Chroniques du dimanche, tome 1

Chronique 1 · Chapitre 31 sur 76

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Chroniques du dimanche, tome 1

Cachez ce faux sein...

Le 14 janvier 2001

 

Cachez ce faux sein...

 

M esdames et mesdemoiselles, il faut que l’on se parle.Dans les yeux. Parce que ça n’a plus de bon sens. Vous êtes en train de perdre la boule. Ou plutôt, le contraire. Vous voulez vous faire poser des implants mammaires. C’est plus qu’une mode. C’est vital. Une question de santé mentale. Une femme, en 2001, ne peut pas être heureuse si elle en a pas. Le bonheur est dans les gros seins ! Tout le monde court chez le docteur ! Je voudrais voir mammaire ! C’est le festival de Seins-Tits. Une nouvelle religion à la gloire des lolos. Notre paire qui êtes aux cieux !

Avant, lorsqu’une employée voulait une augmentation, elle allait voir son patron. Maintenant, elle va voir son plasticien. C’est à lui qu’elle dit : « Augmentez-moi ! Augmentez-moi ! » Après ça, elle va voir son boss. Et son boss voit ses bosses. Ce n’est plus le système D. C’est le système DD. Poitrines Power ! Raging Boules !

Minute bébé papillon ! Ça va faire ! Bien sûr, belles dames, vous avez le droit de faire ce que vous voulez avec votre corps. Ce n’est pas de nos affaires. Mais si vous faites ça, à cause de nous, les hommes, alors là, permettez-moi de dire « wô » ! Franchement ! Pour qui nous prenez-vous ? Vous croyez vraiment que nous sommes si obsédés par les seins ? Que nous perdons tous nos moyens devant un chandail bien étiré ? Que la simple vue d’un décolleté plongeant nous donne le vertige ? Que nous tombons sous hypnose devant toutes formes voluptueuses ? Que le nichon nous rend cornichons ?

Voyons donc... Voyons donc... Voyons donc... Bon, d’accord ! C’est vrai. C’est tout vrai ! On a un petit faible pour les seins. Même un gros faible. On en perd notre latin. C’est pas de notre faute. C’est comme ça. C’est inné. Moi, j’avais 5 ans. J’étais innocent. Pis j’ai vu Jinny à la télé. Dans son petit costume des mille et une nuits. Et ça m’a fait un effet. Je ne sais pas pourquoi mais je regardais moins Jinny dans les yeux que Fanfreluche. J’avais juste 5 ans et ma vue baissait déjà ! Qu’est-ce que vous voulez ! ? C’est beau. C’est joli. C’est doux. C’est rond. C’est comme un fruit. De la passion. Et puis c’est juste devant votre cœur. Comment ne pas vouloir y toucher, au moins du regard ?

Mais c’est à vous qu’on veut toucher ! Pas à Rob-o-cop ! Pas à des prothèses de la NASA. Vous ne comprenez pas. Oui, nous les hommes, on aime les seins, mais on aime les seins comme les amateurs d’art aiment les tableaux. On n’aime pas les faux. On aime les vrais. Et chacun a sa beauté. Et chacun a sa valeur. Les plus petits totons seront toujours plus mignons que les melons en silicone de Pamela Anderson. C’est sûr que dans les bars, les boys vont toujours se retourner plus vite devant une paire plus présente. Qu’elle soit réelle ou virtuelle. Que voulez-vous, vous le savez maintenant, notre vue commence à baisser à 5 ans. Alors, quand ils sont plus volumineux, ça nous aide. On les voit mieux. Mais ça ne veut pas dire qu’on les préfère. Au contraire. Surtout s’ils ont l’air durs comme un casque de football. Surtout s’ils n’ont plus la texture de votre peau.

Vous, vous aimez les fleurs. Mais si, à la Saint-Valentin, votre chum vous envoyait des fleurs en plastique, seriez-vous contente ? Je suis sûr que vous préférez un petit bouquet de fleurs naturelles à un gros bouquet de fleurs de clowns ! C’est la même chose, pour nous.

Alors cachez ce faux sein, que je ne saurai voir. Et gardez vos seins comme ils sont. Dévoilez-les un peu, si ça vous chante. Mais pas trop. À peine. Car, si on les vénère tellement, c’est d’abord et avant tout parce qu’on sait que pour les voir totalement, il faut être spécial à vos yeux. Il faut avoir une place dans ce qu’il y a en dessous. Dans votre cœur. Bien sûr, le jour où les Québécoises feront comme les filles de St-Tropez, et se promèneront en poitrine toute la journée, le côté mythique des seins disparaîtra. Ce ne seront plus des boules à mythe. Mais à moins trente avec le facteur vent, ce n’est pas demain la veille que les seins perdront, ici, leur statut de fruits défendus, de doux privilèges.

J’espère que je me suis bien fait comprendre. C’est un sujet tellement délicat. Je suis tout rouge pendant que j’écris. Vous faites ce que vous voulez, bien sûr. Mais je veux juste vous dire, mesdames et mesdemoiselles, qu’on vous aime comme vous êtes. Ne touchez à rien. Laissez-nous le faire !

Vous avez tort d’essayer de vous servir de vos seins comme appât. Car en faisant cela, vous ne pêcherez que des maquereaux. Que vous ayez des gros seins, des petits seins, des moyens seins, ce n’est pas avec ça que vous attirerez le gars. Le bon. Le vrai. Celui qui vous aimera. Non, c’est plutôt avec la petite étincelle que vous avez au fond des yeux. Et cette petite étincelle là, aucun chirurgien plastique ne peut la grossir. Ne peut la rendre plus apparente. Il n’y a que l’amour qui sait faire ça.

Je vous embrasse. Sur la joue.

 

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