Chroniques du dimanche, tome 1

Chronique 1 · Chapitre 11 sur 76

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Chroniques du dimanche, tome 1

Le Salon de la catastrophe

Le 24 janvier 1999

 

Le Salon de la catastrophe

 

C her André Tétrault, président de la Régie des installations olympiques,

Premièrement, j’aimerais, en tant qu’humoriste, vous remercier du

fond du cœur pour le Stade olympique. Grâce à lui, on n’est jamais à court de matériel (ce qui n’est pas le cas de votre toit qui, lui, commence à manquer de matériel !) Jamais un bâtiment n’a inspiré autant de blagues. En voici quelques exemples : « Savez-vous pourquoi le Stade olympique a plein de patches ? C’est parce qu’il a été payé par des fumeurs ! » « Quelle est la différence entre le Stade olympique et Lynda Lemay ? Il n’y en a pas, les deux doivent se remettre d’une déchirure ! » « Quelle est la différence entre le Titanic et le toit du Stade olympique ? Il n’y en a pas, les deux coulent ! » « Quand on y pense bien, c’est quand même pratique, grâce à ses panneaux en téflon, le Stade olympique est le seul stade au monde sur lequel on peut faire cuire une omelette qui ne colle pas ! » « Le Stade olympique est à l’image des Expos. Toujours en reconstruction ! » Et on pourrait continuer comme ça jusqu’à la chute d’une prochaine tuile.

Mais pendant que nous, les comiques, on rit, vous, la ministre et le premier ministre, pleurez. Et le peuple paie. Cela me touche beaucoup. Je crois même qu’il est de mon devoir d’arrêter de blaguer et de vous aider. Nous avons assez ri. Voilà pourquoi je vous offre, aujourd’hui, gratuitement, la solution à tous vos problèmes.

Il faut, avant toute chose, que vous cessiez immédiatement les travaux visant à réparer les fissures du Stade. Laissez ça comme ça ! Ne touchez à rien ! C’est parfait de même ! Il ne faut plus corriger les vices de votre bâtiment, il faut les exploiter. Si les Italiens avaient redressé la tour de Pise, personne n’irait la voir. Depuis 23 ans, le Stade ne cesse de se démantibuler. Il est le seul stade au monde à se décomposer ainsi. C’est exceptionnel !

Avec un toit résistant, le Stade olympique serait un stade comme tous les autres. Avec son toit en gruyère, le Stade olympique est une œuvre d’art. Nous avons la chance d’avoir, à Montréal, la première ruine du XX e siècle. Et si on ajoute Mirabel et le vieux Forum, le Québec pourrait facilement devenir la Grèce du troisième millénaire !

Il faut donc rentabiliser le Stade en lui trouvant une vocation qui corresponde à sa construction périlleuse. Voilà pourquoi je propose qu’on y organise, en permanence, le Salon de la catastrophe. Les foules vont accourir. Il n’y a rien que les gens aiment plus que les catastrophes. Tout le monde ralentit devant un accident. C’est plus fort que nous. On aime le désastre. TVA et TQS battent des records de cotes d’écoute avec leurs émissions catastrophiques (là je ne parle pas de Taillefer et fille et de Box-Office, mais bien de Catastrophes et de Caméra Choc). Le Stade olympique deviendrait le musée des malheurs de l’humanité. On y retrouverait un échantillonnage de souvenirs des plus grandes catastrophes. Par exemple :

Un morceau de l’iceberg sur lequel le Titanic s’est fracassé.

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Une ligne de pylônes brisés lors de la crise du verglas.

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Un verre du Kool-Aid bu à Jonestown.

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Un chien à trois têtes de Tchernobyl.

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La petite maison de Chicoutimi (soit dit en passant, si vous décidez quand

même de réparer le Stade, essayez donc de retrouver les plans du gars qui a

bâti cette maison. Lui, il savait construire solide)

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Un ordinateur avec le bogue de l’an 2000.

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Une bouteille de nouveau Coke.

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Un tramway écrasé lors du tremblement de terre de San Francisco.

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Une cabine bossée du funiculaire de Québec.

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Une branche du sapin de Chapais.

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Un épisode de La Montagne du Hollandais.

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OceanofPDF.com

L’allumette dont Néron s’est servi pour brûler Rome.

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Le cigare dont Bill Clinton s’est servi pour allumer Monica. Le virus de la

grippe espagnole.

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La Constitution du Canada.

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Le dernier album de Lara Fabian.

Et bien sûr, chaque nouveau morceau qui tomberait du toit du Stade s’ajouterait à la collection. En plus, nous pouvons compter sur nos gouvernements pour que d’autres catastrophes surviennent, et ainsi renouveler constamment le stock de l’exposition.

Les Expos, quant à eux, pourraient continuer à jouer au Stade car leur jeu et leur organisation sont deux grandes catastrophes ! Ils ne jureraient donc pas dans la nouvelle thématique des lieux.

Le porte-parole du Salon de la catastrophe serait Steve Flanagan et les commanditaires seraient Swissair, la TWA, NovaBus et Birdair.

Voilà, monsieur le président, la balle est dans votre camp. Ou plutôt dans votre trou.

J’espère, cher M. Tétrault, que ce projet vous a redonné espoir en votre stade. Il est temps que les catastrophes profitent à ceux qui les créent et pas seulement à RDI ! Cessez donc d’être un bouche-trou.

Au plaisir de vous voir au Salon de la catastrophe. Ce sera facile de me reconnaître, j’aurai un casque sur la tête.

 

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