Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
Les attentes du sujet et l’éventuelle influence du praticien
Les attentes du sujet et l’éventuelle
influence du praticien
Un autre problème qui a été soulevé à propos des expériences d’enlèvement concerne la possibilité d’une suggestion ou d’une influence de la part de l’investigateur sur son patient. Les critiques n’ont pas manqué qui ont prétendu que les sujets raconteraient des histoires de kidnapping pour complaire à leur médecin et obtempérer à l’influence que ce dernier exercerait sur eux. En tant que psychiatre, je suis très conscient du pouvoir que la volonté et l’attention d’un thérapeute peuvent avoir sur un patient au cours du processus de guérison qui aide celui-ci à changer sa vie. J’ai donc essayé, et de façon la plus scrupuleuse possible, d’éviter d’user d’un tel pouvoir pour obtenir du matériel ayant trait à des kidnappings. Les collègues ou simplement les amis qui ont eu l’occasion d’assister à certaines de mes séances de régression hypnotique ou qui les ont retranscrites, peuvent vérifier que je ne joue pas à ce jeu-là (Karen Speerstra, témoignage personnel 1994). En fait, il m’est apparu comme une évidence que si d’aventure je tentais d’influencer consciemment mon patient, que ce soit sous ou hors hypnose, les choses se compliquaient étrangement ; en effet, le patient rejette immédiatement une information incorrecte qu’il n’aurait pas donnée lui-même et que j’aurais essayé de lui attribuer, faisant ainsi très clairement la différence entre le matériel provenant de sa propre expérience et celui dont il a entendu parler ou qu’il a lu et qui ne correspondrait pas avec ce qu’il aura personnellement vécu. De plus, je dois dire que je suis souvent surpris et même abasourdi par les révélations de mes patients. Au tout début de mon travail dans ce domaine, ces témoignages dépassèrent tout ce que j’aurais pu imaginer, et ils continuent, je l’avoue, à ébranler mon sens de la réalité. Pour toutes ces raisons, je trouve fort improbable que les victimes de kidnapping inventent des histoires qui répondraient mes attentes. Finalement - et il est important à
pour moi, clinicien, de le souligner - dans mes échanges avec mes patients sur un mode qui inclut l’acceptation de leur vérité émotionnelle au cours de telles expériences, je ne prends pas position en faveur d’une authenticité littérale de ces expériences au sein de notre réalité physique ; une bonne approche clinique, surtout dans les cas d’individus traumatisés, doit obéir à d’autres voies que l’investigation scientifique purement « objective ».
Malgré toutes ces précautions, il n’est pas exclu qu’un patient subisse des pressions ou des influences de qualité plus subtile. Il ne faut pas négliger cette éventualité car il peut exister des facteurs aux effets pervers et signifiants. La recherche traditionnelle situe deux aires de suggestibilité qui pourraient être, à première vue, à l’origine de distorsions coupables au niveau des témoignages. La première concernerait la suggestibilité post-événementielle. Nos analystes du phénomène de la mémoire ont montré que des questions apparemment inoffensives mais en fait cruciales sur certains détails relatifs à une diapositive ou à un film peuvent, de manière significative, amener à une altération de l’exactitude des réponses (Loftus 1993). Mais les expériences d’enlèvement diffèrent des expériences de laboratoire en ceci que les premières sont des témoignages de première main, avec toute la charge émotionnelle qui les accompagne fatalement, et qu’ils sont de la plus haute importance pour le sujet. Et de fait, les chercheurs qui traquent les événements traumatiques déterminants en sont arrivés à la conclusion que le souvenir de ces événements est toujours plus vivant dans la mémoire de l’individu que tous les stimuli audiovisuels des laboratoires (Christianson 1992). En outre, plus une personne est impliquée dans un événement, plus elle a de chance que l’événement central de cette expérience sera imprimé avec précision dans sa mémoire, et ce pour longtemps (Yuille et Tollestrup 1992). L’émotion aura donc aidé la mémoire à graver l’événement central d’un incident, même si les détails plus périphériques ont tendance à s’estomper (Reisberg et Heuer 1992). C’est pourquoi les imprécisions de la mémoire découvertes en laboratoire ne sont guère référentielles pour la recherche sur les enlèvements extraterrestres. À vrai dire, les enquêteurs devraient essayer de moins faire intervenir cette technique des questions dites cruciales, et ce dans tous les cas.
L’enquête sur la suggestibilité interrogatoire démontre que, sous certaines conditions de pression sociale extrême, de fausses croyances sur des actes ou des événements peuvent être créées (Gudjonsson 1991 ; Brown, dans la presse). Mes propres interactions avec mes patients ne rencontrent pas les conditions qui président au développement de ce genre de fausse croyance. D’abord, mes relations avec mes patients ne sont pas fermées ou exclusives. Des personnes me contactent et me rencontrent de façon irrégulière, des semaines, des mois et parfois même des années séparant deux rendez-vous ! Il arrive souvent qu’après une première tentative de confidence auprès d’une oreille attentive, la personne en quête d’écoute perde l’envie de continuer à discuter de ses expériences, estimant nécessaire de prendre de la distance afin de ne pas trop perturber sa vie au quotidien. Deuxièmement, il y a peu sinon rien à gagner socialement parlant à parler de ces choses. Troisièmement, il n’est vraiment pas nécessaire de se livrer à des questionnaires à répétition ou extrêmement ciblés sur les événements passés pour faire émerger ce type d’expérience ; le matériel se rapportant à un enlèvement extraterrestre apparaît presque immédiatement, souvent après une relaxation et une mise en condition de l’attention assez succinctes.
Enfin, les patients ne sont pas enclins à croire à la « vérité » de leurs expériences. Ils préfèrent la plupart du temps penser qu’il s’agit d’une espèce de cauchemar et c’est avec une immense détresse qu’ils finissent par se rendre compte au cours de notre travail en commun qu’ils ne dormaient pas du tout lorsque l’incident s’est produit. C’est alors qu’ils espèrent trouver à cette histoire une explication quelconque, d’ordre psychiatrique par exemple, qui les mènerait à une guérison et, bien évidemment, à l’arrêt des expériences qui les traumatisent tant. Non seulement la découverte de la réalité de l’enlèvement les choque et « ébranle » profondément leur sens de la réalité, mais cette prise de conscience implique aussitôt et de façon dramatique qu’ils seront sujets aux mêmes douloureuses expériences dans l’avenir.
Le fait d’accepter l’existence d’événements extraordinaires dans son propre vécu peut déjà aider le patient à mieux gérer les répercussions négatives que ces événements pourraient avoir sur lui. Pourtant, même après avoir puissamment « revécu » avec moi certaines de ces expériences d’enlèvement, la personne continue généralement à refuser la réalité de ce qu’elle a raconté et ce à un certain niveau. Catherine, par exemple, comme on le verra au chapitre 7, a été totalement bouleversée lorsque, récemment, je lui remis un document scientiste sur les observations d’ovni rapportées par la presse et qui avaient eu lieu sur la côte nord-est atlantique en mars 1991. Ces reportages correspondaient à la période où elle-même avait eu ses plus fortes expériences d’enlèvement. Cette évidente corroboration dans le monde concret de son vécu personnel allait à l’encontre du mode de dénégation qu’elle entretenait concernant la réalité de tous ces faits et qui lui avait permis de demeurer productive au sein d’une culture qui fabriquait les mêmes rejets en tentant de discréditer les gens qui s’exprimaient sur de telles expériences.
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