Chroniques du dimanche, tome 1

Chronique 1 · Chapitre 45 sur 76

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Chroniques du dimanche, tome 1

Y a-t-il un passager dans l’avion ?

Le 30 septembre 2001

 

Y a-t-il un passager dans l’avion ?

 

O K, ce matin, on va faire une thérapie de groupe pour nous redonner l’envie de reprendre l’avion. C’est très important. Le président Bush l’a dit : il faut que l’on reprenne l’avion. Sinon l’économie va s’écraser. Et dans notre système capitaliste, un krach économique, c’est beaucoup plus grave qu’un crash aéronautique. Parce qu’un crash aéronautique, ça fait juste des morts, tandis qu’un krach économique, ça peut mettre en faillite du monde riche. Ça, c’est effrayant !

C’est sûr que c’est facile pour le président Bush de nous dire de remonter dans les avions. Lui, il voyage à bord d’Air Force One. Y’est tout seul avec 30 policiers. Les chances qu’un terroriste se retrouve sur son vol sont assez minces. Il ne doit pas avoir beaucoup de musulmans fanatiques dans son entourage immédiat. Il paraît qu’il a même congédié un de ses aides de camp parce qu’il avait un chien afghan. En temps de guerre, on ne prend pas de chance.

Mais pour nous, le petit peuple, monter à bord d’un aéroplane n’est vraiment pas évident. Ça fait 20 jours qu’on voit à la télé, à toutes les cinq minutes, un avion s’écraser dans un building. C’est pas ça qui donne le goût. C’est pas un très bon commercial. On est loin de « Mon bikini, ma brosse à dents ! » de Dominique Michel. « Mon exacto, mon turban », c’est beaucoup moins tentant.

On a beau nous dire que les mesures de sécurité sont resserrées, ça ne nous rassure pas tant que ça. Même si, désormais, les petits canifs, les limes à ongles et les cure-dents sont interdits à bord, le danger demeure. Jackie Chan, y’a pas besoin de couteau, ni de fusil. Juste avec ses mains, il tue 3 000 personnes par film. On ne peut quand même pas interdire aux gens d’emmener leurs mains dans l’avion !

C’est sûr que la présence d’un policier armé à bord peut calmer les esprits. Mais encore faut-il que ce soit un bon policier en pleine maîtrise de la situation. Tout d’un coup qu’on tombe sur un petit policier nerveux. Un petit policier nerveux qui n’a jamais voyagé avec des Québécois. Quand on se met à applaudir après l’atterrissage, ça lui fait peur, et il nous tire tous dessus. On aurait l’air fin ! Surtout que maintenant, la paranoïa est à son comble dans les avions. L’armée américaine a reçu ordre d’abattre tout avion commercial pouvant constituer une menace pour la sécurité publique. C’est pas le temps de se plaindre que le film n’est pas bon ! Ni de courir pour aller à la toilette ! Au moindre comportement anormal, tu risques de recevoir un missile dans le derrière. Ça te coupe l’envie, ça monsieur !

Descendre l’avion, ça règle le problème des gens en bas, mais ça ne règle pas le problème des gens qui étaient en haut avant d’être en bas. Si on veut vraiment que les voyageurs prennent l’avion l’esprit en paix, il faut imposer des mesures de sécurité encore plus drastiques que celles qui sont en vigueur. C’est simple, il faudrait traiter les humains en avion comme on traite les chiens et les chats. Nous faire voyager dans des petites cages barrées. Parce que, quand on y pense comme il faut, c’est pas mal plus dangereux un terroriste lousse dans les allées qu’un chihuahua lousse. Alors tout le monde dans sa petite cage, durant tout le vol. Rendu à destination, une hôtesse nous sort de notre cage, en nous flattant le nez et en nous disant : « T’as été sage, maman est contente ! » Et nous, on se met à courir partout dans l’aéroport pour se dégourdir les jambes. Vaut mieux être courbaturé et vivant que confortable et mort !

Malgré que ce soit une excellente idée, j’ai bien peur que pour des raisons d’image, les compagnies aériennes refusent de traiter leurs passagers comme des chiens. Quoique, avec la bouffe qu’ils nous servent dans les avions, on peut penser que l’expérience est déjà commencée !

Tout cela étant dit, nous allons maintenant commencer notre thérapie de groupe pour nous aider à retrouver le chemin des aéroports. On va libérer notre inconscient de toutes les pensées négatives qu’il a emmagasinées depuis 20 jours. On va tourner la page sur ces événements et reprendre confiance dans l’aviation, en chantant, tout le monde ensemble, Tourne la page de René Simard. On y va :

Un avion déchire le soir

Emporte quelque chose de moi

Un signal dans ta mémoire

Tourne la page ! Tourne la page !

Bon, ça va un peu mieux. Nous avons fait le vide dans nos têtes. Maintenant, il suffit d’y aller par étape. Avant de monter à bord d’un avion normal, on peut commencer par monter à bord d’un avion d’Air Transat. Car comme plusieurs l’ont fait remarquer, y’a pas un terroriste qui va voler sur les ailes d’Air Transat, ça c’est sûr, leurs avions ne contiennent pas assez d’essence pour faire exploser quoi que ce soit ! Le mieux, si on veut vraiment se sentir en sécurité, c’est de voyager dans un avion d’Air Transat piloté par le commandant Piché. Qui de mieux qu’un héros pour te défendre. Pour être sûr de faire un bon trip.

Reprenons l’avion. Pas pour sauver l’économie. Mais pour une bien meilleure raison. Pour répandre la paix. Car c’est en allant vers les autres, qu’on s’en fait des amis. Et qu’un jour, il n’y aura plus rien à craindre de personne. Ni sur Terre. Ni dans les airs.

Bon voyage !

 

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