La maison de Bretagne

Marie Sizun · Chapitre 38 sur 44

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La maison de Bretagne

L’inspecteur Brun est arrivé…

L’inspecteur Brun est arrivé peu après mon retour au boulevard de l’Océan, accompagné d’un gendarme. J’ai précédé les deux hommes dans le couloir. Sur la porte de la petite chambre, l’a chette rouge insolite était en place, attestant qu’il s’était bien passé là quelque chose de grave, qui requérait l’intervention de la justice. Le gendarme, sur un signe du policier, a d’une pichenette fait sauter le plomb du scellé ; puis il a brusquement ouvert la porte, révélant d’un coup l’intérieur de la pièce.

Je m’attendais à revoir la chambre du crime, le sinistre décor du lit sans drap, l’image saisissante du jeune mort allongé ; mais quand le policier eut ouvert la fenêtre, et, repoussant les volets fait entrer la lumière, il n’y avait plus là que la chambre de Berthe, ou plutôt une banale chambre de vacances, claire et innocente. Ce n’était rien d’autre.

« Et voilà, madame Werner ! C’est ni ! », me dit l’inspecteur en souriant.

Il y avait des papiers à signer. Nous sommes allés nous asseoir dans la grande pièce. Ce changement de lieu donnait presque à la chose un air de cérémonie. Un temps, un silence. Comme le policier sortait des feuilles imprimées de sa serviette de cuir sombre, j’ai osé lui demander des nouvelles de la jeune lle arrêtée. Il a eu l’air surpris.

« Mais pourquoi ? », a-t-il fait avec brusquerie

Évidemment il ne pouvait pas comprendre ce que son histoire signi ait pour moi, même s’il avait eu vent des problèmes de ma sœur. Il s’est contenté de me dire, si le cas m’intéressait, que la lle était en préventive, mais qu’elle n’aurait pas très longtemps à attendre le procès, un simple jugement en correctionnelle, sans doute.

« Ainsi va le monde ! », a-t-il conclu étrangement. Et comme s’il en avait déjà trop dit, il a rassemblé ses papiers, et, se levant, m’a tendu la main.

Le gendarme, demeuré debout près de la porte pendant notre entretien, m’a fait un bref salut militaire. Lui ne souriait pas.

Je les ai raccompagnés jusqu’à la rue. En montant dans sa voiture François Brun a levé les yeux vers moi, qui restais sur le seuil en proie à une curieuse émotion. Nos regards se sont croisés. Que représentait-il pour moi, cet homme que je ne reverrais sans doute jamais, et qui avait été, bien involontairement, pendant une semaine, le faiseur de mon histoire ? J’ai souri pour moi-même à la pensée qu’en d’autres temps, peut-être, il m’aurait plu. J’étais décidément en train de changer.

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