Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

Le contexte ontologique

 

Avant d’analyser plus avant les thèmes que nous venons d’évoquer, il me semble important de placer le phénomène d’enlèvement dans son contexte ontologique. Car le « problème de sa réalité », comme pour tout autre objet d’étude, détermine à lui seul nombre de ces questions et de ces critiques qui lui sont spécifiquement adressées. Dans cet ouvrage, le lecteur trouvera un panorama clinique des événements reliés au rapt extraterrestre et qui, je crois, laisse à penser que nous sommes devant un phénomène qui n’aurait pas sa source dans notre réalité physique mais qui pourrait y pénétrer ou s’y manifester sur des modes extrêmement variés. Ce concept est en soi révolutionnaire et malaisé à appréhender étant donné la vision du monde qui, dans la vie courante et moderne, nous est devenue familière. Il n’empêche que mon expérience auprès des victimes de kidnapping m’a amené vers cette conclusion.

Dans certains cas de kidnapping, l’individu aurait été véritablement porté « manquant » d’après le témoignage de proches. Mais d’autres incidents auraient plus de ressemblance avec des expériences de sortie de corps, ou bien même de rencontres avec des formes étranges de lumière, de son, de vibrations ou d’autres énergies capables de créer de fortes sensations chez le sujet mais sans réel « enlèvement » au sens littéral du mot. On dirait que le phénomène opère de manière subtile, insaisissable, parfois même « rusée », comme si une intelligence maligne était à l’œuvre. Pourtant, après cinq années de prospection dans ce domaine, il m’apparaît que cette subtilité est inhérente au phénomène et qu’on doit l’y inclure si l’on veut pénétrer les mystères du rapt extraterrestre.

Pour certains de mes critiques, cette possibilité qu’aurait le phénomène d’enlèvement de se produire de façon effective et cependant pas dans le cadre de notre réalité physique, ni dans toute autre réalité ou dimension auxquelles nous pourrions avoir accès avec nos moyens empiriques, c’est déjà une contradiction insupportable. Mais plusieurs de ces personnes ont tout de même fait preuve d’une certaine ouverture en admettant que ces expériences pouvaient avoir lieu, du moins partiellement, au sein d’une autre réalité. Les scientifiques comme Fred Alan Wolf, Rudolph Schild, Jacques Vallée, Cari Brunstadt et Ronald Bryan envisagent l’éventualité d’univers parallèles ou autres dimensions de la réalité d’où ce matériel et ces informations proviendraient avant de s’engouffrer dans notre monde physique.

Mais si l’on admet que certains domaines de la réalité puissent demeurer « invisibles », il n’en reste pas moins qu’avec les expériences d’enlèvement nous nous retrouvons confrontés à un ou des univers où les calculs objectifs, directs et extérieurs demeurent impossibles à effectuer ; aussi devons-nous, par la force des choses, nous en rapporter aux témoignages subjectifs de l’expérience individuelle. Même les recherches d’un psychiatre comme John Carpenter sur des victimes qui auront été kidnappées en même temps, alors que les rapports d’enquête se recoupent dans leurs moindres détails, dépendent au bout du compte d’une estimation faite à partir d’informations subjectives (Carpenter 1993).

Il me semble qu’une étude responsable et complète du phénomène d’enlèvement appelle au développement et à la mise en application d’une science de l’expérience subjective telle que l’a décrite Stolorow (1992). Dans la mesure où les témoignages personnels forment la source principale de nos connaissances en matière de kidnapping extraterrestre, nous devons montrer une rigueur toute particulière dans notre jugement quant à son authenticité, son intensité émotionnelle et sa cohérence comparativement à d’autres comptes rendus ; nous devrons également tenir compte de la motivation, du scepticisme, de la crédibilité et de la sincérité du témoin par rapport à ces expériences ainsi que des relations que ces mêmes expériences d’enlèvement pourraient entretenir avec l’histoire personnelle du sujet. Signalons au passage que ce travail de décryptage d’expériences subjectives sans le support de preuves matérielles est le propos même de la psychanalyse et de la psychiatrie psychodynamique. En effet, une formulation psychodynamique correcte explique les souvenirs passés et les comportements habituels, et permet d’annoncer les comportements à venir. De même, une analyse adéquate d’une expérience d’enlèvement subjective devrait être corroborée par et indiquer des traces physiques, et aussi prédire des événements futurs.

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