La maison de Bretagne
Après cette conversation, le…
Après cette conversation, le visage du jeune mort me revint brutalement en mémoire. Et avec lui, maintenant attaché à jamais, celui de mon père. Ces mêmes cheveux blonds. Cette même folie. Et pour l’un et l’autre une mort prématurée. Accidentelle. Absurde. Albert n’avait pas trente-six ans lorsque sa vie s’était arrêtée sur une route de banlieue, au fond de l’Argentine ? Mais, curieusement, étaient-ce les circonstances, la violence de ce que j’avais appris la veille ? Le chagrin de la disparition de mon père – que j’appelais, un peu par dérision « le chagrin originel » –, ce chagrin traîné toute ma vie, on aurait dit qu’il s’était comme adouci, atténué, relativisé.
Je n’étais plus dans la révolte. Quelque chose s’était passé. J’avais presque oublié le détail des récentes révélations. Tout cela – la découverte d’un passé si longtemps ignoré – qui, naguère, m’aurait si profondément bouleversée, s’était inséré presque naturellement dans l’ensemble de notre histoire. Cette histoire qui, peu à peu, se recomposait, se laissait admettre, n’avait plus le caractère scandaleux que je lui avais donné, m’arrogeant tantôt le titre de victime, tantôt celui de bourreau.
C’était juste une triste et belle histoire. Et c’était la nôtre.
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