Appelez-moi Cassandre

Marcial Gala · Chapitre 33 sur 55

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Appelez-moi Cassandre

« Supplément de service » au milieu de l’Angola...

« Supplément de service » au milieu de l’Angola, ce qui revient à dire « supplément de service » au milieu de nulle part. Carlos me tend une pelle et m’ordonne d’ouvrir un très grand trou puis de le reboucher.

— Mets ton masque à gaz, précise-t-il plus tard, je ferai de toi un homme.

— Laisse-le, Carlos… commence à dire Agustín.

— Mais toi, tu te prends pour qui ? dit Carlos. C’est quoi ce petit jeu ? Celui qui commande cette escouade, c’est moi… Le soldat Raúl Iriarte n’a pas la capacité combative nécessaire pour intégrer cette compagnie et il est de mon devoir de le mettre au diapason, alors tu la fermes ou je t’accuse d’insubordination sur-le-champ… Je veux plus t’entendre, et toi, Raúl Iriarte, vas-y, et maintenant.

J’obéis, je mets le masque à gaz qui me laisse à peine respirer, et j’attrape la pelle d’infanterie.

— Le capitaine m’a demandé d’être particulièrement dur avec toi, me murmure Carlos accroupi près de moi. Je ne sais pas ce que tu lui as fait.

À genoux, j’ouvre un trou dans la terre desséchée et compacte. Les autres soldats me regardent. Il est deux heures de l’après-midi et le soleil est à son apogée.

— Elle est plus jolie que celle que j’ai à la maison, et pourtant elle est en sueur, dit Fermín et tout le monde rit sauf Agustín.

— Oui, mais ici on n’est pas là pour être jolie, dit Carlos en feignant d’être sérieux, ici on vient accomplir son devoir envers la patrie et maintenant nous sommes une unité glorieuse. Qu’est-ce qui arrivera si on vient nous inspecter et qu’on voit le genre d’éléments que nous avons dans l’escouade ?

— C’est pas sa faute, dit Johnny le Rocker d’une voix légèrement plaintive, c’est celle de l’idiot qui a déclaré apte au service ce petit soldat de plomb.

Je creuse sans les regarder. Leurs mots me glissent dessus et ne m’atteignent pas, je creuse un très grand trou, je pourrais presque sortir par ce trou de l’autre côté de la Terre. Athéna m’aide. Je creuse la tombe où mon corps sera enterré quand le capitaine me tuera. Je le creuse avec le soin de celui qui sculpte une maison aux portes de chêne et aux jardins invisibles. Je creuse ma propre tombe et Athéna creuse avec moi, je la vois soulever la terre et la poser à côté de moi avec un sourire sur son visage parfait et vide comme un masque de bronze.

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