Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

Les enlèvements à notre époque

 

Si l’on accepte l’affaire Villas-Boas de 1957 signalée plus haut, l’histoire contemporaine des enlèvements extraterrestres débute en septembre 1961 par l’aventure aujourd’hui célèbre de Barney et Betty Hill (Fuller 1966). Les Hill forment un couple interracial stable et respectable qui vit dans le New Hampshire ; ces personnes souffraient toutes deux de symptômes très pénibles depuis plus de deux ans lorsqu’elles décidèrent, à contrecœur, de consulter à Boston le psychiatre Benjamin Simon. Barney était devenu insomniaque et Betty était en proie à d’affreux cauchemars. Tous deux éprouvaient une angoisse permanente qui rendait leur existence intolérable. Ils se virent donc contraints de replonger dans les souvenirs de cette fameuse nuit de septembre où deux heures « manquaient » inexplicablement au temps qu’il leur avait fallu pour rentrer chez eux de vacances passées à Montréal. En dehors de la détresse relative à l’incident lui-même, le docteur Simon ne constata aucun trouble d’ordre psychiatrique chez ses deux patients.

Les Hill racontent que, la nuit du 19 septembre 1961, ils furent « accostés » par de petits êtres gris humanoïdes pourvus d’yeux étranges. Auparavant, ils avaient aperçu une lueur mouvante et un engin bizarre. Les Hill ne se souvenaient absolument plus de ce qui s’était passé durant ces deux heures manquantes et ce jusqu’à ce que des séances répétées d’hypnose avec docteur Simon en eussent révélé le le contenu. Au cours de ces travaux, le docteur Simon demanda à ses patients de ne pas échanger d’informations entre eux sur les souvenirs qui leur revenaient. Les Hill déclarèrent que, après avoir été extirpés de leur voiture, ils avaient été emmenés contre leur gré par les petits êtres à bord d’un vaisseau. Chaque membre du couple rapporta de son côté qu’une fois à bord, ils furent installés sur une table et soumis à des examens pseudo-médicaux détaillés, au cours desquels on leur préleva des « échantillons » de peau et de cheveux. Une aiguille fut introduite dans le ventre de Betty et on lui fit subir un « test de grossesse ». Les chercheurs ont récemment découvert qu’on avait également prélevé sur Barney des échantillons de sperme, fait que ce dernier avait totalement occulté comme le fit aussi John Fuller, qui publia plus tard cette affaire, en avouant que ce fait était, en effet, trop humiliant à l’époque pour que Barney pût l’accepter (Jacobs 1992). Les êtres communiquèrent télépathiquement avec les Hill, c’est-à-dire de façon non verbale mais « comme si c’était en anglais ». Les Hill furent ainsi « priés » d’oublier toute cette aventure.

Alors que le docteur Simon croyait que les Hill avaient fait l’expérience d’une espèce de rêve ou d’imagerie partagée, une « folie à deux » en quelque sorte, ceux-ci ne démordirent pas de l’idée que les événements avaient été parfaitement réels et qu’ils n’avaient en aucun cas échangé d’informations entre eux pendant toute la durée de l’investigation. Barney, décédé en 1969 à l’âge de quarante-six ans, avait toujours manifesté de grandes réticences à croire en la réalité de tels phénomènes et il aurait sûrement préféré savoir que tout cela appartenait à un monde irrationnel : « Je voudrais tant que cela ne fût qu’une hallucination », dira-t-il au docteur Simon au cours de leur travail commun. Mais, en fin de parcours, Barney ne put que conclure : « Ce que nous avons vu et ce qui nous est arrivé appartient à quelque chose de différent de tout ce que j’ai pu voir auparavant », et « ces choses me sont arrivées à moi ». Betty, qui poursuivit son combat en continuant d’en parler publiquement, est persuadée, elle aussi, de la réalité des événements. En 1975, un film raconta leur histoire (The UFO Incident)-, James Earl Jones jouait le rôle de Barney et le film fut diffusé sur une chaîne de télévision américaine.

Au cours des années qui suivirent, nombre d’ouvrages et d’articles de presse parurent sur des cas semblables (Lorenzen et Lorenzen 1976 ; Lorenzen et Lorenzen 1977 ; Haisell 1978 ; Fowler 1979 ; Rogo 1980 ; Druffel et Rogo 1980 ; Bullard 1987, pages 1 à 15 ; Clark 1990, page 2). Ce sujet a même fait l’objet des recherches du sculpteur new-yorkais Budd Hopkins qui, au cours de deux décennies, a rassemblé la documentation la plus formidable qui soit auprès de centaines de victimes supposées d’enlèvement extraterrestre. Le premier ouvrage de Hopkins, Missing Time (littéralement « Temps Manquant »), publié en 1981, étudiait ces périodes de temps qui avaient totalement disparu de l’emploi du temps des victimes ainsi que d’autres symptômes révélateurs d’une possible expérience de kidnapping ; il y exposait aussi les détails caractéristiques de telles expériences (Hopkins 1981). Hopkins découvrit, par la même occasion, qu’il était possible de rapprocher ce type d’expérience de phénomènes apparemment inexplicables comme de petites cicatrices, coupures ou marques de perforation sur le corps des victimes ; les récits suggéraient même l’idée de petits objets ou « implants » qui auraient été introduits à l’intérieur du corps des victimes, soit dans le nez, dans les jambes, soit dans toute autre partie du corps. Dans son second livre, Intruders (Les Envahisseurs), publié en 1987, Hopkins décrivit les procédures sexuelles et reproductives qui sont liées aux enlèvements extraterrestres (Hopkins 1987). L’historien de la Temple University, David Jacobs, est allé beaucoup plus loin en établissant un catalogue exhaustif des procédures de base qui interviennent dans le processus d’un enlèvement. (Jacobs 1992). Jacobs révèle qu’au stade primaire on trouve des examens effectués manuellement ou bien à l’aide d’instruments divers, des séances où les victimes doivent être soumises à des regards fixes de la part des êtres, et des explorations urologiques et gynécologiques ; le stade secondaire implique l’intervention d’une machinerie plus complexe, des séances de visualisation et de présentation d’enfants ; il existerait un stade auxiliaire au cours duquel ont lieu diverses procédures supplémentaires d’ordre physique, mental et sexuel.

Des sondages et des enquêtes, sous la conduite notamment de la Roper Organization, sur plus de six mille Américains, entre juillet et septembre 1991 (Hopkins, Jacobs et Westrum 1991) indiquent que plusieurs centaines plusieurs millions à d’Américains auraient été victimes d’enlèvements extraterrestres ou d’expériences qui y étaient liées. Ces rapports ont subi d’âpres critiques selon lesquelles les faits indicateurs d’un possible kidnapping - lumières, trou temporel dans le quotidien de la victime, sentiment de voler dans les airs - ne sont pas une preuve irréfutable de la réalité de tels phénomènes. Mais la principale difficulté pour rendre compte de cette réalité est ailleurs : nous ne savons pas ce qu’est véritablement un enlèvement extraterrestre - dans quelle mesure, par exemple, il représente un événement dans le monde purement physique ou bien s’il n’est qu’une expérience subjective inhabituelle provoquant des répercussions au niveau physique ! Un problème encore plus crucial demeure : la mémoire d’une victime d’enlèvement se comporte de manière extrêmement étrange. En effet, pour Ed (chapitre 3) ou pour Arthur (chapitre 15), on observe que leurs souvenirs d’un rapt ne réapparaissent en surface que lorsque, plusieurs années après le drame, ces individus se retrouvent confrontés à une expérience ou une situation associée à l’événement originel. C’est comme si les souvenirs d’enlèvement étaient consignés sur la page négative d’un registre puis, à la faveur d’une expérience « déclenchante », venaient s’imprimer sur la page positive.

Pourtant, selon mon opinion, dans tous ces travaux, à aucun moment n’a été abordé le problème des implications concernant l’expansion de la conscience humaine ou la signification pour notre monde de cette apparente ouverture sur une réalité mystérieuse qui dépasse les limites de la manifestation physique.

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John E. Mack

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