Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

Implications politiques, économiques et religieuses

Implications politiques, économiques

et religieuses

 

La vision du monde scientifique et matérialiste de l’Occident a été un immense succès dans ses explorations du monde physique, découvrant maints de ses secrets et utilisant ce savoir pour les besoins de l’humanité. On ne craint plus la rigueur des hivers, on a réduit la souffrance et la maladie, on a appris à communiquer électroniquement avec ceux qui sont au loin. Mais parallèlement, on a créé des armes offensives qui peuvent désormais détruire toute vie sur la Terre. Nos technologies modernes ont épuisé les ressources de la planète. On est au bord de la catastrophe. Le déséquilibre écologique des espèces et de la nature est dramatique. Nos désirs inconsidérés sont synonymes de mort pour toutes les autres formes de vie, y compris celles qui nous ont donné naissance.

La tâche s’impose et de façon urgente : renverser la vapeur. Car même si les bonnes volontés sont prêtes à reconnaître qu’il va en effet falloir relever ses manches, les énormes intérêts investis feront encore obstruction pour des questions de rentabilité et de profit. Comment, dans ces conditions, trouver les moyens qui permettraient d’instaurer une nouvelle harmonie avec l’environnement. Des institutions puissantes (le corporatisme, les groupements scientifiques et militaires, les industries, les systèmes d’enseignement, etc.) dépensent des millions de dollars pour maintenir les choses en l’état. Pour les affaires internationales, la planète n’est qu’un immense marché que s’arrachent les plus malins ou les mieux placés.

De plus, il existe des intérêts psycho-spirituels bien établis qui ont pour fonction de résister au changement et qui sont même peut-être plus efficaces que les intérêts purement financiers. Ces intérêts sont, par exemple, reflétés par l’attachement que nous gardons à la notion de lois physiques expliquant tout ce qui nous entoure ; si d’autres êtres résident dans le cosmos, ils seront fatalement plus ou moins semblables à ce que nous sommes. Le gouvernement américain avait lancé le programme SETI (programme de recherche sur des intelligences extraterrestres) avec la certitude que si des intelligences extraterrestres pouvaient signaler leur présence, ce serait grâce à des ondes radio. Voilà un autre exemple de cette manie de tout concevoir en ne dépassant pas le bout de notre nez. L’éventualité que ces mêmes intelligences pourraient bien choisir de communiquer avec nous autrement que par le truchement de cette technique désuète et limitée des ondes radio, notamment en ouvrant notre champ de conscience, n’est pas venue une seule seconde à l’idée de ces dignes inventeurs. Comme le fit remarquer le philosophe Terence McKenna : « Rechercher et attendre un signal radio envoyé d’une source extraterrestre est probablement une aussi grande présomption culturelle que de chercher dans la galaxie un bon restaurant italien » (McKenna 1991).

Je n’arrive pas bien à saisir pourquoi d’ailleurs nous nous cramponnons tellement à nos conceptions et nos façons d’interpréter le monde. Peut-être doit-on penser qu’un paradigme scientifique compréhensible, comme toute idéologie, rassure en confortant le sentiment de maîtrise et de pouvoir. Le mystère et la sensation de ne pas savoir sont bien évidemment antithétiques de ce besoin que nous avons de maintenir le contrôle et il semble même parfois que l’inconnu inspire une telle terreur que nous avons l’impression de nous désintégrer, comme la grenouille du conte tibétain confrontée à un monde trop vaste pour être appréhendé. C’est aussi probablement pour cette raison que l’élite intellectuelle et politique de nos cultures semble encore plus que quiconque soucieuse de perpétuer une vision matérialiste de la réalité. Les phénomènes d’enlèvement ovni, qui frappent de plein fouet nos idées reçues occidentales et nous révèlent qu’en fait nous ne contrôlons rien du tout, sont beaucoup plus immédiatement acceptables par les couches moins cultivées de la population que par les esprits sophistiqués de nos sociétés. Car c’est en effet dans une large mesure cette élite scientifique et gouvernementale, sans parler des médias sélectionnés qu’elle contrôle, qui détermine ce que nous devons prendre pour la réalité. Ces institutions monolithiques sont comme par hasard les principales bénéficiaires de l’idéologie dominante.

Cette « politique de l’ontologie » (Mack 1992) se trouve être ainsi l’arène où vont se jouer la réalité et la signification du phénomène d’enlèvement ovni. Avant qu’une signification potentielle pour nos existences individuelles et collectives ne s’impose d’elle-même, il nous appartient de considérer le problème avec sérieux en le sortant des griffes de la presse à sensation pour l’exposer au grand public, de sorte que les médias actuels soient contraints d’abandonner leurs commentaires narquois et dédaigneux. Car notre gouvernement, comme tous les gouvernements, « a un problème » avec tout ce qui se rapporte au phénomène d’enlèvement. Après, c’est le travail de tout gouvernement d’essayer de protéger sa population et, pour les officiels, reconnaître que des êtres étranges, débarquant d’engins qui font la nique à nos radars et semblent défier toutes les lois de la gravité et de notre espace-temps, puissent envahir nos foyers et kidnapper des gens à leur convenance n’est pas sans poser de graves problèmes. Cela expliquerait certainement pourquoi, depuis le début de toute cette affaire d’ovnis, le gouvernement a affiché un comportement pour le moins confus, accumulant les dénégations et les cachotteries. Autant de réactions qui le ridiculisent et qui n’ont fait qu’alimenter les théories d’une fabuleuse conspiration du silence.

Il existe encore bien d’autres implications au niveau politique. Songeons qu’en fait, la politique, qu’elle soit locale, nationale ou internationale, n’est jamais qu’une affaire de pouvoir. Nous recherchons ce pouvoir pour dominer, contrôler ou influencer une sphère d’action. Mais le phénomène d’enlèvement, dans sa démonstration même que l’art du contrôle devient impossible, sinon absurde, et par sa capacité à nous révéler une ampleur insoupçonnée de notre identité dans l’univers, invite l’humanité à découvrir un autre sens à ce « pouvoir », un sens plus profond et plus spirituel. Les conflits ethnologiques, qui ne sont finalement que des querelles de clochers (ce qu’Erik Erikson appelle « pseudo-spéciation »), sont à l’origine de souffrances innombrables et d’une menace incommensurable pour la survie de l’humanité. Le type d’identité que suggère le phénomène d’enlèvement ovni, identité plus globale, interconnectée, voire cosmique, pourrait bien offrir une diversion à nos inlassables guerres pour gagner et dominer la planète. Au mieux, le phénomène ovni pourrait nous sortir un peu de nous-mêmes et nous entraîner dans une grande aventure cosmique, potentiellement infinie. Mais tout cela dépend du sérieux avec lequel nous allons traiter de la question et de ses implications.

Les implications économiques sont, quant à elles, inséparables des implications politiques. La perte du sens du sacré et le mépris de toute intelligence ou conscience autres que les nôtres dans la nature ont permis aux plus forts d’exploiter les ressources de la Terre sans aucun égard pour les générations futures. La croissance illimitée et anarchique est devenue une fin en soi, comme le rappellent inlassablement les « indicateurs » économiques, sans souci d’une catastrophe imminente annoncée par la multiplication insensée de la population humaine et l’épuisement des ressources naturelles. De plus, si cette avidité acquérir (un à euphémisme parle des « forces de marché ») devient incontrôlable, les inégalités de distribution des biens et notamment de la nourriture risquent de s’amplifier dangereusement et de provoquer non seulement des guerres de survie mais un chaos généralisé. Les phénomènes ovnis ne parlent pas directement de cette éventualité future. Le phénomène ne nous sauve pas, il ne peut pas nous sauver. En revanche, comme nous allons le voir rapidement, le phénomène semble relié de manière complexe à cet aspect avide de la nature humaine, à ces racines qui peuvent être cause de notre perte, et aux conséquences à venir de nos comportements collectifs. Pour les kidnappés, et pour nous tous si seulement nous étions plus attentifs, les rencontres ovnis sont profondément éclairantes, dans le sens le plus large du terme.

Le phénomène d’enlèvement ovni représente d’autre part un problème particulier pour certaines religions installées. Depuis le début de l’histoire de l’humanité, de petits groupes d’hommes, reconnaissant la puissance de certaines forces spirituelles « extérieures à nous » et le danger qu’elles pouvaient représenter, se sont donné pour tâche de guider leurs frères dans toutes « ces ultimes questions » (Zock 1990). Les chefs religieux tentent donc de nous instruire sur la nature de Dieu et de déterminer, à notre place, quels êtres spirituels et autres entités peuvent exister dans le cosmos. Au Moyen Age, l’Église catholique, par exemple, avec le zèle qu’on lui connaît, essaya d’imposer un monothéisme particulier fondé sur une trinité et supprimant le plus souvent d’une manière violemment radicale les polythéismes préexistants qui avaient cours dans la plus grande partie de la vieille Europe.

Il ne reste par conséquent que très peu de place, dans notre tradition judéo-chrétienne, pour toute une variété de petits mais puissants esprits familiers dont le drôle de rôle serait fait d’un mélange de traumatisme et de transcendance, sans égard apparemment pour la hiérarchie ou les doctrines des religions reconnues et établies. C’est une chose d’accepter l’idée que r« esprit réside » dans l’univers et que « nous ne sommes pas seuls ». C’en est une autre pour l’« esprit » de se manifester sous des formes étranges et effrayantes, partiellement semblables à notre propre image. Dans le meilleur des cas, ce serait quelque chose de troublant et de difficile à intégrer. Au pire, dans la perspective dualiste chrétienne, ces êtres aux yeux sombres pourraient apparaître comme des suppôts du Diable (Downin 1990). Les religions orientales comme le bouddhisme tibétain, qui ont toujours admis l’existence de toute une kyrielle d’esprits, génies et entités cosmiques, semblent avoir moins de difficultés pour accepter la réalité des phénomènes d’enlèvement ovni que les monothéismes dualistes qui offrent, eux, une plus grande résistance.

Il m’apparaît difficile d’ignorer désormais le fait que les phénomènes d’enlèvement interviennent sur Terre au moment où la crise planétaire est à son comble. Les pouvoirs et l’esprit de conquête des hommes, rendus presque invincibles grâce aux technologies qui ravagent la planète et son environnement, nous ont menés au bord de la catastrophe. Certes, des efforts sont faits à tous les niveaux pour enrayer le processus. Mais la destruction systématique ne recule pas pour autant. Les enlèvements semblent donc principalement concernés par deux projets parallèles : transformer la conscience humaine pour prévenir l’anéantissement de la vie sur Terre ; allier deux espèces dans le but de créer une nouvelle forme évolutive de vie.

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