La chance de leur vie

Agnes Desarthe · Chapitre 47 sur 47

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La chance de leur vie

Chapitre 47

Durant le vol du retour, Lester, assis entre Hector et Sylvie, serre la main de sa mère chaque fois qu’elle frémit à cause des trous d’air.

« Ne t’inquiète pas, maman, lui dit-il. L’avion est le moyen de transport le plus sûr qui existe.

– Comment le sais-tu ?

– Je l’ai lu dans un livre.

– Bien entendu », fait-elle en souriant avant de fermer les yeux.

Son corps et son esprit sont las, épuisés par les préparatifs nombreux et rapides liés au départ précipité. Tout l’argent qu’avait gagné Hector, grâce au salaire américain deux fois et demi supérieur à celui que lui versait l’université française, est parti dans le remboursement des portables, auquel il a ajouté un dédommagement pour chaque famille. La modification des billets, le convoyage en express des malles ont également eu un prix. Quel gâchis, a remarqué Sylvie. Hector considère, de son côté, qu’il n’y a pas la moindre perte à déplorer. Au contraire. Ses adieux, non plus, ne lui ont pas coûté. Étonnant comme le soulagement l’a emporté sur la tristesse ou les regrets. Il n’est pas certain de comprendre et ne cherche pas à éclaircir. Ce qui lui reste de ses aventures n’est pas, comme il l’aurait cru, l’ardeur de la passion, le feu des embrassements. Il conserve, dans son cœur, comme au premier plan devant tout le reste, la beauté chaleureuse de l’amitié féminine. Un territoire inconnu de lui jusqu’alors, un continent secret sur lequel il aurait débarqué par erreur et qui l’aurait gentiment rejeté, conservant pour toujours sa virginité.

Sylvie sombre dans le sommeil. Parfois, quand elle s’éveille, elle songe à Lauren qui a dû partir seule à Charlotte et procéder à l’accrochage sans son aide. Dick Vintergaärdt n’était pas au vernissage. Une fois de plus, il aura fait faux bond à l’agent de Lauren. Mais tous les légumes ont été achetés par l’épicerie fine Dean & Deluca de Phillips Place Court en prévision d’une vitrine humoristique pour le prochain Halloween. Personne n’a voulu des chaussures. « Je n’ai pas réussi à obtenir plus que deux mille dollars pour l’ensemble, s’est excusée Lauren. Je suis dégoûtée. Mais c’est un bon début, tu ne trouves pas ? Je peux garder le reste pour la prochaine expo ? Tu veux bien ? J’ai plein de projets pour toi. » Sylvie l’a remerciée. C’est la première fois qu’elle gagne autant d’argent. Elle a déjà prévu d’offrir cette somme en cadeau à Zlatan pour l’obtention de son agrégation de lettres. Elle est certaine que la mère de son protégé en aurait été d’accord.

Lester s’endort à son tour. Dans son sommeil, il arrive que ses mains se joignent. Ses doigts s’entrelacent, puis se défont. Chacun de ses doigts, dans les rêves qui le traversent, porte un nom. Zelda, Andy, Nurith, Bethany, Mario, Dylan, Iris, Greg. Seuls ses pouces lui appartiennent encore, Absalom et Absalom.

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