Chroniques du dimanche, tome 1
La main de Louis
Le 20 octobre 2002
La main de Louis
Extrait du journal intime de la reine Élisabeth :
Lundi, 14 octobre 2002
e n’arrive pas à m’endormir. Je suis troublée. Bouleversée. Aujourd’hui, il m’est arrivé quelque chose de merveilleux. De wonderful. Une main
d’homme m’a touchée. Une main d’homme s’est posée sur mon épaule. J’ai chaud juste d’y penser.
Ça fait 50 ans que je suis reine. Cinquante ans que les gens se tiennent loin de moi. Cinquante ans que je ne fais qu’envoyer des tatas à distance. Parfois, le peuple me serre le gant. Du bout des doigts. Mais jamais personne ne s’approche trop près. Jamais personne ne me colle. Comme si j’avais la lèpre. Même mon mari marche derrière moi. Et il n’en profite même pas pour me regarder l’arrière-train. Je suis seule. Trop seule.
Et voilà qu’au cours d’une réception donnée par les colons canadiens, quelqu’un enfin a osé. Quelqu’un a pété ma bulle. Le beau Louis. What a man !
Il est venu vers moi et m’a gentiment demandé, avec son charmant petit accent québécois, si j’acceptais de poser en sa compagnie. J’ai dit yes. Il s’est placé à mes côtés comme le font tous mes sujets. J’ai fait mon petit sourire de 20 dollars. Comme d’habitude. Et soudain, j’ai senti des doigts sur mon manteau vert. My god ! Mon sourire s’est élargi. Comme sur les billets de 1000 dollars ! J’aurais voulu que la photo dure des heures. Malheureusement, Louis m’a remerciée et il est retourné vers sa femme. Et moi, je suis restée seule. Comme toujours. Mais la sensation de sa main était encore là sur mon épaule. Sa belle main d’homme. Sa main d’athlète. Sa main de bûcheron.
Louis, si tu savais jusqu’où tu m’as touchée. En plein sur le cœur. Ce cœur si froid depuis tant d’années, tu l’as réchauffé. Pourquoi faut-il que je m’en aille demain ? Pourquoi faut-il que notre rencontre ait eu lieu le dernier jour de cette longue et plate visite au Canada ? Je me suis tellement ennuyée durant les parties de hockey et les parades de chevaux, assise à côté de l’hypocrite John Manley et du rustre Jean Chrétien. Il est gentil, mais il n’a pas grand classe. J’avais tellement hâte de m’en aller. Mais maintenant, j’ai le goût de rester. De partir à bicyclette avec toi, le long du canal de Lachine. De prendre plein de photos de nous deux. Ta main sur mon épaule. Ta main autour de ma taille. Ta main encore plus bas. Ta main sur mon trône ! Ouf ! J’en peux pus !
God save the Queen but Louis save the woman ! Car je suis une femme. Pas juste un symbole. Ça fait 50 ans que je sers mon pays, il est temps maintenant qu’un homme me serre ! Bien sûr, il y a Philip. Mais ce n’est pas le roi du matelas. Il n’aime pas ça. Tandis que moi, j’ai envie de vivre les folles passions que ma bru Diana a vécues. Tant qu’à être un symbole, je veux être un sex-symbol. Tu as compris tout ça toi, Louis. Tu as senti mon besoin de contacts humains. Et tu as eu cet élan vers mon corps. Tu n’as même pas pensé au protocole, tellement l’impulsion était forte en toi. Au risque de ta vie, tu m’as prise. Je ne l’oublierai jamais.
Je vais rentrer, demain. I have to do it. Car c’est mon devoir de souveraine. Je dois retourner régner sur l’Angleterre. J’ai des tabloïds à remplir. Il faut que tu le comprennes, mon beau Louis. Il faut que je le comprenne aussi. Ce n’était qu’une aventure. Le temps d’un flash. Mais quel beau flash !
Avant de prendre l’avion, je vais envoyer mes dames de compagnie faire quelques achats. Et cet hiver, dans mon palais, quand je m’ennuierai trop de toi, je vais m’habiller en Louis Garneau. De la tête aux pieds. Je vais mettre le maillot Fly Gurlz femme Louis Garneau, le cuissard Ergo Sensor femme Louis Garneau. Je vais remplacer mon chapeau bleu poudre par un casque T-Bone vert fluo Louis Garneau. Et je me caresserai l’épaule avec des gants LG-Spot Louis Garneau. My gosh ! J’en tremble juste d’y penser.
Ah mon beau cycliste, je voudrais tant être ton guidon et que ta main me serre pour aller plus haut !
So long Canada ! So long Louis ! I miss you déjà.
My heart will go on...
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