Bain de lune (Sabine Wespieser, 11 septembre)

Yanick Lahens · Chapitre 45 sur 46

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Bain de lune (Sabine Wespieser, 11 septembre)

Chapitre 42

42

 

LE SOLEIL AVAIT DÉJÀ DÉFAIT les derniers lambeaux de nuages quand Abner vit un étrange cortège venant de Pointe Sable arriver du côté nord de la plage d’Anse Bleue. Le cri de sa mère Philomène déchira l’air, mit le ciel en lambeaux... Dieudonné, beuglant sa douleur, la soutenait comme il pouvait. Abner se sentit bien seul. Seul. Désespéré. Il attendit un moment et déglutit malgré lui. Ses lèvres se mirent à trembler et sa vue se troubla. Il sentit qu’il avait envie de pleurer et lutta contre cette envie en se frottant les yeux d’un geste rapide dans le repli de son coude. Il alla au-devant du cortège. Nous l’avons vu partir et nous l’avons suivi. Il a saisi son portable et composé le numéro du commissariat de Roseaux. Pour la première fois, des hommes de l’ordre et de la justice fouleraient la terre d’Anse Bleue.

Après leur avoir parlé, il nous dit qu’il avait retrouvé ce courage dont il pensait qu’il l’avait abandonné pour toujours. Il pensa à la récolte qui serait plus généreuse cette année grâce aux travaux d’irrigation de Jean-Paul et de François, grâce à la construction du dispensaire des pentecôtes qui s’achevait, grâce à la coopérative qui s’était mise en place. Tout cela lui mit un peu de clémence au cœur. L’espace de quelques secondes. Rien que quelques secondes. Il ne renonçait pas... Il avançait. Il en tituba presque.

Alors, nous avons suivi Abner, tellement à son aise dans les bayahondes qui brouillaient la route devant nous. La route de demain. Ces halliers où nous ne voyions s’ouvrir aucune issue. Contrairement à nous, Abner, d’une machette invisible, semblait arracher les broussailles et avançait. Nous avons réglé notre pas sur le sien.

 

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