Chroniques du dimanche, tome 1
La dalaï-Sheila
Le 28 septembre 2003
La dalaï-Sheila
M esdames et messieurs, un nouveau Dalaï-Lama est né : Sheila Copps. Cette semaine, cette femme a, par son exemple, tracé un nouveau chemin, une nouvelle voie vers le bonheur total, le nirvana. Le week-end dernier, Paul Martin l’a complètement écrasée.
À la course au leadership du parti libéral, 90 % des délégués choisis sont pro-Martin, seulement 10 % sont pro-Copps. Un massacre. Tout le monde aurait compris le message. Tout le monde se serait élégamment retiré. C’est fini, c’est fini. Pas Sheila. Sheila est apparue le sourire aux lèvres, comme si de rien n’était. Et même si elle a déjà perdu, elle continue. Incroyable.
Yogi Berra a dit : « Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini ». Sheila va plus loin : « Ce n’est pas fini même quand c’est fini ».
Comprenons-nous bien, Sheila n’est pas héroïque parce qu’elle ne lâche pas. Elle ne peut pas ne pas lâcher, elle a été lâchée. Elle n’a plus rien pour s’agripper. Les jeux sont faits. Elle est au fond du trou.
Si les Expos perdent 9 à 1 en neuvième, ils peuvent ne pas lâcher et toujours espérer gagner le match. Mais dans le cas de Sheila, le match est fini. Le score final est 9 à 1 pour Martin. Ça ne changera pas. C’est réglé. C’est officiel. Même si Sheila offrait son corps à chacun des délégués, ils n’ont pas le droit de changer d’idée. C’est 9 à 1, et ça va le rester. The game is over. Les joueurs sont dans leur douche. Youppi est sorti de son costume. Mais Sheila reste là avec son bâton sur l’épaule. Sheila se fout du résultat. Sheila reste là. C’est ça, l’innovation philosophique. Continuer même quand c’est fini. C’est fort.
La pensée occidentale, c’est de ne pas lâcher tant que l’on a une chance. Et si on finit par perdre, eh bien, on accepte la défaite. La pensée sheilaïque, c’est de ne pas tenir compte de la défaite.
Tous les conseillers libéraux lui ont dit cette semaine : « Sheila, retire-toi, c’est fini, t’as perdu ». Sheila leur a répondu qu’elle s’en fout. Génial !
Nous qui avions toujours pensé que tout était basé sur le résultat, Sheila nous montre qu’on peut s’en balancer. C’est le chemin qui compte, pas le but. Et Sheila continue le chemin vers le congrès. Quelle leçon de bonheur !
Notre vie, basée sur le rendement, la performance, les bonis, les objectifs à atteindre, est complètement remise en question par cette nouvelle doctrine. Le bonheur n’est pas dans le résultat. Le bonheur, c’est de rester là.
Imaginez si, à la fin d’un match, l’équipe qui a perdu était aussi contente que celle qui a gagné. Si elle sautait dans les airs et se tapait les fesses et qu’elle continuait à jouer pour le plaisir. Imaginez combien ça déstabiliserait l’équipe gagnante. Elle se demanderait si elle n’a pas gagné pour rien.
Cette semaine, Paul Martin a beau être devenu le nouveau premier ministre du Canada, on n’a parlé que de Sheila. Pas folle, notre nouvelle bouddha.
Si vous êtes partisan du Canadien de Montréal, je vous conjure d’adopter la philosophie Sheila au plus vite. Le Canadien va en arracher, cette année. Ça, c’est sûr. José va s’ennuyer de ses vieilles connaissances à moto lorsque l’équipe adverse va prendre d’assaut son filet. Le tricolore va subir quelques raclées.
Mais si vous êtes dans la secte Sheila, c’est pas grave, ce n’est plus le résultat qui importe : 8 à 4, 5 à 0, 3 à 1, qu’est-ce que ça fait ? Vous ne regarderez même plus le tableau. Go Habs, Go ! Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, on s’en fout. George Gillett va être content.
Sheila vient de nous débarrasser du malheur. Le malheur existe à cause de notre peur de perdre. Si on peut être aussi content de la défaite que de la victoire, on va être content tout le temps. Plus de pression.
De toute façon, les gagnants se font croire qu’ils sont heureux parce qu’ils ont gagné, mais au fond ils ne sont pas plus heureux que les perdants. Ce n’est que l’illusion de la victoire qui les drogue un peu. Tous les grands winners, les grosses vedettes, sont aussi malheureux que les inconnus. C’est écrit dans Échos-Vedettes. Parce que quand on perd, on perd, mais quand on gagne, on a peur de perdre ce qu’on vient de gagner. Donc, comme on dit en latin, la vie est une no-win situation. Il faut arrêter de vouloir gagner. Il faut arrêter de ne plus vouloir perdre. Il faut continuer.
Sheila a refusé d’être atteinte par la défaite. Sheila vient de tout changer.
Peu importe ce que vous perdez – une cause, une job, une blonde – continuez. Et ce sera comme si vous aviez gagné. Car dans la vie, rien ne se perd, rien ne se gagne, tout est là.
Sur ce, je m’en vais de ce pas m’acheter un tailleur blanc et une blouse rouge pour entrer dans la secte de Sheila. Vous me verrez bientôt devant le parlement, avec mon ti-drapeau du Canada, en train de distribuer des tracts vantant les mérites du nouveau prophète.
D’ailleurs, pour vous inspirer sur le chemin du bonheur, je vous laisse avec quelques maximes sheilaïques :
Rien ne sert de courir, il faut rester là.
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Tant qu’il y a de la vie ou de la mort, il y a de l’espoir.
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L’important n’est pas de gagner, c’est de continuer de faire ch... le gagnant.
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Il ne faut pas vendre la peau de l’ours, même après l’avoir tué.
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Les derniers seront contents.
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Après la pluie, c’est mouillé.
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La fin justifie rien.
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La foi peut déplacer des montagnes, mais c’est bien plus simple de juste
faire du ski dessus.
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Mieux vaut être pauvre et malade que riche et mort.
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Qui sème le vent récolte avec un cerf-volant.
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Quand on veut, on veut.
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Les jeux sont faits. Mais moi, chus pas faite !
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