Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
4. « Personnellement, je ne crois pas aux ovnis »
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« Personnellement,
je ne crois pas aux ovnis »
Sheila N. avait quarante-quatre ans et travaillait comme assistante sociale lorsqu’un psychiatre de l’hôpital où elle avait fait son internat peu de temps auparavant l’encouragea à prendre contact avec moi au cours de l’été 1992. Elle cherchait quelqu’un qui pût la réconforter et l’aider à comprendre le stress qui accompagnait ces « rêves électriques » qui avaient commencé à la hanter il y avait un peu plus de huit ans déjà, c’est-à-dire après le décès de sa mère. Le psychiatre que Sheila voyait régulièrement depuis sept ans lui suggéra de venir me consulter, mais ce fut celui qui travaillait à l’hôpital qui eut cette idée car il connaissait et appréciait mes travaux. Le cas de Sheila illustre quelques-uns des aspects que les psychiatres et autres psychothérapeutes rencontrent quand ils sont amenés à soigner des kidnappés de l’espace.
Sheila avait été très proche de sa mère ; aussi la mort de celle-ci ainsi que les sept journées d’hospitalisation qui l’avaient précédée en janvier 1984 lui furent-elles un choc violent. La mère de Sheila avait eu une attaque cardiaque cinq années plus tôt et, en 1984, elle entra à l’hôpital pour subir une opération visant à déboucher l’artère coronaire. Au début, tout se passa très bien, mais une hémorragie cérébrale se produisit, qui entraîna quelques jours plus tard le décès de la malade. Sheila fut incapable de décider s’il y eut jamais un lien entre l’intervention proprement dite et l’issue fatale comme résultat de complications post-chirurgicales. Elle se rendait compte cependant que les médecins avaient été brusques et peu attentifs à leur patiente. Elle sentait bien également que sa mère avait été maintenue artificiellement en vie au-delà de ce qui était nécessaire alors que tout espoir était perdu et que toute dignité avait été ainsi dérobée à sa pauvre mère. Cette façon insensible de traiter les gens avait beaucoup secoué Sheila, surtout à la lumière d’une histoire d’inceste entre sa mère et le père de celle-ci. Selon les termes employés par Sheila, sa mère avait été « dépouillée de sa dignité dès la petite enfance par les exigences sexuelles de son propre père ». Sheila fut encore plus accablée lorsqu’elle constata que la sépulture de sa mère était restée ouverte à tous les vents pendant trois jours après l’enterrement, avec seulement une poignée de terre jetée sur le cercueil. Après ces événements, des disputes naquirent entre Sheila et son mari qu’elle estimait incapable de la soutenir comme le faudrait il dans un tel moment. « Jim se bouche les yeux dès qu’il s’agit de la maladie. Lui, il lui faut tout le temps être heureux », dira-t-elle.
Les jours qui suivirent les funérailles de sa mère plongèrent Sheila dans un profond chagrin. Elle arpentait les rues la nuit, se sentant d’humeur exécrable, comme si « rien ne pouvait lui faire plus de mal », mais incapable de verser des larmes. Sheila écrivit dans son journal en date du 9 février, autrement dit quatre semaines après l’opération de sa mère, des commentaires sur ce qu’elle voyait dans le ciel nocturne -« plus d’avions qu’il n’y a de voitures ». Elle commença aussi à avoir des rêves répétitifs qui la terrorisaient et où elle se sentait paralysée, son corps se retrouvant comme agité de vibrations, « plein d’électricité ». Elle appela d’abord ces rêves des « rêves spirituels» ; elle avait l’impression que quelqu’un ou quelque chose contrôlait son corps, comme si elle était « possédée » par des démons. Plus tard, elle en parlera comme des sortes d’attaques, de prises d’assaut. « A cette époque (juste avant que nous nous rencontrions, Sheila et moi-même), j’en parlais comme si de l’électricité me traversait le corps de part en part. Peu importe le nom que je leur donne, ces rêves sont toujours demeurés les mêmes. » Les « rêves ordinaires », selon Sheila, sont « plus fragmentés », bien que dans un rêve où elle vit des êtres extraterrestres il semble qu’il y ait eu une « progression naturelle dans une certaine direction ».
Environ dix semaines après le décès de sa mère, un des rêves de Sheila, que celle-ci situe en mars 1984, se présenta sous une forme différente tout en conservant certains détails dont elle se souvient. Comme introduction à notre future première entrevue, Sheila m’écrivit ceci :
« Je fus réveillée par un grand bruit et des lumières qui clignotaient. Le son était assourdissant et se maintenait tout le temps à ce niveau sonore. Je fus frappée par la précision des lumières rouges qui clignotaient. La porte des autres chambres et celle de la salle de bains étaient ouvertes. Je pouvais voir l’enfilade du couloir et je compris que les lumières venaient du dehors de chaque côté de la maison.
« J’étais alors allongée sur le dos. J’étais complètement paniquée. Je crois m’être soulevée sur les coudes. Je vis plusieurs petites choses qui ressemblaient à des gens et qui s’avançaient le long de la cloison à droite du couloir, les unes derrière les autres. On aurait dit que leur corps était en argent. Je remarquai du bleu sous l’épaule droite du premier personnage. Je crois que c’était le reflet de quelque chose, bien qu’il n’y eût rien de couleur bleue dans le couloir. Ils étaient petits de taille avec des bras et des jambes très minces. Quand ils s’approchèrent de la chambre, le troisième ou le quatrième personnage leva la main droite. Je savais que c’était vers moi qu’ils se dirigeaient, mais je ne les avais jamais vus auparavant. Ils marchaient en se dandinant. (Plus tard, il fut prouvé que ce n’était qu’un effet créé par les clignotements lumineux.) Ils paraissaient également assez gauches sur leurs pieds (même observation que précédemment). »
En octobre 1984, par conséquent neuf mois après le décès de sa mère, Sheila en arriva à un tel point avec son mari qu’elle décida que le mieux serait de faire chambre à part. « A plusieurs reprises, j’essayai de parler de ma détresse à mon mari, mais il ne voulait jamais rien entendre. » Elle comprit également qu’il était parfaitement inutile de l’entretenir de ces rêves étranges et transporta sa couette dans une autre chambre, en partie pour le « protéger », lui, et « lui permettre de dormir en paix ». Il ne protesta pas lorsque Sheila procéda à ces déménagements et, depuis, ils ont chacun leur chambre.
Peu de temps après, la jeune femme demanda au pasteur méthodiste de sa paroisse de lui indiquer un psychothérapeute, mais des difficultés naquirent du fait que le thérapeute insista, contre la volonté de Sheila, pour parler au pasteur de son cas. Frustrée par le manque de progrès qui caractérisait ses séances hebdomadaires et par la confiance qu’elle ne pouvait plus accorder à son thérapeute, elle s’enfonça dans le désespoir.
En juillet 1985, Sheila apprit des médecins de son pasteur, dont elle se sentait proche, que celui-ci était atteint d’un cancer, récemment diagnostiqué, et que son espérance de vie se situait entre trois et cinq ans. En plus du décès de sa mère et de la mort programmée du pasteur, Sheila avait perdu plusieurs de ses parents et amis depuis novembre 1983. Refusant toujours d’honorer la requête de sa cliente, le thérapeute de Sheila insistait pour parler de leurs entretiens avec le pasteur et avec son mari. Se sentant à la fois trahie et isolée, Sheila acheta le 17 juillet 1985 un flacon de cachets d’aspirine et en avala une bonne vingtaine avec « l’intention de tous les prendre ». À l’exception de malaises généraux et de bourdonnements dans les oreilles, les conséquences ne furent pas trop graves. Peu de temps avant, je l’avais rencontrée pour la première fois, et Sheila m’écrivit : « Le suicide n’est pas mon genre et je veux vous rassurer en vous affirmant que je n’ai pas l’intention d’en finir quelles que soient les circonstances. »
Peu après cet incident, Sheila commença à consulter le psychiatre William Waterman. Bien qu’elle parût avoir un peu apaisé son chagrin du décès maternel, Sheila n’éprouvait aucun réel répit quant à ses rêves électriques qui demeuraient toujours un mystère et une véritable malédiction pour elle. Un rêve particulièrement éprouvant se produisit la veille du nouvel an de 1989. Elle dormait au rez-de-chaussée tandis que sa fille, Beverly, et Jim, étaient à l’étage. Exactement comme cette nuit de 1984, elle entendit un énorme bruit et se redressa dans son lit, son corps pris d’« électricité des pieds à la tête ». « Quelque chose m’obligea à sortir du lit », dit-elle mais elle ne se souvint pas d’avoir revu les « petits personnages ». Six mois plus tard, Sheila écrivit au Dr Waterman : «Avant le 1 er janvier 1990, je croyais vraiment que toutes ces espèces de choses qui pénétraient dans ma chambre n’étaient que des symboles qui peuplent les rêves. Mais depuis ce moment-là, j’en suis arrivée à reconnaître l’hostilité et l’agressivité que je ressentais comme quelque chose appartenant aux “ rêves spirituels répétitifs Dans mon rêve, ces espèces de choses n’étaient pas là pour rien, et moi non plus. »
Sheila tomba en 1985 sur un article dans le journal local qu’elle retrouva par la suite et qui décrivait des observations d’ovnis au-dessus de la ville où sa mère avait été inhumée. Elle écrivit au Dr R., un des hypnothérapeutes qu’elle alla consulter plus tard : « Cet article me fit me poser des questions sur les liens que ma mère aurait pu avoir avec tout cela. » Plus tard encore, Sheila rapprocha ces observations de ce qu’elle-même avait entendu, lu et vu à propos des enlèvements ovnis et commença à se demander si, en fait, ses fameux rêves électriques étaient des rêves véritables et si sa peur persistante de l’obscurité pouvait encore être reliée à son deuil. Le 14 juillet 1990, elle écrivit au Dr Waterman : « Je crois vous avoir dit il y a longtemps que ma ferme conviction est que ces rêves dépassent largement le cadre du deuil, mais je n’ai malheureusement rien d’autre à ajouter à cela. »
Déterminée à « en finir une bonne fois avec cette frayeur du noir, quel qu’en soit le prix à payer », et souhaitant désespérément « faire cesser ces rêves », Sheila et le Dr Waterman explorèrent d’autres approches, et tout spécialement les méthodes possibles de remémorisation. Après avoir envisagé différentes possibilités, le Dr Waterman proposa durant l’été 1990 à Sheila, qui n’était pas très enthousiaste, de prendre contact avec un psychiatre, le Dr G., qui enseignait dans un hôpital de Boston et qui était spécialisé dans les thérapeutiques utilisant l’hypnose pour remonter à la source des symptômes et obtenir ainsi un soulagement des angoisses chez le patient. Il pria également le Dr R., qui cherchait à se perfectionner dans ces techniques thérapeutiques, d’appeler Sheila. Sheila dut subir une sorte de check-up où les spécialistes étudièrent à fond son dossier, son histoire personnelle et procédèrent à des examens du sommeil et du lobe temporal (pour évaluer les possibilités neuropsychologiques d’une éventuelle épilepsie). Dans son rapport de neurologie comportementale, le Dr R. écrivit à propos d’un des rêves de Sheila : « Elle est assise sur son lit et voit plusieurs petites silhouettes ; la première se tient au pied de son lit et la seconde près de la porte. Elles entrent avec des mouvements gauches et leur forme est celle de petits humanoïdes. » Dans un autre rêve, il notÀ ce qui suit : « Elle est couchée avec une couverture sur elle et elle aperçoit deux de ces petits personnages qui se penchent au-dessus d’elle. »
Le psychologue qui s’est livré à tous les examens neuropsychologiques remarqua des troubles du sommeil chez Sheila mais ajoute que « cela n’implique pas d’autres symptômes de dépression ». Le psychologue fit le rapprochement entre un incident, qui avait eu lieu lorsque Sheila était encore au collège - elle avait été légèrement blessée au côté droit de la tête (ce qui n’entraîna que des nausées et une certaine sensibilité pendant quelques jours, l’empêchant de se concentrer au cours du test) - et entre une « variabilité des facultés de l’attention » et une « nervosité motrice » qui, dans l’ensemble, lui suggéraient l’éventualité d’un « désordre hyperactif par déficience de l’attention ». Sheila fit ce commentaire dans la marge du rapport d’examen qu’elle m’envoya : « Je ne croirai jamais que c’est de moi qu’il s’agit. » Remarquant combien, en dehors de son histoire elle-même, Sheila était tendue durant tous les examens, les psychologues considérèrent également la possibilité de « troubles de l’anxiété » et ce que l’on appelle un « désordre post-traumatique consécutif au décès de la mère, aux cauchemars récurrents et à ses réactions émotionnelles exagérées ». Ils conclurent cependant que les « tests d’intelligence définissent Mlle N. comme un sujet brillant, atteignant largement le niveau moyen et même supérieur ». L’étude d’une nuit entière de sommeil n’aboutit à « rien de remarquable si ce n’est des angoisses et un sommeil assez perturbé ».
D’après ses propres notes, entre le mois d’août 1990 et juillet 1992, Sheila se rendit à vingt-quatre rendez-vous auprès du Dr R. et/ou du Dr G., dont au moins sept séances d’hypnose. Les entrevues duraient environ une heure et l’hypnose par elle-même entre quinze et vingt-deux minutes.
Dans une lettre qu’il me fit parvenir, le Dr G. me parla de la tristesse qu’éprouva Sheila lorsqu’elle s’aperçut que la tombe de sa mère était restée ouverte et combien cette mort l’affectait, au même titre d’ailleurs que bien d’autres aspects de l’histoire que l’on va lire dans les pages qui suivent. Dans son journal, Sheila écrivit que le Dr G. avait pris soin de l’avertir en 1991 que même si l’hypnose pouvait aider à « apporter du nouveau matériel », elle ne « garantissait pas la fiabilité des résurgences » et « pouvait exprimer une simple extension des fantasmagories ou des expériences personnelles ». Le traitement allait porter sur l’impact provoqué par l’opération chirurgicale de la mère, sur son décès et ses funérailles, et comporterait des approches cognitives et comportementales afin de réduire les angoisses liées aux fameux « rêves », notamment en lui permettant de se prouver à elle-même qu’« ils n’ont rien à voir avec la réalité ». « Je n’ai jamais ressenti la moindre amélioration », dira Sheila à propos de son traitement. En mai 1992, elle accepta la prescription de cinq milligrammes de Klonopin pour combattre ses angoisses et, au mois de juin, celle d’un antidépresseur, le Wellbutin, dosé à 100 milligrammes, qu’elle devait prendre avant d’aller dormir. Elle continua à prendre ces médicaments jusqu’au début du mois d’août. Selon l’interprétation de Sheila, le Dr G. persista à relier les rêves et la dépression. Dans une lettre qu’il m’envoya, le Dr G. s’inquiétait au sujet de l’exactitude des souvenirs obtenus au moyen de l’hypnose et écrivait également : « Il est difficile de savoir si elle est sujette à des illusions ou bien à des croyances profondément religieuses. » Il ajoutait que mon indulgence à écouter des gens comme Sheila était « beaucoup plus que de la neutralité », et que si ma gentillesse, ma sympathie et mon soutien avaient apporté à Sheila quelque amélioration de son état, « cela ne confirmait pas pour autant les théories concernant les ovnis et les phénomènes d’enlèvement ». Je discutai de toutes ces questions lors d’une entrevue avec le Dr G. qui accepta généreusement de convoquer une grande table ronde au sein de son établissement pour en débattre plus avant avec des représentants de la médecine traditionnelle. Au cours de ce colloque, le cas de Sheila fut bien sûr évoqué. Sur la base de recherches qu’il avait effectuées sur d’autres types de cas, le Dr G. réitéra ses doutes quant à la crédibilité des informations obtenues par voie d’hypnose, notamment en ce qui concernait le compte rendu d’enlèvement de Sheila. Les problèmes complexes posés par ces techniques et les souvenirs qu’elles font remonter du subconscient dans les cas d’enlèvement sont plus amplement débattus vers la fin de l’introduction à ce livre.
Sheila discuta longuement avec une autre kidnappée, Julia, avant que je ne rencontre celle-ci, et lui confia que sous hypnose elle voyait « un squelette dépourvu de nez et de bouche », un « fer à friser » sans manche et un crayon rotatif « comme un genre de foret », un rectangle de trente-cinq centimètres sur soixante couleur croûte de pain et coupé en tranches et qui la mettait dans un état de grande frayeur ; elle se souvenait, d’autre part, qu’elle avait les bras le long du corps et immobilisés avec du ruban adhésif. Dans des notes qu’elle me remit au début de janvier 1993, Sheila m’écrivait : « Je n’ai parlé de rien de tout cela au Dr G. parce que j’avais peur qu’il n’en tienne pas compte et que je me sente encore une fois toute seule avec mes problèmes. En fait, je lui en ai touché deux mots d’une manière générale mais bien après les faits. Il me demanda comment j’avais alors réagi. Je lui ai répondu que j’avais immédiatement remplacé mes visions par d’autres où il y avait un jardin magnifiquement fleuri dans lequel beaucoup d’oiseaux chantaient. Il fit un commentaire favorable que je reçus comme un encouragement à me détourner de mes peurs. »
À un certain stade des examens et du traitement, Sheila montra au Dr G. un article sur des observations d’ovnis en 1985 ; Sheila m’informa qu’en réponse, le Dr G. lui dit ceci : « Personnellement, je ne crois pas aux ovnis. » À deux reprises tandis qu’ils étaient en tête à tête (c’est ce que m’apprit Sheila), le Dr R. lui posa cette question : « Vous ne croyez pas sincèrement aux Martiens, n’est-ce pas ? » Elle affirme n’avoir jamais utilisé ce mot de « Martiens » et trouva ces commentaires particulièrement « condescendants », ce qui ne fit qu’accentuer la perte de confiance de Sheila envers ses thérapeutes. (De leur côté, les docteurs G. et R. réfutent ces assertions.)
Sheila m’écrivit combien il lui était pénible d’avoir affaire à des « professionnels » qu’elle sentait faire fausse route. « Je désirais tellement que l’on puisse m’aider, et j’avais tellement peur qu’on me laisse tomber, écrira-t-elle, et ce même lorsque je savais pertinemment que cela ne servait à rien. » Le 31 juillet 1992, elle envoya un courrier à ses deux thérapeutes en leur signifiant que son travail avec eux était terminé. Elle les assura qu’elle aurait préféré les voir chacun en particulier afin de leur annoncer sa décision, mais « elle savait combien leur temps était compté ». Les deux lettres, dont elle me remit une copie, étaient très directes sans pour autant manquer de courtoisie et de manquer de respect. Au Dr G., notamment, elle disait qu’elle avait vécu « trop de moments où elle se sentait incomprise et rejetée » ; elle estimait qu’« il y avait une relation entre son rêve et tous ceux qui ont suivi ». « Je désirais de manière absolue y voir clair autrement. Dans le monde normal que nous connaissons, ces choses n’ont aucun sens. Je suis persuadée qu’il faut élargir le champ de l’interprétation et que ce sera la seule façon de me débarrasser de cette souffrance. » Elle évoqua aussi l’esprit paradoxal de son rêve de mars 1984 et demanda : « Pourquoi me suis-je endormie, alors que tous les autres rêves terrifiants me réveillent ? Et pourquoi le décor de ce même rêve était-il situé dans ma chambre, là précisément où je me trouvais alors ? » Puis elle posa cette ultime question : « Était-ce une expérience réelle, et si c’est le cas, que m’est-il donc arrivé qu’il me soit si pénible de faire revenir à la mémoire ? »
Dans sa lettre au Dr R., elle exprimait ses remerciements pour le sentiment de sécurité que sa présence avait suscité en elle lors des séances d’hypnose, puis elle aborda d’une manière plus approfondie que dans son courrier au Dr G. le problème de la réalité des petits personnages qui lui étaient apparus en 1984 et qui ont fait leur entrée dans sa chambre selon un ordre, semble-t-il, préétabli. Elle se faisait aussi l’écho des autres kidnappés en demandant : « Quelle pensée horrible et terrifiante que celle d’une mère qui, au sein même de son foyer, ne pourrait protéger son propre enfant. » (Elle faisait référence à ses soupçons concernant d’éventuelles expériences d’enlèvement qu’aurait vécues sa fille Beverly.) En lui disant « au revoir », Sheila conclut : « Je suis convaincue que notre collaboration a véritablement pris fin dès l’instant où le Dr G. me confia que “ personnellement, il ne croyait pas, etc. ”. Je sais ce que j’ai vu, et tout ce que je peux affirmer c’est que cette expérience a complètement chamboulé ma vie... Une des premières questions que le Dr G. m’a posées, poursuivit-elle, était si j’estimais posséder de l’imagination. Cela m’a peut-être demandé huit longues années pour le savoir, mais je peux vous affirmer aujourd’hui que “ non ”... Je veux comprendre ce qu’il y a derrière tout cela, acheva-t-elle, quitte à en mourir. » Le docteur répondit à Sheila avec beaucoup de gentillesse en lui souhaitant d’aller de mieux en mieux, d’oublier ses mauvais rêves autant que faire se pourrait et de prendre régulièrement un léger tranquillisant afin de bénéficier de « moments de répit » dans ses angoisses.
Peu de temps après avoir posté ces deux lettres, Sheila eut l’occasion de s’entretenir avec le Dr T., un ami psychiatre qui l’encouragea à m’appeler. Au mois de mai, elle enregistra sur vidéo des épisodes de la série télévisée diffusée sur CBS, Intruders (Les Envahisseurs). Elle n’avait pas vu ces émissions, mais elle apporta la cassette lorsqu’elle se rendit chez le Dr T. qui était censé travailler à un projet qui se rapportait à la thèse que Sheila elle-même préparait. N’abordant pas les sujets qu’ils auraient dû discuter, Sheila annonça d’emblée qu’elle avait un autre sujet de préoccupation, notamment celui de traiter, avec un éventuel ouvrage d’étude à la clé, ses expériences d’enlèvement telles qu’elle les avait rapportées à des thérapeutes et le problème de l’insatisfaction des patients de ces mêmes thérapeutes. Elle exposa au Dr T. son douloureux parcours et sa lutte acharnée pour obtenir une aide appropriée ; elle lui laissa sa vidéo qu’il prit soin de regarder attentivement et d’apprécier. Elle lui parla aussi de son expérience du mois de mars 1984 et lui confia qu’il y avait « une chance que cela ne fût pas du tout un rêve. » Le 12 août, le Dr T. et Sheila se rencontrèrent une nouvelle fois ; entre-temps il avait eu tout le loisir de comparer l’histoire de Sheila à ce qu’il avait vu sur la cassette des Intruders. Il dit alors à Sheila : « Écrire un livre, c’est une solution. Mais il y en a peut-être une autre. » Et il lui donna mon nom et mon numéro de téléphone. Le lendemain, elle m’appela à mon bureau.
Je n’avais pas un seul moment de libre dans les prochaines semaines, aussi priai-je Julia de parler avec Sheila. Elles convinrent d’un rendez-vous pour le 27 août, et Sheila trouva à leur conversation un immense réconfort ; elle fut confirmée dans l’idée d’une possible relation entre ses rêves électriques et son expérience de mars 1984. Sheila raconta que la nuit avant leur entretien, Beverly, sa fille, lui rapporta qu’elle s’était réveillée vers cinq heures du matin « dans un état épouvantable », une lumière verte pénétrant dans sa chambre par l’entrebâillement d’une grande fenêtre, créant un effet de clignotement qui illuminait tout le mur face à son lit. L’entretien avec Julia fut le premier durant lequel Sheila sentit que quelqu’un l’écoutait et la comprenait.
Le 1er septembre, Julia m’annonça que Sheila l’avait appelée pour lui raconter que, durant la nuit, elle avait eu un nouveau rêve électrique dans lequel elle s’était sentie paralysée et en proie à une grande douleur dans les hanches, là où elle avait eu la sensation qu’on lui avait enfoncé jusque dans les os une longue aiguille. Elle avait très peur et était désespérée et je convins qu’il fallait que je la voie dans les plus brefs délais. Quelques jours plus tard, nous conversâmes longuement par téléphone et, le 21 septembre, nous nous rencontrâmes pour la première fois - un entretien qui dura quatre heures où je pris connaissance de toute l’histoire de Sheila et où l’on procéda à une séance d’hypnose.
Sheila a passé son enfance dans une petite ville à l’ouest de Boston. Elle arrive en troisième position dans une famille de cinq enfants. « Ma famille d’origine a l’esprit étroit », écrira Sheila dans une de ses lettres. Son père était pilote dans l’aviation civile et n’était pas souvent là lorsque Sheila était petite. Même à présent, à la retraite, il voyage toujours beaucoup, mais désormais principalement entre le Maine et la Floride. Il est hors de question pour lui d’admettre l’existence des ovnis et Sheila dira : « Il n’y croit pas. » « Ma mère a toujours insisté pour que nous soyons éduqués correctement », écrit-elle après avoir lu ma première esquisse relative à son cas. « C’était une vraie dame du monde et elle avait le souci de toujours nous donner le bon exemple. » Selon l’interprétation de Sheila, sa mère « les protégeait énormément », ce qui pourrait peut-être faire penser à un problème d’inceste.
Quand elle était petite fille, Sheila allait aux offices de l’église presbytérienne, puis elle fréquenta l’église congrégationiste ; au cours de sa scolarité, elle prit l’habitude de suivre ses copains à l’église méthodiste où elle tissa des liens d’amitié avec le pasteur qui fut le premier à lui prodiguer ses conseils après qu’elle eut perdu sa mère. Elle suivit le catéchisme normalement et la Bible devint un ouvrage de réflexion important pour elle. Beverly a été inscrite dans une école chrétienne. Sheila a toujours conçu Dieu comme une « source d’énergie », mais ses expériences d’enlèvement compliquèrent et accentuèrent le chagrin qu’elle éprouva au décès de sa mère, ébranlant du même coup sa foi religieuse. Si l’on en croit la Bible, me dira-t-elle peu de temps après sa première régression hypnotique, « il faut aimer Dieu beaucoup plus que ses parents. Je m’en voulais terriblement parce que je n’y parvenais pas ».
Enfant et adolescente, Sheila était douée pour la musique et les sports et elle aimait infiniment les contacts. « J’aime me retrouver avec des gens », dit-elle. Elle rencontrÀ son futur mari, Jim, actuellement enseignant, lorsqu’elle était en deuxième année de lycée et lui au collège. Après ses études, Jim entra dans l’armée pour trois années consécutives et encouragea Sheila à ne pas lui être fidèle pendant tout ce temps-là, ce qu’elle fit « mais le cœur n’y était pas ». Elle préféra réserver ses attentions à Jim, lui écrivant à l’armée absolument tous les jours. « Il essaya bien de me refourguer à son frère, mais ça n’a pas duré longtemps. » Se dépréciant passablement elle-même, Sheila déclara que lorsque Jim rentra du service militaire, « tous ses copains et copines du temps du collège s’étaient dispersés dans la nature et il ne restait vraiment plus que moi ». Ils se marièrent en 1970 et Beverly naquit en 1975. Sheila prétend que ce mariage marchait bien jusqu’au jour où elle perdit sa mère et que les rêves électriques commencèrent à importuner ses nuits. Sheila avait été au collège et avait suivi des cours pour devenir assistante sociale dans divers établissements du Massachusetts et obtint ses diplômes en 1980. Avec la persévérance qui la caractérise, Sheila retourna, quand elle en eut l’opportunité, à la faculté jusqu’en 1991. Au moment où nous nous sommes rencontrés, elle travaillait dans un service de psychiatrie pour adultes dans un hôpital à l’ouest de Boston.
Les premiers souvenirs de Sheila qu’on pourrait rapprocher d’un éventuel enlèvement extraterrestre se rapportent à un incident qui eu lieu avant qu’elle ait six ans. Elle et son frère a
aperçurent quelque chose pendant la nuit qu’ils appelèrent les « Gaw » (les trucs bizarres). Sheila m’écrivit plus tard que « les Gaw, sans le moindre doute, avaient le même aspect que les personnages qui étaient entrés dans sa chambre » (en 1984). Un autre incident se produisit quand elle avait entre six et huit ans. « J’ai vu quelqu’un sortir de la penderie de ma chambre », dit-elle. Elle se mit à hurler et ses parents accoururent, regardèrent partout dans la pièce et la rassurèrent en lui disant que ce n’était qu’un mauvais rêve, mais : « Je n’en pensais pas moins... Je savais bien, moi, que c’était quelque chose de réel. » L’être était très grand et d’apparence sombre. Il s’est dirigé vers la fenêtre et a disparu. Depuis ce moment-là, Sheila tient toujours fermée la porte de la penderie. Même avant notre première séance de régression hypnotique, Sheila avait associé cet être mystérieux aux entités qu’elle avait vues dans sa chambre en 1984.
Sheila était une toute jeune adolescente lorsqu’elle se trouva avec un ou deux de ses frères et sœurs dans une voiture conduite par sa mère, tandis que les autres enfants et son père étaient à bord d’une seconde automobile (avec leurs cinq enfants, le couple devait circuler à bord de deux voitures). Toute la petite famille allait rendre visite aux grands-parents paternels. Toutes les personnes qui étaient dans la voiture de Sheila aperçurent tout à coup juste devant elles et parallèlement à l’horizon une violente lumière, comme un formidable éclair mais tout droit et non pas en zigzag. « C’était un de ces trucs auxquels vous ne trouvez aucune explication. » Avant de démarrer sa thérapie en novembre 1984, Sheila parla de son expérience de mars 1984 avec sa sœur Melissa. Melissa prit les choses très au sérieux, attira sa sœur dans ses bras, demanda plus de détails, et confia à Sheila des anecdotes similaires. Mais jusqu’en 1989, Sheila refusa l’hypothèse selon laquelle ces incidents pourraient correspondre à une réalité. Comme elle le fit remarquer : « Il n’est pas étonnant que ceux qui n’ont pas vécu cela ne puissent pas accepter les faits. »
Melissa raconta à Sheila un incident alors qu’elle n’avait que sept ou huit ans, et Sheila treize ou quatorze. Elle vit en effet « quelque chose de gros et de brillant comme de l’argent dans le ciel ». Elle en fut tellement frappée qu’elle s’est mise à trembler et à pleurer. Lorsqu’elle raconta cela à son père, il coupa court en lui disant : Tu as des visions. Ça n’est rien. « Rassure-toi. » Melissa est toujours troublée par ce souvenir, même à présent qu’elle est adulte, et elle chercha de l’aide auprès d’un hypnothérapeute, mais chaque fois qu’elle cernait cet épisode, elle se mettait à trembler et à pleurer de nouveau. Melissa, dont Sheila se sent très proche (« elle est merveilleuse »), a confié à sa sœur que, sous hypnose, elle a pu voir différents reflets colorés associés à l’objet, soit bleus, soit « rose orangé », mais à cause de la terreur que cela faisait naître en elle, ces séances d’« hypnose n’ont jamais vraiment rien donné de très productif ».
Melissa avait vingt ans lorsqu’elle vit une boule de lumière pénétrer dans l’appartement par les portes coulissantes, « faire le tour de la pièce à toute allure », s’engouffrer dans le couloir, se ruer dans une autre pièce puis traverser un mur « ». Elle était avec un ami et tous deux ne se rendirent compte de rien jusqu’au moment où Melissa fit remarquer : Eh ! Tu « as vu ? Les rideaux sont fermés. Ça ne peut donc pas être les lumières d’une voiture qui passerait en bas dans la rue. » Comme Sheila le racontera : « Ils suivirent des yeux cette lumière qui longea les murs de la pièce avant de s’en retourner au-dehors toujours par les mêmes portes coulissantes. »
Lorsque Sheila confia à une cousine de son père qu’elle allait venir me consulter, la cousine lui affirma qu’elle avait vu un ovni dans la cour de son voisin et que Laura, la sœur aînée de Sheila, avait vécu une expérience à peu près similaire à la sienne en percevant de son côté « un grand bruit et des lumières rouges ». Mais Sheila et Laura étaient de caractère très dissemblable et Laura n’a jamais parlé à personne de cet incident.
Le fait que sa fille Beverly soit, apparemment, elle aussi concernée par ces histoires d’enlèvement contribua fortement à ce que Sheila cherche à explorer ces expériences. Comme beaucoup d’autres kidnappés qui sont des parents, Sheila est profondément troublée par son impuissance à protéger ses enfants. Lorsque Beverly avait quatorze ou quinze mois et qu’elle dormait dans son berceau, Sheila se souvient de s’être réveillée en plein milieu de la nuit et d’être descendue au rez-de-chaussée dans l’obscurité, ce qui n’était pas dans ses habitudes. C’est alors qu’elle aperçut « quelque chose de blanc dans les escaliers » et se demanda ce qu’elle avait bien pu oublier là. Lorsqu’elle alluma la lumière, elle vit sa petite Beverly, en pyjama, pelotonnée et endormie sans même une couverture sur elle. Quand Beverly avait huit ans, Sheila l’emmena chez le pédiatre, craignant pour sa fille une otite. Le médecin sortit de son oreille un objet de la taille d’une petite gomme (comme celle qui se trouve au bout des crayons d’écolier) avec « plein de saletés dessus » et le jeta à la poubelle. Beverly pleurait en répétant que ce n’était pas elle qui s’était mis ce machin-là dans l’oreille ; pourtant elle dira à Sheila qu’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle se couvrait l’oreille avec ses draps et ses couvertures pour se protéger. Comme cela est fréquent dans les cas d’enlèvement d’enfant, Beverly eut de nombreux saignements de nez durant toute son enfance.
Sheila eut avec moi des séances de régression hypnotique les 21 septembre, 12 octobre et 23 novembre. Le Dr Waterman était présent la deuxième et la troisième fois. Dans la mesure où je ne l’avais encore jamais rencontrée, notre première entrevue se passa pour moitié à rassembler le plus de détails possible sur le passé familial de Sheila, son histoire personnelle, et les expériences qu’elle et sa famille avaient vécues et qui pouvaient se rapporter à des phénomènes d’enlèvement. Au début, elle était très timide, très anxieuse et s’exprimait avec une voix douce mais il était clair qu’elle était déterminée à faire taire ses appréhensions quant à notre travail commun. Je découvris plus tard que ses angoisses étaient allées croissant à cause des expériences peu positives qu’elle avait eues avec ses précédents thérapeutes. De toute évidence, elle faisait des efforts pour garder le contrôle d’elle-même et je voyais bien qu’elle était paniquée à l’idée qu’il lui échappe.
Avant de procéder à la première régression, dont l’objectif était de remonter dans les souvenirs rattachés à l’expérience de 1984, Sheila et moi-même fîmes un inventaire des souvenirs conscients qu’elle pouvait avoir de cet épisode et je la priai de dessiner un croquis succinct des pièces de sa maison. Juste avant d’entrer en transe, Sheila me parla de ses changements dans le domaine de la foi religieuse et de ses sentiments d’isolement. Durant les séances d’hypnose, Sheila gardait une voix douce alors que son corps exprimait par ses mouvements la présence d’énergies intenses qui correspondaient à ces « énormes » tensions et autres forces qui la traversaient. Avant notre second rendez-vous, je demandai à Pam Kasey de noter la description de ces mouvements corporels.
Dès qu’elle eut atteint la transe hypnotique, Sheila parla immédiatement sur un ton très bas de son sentiment de peur devant « le bruit et les lumières ». Je la ramenai doucement vers le début de la nuit et la priai de me décrire comment elle s’était préparée à aller au lit. Elle me répondit qu’elle alla se coucher alors que onze heures sonnaient, c’est-à-dire après son mari, et qu’elle tenta, sans succès, de le convaincre de la prendre dans ses bras (à cette époque, ils dormaient encore dans le même lit). Elle pense qu’elle a dû s’endormir sur le côté gauche, mais la chose dont elle se souvient parfaitement est qu’elle s’est réveillée sur le dos ; elle entendit un énorme bruit, totalement assourdissant - « Même en y mettant toutes mes forces, je ne peux pas crier aussi fort » - et aperçut une lumière rouge clignotante « qui entrait dans la chambre par toutes les fenêtres... «Jim ressemblait à un cadavre, dit-elle, la bouche grande ouverte ; les lumières vinrent sur lui et lui donnèrent une drôle de couleur ». Elle fut prise d’une telle frayeur que je dus la rassurer en lui affirmant que les êtres ne parviendraient pas à entrer dans mon bureau. Plus tard, elle écrira ceci : « L’intérêt de tout cela fut que j’étais sûre de n’être pas seule. Je savais que vous étiez là à mes côtés. »
Perplexe et inquiète, Sheila se releva sur ses coudes et vit plusieurs « petites choses » qui arrivaient par le couloir. L’une d’elles leva la main comme une sorte de signal pour les autres. Sheila commença à étouffer et à chercher sa respiration ; je lui enjoignis de reprendre son souffle tranquillement, longuement, profondément en restant concentrée sur lui. Sheila put alors décrire les trois personnages : ils avaient « des bras et des jambes squelettiques » et ils se dirigeaient en droite ligne vers sa chambre. Deux d’entre eux vinrent se planter au pied de son lit ; c’est alors que le bruit infernal et les lumières clignotantes cessèrent. Les créatures la fixaient : « Elles me regardaient, simplement. » Sheila sentit la peur lui monter au ventre et elle me raconta qu’elle eut l’idée, à un moment donné, de s’allonger de nouveau, espérant ainsi échapper aux regards de ces intrus, mais elle sut tout de suite que cela était parfaitement inutile. Je sais « qu’ils vont venir vers moi, je le sens », dit-elle. Deux êtres vinrent en effet tout près d’elle et un autre se tint au-dessus de Jim. Sheila regarda leurs yeux et y vit de la « puissance » mais elle ne put rien ajouter d’autre.
Sheila se rendit compte qu’une partie de sa frayeur était due au fait qu’elle avait déjà vu ces êtres précédemment (« je les connaissais », « je ne veux pas les voir ».) Sa panique sembla augmenter d’intensité tandis que son corps se contorsionnait d’une manière très impressionnante ; ses membres se tortillèrent puis se détendirent progressivement. Les yeux de ces êtres sont « tellement affreux », dit-elle en ajoutant qu’elle avait une peur bleue qu’ils la touchent. Elle se débattit et se roula dans tous les sens, puis elle vit une lumière blanche au-dessus d’elle et sentit que ses bras restaient collés de chaque côté de son corps.
« Ce n’est pas ma chambre », annonça-t-elle tout à coup et elle se mit à gémir : « Je veux rentrer à la maison. Je ne sais pas comment je suis arrivée là. » Les êtres sont à présent beaucoup plus nombreux, « ils vont et viennent de tous côtés. C’est difficile de les compter parce qu’il y en a partout ». Sheila eut l’impression qu’on l’avait obligée à s’allonger et prétend que les êtres « lui ont pris son énergie ». « Il y a un tel pouvoir dans ces yeux-là », déclara-t-elle. Quelque chose entre en contact avec son abdomen et « ils lui immobilisèrent les bras. Ils font toujours ça ». C’est alors qu’elle ressentit « l’horrible pression » et la douleur provoquée par « un machin carré » qui pénétrait dans son corps à travers la paroi abdominale. « Le pire c’est que vous ne contrôlez plus rien du tout », dit-elle. Avec mon aide, Sheila fit son possible pour sortir des remparts imposés par son éducation rigide et exprimer toute la rage et toute l’humiliation qui, de toute évidence, la tenaillaient. Mais tout ce que j’obtins d’elle fut qu’elle aurait aimé battre ces êtres, leur tordre le cou et les « renvoyer chez eux ». Elle me donna des descriptions de leur aspect « rigolo », de leurs « grosses têtes » sans cheveux et déclara ceci : « Ils ne nous ressemblent pas. »
L’aspect le plus effrayant chez ces créatures, ce sont leurs yeux, dira Sheila : « Ils sont si grands... Ils ont quelque chose de différent. » Puis Sheila commença à se fatiguer, sa voix se faisant plus faible : « Peut-être viennent-ils de chez le bon Dieu, avec leurs tempes à n’en plus finir ! » Vers la fin de la séance, je lui demandai de me décrire le lieu où elle se trouvait : « Ça ne ressemble pas à ma chambre, dit-elle. On dirait que je me trouve sur une table, et je sens que c’est dur. » Son corps « était fiévreux » à force de « lutter et d’essayer de fuir ». Elle revint sur « le pouvoir de leurs yeux », surtout en ce qui concernait l’être qu’elle appelait le chef... « Il exerce un contrôle par le seul regard. Tout le monde le respecte. » L’expérience qui consistait à avoir « leurs yeux dans les miens », ajouta-t-elle, rappelait une programmation neurolinguistique. Ils « prennent le contrôle et il ne vous reste plus la moindre énergie pour lutter ». Avant d’interrompre la séance, je lui demandai de me donner son opinion sur la réalité de ce qu’elle venait de vivre : « Je sais que cela s’est produit », dira-t-elle tristement.
Comme je le fais systématiquement, j’eus une conversation avec Sheila le lendemain. Elle se sentait « troublée » et « vulnérabilisée » tellement les choses lui avaient paru « réelles ». Elle était déterminée à empêcher le retour de ses cauchemars. Je lui avouai que j’ignorais comment faire pour les empêcher de hanter à nouveau ses nuits mais qu’en revanche, je ferais tout pour l’aider à y voir plus clair dans toutes ces expériences. Elle accepta que l’on se retrouve pour « explorer ce mystère » ensemble.
Le Dr Waterman avait assisté à une conférence que je donnai au sujet des enlèvements extraterrestres et était ouvert à l’idée que le cas de Sheila pût bien être un exemple de ces phénomènes. Il se libéra afin de pouvoir assister à la deuxième séance que feus avec Sheila. Avant d’entrer en transe, et en présence du Dr Waterman, je demandai à Sheila comment, selon elle, il interprétait ses récits d’enlèvement. « Je suppose qu’il pense que cela pourrait bien être vrai », dit-elle. Puis le Dr Waterman exprima la fascination qu’il éprouvait pour ces phénomènes, même s’il n’était pas tout à fait familiarisé avec eux ; il nous confia qu’il était intéressé grâce à sa propre éducation méthodiste et qu’il était sensible à ce que j’avais dit à propos de cette « société qui avait tenté de balayer (ce sont ses propres termes) l’aspect spirituel » de nos existences, et il ajouta qu’il se sentait « concerné par tout cela ». Pour lui, cela a « beaucoup de signification. »
Sheila me parut plus détendue lorsqu’elle arriva à mon bureau la deuxième fois. En dépit de sa peur, de ces réanimations d’états émotionnels déstabilisants lors de la première séance, et d’un sentiment de « terrible violence » faite à sa personne par le fait que « quelqu’un peut entrer chez vous et envahir votre espace », elle était déterminée, et même impatiente, de poursuivre l’analyse. « J’ai vécu avec cela assez longtemps », déclara-t-elle. Plus tard, Sheila m’écrira combien notre première séance réussit à briser son isolement en validant son expérience et en lui redonnant des forces et de la volonté. Nous passâmes d’abord en revue ce qui s’était produit durant la première régression et elle fit ce commentaire : « Je me fiche pas mal de ce que les autres peuvent penser ; je sais ce que j’ai vu, un point, c’est tout. » Elle parla avec désillusion d’un ami en qui, en principe, elle avait confiance et à qui elle raconta ses expériences d’enlèvement. Mais cet ami ne l’a pas crue, avoua-t-elle et se plaignit que « les gens pensent posséder un petit univers bien à eux, qu’ils connaissent par cœur, et ils refusent de voir au-delà de ces limites ».
Nous repassâmes en détail la première séance d’hypnose et Sheila se souvenait de tout avec exactitude, à l’exception de l’instrument carré qui fut enfoncé dans son abdomen et qu’elle se remémorait à présent comme étant rectangulaire, et approximativement de trois centimètres sur sept. Très consciencieusement (ce phénomène est typique), Sheila m’assura qu’elle n’avait pas cherché à me « mentir », mais qu’elle avait été tellement troublée par la douleur qu’elle n’avait pas pu s’exprimer avec clarté. Elle réclama « quelques directives, quelques objectifs précis », et je lui suggérai d’explorer plus amplement l’incident du mois de mars 1984, en reprenant les choses là où nous les avions laissées.
Cette fois encore, Sheila décrivit les lumières brillantes, le bruit, sa peur et son trouble, et combien elle s’était sentie frustrée lorsqu’elle s’aperçut qu’elle ne parvenait pas à réveiller son mari. Elle parla aussi de ces êtres qui pénétraient dans sa chambre et s’approchaient de son lit et elle insista derechef sur les yeux du personnage qui semblait être le chef. « Il me terrorise, dit-elle, mais j’arrive à mieux l’observer. Les » yeux, en effet, étaient noirs, et non pas marron, et le seul fait de les regarder lui inspirait le sentiment que cette même « teinte sombre m’encerclait ». Elle éprouvait des difficultés à « respirer, s’ « affaissait (incapable de faire le moindre geste) » et : « [...] Recouverte de quelque chose de noir... je me sentis comme enfermée dans une boîte noire ». Elle pense qu’elle a dû s’endormir l’espace de « deux secondes » puis : « Je vois une lumière, toute blanche, au-dessus... ça m’éblouit ». Ensuite, elle se retrouva sur la table, « se sentant bien » pour un court instant juste avant de sentir la panique monter en elle lorsqu’elle vit « des aiguilles... sous [ses] yeux ».
Les soubresauts qu’effectuait pendant ce temps le corps de Sheila, ainsi que d’autres comportements déjà décrits dans les notes de Pam Kasey, en disaient long sur l’intensité du vécu que suscitait une telle remémorisation. Elle se tordait les bras et les mains convulsivement. Ses jambes s’agitaient et se tordaient. Un sillon douloureux vint s’inscrire entre ses deux sourcils. Ses épaules se nouaient et elle tremblait des pieds à la tête. Sa respiration devint laborieuse, et puis elle se calma un peu. Parfois, elle observait de longs silences et elle avait de petits mouvements nerveux.
Les aiguilles furent enfoncées « en plein milieu du front ». Au début, ce fut très pénible puis elle se détendit. La présence de ces aiguilles au niveau de la tête semble être la cause de l’engourdissement du bras et de la main droite. Puis le chef se rendit auprès d’elle en tenant quelque chose qui ressemblait à un éventail pourvu « d’une aiguille à l’intérieur » : « J’ai essayé de l’empêcher de continuer parce que cela me faisait très peur », dit-elle. Puis les jambes de Sheila s’agitèrent dans tous les sens lorsqu’elle raconta comment le chef s’approcha d’elle, muni de cette espèce d’instrument en forme d’éventail. Ses jambes se trouvaient « légèrement écartées », la gauche étant tendue et la droite fléchie ; un des personnages planta l’aiguille de l’éventail dans la chair sur le côté de la jambe gauche. Sheila voulut crier en articulant : « Enlevez-moi cela. Enlevez-moi cela », mais elle ne put que gémir mollement malgré tous mes encouragements. Lorsqu’on lui ôta cette aiguille de la jambe, elle continua à éprouver de la « douleur » et de l’« engourdissement ».
Après cela, elle vit « tout un groupe d’êtres penchés au-dessus » d’elle. Cela la gênait beaucoup parce qu’elle n’avait plus un seul vêtement sur elle. Puis « quelque chose arriva au-dessus d’elle qui ressemblait à un rasoir électrique avec « quelque chose de noir par en dessous » : « Oui, ce sont eux qui le tiennent », dit-elle tandis qu’un des êtres « vient me l’appliquer sur moi » et le passer partout sur l’abdomen, du flanc gauche au flanc droit, ce qui la fit frissonner. Cela pourrait référer au rectangle noir dont il avait déjà été question. Son corps se raidit encore davantage et devint très agité ; Sheila gémit en rapportant les balades de cet instrument ressemblant à un rasoir sur son « flanc droit, très bas, là où j’imagine que se situe mon ovaire ou mon appendice ». Dans le même temps, les êtres tentaient de maintenir sa jambe droite à plat. Elle ressentit une grande douleur à cet endroit du corps. Sheila révéla ceci : « Je devais garder mon équilibre... On dirait qu’ils vont faire la même chose de l’autre côté !... Vous pouvez imaginer cela, vous, un éléphant en équilibre sur une seule patte ?» - c’est-à-dire se tenant sur une seule jambe sur son abdomen à elle. Puis elle éprouva la sensation qu’un instrument extérieur à son corps « était en train de lui aspirer quelque chose qui venait de [ses] entrailles ».
Au bout de quelques minutes, Sheila se calma, son corps s’apaisa et elle tira sans arrêt sur son chemisier en déclarant : « J’ai chaud. » Elle « ne prit pas le temps de faire attention » à ce qu’on lui extrayait des parois de l’abdomen. Elle affirma cependant qu’elle « vit le rectangle noir ». Elle parla encore de sa frayeur, de sa colère et de sa douleur, puis elle dit : « Je vois leurs yeux. Je ne veux plus jamais les revoir. »
À ce stade de notre séance, le décor évolua et les êtres montrèrent à Sheila quelque chose qui rappelait une immense verrière en vitrail rouge, avec des croisillons brun et or séparant les divers panneaux, qui s’incurvait pour former un dôme ; des panneaux successifs recouvraient ainsi la totalité d’un long mur. L’impression de Sheila : « C’est donc vrai que je suis là ». Le dôme en forme de cône s’élevait à une hauteur tellement vertigineuse au-dessus de sa tête que cela lui fit « un peu peur de le regarder ». En même temps, cette structure était d’une grande beauté, comme « une cascade de lumières... une fontaine d’or pur ». L’effet d’envolée était encore accentué par le fait que des rainures spiralées grimpaient jusqu’au sommet. Lorsque je demandai à Sheila pourquoi cela lui faisait tellement peur, elle ne put que répondre : « C’est comme la puissance. Je ne peux rien vous dire de plus ». Puis elle articula : « Je veux rentrer chez moi », et ce fut tout ce dont elle put se souvenir. « Ils m’ont débranché la mémoire », conclut-elle.
Après avoir effectué son retour à l’état normal, Sheila se sentit triste ; elle attribua d’abord ce sentiment au fait qu’elle s’était perçue « toute nue » et sans aucun contrôle sur elle-même. Elle essaya alors de retrouver une certaine légèreté mondaine en plaisantant : « Mon déodorant me faisait défaut en pareilles circonstances. J’étais en nage. » Mais elle remarqua quelque chose de plus significatif et qui était le fait de découvrir que « [son] corps n’était pas le [sien], »
Le Dr Waterman fut très impressionné par la puissance et l’authenticité apparente de ce que Sheila venait de revivre au cours de cette séance et, durant les semaines qui suivirent, il étudia le cas de Sheila sur toutes les coutures en envisageant toutes les probabilités afin d’être d’une aide plus efficace pour elle, « nous rejoignant dans ce mystère partagé ». Peu après, Sheila m’appela au téléphone pour me remercier du bon travail que nous venions de faire ensemble ; elle parla de l’isolement qu’elle avait éprouvé auparavant, du fait qu’on ne voulait pas la croire et exprima sa détermination à « obliger les thérapeutes professionnels à avoir le sens des responsabilités » quand ils ont devant eux des kidnappés de l’espace. Elle me confia aussi son désir de procéder à des recherches, afin de trouver la voie d’une meilleure intégration du type d’expérience qu’elle avait eu, avec les thérapeutes qui s’occupent plus particulièrement d’enlèvements extraterrestres, ceci dans la perspective d’une plus grande satisfaction chez les patients.
Julia et Sheila eurent également une longue conversation au téléphone quelques jours après cette dernière séance de régression. Sheila voulait savoir si je la croyais vraiment et posa beaucoup de questions sur l’hypnose et le processus qui consiste à se souvenir et à oublier. Elle se demandait s’il y avait des distorsions au sein du processus hypnotique et ce qui empêchait ses souvenirs de remonter spontanément, sans hypnose, vers la conscience éveillée. Elle supposa que cela pouvait bien être quelque chose comme la peur. Julia conclut : « J’ai été très impressionnée par la force que Sheila manifeste. Cette Sheila-là me semble être une autre personne. Elle peut tenir sa place dans une conversation, là où auparavant elle n’était qu’une personne timide et fragile qui retenait constamment ses larmes. Pour moi, c’est un des aspects les plus fascinants des phénomènes d’enlèvement : comment les rapports qu’on a avec les souvenirs enfouis dans la mémoire peuvent transformer complètement votre existence tout entière. »
Avant d’entamer la troisième régression, en présence cette fois encore du Dr Waterman, nous fîmes le bilan avec Sheila de ce qui s’était passé depuis notre dernière entrevue, c’est-à-dire depuis les six dernières semaines. Juste trois nuits avant, vers les trois heures du matin, Sheila avait eu un autre rêve « comme de l’électricité » au cours duquel elle était restée dans un état de semi-conscience. « Je me suis réveillée en sursaut et j’ai entendu quelqu’un qui respirait d’une drôle de manière et j’ai senti une main sur mon flanc. » Elle ne fit qu’un bond, hurla de terreur, alluma la lumière et ne vit personne. Pourtant l’impression d’avoir senti une main sur sa hanche semblait bien réelle, ainsi que « le petit bruit sec » qu’elle interpréta comme une respiration. Même si Sheila se sent parfois beaucoup plus forte qu’avant, et ce aussi dans les heures nocturnes, il lui arrive encore, comme cette nuit-là, de vivre de terribles frayeurs lorsqu’elle a le sentiment « qu’il y a quelqu’un près de vous dans la chambre et que vous, vous ne pouvez pas le voir ». Ce qui la met le plus mal à l’aise, c’est ce manque de contrôle sur elle-même et l’idée qu’elle demeure impuissante à protéger Beverly, sa fille. Et sa réflexion exprime parfaitement un sentiment partagé par tous les kidnappés : « Vous vivez avec cette crainte permanente que quelque chose va arriver. »
Après cette discussion, nous abordâmes la question de la première participation de Sheila à mon groupe de soutien (« les gens se situent à des niveaux différents », observa-t-elle avec justesse). Les kidnappés « se trouvent tous dans le même bateau, remarqua-t-elle, un bateau qui voyage dans le temps, c’est le moins qu’on puisse dire ». Elle parla ensuite de l’impact « régénérateur » qu’il y avait pour elle à reconnaître la nature de ses expériences, et la difficulté consécutive à leur trouver quoi que ce fût de positif : « Je ne sais pas si je voudrais vivre le reste de ma vie sous le contrôle de quelqu’un d’autre », commenta-t-elle. Elle avait du mal à assumer les implications inhérentes à ce qu’elle avait récemment découvert grâce aux régressions hypnotiques, « si ce n’est qu’il existe des pouvoirs plus grands... et que nous autres humains sommes de petites choses insignifiantes... et que vous avez peut-être transformé (sic) quelque barrière ». Concernant les extraterrestres eux-mêmes, elle s’étonnera en ces termes : « Mais d’où est-ce qu’ils viennent ? » Et ce qui la troubla le plus : « Pire que l’éventail et l’aiguille et l’éprouvette et le rasoir électrique et les aiguilles dans mon crâne, c’était l’obscurité... C’est une expérience effrayante de l’obscurité... On regarde dans leurs yeux pour essayer de savoir comment ils sont arrivés là, et puis tout devient noir. »
Sheila avait décidé d’explorer son expérience du nouvel an de 1989 dans laquelle elle avait éprouvé « de l’électricité » et senti que « quelque chose [la] forçait à sortir », mais elle n’avait aperçu aucun être. Avant de commencer la séance d’hypnose, elle se rappela qu’elle s’était réveillée vers minuit une première fois, puis vers une heure un quart en entendant un bruit ; elle avait eu l’impression que quelqu’un avait ses mains sur ses bras et ses jambes : « Ils me maintenaient face contre le lit, et ils m’ont tirée comme ça. Je me suis assise et n’ai pu rien distinguer. J’étais complètement affolée. J’étais terrorisée à l’idée d’être toute seule. »
Au début de la régression, nous survolâmes les événements de ce nouvel an. Dans son journal, en date du 12 janvier 1990, Sheila écrivait ceci : « J’ai eu une frayeur monstre durant la nuit. C’est le pire [rêve] que j’aie fait depuis longtemps. » Ce soir-là, le père de Sheila, sa sœur Melissa et Kimberly, la fille de Melissa, étaient venus rendre visite à Sheila ainsi qu’à son mari, Jim, et sa fille, Beverly. Tous quittèrent leur maison vers les onze heures du soir et Sheila alla se coucher à onze heures et demie, parce qu’elle était fatiguée. Beverly venait de persuader sa mère de permuter les chambres, parce que celle de Sheila était plus grande et possédait le téléphone. Sheila expliqua à sa fille qu’elle n’avait pas le temps de changer les draps et décida que le plus simple serait d’aller s’installer au rez-de-chaussée sur le grand canapé de la véranda. Elle alla chercher à l’étage son oreiller, s’enroula dans une couverture et rumina sa tristesse parce que sa mère n’était pas là.
Sheila nota dans son journal, tandis qu’elle s’apprêtait à s’endormir : « Je me sentais très mal. J’avais peur de rester seule. » La véranda, qui est contiguë à la maison, était « tellement éloignée de Jim et de Beverly ». Elle se souvint du ronflement des humidificateurs et du bruit que faisait le balancier de la pendule d’en bas. Elle pense qu’en dépit de ses craintes elle parvint à s’endormir. Elle se réveilla vers minuit -l’horloge lumineuse du magnétoscope indiquait 12 : 02 d’après ses notes du 12 janvier 1990 -, effrayée par des « feux d’artifice » qui semblaient venir de l’autre côté de la rue où des gens « donnaient une fête. Ce soir ils s’amusent ». Puis elle fut angoissée par une lumière qui pénétra dans la pièce et se dit : « C’est trop intense. » La lumière disparut et Sheila ajouta : « Je me suis levée pour aller voir ce que cela pouvait bien être. » Elle était encore éveillée quand le magnétoscope afficha la demie de minuit.
Je ramenai Sheila au moment où elle avait regardé du magnétoscope et lui demandai ce qu’elle avait fait ensuite. Elle me répondit qu’elle s’était tenue près de la fenêtre et avait regardé cette lumière sur un piquet planté dans l’allée des voisins. Elle avait cru que c’était cette source lumineuse qui était à l’origine de la clarté qui était entrée jusque dans la pièce où elle était couchée. Puis, malgré le fait qu’elle tremblait de peur à cause de la violence de cette lumière insolite, elle se souvint de s’être recouchée sur le canapé, en partie pour juguler sa peur. Elle se remémora aussi avoir regardé l’orgue et les plantes vertes du salon. Mais sa peur ne faisait que croître, aussi bien dans les souvenirs qu’elle revivait que dans notre séance de régression elle-même. Étendue sur le côté gauche, Sheila essaya de fermer les yeux. Malgré les affres de la terreur, elle affirma qu’elle put tout de même céder au sommeil : « Cela a pris un petit moment. J’étais très fatiguée. »
Elle éprouva encore de l’angoisse à l’idée de se trouver aussi éloignée de Jim et de Beverly puis : « [...] Je vis de nouveau cette lumière. Je me mis à chercher d’où cela pouvait bien venir. » La lumière semblait provenir du côté de la maison. « Elle était très brillante. Je l’ai bien regardée ; c’est alors qu’elle est devenue toute noire. » Elle avait peur de cette lumière et se demanda comment elle pourrait bien faire pour s’en débarrasser. C’est à ce moment-là que, dans la lumière même, elle aperçut quelque chose d’orangé et de rose « avec dessus un gros point noir ». Puis elle sentit, non plus de côté mais dans son dos, une lumière tellement brillante qu’elle me demanda à moi : « C’est vous qui avez allumé cette lumière ? » Enfin elle se retrouva environnée de « quelque chose de gris et d’épais, comme un brouillard ». Dans son journal du 12 janvier 1990, elle avait écrit à ce propos : « gris et en forme de V... Je ne pouvais pas les voir... mais il y en avait deux à chacun de ces endroits mon cou, - mes avant-bras - et six sur mes chevilles, ce qui faisait dix en tout. La seule façon de les décrire est qu’ils me faisaient mal et qu’ils se trouvaient deux par deux parfaitement symétriques - je ne retrouvai pas cette configuration même après être réveillée. Ils paraissaient tellement réels ». Sa respiration devint difficile et elle haletait ; elle croyait qu’elle était debout et aurait voulu s’allonger. Elle confia qu’elle « ne ressentait pas de froid », comme si elle se trouvait « dans une espèce de bulle grise à la température de la pièce... sans murs définis ni plafond plat ».
Puis Sheila annonça tout de go : « Je n’ai vu que leurs yeux. Je veux m’en aller. Ils sont là, juste en face de moi.
Où cela ? demandai-je.
À côté de ce machin gris. » Une lutte vigoureuse s’ensuivit,
après quoi Sheila dut regarder leurs yeux, alors qu’elle
faisait tout pour éviter ce contact, ne cherchant qu’à fuir.
Elle remarqua quel à point ces yeux étaient « grands » et «
d’une concentration intense » : « Et je ne les ai jamais vus
ciller. » Obligée à subir ces regards et à y répondre, elle
avoua : « Je regarde les yeux. » Malgré la reconnaissance de
cet incident, ou même l’acte de regarder dans les yeux des
êtres, ou encore les deux, Sheila se sentit un peu plus
détendue. Elle remarqua que dans le même temps elle
pouvait croire qu’elle devenait folle, « comme quand vous ne
savez plus ce que vous faites, dans le genre psychotique,
c’est-à-dire lorsque vous décrochez de la réalité ». Sur un ton
geignard et au bord des larmes, Sheila parla de la terreur
qui la saisit lorsqu’elle perdit tout contrôle sur elle-même. «
Ils contrôlent tout... Je dois céder. » Elle se sentit « exploitée
par les êtres », mais estima en même temps : « Nous
dépendions l’un de l’autre. » Ses pensées revinrent à la
fameuse lumière « trop brillante » qui l’avait tant effrayée.
Puis, par la fenêtre, Sheila vit quelque chose « d’orangé » au-
dehors et de « très bas au-dessus du sol ». Avec d’énormes
difficultés, et en dépit de tous mes encouragements, elle ne
put que prononcer ceci : « J’ai vu une énorme masse ovale et
de couleur orangée. »
Sheila demanda à « retourner vers les yeux » et à aborder la question de la « dépendance qu’ils créaient... Ils ne m’ont dit qu’une seule chose dit-elle après avoir renoncé à lutter pour »,
conserver un certain contrôle. Se rendant parfaitement compte que ni elle ni moi ne savions exactement ce dont il s’agissait au juste, Sheila affirma pourtant ceci : « Chacun dépend de l’autre. Je dois accepter sa présence [celle de l’être] au sein de mon existence », ou du moins « qu’il vienne vers moi pendant la nuit ». Elle ne croit pas « qu’il vienne durant les heures diurnes ». Lorsque je lui demandai comment une telle information était parvenue jusqu’à elle, elle répondit : « Je le sais, c’est tout. Je sais exactement tout ce qu’il pense. Il communique mais il ne peut pas parler. » Et cela n’avait pas l’air de la réjouir outre mesure : « Je n’aime pas quand il est là », mais elle accepta la vérité de ce qu’elle avait reconnu.
Sheila eut beaucoup de difficultés pour se remettre d’aplomb et s’asseoir sur le divan quand la régression fut terminée. Elle fit tout de suite le rapprochement entre les yeux et cette obscurité dont elle avait parlé lors des précédentes séances. « Ces yeux sont effroyables. C’est simple, je regardais ces yeux lorsque je fus environnée d’obscurité. Tout ce que je pouvais voir, c’était l’obscurité la plus totale. » Cette fois-ci, cependant, elle ne se sentit pas environnée d’obscurité lorsqu’elle regarda les yeux ; elle se sentit même plus détendue mais estima que cette idée, « nous dépendons l’un de l’autre », était épouvantable parce qu’« ils ne sont pas amicaux. Vous ne les inviteriez pas pour passer des vacances chez vous ». Elle se demanda s’ils étaient « trompeurs » : « Vous ne pouvez dépendre de quelqu’un en qui vous ne pouvez pas avoir confiance. Vous ne pouvez pas vous fier à eux. » Mais à ce sujet, elle n’était pas très sûre d’elle.
Nous échangeâmes quelques idées sur la manière dont intervient l’interdépendance une fois que le contrôle vous a échappé. « Quand je regardais leurs yeux - nous avons déjà abordé le fait que nous dépendions l’un de l’autre -, je commençais à penser à la théorie des systèmes, vous savez, ce qu’on appelle l’écologie. Mais maintenant que je suis éveillée, je crois que... euh... c’est très dur de penser qu’ils sont là tout autour de vous... Je suis persuadée qu’ils sont là, même durant la journée, même si je ne les vois pas. » Sheila se débattit encore avec le problème de la perte de contrôle. « Je ne vois pas d’équilibre, comme quand vous regardez leurs yeux et passez sous leur contrôle en dépendant chacun l’un de l’autre. Et je ne vois pas d’équilibre à penser logiquement. » Nous discutâmes aussi du désir humain « qui était sous contrôle » et des conséquences destructrices que cela induisait. « Vous devez renoncer à garder l’équilibre », dit-elle. Les êtres humains ont été « socialisés pour être contrôlés » durant la journée. « Ça, c’est le contrôle diurne, ajouta-t-elle. La nuit, vous renoncez à ce parfait équilibre. » Nous terminâmes sur la question de savoir si la perte de contrôle dans les périodes nocturnes pouvait recevoir une quelconque gratification durant la journée. « Je pense que oui, dit Sheila.
Comment cela ? demandai-je.
Eh bien, je ne sais que vous répondre », fit-elle.
Le Dr Waterman fut cette fois encore extrêmement impressionné par ce qu’il venait de voir et d’entendre, aussi bien au cours de cette séance que dans les jours qui suivirent. Sheila continua à intégrer ce qui avait perlé à la surface durant ce travail, surtout au cours de leurs entrevues. Des détails troublants lui revinrent en mémoire et elle les consigna dans son journal, le 12 janvier 1990, mais curieusement, ces détails n’étaient pas réapparus lors de la régression elle-même, et cela concernait tout particulièrement les taches en forme de V. De nouveau, selon le Dr Waterman, Sheila semblait être une « personne différente », souriante et attentive envers lui (le père du docteur venait de mourir), et beaucoup plus assurée qu’à l’ordinaire. Plus tard, elle m’écrivit qu’elle avait été surprise par les grands changements qui s’étaient opérés en lui : « Pas du tout les mêmes idées -quelque chose était différent. » Je revis Sheila à une réunion de groupe le 14 décembre, trois semaines après notre dernière séance. Elle paraissait plus énergique et lumineuse, et vous regardait droit dans les yeux ; elle me confia qu’elle se sentait mieux dans sa peau et qu’elle avait retrouvé l’espoir. Nous parlâmes des efforts qu’elle déployait pour aider une autre kidnappée qui se débattait avec une dépression due à l’exploration des expériences d’enlèvement à laquelle elle se livrait, exactement comme Sheila elle-même venait de le faire.
Il est toujours difficile d’accepter quelque chose dont nous ignorons tout. En psychiatrie, il existe une tendance, assez naturelle somme toute, qui consiste à essayer d’appliquer les catégories dont on est familier à toute donnée psychologique ou à tout phénomène émotionnel rencontré. Le doute et l’incertitude absolus sont des situations parfaitement inconfortables. Dans le cas de Sheila, l’avènement de ses « rêves électriques » et autres symptômes indicateurs de conditions traumatiques, faisant suite au décès de sa mère, créa une certaine logique qui plaidait en faveur d’une explication de son cas fondée sur un deuil non résolu, une dépression ou un désordre classique post-traumatique rattaché à ce décès, parce que la patiente avait été très proche de sa mère. Et pourtant, tous les efforts d’interprétation et de thérapie qui obéirent à ce schéma échouèrent à apporter le moindre soulagement à Sheila ; et vers la fin de l’année 1992, elle avait atteint le fond du désespoir.
Rétrospectivement, il nous est loisible de mettre l’accent sur plusieurs caractéristiques du cas de Sheila qui ne s’intègrent pas dans le diagnostic du deuil resté en suspens et de la dépression. Même s’ils peuvent être jugés comme extrêmement perturbants et obsédants, les rêves électriques (le principal symptôme de Sheila) ne portent pas en eux-mêmes une quelconque indication qui référerait à cette perte, cette séparation ou tout autre signe de douleur ; on n’y rencontre pas non plus de ces pertes insidieuses de sa propre estime ni de cette culpabilité qui accompagnent souvent la dépression telle qu’on l’observe cliniquement. Même les impulsions suicidaires de juillet 1985 n’étaient qu’une réponse à un vrai problème de confiance avec son thérapeute à un moment où Sheila se sentait particulièrement seule et abandonnée.
En fait, Sheila manifesta quelques traits typiques du stress post-traumatique dans son angoisse générale, ses rêves perturbants et ses insomnies. Mais la question qui reste posée est celle de son origine. La mort de la mère fut un grand choc pour Sheila, ainsi que le désintéressement de son mari à ses problèmes. Pourtant, ses réactions à ces événements -auxquels elle semble d’ailleurs s’être adaptée raisonnablement bien - ou le contenu de ses rêves ne renferment pas grand-chose qui puisse suggérer l’idée qu’ils furent des incidents déterminants, à l’origine de son état traumatique grandissant. Des examens neuropsychologiques effectués en 1991 offrent quelques renseignements sur les angoisses de Sheila, mais ne prouvent pas à l’évidence la présence de la dépression ; Sheila a été décrite comme « un sujet brillant, atteignant largement le niveau moyen et même supérieur ». On ne découvrit aucune cause à son traumatisme, en dehors de ses expériences d’enlèvement extraterrestre.
Le cas de Sheila nous offre les traits caractéristiques du phénomène d’enlèvement. On y trouve des cauchemars effrayants qui paraissent plus réels que ceux auxquels on est accoutumé ; des souvenirs - certains spontanés, d’autres obtenus sous hypnose - d’intrusions d’êtres humanoïdes dans la chambre à coucher et de voyages forcés vers d’étranges endroits fermés où le sujet est soumis à d’indécentes procédures pseudo-chirurgicales. Au cours de trois séances de régression hypnotique, il ne nous a été possible que d’égratigner la surface de ce que Sheila semble avoir supporté. Pourtant, en sa compagnie, nous avons exploré ces expériences et leurs mystères et nous avons donné à cette jeune femme l’opportunité d’exprimer (au sens fort du terme) les affects refoulés qui leur étaient associés, avec les effets thérapeutiques que l’on pouvait en espérer.
On pourrait, bien sûr, nous objecter que l’amélioration de l’état de santé de Sheila résulte du fait qu’on l’a confirmée dans ses illusions et ses fausses croyances. Mais je ne vois rien en Sheila et dans son fonctionnement mental qui indique une tendance aux fantasmagories délirantes, ou même à se laisser influencer. De plus, les individus qualifiés de psychotiques et qui sont en proie à de véritables hallucinations ne vont pas mieux lorsqu’on est parvenu à exciter leurs imageries, dans la mesure où il leur faut, pour continuer à faire marcher leur système mental créateur d’illusions, bien trop d’une énergie qu’ils ne peuvent plus consacrer à autre chose. Il nous faut également considérer le bénéfice que l’on retire à faire partie d’une communauté de pensée et de croyance, comme c’est le cas pour certains groupes religieux, alors que le phénomène d’enlèvement va justement l’encontre des croyances sociales à du moment ; et Sheila, comme d’ailleurs la majorité des kidnappés, estime que l’idée même que ces intrusions, quelle qu’en soit l’origine, existent réellement est extrêmement dérangeante. En fait, elle a même subi des traumatismes additionnels en se retrouvant devant la nécessité de reconnaître la réalité même des expériences d’enlèvement. Enfin, il y a le témoignage du Dr Waterman, qui était sceptique au début sur toutes ces questions d’enlèvement mais qui avait le désir de travailler avec moi. Connaissant Sheila depuis plus de sept ans, il vit bien que les réponses qu’elle a données sous hypnose étaient authentiques et le reflet d’expériences traumatiques extrêmement importantes, dont l’origine ne pouvait apparemment être que ce que nous en disait Sheila elle-même au cours de ces séances.
Le phénomène d’enlèvement défie toute notion de réalité telle que la conçoit la science occidentale. On ne peut tout simplement pas croire que cela puisse arriver. Mais voilà, à des individus comme Sheila qui nous rapportent ce qu’elle nous a rapporté, quelle réponse, quelle explication conventionnelle aurons-nous l’audace de leur proposer ? Sheila elle-même fit ce commentaire dans une lettre adressée au Dr G. : « Ça n’a tout simplement aucun sens dans le monde tel que nous le connaissons. » Mais comme Freud l’a dit un jour, la théorie n’empêche nullement les faits de se produire. Tout ce que les professionnels de la santé mentale peuvent aujourd’hui se proposer de faire est de garder un esprit ouvert lorsqu’ils reconnaissent chez un patient le syndrome lié au phénomène d’enlèvement extraterrestre, même s’ils ne le comprennent pas, et d’éviter de donner des explications trop hâtives. Nous ferions bien, en effet, de suivre l’exemple de Sheila lorsqu’elle écrit au Dr Waterman en 1990 : « J’ai laissé mes médailles académiques dans l’antichambre. » Écouter même si l’on ne sait pas, mais écouter avec la volonté d’explorer l’inconnu ; cela seul peut aider à avancer dans la connaissance.
Sheila a eu plus de difficultés que d’autres sujets pour à la fois remonter dans ses souvenirs et faire face à leur contenu traumatisant, mais elle effectue de grands progrès et accuse progressivement une transformation qui m’est désormais devenue familière. En association avec sa perte de contrôle, elle commence à reconnaître les conséquences négatives, pour elle-même en tant qu’individu comme pour l’équilibre écologique de la planète tout entière, de notre lutte acharnée pour tout dominer et tout contrôler ici-bas. Nous ignorons si cette évolution de conscience est un produit de son exploration avec moi ou s’il s’agit d’une caractéristique inhérente au phénomène d’enlèvement. Il est intéressant à ce propos de noter que l’expérience de Sheila qui consiste à reconnaître son interdépendance avec les extraterrestres, suivie de près par un intérêt pour l’écologie mondiale, se produisit lorsqu’elle dut regarder dans les yeux du chef et lui céder le contrôle de sa personne.
Le phénomène d’enlèvement extraterrestre est potentiellement une source d’informations très riche sur la compréhension de nous-mêmes et sur l’univers dont nous faisons partie. Mais avant d’accréditer ces nouvelles connaissances, nous devons d’abord admettre que notre ignorance est immense sur la nature et ses secrets. Comme Sheila l’écrivit au Dr R. : « Un jour ou l’autre, quelqu’un d’autre que moi viendra vous raconter la même histoire. Je n’ai pas d’explication scientifique à donner, mais de toute évidence, ce problème fait appel à autre chose qu’à l’ignorance. Nous pouvons bien admettre que la psychiatrie ne possède pas toutes les réponses pour rendre compte de tous les désordres mentaux, aussi pourquoi devrait-on croire que la science est prête à expliquer tout ce qui se passe dans le monde ? »
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