Chroniques du dimanche, tome 1
Lettre aux habitants des pays étrangers
Le 16 avril 2000
Lettre aux habitants des pays étrangers
C hers habitants des pays étrangers, Je suis citoyen canadien et je vous écris parce que si vous avez déjà
reçu la visite de notre premier ministre, Jean Chrétien, il est très
important que vous sachiez une chose : nous ne sommes pas tous comme ça ! Ne l’oubliez jamais ! Monsieur Chrétien a beau être notre représentant sur la scène internationale, il ne représente pas vraiment ce que sont les Canadiens. En tout cas pas moi !
Quand vous l’avez vu arriver chez vous, la première fois, vous avez dû avoir un choc. Nous, après 30 ans, on est habitués. Mais la première fois, ça frappe. Lorsque notre premier ministre débarque de l’avion, la couette au vent, ce n’est pas Ricky Martin ! Non, monsieur ! Après avoir repris vos sens, vous vous êtes dit, qu’à bien y penser, c’est plutôt bon signe, que le Canada doit être un pays très mature, pour élire un leader non pas en fonction de son apparence, de son image, mais en fonction de ses idées, de sa vision. Ça, c’était avant que vous l’entendiez s’exprimer. Si vous parlez français ou anglais, au troisième mot prononcé par M. Chrétien, vous avez tout de suite cru à une farce, à un canular. Cet homme ne peut pas être chef d’État. Votre président s’est trompé et au lieu d’accueillir le premier ministre du Canada, il a accueilli son garde du corps. Le vrai premier ministre ne doit pas être loin derrière. Mais en réalisant qu’il n’y a personne derrière, vous comprenez que ce type est bel et bien le premier ministre du Canada. Pauvre Canada !
Bien sûr, si vous ne parlez ni français ni anglais, cela vous a pris un peu plus de temps avant de constater l’ampleur des dégâts. Parce que le traducteur du pays hôte a toujours besoin de quelques minutes pour s’ajuster. Non, mais mettez-vous à la place du pauvre traducteur syrien qui doit traduire les propos de Jean Chrétien ! Nous, on parle sa langue et on ne comprend qu’un mot sur quatre. Comment dit-on en syrien : « Merci de m’avoir fait venir dedans votre place. Que voulez-vous ? » Le traducteur cherche encore.
En écoutant son discours, vous vous dites que si l’homme le plus important du Canada s’exprime ainsi, ça doit être beau les autres ! Qu’au Canada, Rambo doit avoir l’air de Bernard Pivot. C’est justement pour ça que je vous écris. Personne au Canada ne parle comme notre premier ministre. À part peut-être Dave Hilton. Mais lui, il a une bonne excuse, il est boxeur et il a reçu plusieurs coups sur la tête. Tandis que notre premier ministre n’a jamais reçu de coups. Il en donne. Mais ça, c’est une autre histoire. Trop longue à raconter. Tout ce que vous devez savoir, c’est que si jamais vous le croisez durant sa visite officielle dans votre pays, ne vous mettez pas au travers de sa route, surtout si vous portez une tuque !
Je tiens aussi à préciser que les opinions émises par M. Chrétien lors de ses voyages diplomatiques n’engagent pas tous les Canadiens. Ça ne l’engage même pas lui. Il dit n’importe quoi. C’est son style. Chez nous, on aime ça. On aime beaucoup les comiques, chez nous. Mais chez vous, on comprend que ça fasse des vagues. Cinq minutes après avoir débarqué au Moyen-Orient, notre premier ministre avait déjà insulté les Juifs, les Arabes et les Palestiniens. Le tour du chapeau ! C’est quelque chose ! Piment fort ne serait pas capable de faire mieux ! Que voulez-vous, notre premier ministre a de la misère à dire ce qu’il pense, mais il a encore plus de difficulté à penser ce qu’il dit.
Ça peut vous paraître étrange qu’un chef d’État réponde aux Palestiniens lui reprochant de ne pas aller à Jérusalem-Est : « Que voulez-vous, je sais même pas où je chus, au nord, au sud, à l’ouest ou à l’est ? » Nous, on est habitués à son humour de vieux mononcle. Au pays, ça va. À l’étranger, c’est plus gênant. Jean Chrétien est comme un pot de Cheez Whiz. Entre nous, ça fait l’affaire. Mais on ne le sort pas devant la visite !
Un politicien canadien que vous ne connaissez pas, Preston Manning, (et on espère que vous ne le connaîtrez jamais, il n’est pas mieux !) a d’ailleurs déclaré cette semaine en Chambre que lorsque notre premier ministre se rend dans des pays étrangers, il ne devrait s’en tenir qu’à des déclarations au sujet de la météo. Point à la ligne. Je trouve cela encore extrêmement dangereux. Imaginez si M. Chrétien débarque en Russie, en passant cette remarque : « Fais ben frette dans votre maudit pays ! » Poutine risque de ne pas la digérer. Et si arrivant en Afrique, il déclare : « Fais chaud, ça pue pis on est ben ! » Les relations diplomatiques afro-canadiennes vont devenir affreuses. Non, lorsque Jean Chrétien se rend en visite officielle dans un autre pays, il ne devrait pas parler du tout. Pas un mot. Il devrait juste serrer des mains. Sans rien dire. Sans émettre la moindre opinion. Comme il le fait en campagne électorale au Canada. Ça marche. On l’élit !
En résumé, il est important, chers habitants des pays étrangers que vous reteniez trois choses de cette missive. Tous les Canadiens ne ressemblent pas à Jean Chrétien. Tous les Canadiens ne s’expriment pas comme Jean Chrétien. Tous les Canadiens ne pensent pas comme Jean Chrétien. Notre représentant n’est pas représentatif de notre peuple. Nous ne sommes d’ailleurs pas le seul pays aux prises avec ce problème. Est-ce que tous les Irakiens sont des despotes comme Saddam Hussein ? Non. Est-ce que tous les Américains sont des obsédés sexuels comme Bill Clinton ? Oui. Ça, ce n’est pas un bon exemple.
En tout cas, nous, les Canadiens, nous ne sommes pas comme Jean Chrétien. Et si jamais on va dans votre pays, vous allez vous en rendre compte rapidement. On n’est vraiment pas comme lui. On est pire !
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