La maison de Bretagne

Marie Sizun · Chapitre 26 sur 44

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La maison de Bretagne

Je suis restée longtemps…

Je suis restée longtemps allongée sur le petit canapé du fond de la pièce, ce drôle de petit canapé 1900 que maman seule a ectionnait. « Cette vieillerie, bougonnait Berthe, dont on devrait bien se débarrasser ! » C’était pourtant Étienne, paraît-il, qui l’avait déniché dans une brocante de Quimper, avec sa lle de sept ans, et la petite l’avait tout de suite adopté. Ça, Anne-Marie me l’avait raconté. Pour elle une vraie aventure dont elle gardait le souvenir. Peut-être avait-elle eu, elle aussi, un faible pour son père ? Elle n’en parlait pourtant presque jamais, de ce père mort si tôt.

Je pensais à tout cela, le petit canapé et le reste, oui, tout ce que j’avais appris de maman par Yvonne. Je rêvais, je voyais, j’écoutais les choses du passé.

Dans la grande pièce vide la présence de ma mère était maintenant presque sensible. Mais c’était une autre Anne-Marie, mystérieuse, insaisissable, et pourtant bizarrement proche que je découvrais. De nouvelles images d’elle me revenaient, que je croyais oubliées, une in exion de voix surprenante, un geste insolite, qui levaient en moi des questions. Si Armelle était là, comme je l’interrogerais ! Elle peut-être en saurait plus que moi sur sa mère. J’allais écrire notre mère : mais non ; la mère d’Armelle et la mienne, ai-je pensé, ce n’était pas forcément la même femme. Et, justement, ma sœur aurait peut-être vu ce à quoi j’avais été aveugle.

Le jour baissait. J’ai pensé avec ennui à la visite du policier. Il tombait on ne peut plus mal. J’aurais voulu rester encore longtemps à penser, dans la pénombre, à ma mère.

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