insinue-toi dans leur oreille. Accorde-leur le souffle qui manque à leur cœur. Dieu, mon tendre. Dieu, mon joli. Sois clément avec eux, comme tu l’es avec moi. Comme tu l’es avec tous tes enfants. Protégez mes parents. Protégez-les d’eux-mêmes et des autres. »
Une fois sa prière accomplie, Lester exécute une quarantaine de pompes, puis il se démaquille, se lave les cheveux, sèche son corps menu, presque chétif, se demande si la crise de croissance dont lui a parlé le docteur Ben Ali se déclenchera bientôt. Pour l’instant, il est petit comme sa mère. Deviendra-t-il grand comme son père ? Il se sent écartelé entre eux deux. Il est important que ses parents demeurent proches l’un de l’autre afin que lui-même conserve son intégrité. Jusqu’à présent il n’a jamais eu d’existence autonome, n’en ressent ni la responsabilité, ni le poids, ni le plaisir. S’il se regarde dans un miroir, il ne se voit pas. Il voit son père. Il voit sa mère.
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