Appelez-moi Cassandre

Marcial Gala · Chapitre 37 sur 55

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Appelez-moi Cassandre

Je regarde la mer qui s’étend au loin...

Je regarde la mer qui s’étend au loin, la mer de Cienfuegos si calme qu’on dirait un dessin. Dans l’un des appartements de l’immeuble, quelqu’un chante une chanson qui, plus qu’une musique, semble un gémissement, une mélopée qui m’a sorti du lit et assis sur le balcon pour contempler les Caraïbes et réfléchir. Je pars en Angola, je viens d’avoir dix-huit ans et c’est ma dernière permission avant le voyage, une permission spéciale qu’on m’a donnée pour que je réfléchisse :

 

— Si tu changes d’avis, personne ne va t’accuser de lâcheté… C’est que tu es vraiment petit, presque minuscule, m’a dit le lieutenant Bermúdez, un conseiller politique de l’UNITA durant mes classes, avant de me donner une permission pour passer une dernière semaine à Cienfuegos.

— Je pars, je n’ai pas peur, dis-je à peine dans un murmure.

Personne n’échappe à son destin. Celle qui chante au troisième, c’est María, son mari l’a quittée et elle est très triste. La puerta se cerró detrás de ti, y nunca más volviste a aparecer (La porte s’est refermée derrière toi, et plus jamais tu n’es réapparu), braille-t-elle. Elle va s’immoler par le feu, presque une coutume chez les Cubaines, ô Zeus père, il suffit d’alcool, d’une allumette et d’une grande tristesse. María passera à l’acte quand je serai en Angola. Elle ne mourra pas, elle sera défigurée à jamais, elle a vingt-trois ans et chante pleine de tristesse, très fort, pour tous les habitants de l’immeuble, peut-être même le quartier de Pastorita, ce qui est paradoxal, quand on sait que son mari la frappait violemment au visage, sur tout le corps ; c’est ce que subissait ma mère.

Moi, je la défendais, ma mère.

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