Chroniques du dimanche, tome 1
Un pays à deux étages
Ç a dure depuis toujours. Et on dirait bien que ça ne se terminera jamais. Non, je ne parle pas de Broue. Je parle du conflit israélo-palestinien. Pourtant, en 1993, ils s’étaient donné la main. Et on leur avait donné le prix Nobel de la paix. C’était censé être fini. Il y a eu des milliers de morts depuis. Mais ils ont gardé leur prix quand même.
Ça paraît bien sur le foyer.
À chaque fois qu’ils s’entendent pour faire la trêve, il y a au moins trois attentats le lendemain. Ça fait tellement partie de nos vies, qu’on y est habitués.
Le nombre de victimes au Proche-Orient, c’est comme la météo, on l’entend à tous les jours. On l’entend même tellement, qu’on ne l’entend plus. Pour nous, c’est devenu une particularité régionale. À Miami, y fait chaud, à Londres, il pleut, à St-Tropez, on bronze les seins nus, et à Jérusalem, on se tue. C’est comme ça.
Comment changer ça ? Le problème n’est pas évident. Il y a un territoire et deux peuples qui veulent l’avoir. Vous direz, on n’a qu’à séparer le pays en deux. Et que chaque peuple habite sa moitié. C’est ce qu’on essaie de faire. Et ça ne marche pas. Chacun des peuples veut le terrain au complet. Et chacun des peuples dit que ça lui appartient.
C’est le syndrome de la place de stationnement. Vous arrivez au centre commercial pour compléter les emplettes des Fêtes. C’est bondé. Le parking est rempli. Soudain, vous apercevez une place juste devant les portes des magasins. Vous venez pour y glisser votre Taurus verte. Une Miata rouge vous bloque le chemin. Lui aussi a vu la place. Vous baissez votre vitre et vous dites : « Je m’excuse, mais je l’ai vue avant toi ». Et le propriétaire de la Miata baisse la sienne en disant : « Non, c’est moi qui l’a vue avant ». Vous lui faites un doigt d’honneur et vous décidez de vous stationner là quand même. Il décide la même chose. Et vous vous rentrez dedans. Et vous recommencez. Et vous vous rentrez dedans encore. Et vous vous rentrez dedans durant 60 ans. C’est ça le conflit israélo-palestinien.
Même si un intermédiaire arrive en voulant diviser la place de stationnement en deux, ça ne règle rien. On ne peut pas stationner deux voitures dans une seule place de stationnement. Quoiqu’à force de se rentrer dedans, les deux voitures finiront peut-être, un jour, par pouvoir y entrer toutes les deux. À force de se tuer, il n’y aura peut-être plus, un jour, assez de gens pour occuper ce pays tant désiré.
Je sais bien que mes lecteurs palestiniens ne seront pas tout à fait d’accord avec mon exemple de place de stationnement.
Ils diront que leur Miata était déjà garée à cet endroit. Et que la Taurus est arrivée avec une remorqueuse de l’ONU pour enlever leur Miata de là, et s’y stationner. Tandis que les lecteurs juifs prétendront que cette place était réservée à leur Taurus depuis Les dix commandements.
Mais le problème reste le même. Deux chars qui veulent le même parking. Deux peuples qui veulent le même pays.
Bien sûr, on pourrait faire d’Israël et de la Palestine, un pays à garde partagée. Une semaine, les Palestiniens l’occupent. Une autre semaine, ce sont les Israéliens. Vous direz que c’est difficilement réalisable. Mais les solutions proposées par tous les diplomates depuis 60 ans ont l’air de l’être autant.
Voilà pourquoi, je me permets de proposer mon plan de paix pour le Proche-Orient. La création d’un pays à deux étages. Un pays duplex. Les deux peuples auront tout le territoire au complet, mais à deux niveaux différents. Pas de chicane dans ma cabane. On construit un pays par-dessus le pays. Pour déterminer qui prend le haut, qui prend le bas, on fait comme avec les enfants qui ont un lit superposé dans leur chambre. On tire au sort. Admettons que ce sont les Palestiniens qui habitent le bas et les Juifs le haut. Tout le monde est content. Tout le monde est sur la même Terre sacrée. C’est juste qu’il y en a un qui doit faire attention de ne pas tomber en bas.
Il risque d’y avoir encore quelques engueulades, quand les Palestiniens vont trouver que les Juifs marchent trop fort. Ou quand les Juifs ne pourront pas dormir à cause de la musique arabe. Mais ça, c’est la vie. Au moins, les deux seront chez eux.
Et si jamais un troisième peuple revendique ce territoire, on pourra toujours creuser une cave en dessous du pays. Après tout, la gang de ben Laden a l’air d’aimer ça les souterrains.
Un pays à deux étages, fallait y penser. C’est fait. J’attends mon prix Nobel de la paix. Il ne reste qu’à faire les plans. À appeler Bombardier.
Je ne vois pas d’autre solution. Ou plutôt, si. Il y en a une autre. Une seule autre. C’est que Juifs et Palestiniens réalisent qu’au fond, ils sont le même peuple. Le peuple des humains. Que Yahvé et Allah, c’est comme Francis Martin et James K. Field. C’est la même personne. Le même Dieu. Un même peuple. Un même pays. Et le problème est réglé. Et on cesse de se tuer.
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