Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
Explications alternatives
Je crois qu’il est opportun de faire remarquer que la demande la plus virulente d’explications alternatives provient de gens qui ne sont pas familiarisés avec la riche complexité des phénomènes d’enlèvement, ou encore de gens qui ne parviennent pas à se détacher tant soit peu d’une vision du monde où l’idée d’une intelligence ou d’être venus d’ailleurs et en visite chez nous est simplement inconcevable. Toutes ces personnes estiment impensable que de telles expériences puissent se produire. Elles n’hésitent pas, en revanche, à croire en un Dieu personnel ou à un être suprême, et malgré cela elles trouvent impensable la notion d’entités cosmiques qui auraient le pouvoir de pénétrer dans notre univers physique et mental. Ce que ces critiques semblent ignorer est que très souvent les victimes d’enlèvement se sont déjà prêtées et depuis longtemps à de sévères investigations, notamment en ce qui concerne les symptômes corporels reliés à ces expériences d’enlèvement, auprès de médecins et de psychothérapeutes hautement qualifiés qui ont tous avancé nombre d’explications neurophysiologiques et/ou psychologico-émotionnelles, ce qui parfois ne s’est pas effectué sans quelques frustrations ou même des effets dommageables (voir par exemple dans ce livre les cas de Scott, Sheila et Paul).
Il ne m’a pas paru possible dans le cadre restreint de cet ouvrage de passer en revue toutes les explications alternatives qui ont été ici ou là défendues pour rendre compte des phénomènes de kidnapping extraterrestre. Cela va des différentes formes de la psychopathologie aux désordres physiologiques ou aux réponses du cerveau aux interprétations psychosociales et culturelles. La plupart de ces hypothèses font fondamentalement abstraction de certains aspects du phénomène comme ce doute immense qui étreint les patients eux-mêmes, le lien étroit avec les ovnis (parfois observés indépendamment par le voisinage de la victime), les traces physiques de toutes natures (incluant le fait qu’il arrive que les proches remarquent l’absence insolite de la victime), ou encore le constat que ces phénomènes s’adressent également aux enfants en bas âge. Pour qu’une de ces théories soit prise au sérieux, il faudrait qu’elle tienne compte, du moins potentiellement, de la totalité complexe de tous ces phénomènes associés aux expériences de kidnapping proprement dit.
Les examens psychiatriques et les nombreux tests psychologiques qui ont été pratiqués n’ont pas réussi à mettre en évidence un quelconque dérangement mental qui pourrait, d’une manière convaincante, expliquer les phénomènes d’enlèvement (Mack 1995 ; Bloecher, Clamar et Hopkins 1985 ; Parnell et Sprinkle 1990 ; Rodethier, Goodpastor et Blatterbauer 1993 ; Zimmer 1984 ; Spanos, Cross, Dickson et De Breuil 1993). Certains chercheurs ont émis l’idée qu’il pourrait s’agir d’une sorte de déplacement d’un autre traumatisme, notamment un viol (Klass 1988). Il est vrai que les expériences d’enlèvement peuvent parfois rappeler dans leurs symptômes certains états post-traumatiques, mais ces symptômes semblent être le résultat et non la cause de ce que la victime a supporté. De plus, les informations mises à jour au cours de ces récits complexes d’enlèvement sont nettement plus volumineuses et impressionnantes que le traumatisme humain lui-même. Par exemple, on retrouve des détails toujours semblables lorsque la victime raconte comment elle a pénétré dans le vaisseau spatial et comment elle en est ressortie ; la description des êtres extraterrestres est toujours également très riche ainsi que celle des relations compliquées qu’elle entretient avec eux, les nombreuses activités et observations non traumatiques qui se déroulent à bord de l’appareil, les communications élaborées sur le destin écologique de la planète et autres sujets psychospirituels qui représentent, selon ma propre expérience, des dimensions fréquentes, sinon régulières, du phénomène de kidnapping. Jamais je n’ai entendu de choses similaires de la part de patients que j’ai connus et soignés pour des traumatismes causés par d’autres humains ou de la part de malades psychotiques souffrant d’hallucinations.
Certains kidnappés ont un passé où la violence sexuelle, ou d’autres graves traumatismes, est intervenue. Un enquêteur est même tombé un jour sur un patient, parmi les kidnappés avec qui il travaillait, dont l’incidence de ce type de passé douloureux dépassait nettement la moyenne (Ring 1992). Si le kidnapping faisait véritablement office de mémoire-écran, il faudrait s’attendre à ce que le nombre d’abus sexuels diminue, et non augmente. En outre, les victimes de kidnapping semblent parfaitement capables, lorsqu’on les interroge soigneusement, de faire la distinction entre ce qui appartient à leurs expériences d’enlèvement et ce qui relève d’autres traumatismes subis autrefois. Par conséquent, répétons-le : on ne connaît aucun cas où une histoire de rapt extraterrestre masquerait une autre expérience traumatisante. Mais le contraire a souvent été observé et j’ai moi-même rencontré un cas - un(e) patient(e) se présente en soupçonnant avoir été victime d’abus sexuel ou tout autre traumatisme important et découvre peu à peu dans son passé une affaire de kidnapping extraterrestre, et ceci peut très bien se produire en présence d’un thérapeute non familiarisé avec le phénomène et ne s’attendant pas, en tout cas, à ce que son ou sa client(e) lui raconte une histoire pareille. D’autres chercheurs ont suggéré l’idée que les expériences d’enlèvement ne seraient qu’une reconstruction de l’imagerie mentale liée au traumatisme de la naissance. Lawson (1984) et son collaborateur McCall découvrirent que l’imagerie sur un kidnapping imaginaire qu’entretenait un petit groupe de non-kidnappés se rapportait à des aspects de leur propre naissance, mais cette expérience n’a pas été rééditée avec, cette fois, des personnes qui auraient été vraiment kidnappées. De toute évidence, les relations qui existeraient entre les phénomènes d’enlèvement et les autres formes de traumatisme ont besoin d’être davantage explorées.
D’autres investigateurs expliquent les phénomènes d’enlèvement en se fondant sur l’idée que les kidnappés ont en commun certains traits de la personnalité - comme une imagination débordante, une certaine facilité à se faire hypnotiser ou encore une forte tendance à la dissociation -qui les prédisposeraient à vivre ce type d’expérience. Les individus qui sont hautement hypnotisables ont la capacité de générer de riches images et fantasmagories qui peuvent parfaitement concurrencer, par leur intensité, les événements réels (Wickramaseka 1986). Les études menées par les équipes de Rodeghier (1991) et Spanos (1993) démontrèrent que les kidnappés n’étaient pas plus hypnotisables et ne possédaient pas une imagination plus délirante que le reste de la population, bien que ces résultats mériteraient d’être corroborés par une autre série de tests semblables. Le kidnapping peut être rapproché du phénomène de dissociation qui est une tendance à fractionner et à séparer certains éléments de l’ego d’un contenu mental perturbateur, et ce dans le but de préserver la stabilité et le fonctionnement général de la psyché (Jacobson 1995 ; Powers 1994). Mais comme nous en discuterons au cours de cette étude, la dissociation est un mécanisme de défense qui ne nous apprend rien sur la source du stress qui a donné naissance à ce mode d’adaptation.
Les explications neurophysiologiques incluent les troubles graves du sommeil et l’épilepsie du lobe temporal (Équipe de Spanos 1993 ; Persinger 1992 ; Blackmore 1994), mais les scientifiques qui explorent ces possibilités ont soit cherché en vain ce type de pathologie parmi les kidnappés, soit choisi d’ignorer certains aspects importants du phénomène. Par exemple, de nombreux enlèvements ont lieu dans des conditions qui n’impliquent pas un lien direct avec le sommeil. De plus, ces expériences de rapt sont souvent corroborées par des observations indépendantes d’ovni ou toute autre preuve matérielle. Enfin, les explications neurophysiologiques ne rendent pas compte de l’hyperexcitation et de l’angoisse déclenchées par certains événements ou images symboliquement associés à l’enlèvement lui-même. Après intégration par la victime de cette expérience spécifique et traumatique, ces réactions tendent parfois à s’estomper comme cela est prévu par les théories sur les désordres post-traumatiques.
Certains chercheurs ont émis l’idée que dans les cas de rapt extraterrestre, nous avions affaire à une sorte de psychose, hystérie ou hallucination collective (Sagan 1993). Mais les enlèvements ne ressemblent pas à des phénomènes de masse (Hall 1995). Les victimes sont généralement des individus qui ne se connaissent pas du moins jusqu’à ce qu’on les mette en contact à des fins de soutien psychologique. Nombreux sont les détails de leurs récits que notre culture ou, du moins jusqu’à une date récente, les médias ignoraient totalement. Bien qu’on ne puisse pas prouver que certains éléments du phénomène d’enlèvement ne proviennent pas de ces mêmes médias, dans l’ensemble les kidnappés évitent de se plonger dans les comptes rendus d’enlèvement qu’ils pourraient trouver dans la presse ou les émissions à la télévision, les « nouvelles » de ce genre ne leur causant que du stress. Mon sentiment est que le trafic est plus dense dans l’autre sens -je veux dire par là que ce sont les comptes rendus des kidnappés qui, étayés par des cas cliniques sérieux, intéressent les patrons des médias, affamés qu’ils sont de matériel qui fait vendre. Des études spécifiques devraient d’ailleurs être menées sur les relations complexes entre les médias (électroniques et imprimés) et l’évolution des phénomènes d’enlèvement extraterrestre.
En fin de compte, une explication psychologique approfondie de type junguien devrait se présenter comme un terrain fertile en développements futurs, surtout que Cari Jung aura été justement un pionnier dans l’exploration de ce domaine précis (Shubow 1994). Il est un fait que les kidnappés offrent tout au long de leurs récits un matériel mettant en scène des éléments très proches des archétypes junguiens, qu’il s’agisse de la naissance, de la mort, des pouvoirs cosmiques ou du retour à la source primordiale de la création, etc. Ce matériel est à mon point de vue extrêmement important dans la mesure où il reflète un impact psychologique profond, une ouverture de conscience et une signification qui ont pour origine une expérience d’enlèvement. J’ai bien étudié cette interprétation junguienne, mais son application radicale au niveau des archétypes provoquerait immédiatement une avalanche de nouvelles questions philosophiques et scientifiques sans réelle possibilité de réponse. Par conséquent, à moins de considérer l’univers tout entier dans ses dimensions psychospirituelles et physiques et non plus comme un simple jeu de la conscience, nous serons bien embarrassés pour donner une explication, en termes purement psychologiques, aux phénomènes ovnis et à tous les autres éléments physiques associés aux kidnappings. De plus, une approche junguienne, pour être vraiment efficace, doit pouvoir rendre compte de la richesse, de la complexité, de la cohérence narrative et des formes contemporaines spécifiques des phénomènes ovnis comme des expériences d’enlèvement.
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