Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
15. Arthur : un kidnappé volontaire
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Arthur : un kidnappé
volontaire
Arthur m’a appelé en janvier 1993 à l’instigation d’une dame avec qui j’avais parlé d’une spectaculaire observation d’ovnis qu’il avait faite à l’âge de neuf ans en compagnie d’autres membres de sa famille. Cette dame connaissait bien mes travaux avec les victimes d’enlèvement et Arthur était curieux d’explorer cet incident de son passé. Il avait trente-huit ans lorsqu’il me contacta pour la première fois. C’était un brillant homme d’affaires qui possédait des propriétés sur les deux côtes des États-Unis et qui militait pour l’extension d’un capitalisme protecteur de l’environnement et de l’avenir de la planète. Lui-même et les autres membres de sa famille attribuent son haut degré de conscience sociale et écologique ainsi que son sens de la responsabilité aux effets profonds et durables de cette fameuse expérience d’ovnis vécue à l’âge de neuf ans.
J’ai pensé qu’il était pertinent d’exposer en finale le cas d’Arthur, même si nos investigations ensemble n’en sont qu’à leurs débuts, parce que je crois qu’il offre un exemple positif parmi ce que pourraient être les possibles futurs humains qui se présentent à nous. Dans une très large mesure il est important de reconnaître que ce sont nos comportements, exprimés à travers nos institutions, qui influencent le plus radicalement l’écologie planétaire. Parmi ces institutions, les entreprises et les industries qui ne recherchent que le profit, et qui envahissent pratiquement toutes les terres du globe, sont peut-être les agents les plus destructeurs que l’être humain ait créés. D’un autre côté, ces mêmes entreprises, mieux administrées grâce à une conscience éclairée sur les relations qui existent entre le vivant et l’environnement, pourraient aider à arrêter cette dévastation et devenir un des instruments les plus performants pour restaurer et préserver la santé de la planète.
Si, comme Arthur le pense, ses rencontres extraterrestres ont provoqué en lui cette évolution de la conscience vers une responsabilité personnelle et collective, il devrait, comme les autres personnes dans son cas, avoir beaucoup de choses à nous apprendre sur le but poursuivi en fait par les phénomènes d’enlèvement. Mes relations avec Arthur, par le fait des nombreux voyages dus à son métier, se sont limitées à une première entrevue, une séance de régression hypnotique et quelques conversations téléphoniques. De son côté, il put participer à une réunion de groupe quelques jours après la séance de régression.
Arthur est le cinquième rejeton d’une famille catholique romaine de six enfants. Il s’agit de ce qu’on appelle une « grande famille » conservatrice de la côte Est au sein de laquelle l’on ne compte plus les juges, les avocats et les hommes d’affaires. Son père était un avoué célèbre et sa mère une star de l’immobilier. Cette famille possède de nombreuses ramifications et Arthur la décrit comme étant à la fois traditionnelle et « extrêmement fermée ». Lui et ses frères et sœurs furent élevés « comme des gosses de riches trop gâtés », dira-t-il, entourés de femmes de chambre et de serviteurs soumis à leurs moindres besoins. Arthur pense que certaines valeurs lui viennent justement de ces gens de maison « qui étaient avant tout de bonnes personnes ». Il a donc passé une grande partie de sa vie dans une immense propriété rurale que sa famille possédait depuis plus d’un siècle. L’incident ovni survenu lorsqu’il avait neuf ans se situe dans les environs de cette demeure. Arthur ne se souvient pas d’autres phénomènes traumatisants du même ordre durant toute son enfance dans cette région bucolique.
Arthur acquit très tôt un amour passionné pour la nature et il passa beaucoup de temps dans les bois ou à pêcher dans les environs immédiats. Aussi loin qu’il puisse se souvenir, il a toujours eu également un contact particulier avec les animaux. Alors que son grand-père et son arrière-grand-père chassaient et empaillaient volontiers le gibier, tel un moderne saint François d’Assise, Arthur communiquait avec les animaux de la forêt y compris les porcs-épics, les putois, les marmottes, les lapins et les oiseaux. Pour illustrer cette période, Arthur m’a raconté une anecdote qui s’était passée à la ferme de son ex-épouse. Celle-ci avait beaucoup de lapins dans sa propriété et ils les apprivoisaient en se mettant à leur hauteur, « le menton à ras de terre » ; de cette façon, les lapins ont moins peur de vous et deviennent « incroyablement calmes » en votre présence, et même curieux de vous ; ils s’approchent de vous facilement pour vous renifler et vous pouvez « leur gratouiller la tête ».
Les lapins, selon Arthur, ont un muscle derrière les oreilles qu’ils ne peuvent pas atteindre lors de la toilette ou lorsque cela les démange, mais qui peut se fatiguer. « Aussi, si vous mettez votre doigt entre l’oreille et là et si vous faites ça (geste de gratter et de frotter), le lapin se laisse faire et pose son menton sur le sol, et vous pouvez en faire ce que vous voulez. » Dans cette espèce d’« euphorie », ajoute-t-il, le lapin peut même aller jusqu’à vous lécher le nez et si vous continuez à lui gratter la tête, « il devient complètement apprivoisé, soumis, et un lien se crée ».
Arthur a raconté cette histoire au cours de la première demi-heure de notre entrevue pour faire une analogie qui illustrerait la façon dont on peut communiquer avec les extraterrestres. « La façon dont vous communiquez avec ces êtres est essentiellement télépathique, mais le seul moyen d’enclencher le phénomène télépathique est d’éliminer la peur. La peur bloque tout. Vous ne parviendrez jamais à communiquer avec eux si vous ne vous débarrassez pas de la peur et autres émotions négatives... Si vous vous laissez envahir par des émotions négatives comme la peur, la colère ou l’envie de détruire ou toute autre chose du même genre, c’est fichu. Ils ne communiquent pas dans ces conditions... Ils veulent simplement qu’on communique avec eux sans peur, et c’est un peu pour cette raison qu’ils éprouvent des difficultés avec la race humaine. »
D’après Arthur, les êtres essaieraient de créer « cette espèce d’euphorie ». Peut-être que « la lumière provoque cela », en tout cas, c’est ce qu’ils cherchent à faire d’une manière ou d’une autre. Ils « utilisent un langage différent », mais « si vous réagissez par de la peur, autrement dit négativement, ils ne peuvent plus. Au contraire, si vous ne réagissez pas avec de la peur, il vous est alors possible de communiquer avec eux et cette communication devient incroyablement inspirante. Je ne sais pas comment décrire une chose pareille mais je sais que du moins ma famille est convaincue que ces phénomènes ont profondément affecté ma vie tout entière et ma façon de voir les choses en ce qui concerne la société et mes engagements dans diverses causes ». Arthur peut aussi bien « apprivoiser » des poissons : « Je sais comment attirer une truite dans une rivière. » Les lapins et tous les autres animaux « ont une pensée aussi profonde que nous » à leur manière, affirme-t-il. « Et vous savez, c’est absolument magnifique cette confiance, cet amour immense, ce contact privilégié, cette affection échangée. C’est la base. L’énergie vitale est là. » Au cours de son enfance, Arthur eut à maintes reprises, comme beaucoup de kidnappés, des infections étranges au niveau de la gorge et des sinus. Arthur est quelqu’un qui lit beaucoup et tout au long de ses études, poursuivies assez loin, il se souvient d’avoir « débattu » avec ses professeurs « à propos de la religion ou d’autres sujets du même ordre ».
Arthur a créé plusieurs sociétés qui marchent bien et qui représentent un capital d’environ dix millions de dollars. Chacune de ces sociétés a créé à son tour une branche à caractère philanthropique. Par exemple, Arthur et son ex-épouse ont investi la plus grande partie de l’argent de la vente d’un restaurant (cédé à quinze millions de dollars) dans l’achat d’un terrain qui sert de réserve pour les oiseaux migrateurs ; le reste de cet argent a été octroyé à divers programmes de sensibilisation aux problèmes d’environnement. D’une manière générale, Arthur travaille en collaboration avec plusieurs centaines d’entreprises américaines auxquelles il fournit des technologies spécifiques, à condition que les royalties en soient versées à des fondations particulières.
« Tout le monde peut créer une entreprise et gagner des millions de dollars », dira Arthur. Le défi demeure donc celui-ci : « Que faire de cet argent pour promouvoir des objectifs de plus haut niveau qui sensibiliseraient les gens et donneraient de votre entreprise l’image d’un modèle à travers ses produits et ses résultats. » Les résultats sont encore bien plus gratifiants, si l’on en croit Arthur. En effet : « Les gens sont motivés par bien d’autres choses que l’argent. » Son ex-femme n’hésite pas à inscrire sur les emballages des messages écologiques et elle reçoit, à cet égard, un courrier volumineux où les gens expriment leur satisfaction et leurs encouragements. Elle essaie de répondre, en écrivant à la main, à chaque consommateur qui s’est ainsi manifesté. Mais même si cela en vaut la peine, « ça reste égoïste, dit Arthur, parce vous restez en dehors au lieu de vous jeter dedans ».
Un article dans la presse de Nouvelle-Angleterre daté de mars 1993 fut consacré aux activités d’Arthur et de son ex-femme. Cet article faisait état des systèmes ingénieux de recyclage qu’ils avaient mis en place, dont un programme en faveur des sans-abri, un nouveau concept d’emballage destiné au dialogue, ainsi que de « petits essais » sur l’environnement sur ces mêmes emballages. L’article citait une réflexion de la belle-mère d’Arthur : « Il est infatigable... C’est le genre de type que vous suppliez de prendre votre argent pour le mettre dans sa poche. » Dans la dernière conversation que nous eûmes ensemble en août 1993 (il appelait pour « faire le point » et pour savoir quand se tiendrait la prochaine réunion de groupe), Arthur déclara à Pam qu’il avait vendu sous licence ses fameux emballages à plusieurs grosses chaînes de magasins d’alimentation. Il ajouta qu’il avait « des foules de projets sur les rails », qui concernaient aussi bien les jardins des particuliers, le développement d’un « capitalisme plus démocratique » et « une fondation pour les femmes inventeurs » qu’il créait grâce aux bénéfices générés par ces mêmes emballages révolutionnaires.
Arthur est persuadé que la pauvreté et la destruction de l’environnement sont arrivées à un point critique. Pour mieux saisir ce qui se passe chez l’individu qui se retrouve sur le trottoir, il vécut lui-même plusieurs jours de suite comme un clochard errant dans les rues. La détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation incontrôlable de la population mondiale sont pour lui les « dangers » primordiaux qui menacent l’équilibre de la planète. Arthur a financé également de sa poche l’élaboration de législations « cousues main » qui devraient avoir un impact constructif « au niveau mondial » sur l’environnement. Il passe aussi « énormément de temps à discuter de tous ces problèmes avec les gens de la politique, dont il ne raffole pas pour autant ». Il lutte inlassablement en faveur des sujets de réflexion et des définitions qu’il est absolument nécessaire de mettre à l’ordre du jour concernant les droits de l’homme et de l’environnement et il n’hésite pas à insister sur l’importance de telles options au niveau même des traités commerciaux internationaux.
Il y a de cela seulement un an, affirma Arthur, il ne savait pas grand-chose sur la façon dont le gouvernement fédéral et le système économique fonctionnaient : « Mais quelque chose a fait que cela est devenu prioritaire, et j’ai alors consacré un temps et un argent fous à essayer d’influencer les choses, que ce soit au niveau des élections au Congrès ou à celui d’une réunion des partis qui d’habitude se tapent dessus, comme les syndicats et (un grand organisme industriel)... En fait, je ne les connais pas. Pour moi, ce sont des étrangers. Et je ne sais pas pourquoi je fais tout ça. Je sais simplement que cela est important, que c’est nécessaire, bref je fais cela comme je fais le reste. »
Arthur prétend qu’il est encore « totalement amoureux » de son ex-femme, Alice, et qu’elle demeure « sa meilleure amie ». Ils se séparèrent sans heurt parce qu’elle voulait vivre dans une ferme : « Et moi cela m’est impossible... Je pense qu’aimer quelqu’un c’est faire tout ce qui peut l’aider à développer ses potentialités, à se réaliser, à être heureux et en bonne santé, et quand l’autre est ainsi accompli, il vous renvoie encore plus d’amour. » Alice et une de ses anciennes fiancées sont restées très proches et se soutiennent dans tous les cas. « C’est comme ça pour la plupart des gens dont je me sens proche dans cette vie, les hommes comme les femmes, et même si ce sont de simples copains. »
Depuis qu’il est petit garçon et durant toute son adolescence, Arthur s’absentait souvent et rentrait tard le soir. Il connaissait par cœur tous les environs de la propriété familiale. Pourtant il lui arrivait de se laisser prendre par la nuit ou de se perdre en chemin. Un jour, alors qu’il avait six ou sept ans, il vit quelque chose qu’il prit d’abord pour les lumières de sa maison à travers les arbres, mais il se rendit vite compte qu’il en était à plus de quatre cents mètres : « C’étaient deux lumières blanches comme des phares mais plus écartées l’une de l’autre et elles se trouvaient à mi-chemin de l’arbre. » Il ne savait plus trop où il était (« je tournais en rond et j’étais complètement perdu »). « Il devait être assez tard parce que la nuit était tombée. » Au cours de son adolescence, Arthur se souvient d’au moins deux épisodes de « temps manquant ». Il lui est arrivé par exemple, en suivant les traces d’un daim dans la forêt, de se retrouver des heures plus tard à essayer de regagner l’endroit d’où il était parti. Lorsqu’il put se remémorer avoir vu des êtres extraterrestres lors de l’incident survenu quand il avait neuf ans, ces êtres lui apparurent comme de « vieux copains de jeu ».
L’expérience ovni qui représente l’événement central de la vie d’Arthur s’est déroulée durant l’été 1967. Il avait donc neuf ans. Nous explorerons en détail cette affaire au cours de la séance de régression mais Arthur se souvenait déjà consciemment d’un tas de choses qu’il me raconta la première fois que nous nous rencontrâmes. Lui, sa mère, sa sœur aînée et un (ou peut-être deux) de ses frères revenaient à la maison après avoir été au cinéma dans une localité voisine. Il croit se rappeler que le film était une comédie : « Parce que mes parents ne nous emmenaient jamais voir autre chose. » C’était sa mère qui conduisait. Arthur et sa sœur étaient sur la banquette arrière, le ou les frères sur le siège avant. Ils suivaient une petite route de campagne et il faisait nuit noire. Sa mère dit alors : « Cet avion vole vraiment trop bas. » Puis elle ajouta d’une voix blanche : « Ce n’est pas un avion », et elle ordonna à tout le monde de se pelotonner au fond de la voiture. « J’ai vu sa main passer sur nous pour nous faire nous recroqueviller... On ne bougeait plus d’un poil », dit-il et il pensa : « Mais moi je commençais à trouver cela drôlement excitant. »
Arthur et sa sœur essayèrent de glisser un coup d’œil entre les deux sièges avant et c’est alors qu’ils virent un objet d’« environ trente ou quarante mètres de long » au-dessus de la voiture. « Ça avait des tas de lumières différentes, mais je ne pourrais pas vous dire de quelles couleurs elles étaient, en tout cas il y en avait de différentes couleurs. » La lumière « commença à atteindre la vitre de la portière de ma mère ainsi que la mienne ». Arthur trouva curieux qu’une lumière vienne d’en haut pour frapper le sol sans créer d’ombre portée. « Dehors, c’était tout lumineux. » Mais Arthur savait que ce qu’il venait de voir « était la source lumineuse ». « Une lumière absolument incroyable. Un blanc pur, si cela peut seulement exister. Totalement pur, et tout en était imprégné. » Les sensations d’Arthur furent alors « celles de nager et d’être dans l’eau, dans une eau phosphorescente ». Les différentes lumières aperçues sur l’engin ressemblaient à des « ampoules d’arbre de Noël, mais ce n’étaient pas des boules ». Il se souvient tout de même d’avoir remarqué des teintes spécifiques : du rouge, du blanc et « un violet rosâtre ».
Sa mère et son jeune frère étaient terrifiés, sa sœur intriguée, et lui-même au comble de l’excitation. « Je n’avais absolument pas peur. C’était même tout le contraire. J’étais pris d’une totale euphorie, je ne vois que ce mot pour vous décrire mon état d’alors, mieux que le meilleur orgasme sexuel, mieux que de posséder la chose que vous convoitez le plus au monde, mieux que d’aller pêcher au lancer pendant une semaine. » Cette conscience de la rencontre qu’il était en train de vivre n’est pas aisée à décrire : « J’étais presque volontaire. » La perspective depuis laquelle Arthur se souvient d’avoir vu le reste de sa famille lui parut cependant très étrange, comme si la voiture avait pu être convertible, sans toit, et qu’il ait eu cette vision d’en haut. Sa mère avait dû garer la voiture parce que celle-ci était arrêtée sur le bas-côté de la route.
En se blottissant au fond de la voiture, Arthur avait eu cette pensée : « C’est vraiment super. » Puis il sentit qu’il percevait comme une espèce de message venant de l’objet. Ces messages ou pensées « étaient offerts, je ne vois que cela à dire ». comprit ceci : « Tu vas en savoir plus... Le moyen d’en Il
savoir plus c’est de ne pas avoir peur et d’être réceptif - à un million de choses différentes en même temps. C’est tellement difficile à décrire... Je ressentais une sorte de tristesse à l’idée que cela ne pouvait pas être enseigné et en même temps un bonheur à l’idée que cela allait l’être. » Plus il serait réceptif, moins il aurait peur : « Et plus la compréhension serait grande et profond le sentiment. » Arthur ne se souvient pas d’avoir vu des êtres, mais il pensait à eux comme à « de petits anges enjoués », des êtres lumineux possédant « des traits, mais pas vraiment définis ».
À ce moment-là, Arthur commença à éprouver des angoisses et ce pour la première fois au cours de la séance : « Juste un malaise au niveau du ventre. » Sa conscience sembla se disperser et il dit : « On dirait que je suis en train de communiquer que je ne suis pas ici mais que je me trouve quelque part ailleurs. » Pourtant, pour Arthur, ce n’était pas « une peur panique ». « C’est impressionnant. Je peux le comprendre... Le mot “ grand ” est faible mais il n’empêche que c’est si grand... Les sujets (que les êtres) essayaient de communiquer étaient en quelque sorte si nouveaux, si grands, et tellement incroyablement beaux, mais aussi tellement énormes que je ne m’y suis pas habitué. J’ai une petite cervelle et ils la remplissent avec des tonnes d’eau et ça déborde de tous les côtés, alors évidemment vous vous retrouvez, oh ! là, là, enfin vous voyez ce que je veux dire ? »
Arthur estima que son angoisse et que cette sensation de légère dissociation ne servaient qu’à « ralentir la vitesse » avec laquelle l’information lui parvenait. « Ils (les êtres) savent qu’ils peuvent nous submerger et que l’angoisse est un blocage, quelque chose qui peut se mettre entre... S’ils nous assomment ou nous terrorisent à mort, ils ne peuvent plus communiquer avec nous. »
Arthur ne pourrait affirmer combien de temps la voiture est restée à l’arrêt. Il fallait d’habitude une vingtaine de minutes pour regagner la propriété depuis cette salle de cinéma où la séance avait démarré aux alentours de huit heures trente ou neuf heures du soir. La grand-mère les attendait et aurait été certainement très inquiète s’ils étaient tous arrivés avec deux heures de retard, aussi estima-t-il que l’incident ne les retarda probablement que d’une heure ou au maximum une heure et demie (« en principe, on prenait le temps de manger des glaces »). Arthur n’a pas non plus de souvenirs précis du retour au bercail. Personne ne pipait mot et sa mère n’a rien raconté de l’incident à sa propre mère ou à son mari. Arthur a d’ailleurs trouvé cela étrange : « Parce que chez nous, tout le monde raconte tout et que ce n’est pas la coutume de taire quoi que ce soit. »
Il semblerait qu’aucun des témoins de l’incident de ce soir-là n’ait parlé de ce qui s’était produit et ce pendant plus de vingt-cinq ans, jusqu’au jour où une grande réunion de famille rassembla durant l’été 1989 les centaines de membres de toutes les branches de la famille dans le but de célébrer les cent ans de la propriété. Au cours de cette fête, Karen, la sœur d’Arthur, s’approcha de lui et lui demanda s’il se rappelait « cette fameuse nuit où ils étaient rentrés en voiture du cinéma ». Tout d’abord, cette suggestion ne lui dit rien. Karen demanda alors : « Crois-tu que maman s’en souvienne ? » Arthur ne pouvait pas non plus répondre à cette question, alors Karen commença « à décrire sa version des faits ». « Elle se mit à me raconter une chose, puis une autre, et ça déclenchait en moi d’autres images et puis d’autres, et ce que je lui disais alors lui rappelait à son tour d’autres souvenirs, etc. » Arthur témoigne : « Karen m’a dit qu’une lumière incroyable avait rempli tout l’espace de la voiture » et que leur mère avait été terrorisée. D’autres détails vinrent confirmer ce qu’Arthur m’a lui-même rapporté. « Karen se souvient d’anges. Elle a un faible pour les anges. »
Pam conversa avec Karen au téléphone quatre semaines après la première entrevue que nous avions eue avec Arthur. Son compte rendu corrobore celui d’Arthur à ceci près qu’elle se souvient d’une « lumière d’un blanc bleuâtre ». Comme Arthur l’avait fait remarquer, l’intensité de cette lumière éclairait tout l’intérieur du véhicule « comme en plein jour ». La réaction de Karen avait été l’ébahissement et elle demeure ouverte à l’éventualité d’un enlèvement extraterrestre mais ne peut guère donner d’autres détails elle-même. Contrairement à son frère, elle n’a pas trouvé cela bizarre que sa mère taise l’incident : « Quand elle ne comprend pas quelque chose, elle n’en parle pas. » Karen attribue cet oubli davantage à la « négligence » qu’à la peur.
Une fois que les souvenirs de l’incident furent ravivés, Arthur eut à cœur de demander à sa mère et à ses frères s’ils se rappelaient eux-mêmes quelque chose. Au cours d’un dîner au printemps 1990, alors qu’étaient présents les deux frères aînés et leurs épouses, Karen, la fiancée qu’avait alors Arthur, sa mère et le frère cadet, Arthur posa la question fatidique sur l’incident survenu en 1964. Sa mère répondit qu’elle avait vu un engin en forme de cigare, « comme un dirigeable, avec toutes sortes de lumières » et qui se propulsait à la même allure que la voiture qu’elle conduisait. Elle était « morte de peur », mais « principalement pour ses enfants ». « Ma mère, elle est comme ça », fit remarquer Arthur. Elle se souvenait aussi d’avoir étendu la main pour enjoindre à ses enfants de se tapir au fond de la voiture derrière les sièges. Le frère cadet partage les mêmes souvenirs que sa mère. Lui aussi était terrorisé et il se souvenait que la lumière « était tombée » juste devant lui. Les deux autres frères ne se rappelaient rien et pouvaient ne pas avoir été présents.
Arthur avait Donna dans sa vie (la fiancée du moment) et elle assistait à un dîner familial peu de temps après cette fameuse grande réunion dynastique. Elle lui raconta un incident survenu alors qu’elle était enfant et où elle vit un « ange » sur le rebord de sa fenêtre. Depuis elle continue à communiquer avec les anges. Elle lui dit aussi que toute sa vie elle avait rêvé de rencontrer quelqu’un comme lui (Arthur). À son tour, Arthur lui raconta ses propres expériences et elle l’encouragea à les explorer plus avant, notamment en me contactant. Donna aussi est persuadée que toutes les implications d’Arthur « dans tous ces projets et causes à défendre » ont partie liée avec son expérience ovni. « Donna et ma sœur ont été les deux seules personnes à affirmer que j’étais le seul qui pouvait éclaircir tous ces mystères parce qu’elles pensaient que cela avait profondément transformé ma vie et, vous savez, je serais curieux de savoir si j’aurais été quelqu’un de différent si tout cela ne m’était pas arrivé. » Arthur a le sentiment, rattaché à l’information reçue durant cette expérience ovni vécue à l’âge de neuf ans, qu’il y a « quelque chose » qu’il est censé communiquer. « Mais j’ignore quel est le message... L’expérience vécue quand j’avais neuf ans n’est que le point de départ ou la clé de quelque chose d’autre... quelque chose d’important pour les autres. Et c’est très simple, élémentaire, et cela est certainement ancré déjà en moi mais je ne sais pas comment faire pour le communiquer. »
La régression fut décidée pour le 25 mars afin d’entrer sans trop d’encombres dans l’emploi du temps extrêmement chargé d’Arthur. Après notre entrevue initiale, Arthur avait pu converser avec Ted, le frère qui n’avait pas assisté au dîner du printemps 1990. Ted ne pouvait pas préciser s’il avait été parmi les membres de sa famille dans la voiture le soir de l’incident de 1964, mais il était « à cent pour cent convaincu qu’il s’était passé quelque chose de signifiant ». Ted croit en fait avoir été présent « simplement parce qu’il est quelqu’un de tellement traditionnellement républicain conservateur » que normalement il n’est pas enclin à croire aux ovnis et à toutes ces choses, tout en affirmant que cela existe.
Arthur raconta une histoire étrange de photographies que son grand-père, un des pionniers en la matière pour l’époque, avait prises d’« elfes et autres manifestations du petit peuple », avec leur menton « plus pointu » que celui des humains, et qui habitaient dans le creux des rochers. Arthur suggéra que ces images devaient être des maquettes en pâte à modeler que son grand-père, homme très créatif, fabriquait et disposait dans la nature pour les photographier ensuite. Mais ce qui est moins évident c’est la source d’inspiration de son aïeul pour se livrer à une telle activité. Peut-être, imagina Arthur, que sa propre imagination établit quelque rapport avec ce petit peuple vu sur les photographies du grand-père. En tout état de cause, ces photographies lui laissèrent une drôle d’impression : « J’ai rencontré ces petits êtres. Ted aussi est persuadé que ces êtres naturels et minuscules existent. Et pour quelqu’un comme Ted, c’est comme si vous demandiez à Richard Nixon d’y croire aussi ! » Avant de débuter la régression, Arthur réaffirma sa conviction : « Il y a un message que je suis censé recevoir. »
Au début de la transe hypnotique, je plantai le décor en faisant remonter le temps à Arthur jusqu’à la nuit de l’incident, alors qu’il avait neuf ans, et je lui demandai d’exprimer tous les sentiments, toutes les images ou les sensations qui lui venaient. Le film, il s’en souvint alors, était La souris qui rugissait avec Peter Sellers : « Et je crois qu’on a dû se bourrer de bonbons, de popcorn et autres saloperies. » Il se souvint à nouveau de qui se trouvait dans la voiture au retour et des vêtements que portait sa mère. Celle-ci prononça une phrase dans le style : « Cet avion vole vraiment trop bas », mais très vite sa voix devint nerveuse quand elle déclara : « Ce n’est pas un avion. » L’énorme engin avait des lumières « qui formaient une sorte de T immense, mais allant en s’estompant vers l’arrière ». Arthur vit « du rouge, du vert et du jaune ». Sa mère lança son bras derrière le siège en enjoignant aux enfants de « s’accroupir au fond de la voiture ». « Mais je me souviens d’avoir pensé que c’était super, peu importait ce que cela pouvait bien être. » L’engin arriva sur eux par l’arrière et les rejoignit sur la gauche « comme s’il était apparu de nulle part, comme ça, plof, au-dessus de nos têtes », à une hauteur de quinze à trente mètres, et il paraissait remplir « tout le ciel ».
Dans ses souvenirs conscients, Arthur était incapable de donner de plus amples détails de l’engin, mais à présent il se souvenait de nervures, d’une sorte d’écoutille et de sillons, l’engin semblait fait d’« un métal lumineux vraiment très brillant, comme un métal chauffé à blanc ». On aurait dit que l’appareil lui-même était allumé, qu’il était « la source de cette lumière » tout en ayant à sa surface des points lumineux. Arthur répéta ce qu’il m’avait déjà révélé : « La chose la plus fantastique que j’aie jamais vue... Moi, j’étais prêt à y aller... À coup sûr, je ne serais pas resté tapi derrière le siège de voiture. » La lumière qui descendait de l’appareil dardait sur la voiture et illuminait tout l’espace environnant : « On aurait cru que la voiture flottait dans l’eau. » La lumière était partout, et sans ombres portées.
Arthur pouvait voir sa mère, son frère et sa sœur « recroquevillés » sur leur siège. Bien qu’il pût voir son jeune frère Peter en bas du siège avant, il ne put apercevoir un autre garçon à l’intérieur de la voiture, ce qui lui fit douter qu’il y ait eu quelqu’un d’autre à bord. Puis il revit la voiture arrêtée sur le talus mais il ne se rappelait pas le moment où sa mère la gara. Il ne voyait plus rien, excepté cette lumière, et il eut la sensation que la voiture se trouvait tout à coup en dessous de lui : « J’avais la sensation d’avoir lévité. » C’est alors que je perçus chez Arthur la montée d’une tension et celle d’une analyse plus critique qu’avant. Je l’encourageai à conserver autant que possible ces sensations et ces images brutes et de ne pas porter de jugement ou de tenter d’interprétations. Puis il y eut un moment dans cette séance où je ne pus que laisser faire les choses, c’est-à-dire celui où Arthur commença virtuellement à pleurer en constatant que la voiture ne se trouvait plus sur la route et qu’il était entouré d’un décor inconnu.
Arthur éprouva de « nombreuses émotions très différentes », dont la « frayeur » : « Mais quelque chose me disait que je ne devais pas avoir tout le temps peur. » Aussi « incroyable » que cela puisse paraître, Arthur eut la sensation qu’il s’élevait au-dessus de l’emplacement de la voiture familiale : « Et je ne pouvais plus parler à personne » parce qu’ils étaient tous « blottis » au fond de la voiture pour se protéger : « Et je savais qu’ils ne pouvaient pas m’entendre. » Alors Arthur éprouva un sentiment de « confusion » : « On aurait dit que toutes les cellules de mon corps se mettaient à danser, mais mon corps, lui, ne bougeait pas de place, il était plutôt en train d’éclater. » Cette impression « de ne plus être dans son corps » semble avoir été pour Arthur une source de terreur. Il pouvait voir sa mère et son frère dans la voiture, mais plus sa sœur. Et la perspective était celle qu’il aurait eue « s’il s’était trouvé sur la voiture » et qu’il aurait regardé à travers le toit. Toujours dans cet état second, il pense qu’il a dû « passer à travers le toit » de la voiture, d’une manière ou d’une autre : « Mais je ne peux pas me remémorer comment cela s’est fait. »
Puis un « message » parvint à Arthur : « Comme s’ils étaient inquiets pour moi... qu’ils ne voulaient pas me faire de mal... Ils savent que j’ai peur », et ce message l’« aida vraiment » à reprendre son calme. Ensuite (la source de la communication n’étant pas très claire à cet endroit) : « Ils essaient de me dire qu’il existe un fil, comme un fil d’araignée, entre nous mais c’est très fragile... “ N’aie pas peur sinon ça brisera le fil. ” » Je demandai à Arthur s’il fallait prendre cette image de manière littérale, physique, ou s’il fallait y voir une métaphore désignant une connexion particulière. Arthur pouvait effectivement voir une « lumière comme un fil, un fil d’araignée lumineux » dans le ciel avec l’obscurité tout autour. Puis il vit plus de six « petits êtres lumineux rassemblés » qui lui dirent qu’il ne fallait pas qu’il ait peur pour ne pas briser le fil avec sa peur.
Je priai Arthur de me donner une description des êtres aperçus alors. « Ils ressemblaient à des embryons, ce sont simplement de gentilles petites choses... Ils sont luminescents », à moitié translucides, avec de grosses têtes et des corps tout petits, « des petits bras malingres et des doigts minuscules. Ils en ont peut-être même pas cinq ». En outre, Arthur réussit à voir les « petites jambes », les faces lisses avec « leur petite bouche, leur petit nez et pas un seul cheveu... comme des bébés, des embryons », répéta-t-il. Les yeux étaient tous très noirs et plus ronds que les nôtres. « Les êtres paraissaient si près les uns des autres qu’ils se touchaient », remarqua Arthur. « Ils semblent timides, et leurs bras recherchent toujours le contact avec ceux des autres... Comme une nichée de lapins. Ils se serrent les uns contre les autres comme des petits lapins. » Je demandai à Arthur ce qui pouvait bien le maintenir ainsi dans les airs et il me répondit que c’était « le fil » dont il estima le diamètre à environ un huitième de pouce, « un peu comme un fil de cerf-volant... ». « Il me retient, mais je ne sais pas comment. » Les êtres « avaient des allures rigolotes » mais ils paraissaient aussi « futés rien qu’à la façon dont ils se comportaient... Des petits lapins, je vous dis. Ils ne veulent blesser personne. Les petits lapins non plus ne veulent de mal à personne. Ils veulent jouer, et c’est tout ». Même conscient qu’il « pouvait casser le fil quand il le voulait », Arthur grimpa le long du fil avec l’aide des êtres le long du fil jusque « dans la pièce » comme il l’aurait fait en grimpant à « une corde ou quelque chose du même genre ». Le fil suivait la courbe d’un arc « ou d’un demi-arc ». Il monta donc en suivant cette courbe avec, sous lui, le noir de l’obscurité. « Je n’aurais pas pu le faire en marchant parce que c’était bien trop raide, et puis il n’était pas question de marcher. Je m’élevais en suivant un angle. » Arthur se retrouva « dans l’espace ». « Je pouvais voir les étoiles et puis cette chose oblique et toute lisse (c’était la première fois qu’il faisait directement allusion au vaisseau spatial et au fait qu’on l’y avait entraîné). C’est un grand truc tout rond avec des bords, comme un bol renversé, oui c’est ça, un bol aplati et renversé. » Extérieurement, l’engin paraissait fait d’acier trempé et poli. Le fil ou la corde paraissait baigner dans une lumière ambiante, et les êtres lui disaient « de ne pas avoir peur ». Arthur « montait simplement » le long du fil, « dans la position debout », comme tiré par une force invisible. Le fil pénétrait apparemment dans l’engin « comme un fil de téléphone ». Arthur pouvait à présent voir les êtres à l’intérieur de l’engin, ce qui le troubla beaucoup parce qu’il les voyait alors qu’il était encore lui-même en train de s’élever le long du fil. « Ils n’étaient pas en bas à ma hauteur et pourtant je pouvais les voir à travers ce fil... Ils étaient dans une bulle de lumière et cela se passait probablement dans la chose en acier. » De ce point de vue, en effet, les choses semblaient compréhensibles mais ces propos ne firent qu’ajouter aux problèmes que je me posais déjà et je préférai glisser dessus pour le moment.
Arthur ne se souvient pas exactement de la façon dont il est entré dans l’appareil : « Il n’y avait pas de porte ou d’ouverture. » Une fois à bord, il se retrouva dans une immense salle au plancher inégal et ondulé, environné de toute une rangée de lumières roses. Les êtres papotaient joyeusement et semblaient particulièrement heureux qu’Arthur ne soit pas terrorisé. « Ce sont un peu comme des copains de jeu, vous savez... Tout ce qui leur importe, c’est de ne pas faire de mal à qui que ce soit. » Je marquai ma surprise lorsque Arthur compara les dimensions de cette immense salle à celles du parc de Fenway à Boston « mais la tête en bas ». Les êtres continuaient à « discuter » entre eux, sans intervention de sons ou de vocables, se bousculant et se touchant les uns les autres, comme s’ils voulaient jouer. Ils se mirent à toucher le visage d’Arthur « d’une manière très gentille. Comme vous caressez un lapin... ce dont je me souviens, c’est qu’ils touchèrent ainsi avec leurs mains mon visage et mes épaules », comme « par curiosité », et ils « m’entouraient ». L’humeur était aussi à la plaisanterie mutuelle. Je réclamai un exemple de bonne blague : « Euh, imaginez qu’on vous envoie par la figure des giclées de couleurs... et plein de sentiments amusants avec. Un million de sentiments différents et amusants... C’est ainsi qu’on communique avec les petits lapins », répéta-t-il.
Tous ces jeux et ce souci d’obtenir d’Arthur qu’il soit calme et sans peur semblaient n’être qu’une préparation à « quelque chose de plus sérieux » qui allait suivre. Des êtres plus sombres voulaient qu’il en sache davantage sur le « champ d’existence » qu’il avait perdu, dans cette contrée où tout est vert, où « il y a des feuilles et des fleurs, de l’herbe et des oiseaux, des poissons et toutes sortes de choses ». Mais « un grand rideau noir va tomber par-dessus. Ils veulent que j’en fasse l’expérience. Cette obscurité est comparable à une gigantesque inondation, et elle va submerger la totalité de la planète et tout détruire ». Je demandai à Arthur pourquoi ils voulaient tellement qu’il soit au courant de cela. « Parce que je pense qu’ils veulent nous aider. Ils ne veulent pas que cela se produise - c’est tellement contradictoire. » Je lui suggérai de s’enfoncer tout de même davantage dans cette contradiction. « Ils se rendent compte que nous ne sommes pas brillants, dans tous les sens du terme. Nous sommes plutôt des créatures stupides. » La destruction pourrait être évitée mais la seule chose « qu’ils peuvent faire pour ça, c’est à travers leurs communications ». Dans le même temps, « ils craignent de nous effrayer car la peur que nous éprouverions suffirait à casser tout le processus ».
Cette chape d’obscurité est similaire à un énorme «ballon d’eau », noir et gigantesque, qui recouvrirait alors toute la planète et l’étoufferait. Je demandai à Arthur comment il « visualisait » cette idée. « Ils veulent me dire quelque chose d’important et leur façon de procéder c’est de vous faire ressentir la chose. » En voyant la nuée sinistre et destructrice, Arthur éprouva de la peur, de la suffocation et l’horrible sentiment « que tout allait devoir périr ». À la fin de ce qu’on pourrait envisager comme une sorte de mise en scène ou de démonstration, les êtres firent disparaître la menace, rassurés sur le fait que le message avait été enregistré par Arthur qui avait compris que le problème était sérieux. Je demandai à Arthur de quelle manière un message aussi troublant avait affecté sa vie de petit garçon de neuf ans. Il me répondit de façon assez indirecte ceci : « Ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est lorsque des gens peuvent communiquer entre eux comme vous pouvez le faire avec ces petits personnages. » Le danger qui pesait sur nous était le résultat de notre échec à promouvoir la vie, à nous débarrasser de nos peurs, et à communiquer les uns avec les autres et avec la nature. L’image qu’il avait vue lui avait glacé le sang et l’avait attristé, surtout sur le moment tandis que les êtres « vous font vibrer de tant de vie et qu’ils vous montrent tout ce que la vie n’est pas ».
Arthur retrouva ensuite le fil le long duquel il était parvenu jusqu’au vaisseau et qui était devenu du même coup pour lui une sorte de métaphore pour exprimer la communication et la relation d’amour, « comme avec les lapins... ». « Il y a des gens qui ont besoin d’aller au-delà de ce qu’ils croyaient pouvoir réaliser », déclara-t-il. Les seules choses qui pourraient tuer cette « énergie vitale » sont la peur et l’obscurité qu’elle engendre. Je priai Arthur de m’en dire davantage sur la peur. « Ça bloque tout », dit-il. À cause de la peur qui nous étreint, nous ne pouvons plus communiquer avec l’autre, avec les êtres ou avec les animaux. « Cela exclut même la vie à l’intérieur de nous. » Je ne saisissais pas très bien quelle était la source de la peur et ce que nous étions censés faire à ce propos. Pour « éloigner les ténèbres », dit Arthur, il suffirait « d’être simplement confronté à de petites peurs de temps à autre. Puis d’avoir affaire à des peurs plus importantes et ainsi les gens s’habitueraient et deviendraient plus forts ». Courir le risque de manifester de l’empathie, dire bonjour, être « gentil avec tout le monde » comme par exemple avec « un douanier ou une serveuse de bar », donna-t-il comme exemple. « La récompense, affirma-t-il cette fois, est bien meilleure que la peur et le risque... Nous menons une bataille perdue d’avance, mais il est possible de retourner la situation », conclut-il.
J’avais le sentiment que nous étions allés jusqu’au bout de ce qui était possible dans cette perspective et je demandai à Arthur si les êtres lui avaient fourni d’autres informations lorsqu’il s’était trouvé à bord du vaisseau. Il se souvint alors d’une autre salle plus petite où se tenaient « d’autres personnages plus sombres », comme des « gnomes » ou de « petits moines » revêtus de robes et de capuches. Ces êtres avaient des airs « graves » et ne semblaient « pas particulièrement enclins à rigoler ». Ils lui tâtèrent le cou et le derrière des oreilles, puis lui installèrent « quelque chose de doux et de froid, en caoutchouc, derrière la nuque ». Plusieurs de ces êtres se trouvaient derrière lui et il vit « un couple plus loin sur sa droite ». Ces entités paraissaient beaucoup plus « ambivalentes, commenta Arthur, plus complexes... Elles se livrent à des choses. Elles bougent dans tous les sens et arborent une gestuelle excessive, mais en revanche elles se meuvent plus en douceur et elles sont plus sérieuses... Ce n’est pas comme avec les petits lapins » qui étaient plus joueurs et alors « vous vous tenez à carreau ». Ces êtres lui firent part de leurs craintes de voir l’humanité provoquer des catastrophes par leurs actes inconsidérés, et lui avouèrent n’avoir aucune confiance en notre intelligence.
La communication venant des êtres plus sombres était aussi « plus intense ». « Ce sont des milliards de choses, une infinité de choses qui vous traversent l’esprit lorsqu’ils vous envoient des informations. C’en est incroyable parce que vous ne pouvez pas, vous, ingurgiter toutes ces choses en même temps. » Pourtant le message principal qui ressort de toutes ces communications est sans équivoque : « Arrêtez de foutre la merde dans la vie et sur votre planète... Bande de sinistres crétins que vous êtes ! » Je demandai à Arthur comment ce message lui était parvenu. Était-ce au moyen d’instruments fichés dans sa nuque ? Ou bien cela lui parvenait-il « par l’arrière de l’oreille droite, là où ça fait mal, mais pas une douleur fulgurante. C’est plutôt lancinant, comme quelqu’un qui vous appuierait dessus une batte de base-ball - là derrière l’oreille, et puis non derrière la tête ». En tout cas, ce fut « véritablement une avalanche d’informations ».
Je demandai à Arthur si, et de quelle manière, toutes ces informations affectèrent le petit garçon qu’il était alors. Sa réponse fut le reflet de son propre combat pour assimiler l’impact. « C’était là, je sais, mais ça, je sais, je sens ce qu’ils veulent dire... Oh oui ! J’en suis sûr. Ça je peux. On est passé en quelque sorte du jeu et de la joie à, comment dire, aux choses sérieuses. Et c’est plutôt important. C’est du sérieux. Mais l’impression était plutôt un choc. » Je lui demandai de me préciser la nature de cette impression de choc. « Ça ne fait pas mal, dit-il. Simplement, tout votre cerveau, toutes vos cellules s’enflamment, ou alors vous vous rendez compte que vous flottez dans cette espèce de plasma infini, ces incroyables particules de lumière. Non pas comme un éclair d’orage, plutôt comme un, oui c’est le sentiment que la communication est passée.
Le sentiment ? Quel sentiment ? demandai-je. Celui qu’on a sur les montagnes russes lorsque vous vous
trouvez tout en haut et qu’ils vous poussent dans la
descente et que vous allez vous précipiter en chute libre.
Vous voyez d’ici le vertige... Ce n’est plus tout à fait une
blague.
Ils veulent s’assurer que vous avez bien perçu le message
? suggérai-je.
Oui, c’est ça. Un peu comme s’ils vous accrochaient par le
revers de votre veste et qu’ils vous parlaient, en vous
secouant sans vous faire vraiment mal, histoire de marquer
le coup, et vous, vous n’avez plus qu’à prendre la parole
devant tout le monde. Faut vous botter les fesses pour aller
au feu. À vous d’enseigner aux autres. »
C’était la fin de la « leçon ». En dehors de la pression de l’instrument derrière sa nuque, Arthur ne se souvenait d’aucune autre procédure pénible. Il fit des comparaisons entre les êtres sombres et les êtres lumineux. Les êtres sombres possédaient « davantage d’intelligence et d’informations », alors que « le petit peuple » était « plus simple, ou plus amical ». Mais les êtres sombres « respectaient ou admiraient le petit peuple » qui devait, en un « sens, leur être supérieur. Il était mieux considéré... ».
Je demandai aussi à Arthur s’il pouvait décrire les visages des êtres sombres. « Des traits profondément marqués, des sourcils, des yeux sombres et enfoncés dans la tête, un peu comme des vieillards », dit-il. Ils portaient des capuchons et des robes sombres ; ils paraissaient assez «trapus». Les communications avec eux, ajouta-t-il, étaient « trop envahissantes », réclamant « de notre part un long moment pour les assimiler ». Aussi les êtres sombres avaient-ils besoin du petit peuple pour que celui-ci « transmette des messages plus légers à certains moments ».
La séance tirait à sa fin et je demandai à Arthur s’il pouvait se remémorer quoi que ce soit concernant son retour sur Terre. Il ne le pouvait pas, excepté le fait que sa mère était encore « recroquevillée » sur son siège tandis que lui-même regagnait la voiture familiale. « On aurait dit qu’elle était gelée. » Son frère et sa sœur étaient de nouveau là. Arthur ne situa pas le moment où sa mère avait remis le moteur en route : « Mais je me souviens très bien qu’on n’a pas desserré les dents, tous autant que nous étions, et pour des gens comme nous, c’était plutôt inhabituel. On est assez loquace dans la famille. Mais c’est dans un silence de mort qu’on est arrivé à la maison. » Il ne souvient pas non plus de ce qui lui est arrivé alors plus particulièrement. Ils rentrèrent donc une heure ou une heure et demie plus tard que prévu.
C’est alors qu’Arthur se rappela avoir vécu une expérience au cours de l’été précédent dans la propriété familiale. Sans trop savoir pourquoi, il s’était arrangé pour pouvoir passer deux mois consécutifs sur place. « Fallait que j’y aille pour un autre épisode. » Un jour qu’il était à la pêche, « l’autre épisode » se produisit et Arthur pense que dans son emploi du temps manquèrent, cette fois, pas moins de cinq bonnes heures dont il ne sut rendre compte. Cette nuit-là, il alla dormir dans une « petite chambre retirée » au sein de la grande propriété et ses rêves, dont il n’a aucun souvenir, le convainquirent cependant qu’il venait de vivre une autre puissante expérience mais qu’il lui faudrait remettre à plus tard son investigation. En considérant le travail commun que nous avions accompli, Arthur déclara que l’impact de cette expérience vécue dans l’enfance lui avait laissé le sentiment qu’il faisait « partie d’un puzzle et » qu’il lui faudrait faire son possible « pour arrêter... ».
Arthur m’exprima d’autre part son souhait de rencontrer d’autres personnes appartenant au même puzzle : « Pour voir si nous pourrions créer, si le fil pourrait créer une synergie... Si nous nous rassemblions, cela ferait une bonne centaine... » Arthur accepta de venir à la réunion de groupe quatre jours plus tard. Il parla plus amplement du problème du dosage. La manière dont les êtres communiquent, dit-il, « c’est trop pour nous à absorber d’un coup. Et quand on est au seuil de la peur, on ne peut plus rien absorber du tout ». Je demandai à Arthur ce qu’il pensait des découvertes qu’il venait de faire. « C’est extrêmement troublant... Intuitivement, je crois à tout cela, mais pas intellectuellement. » Pendant toute la régression, il lui fallut lutter contre « la tentation de basculer dans la peur... La peur est toujours présente. Elle ne décroche pas, fit-il mais (référant à ma présence) c’est comme si quelqu’un vous tenait la main alors que vous subissez une intervention chirurgicale... Il faut surmonter cette peur et ne pas lui permettre de prendre possession de vous. »
Le « voile de ténèbres, se souvint-il, servait à vous faire sentir combien il peut devenir menaçant si vous ne faites rien- c’est pour vous faire prendre conscience de l’importance de la chose ». La tâche qui lui reste à accomplir est désormais « de passer à travers toutes ces épreuves et d’aller vers les autres », me suggéra-t-il.
Le 31 mars, Pam eut une conversation avec Arthur par téléphone, c’est-à-dire deux jours après la réunion de groupe. Il se disait très frappé par l’angoisse qui régnait parmi les gens du groupe et par le manque assez remarquable d’empathie à l’égard des êtres extraterrestres. À cet égard, Arthur remercie l’enfance heureuse et sécurisante dont il a bénéficié et qui lui évite aujourd’hui ces écueils. Finalement, il se sentait très content des résultats de nos investigations communes et il s’en ouvrit même à des amis proches, mais il évita de donner davantage de détails à sa sœur afin qu’elle n’en fût pas « influencée », c’est-à-dire qu’elle conserve toute sa crédibilité comme témoin indépendant. Il avait remarqué déjà que la philosophie de la vie que sa sœur arborait était assez semblable à la sienne et il se demandait si c’était parce qu’ils avaient partagé le même type d’expérience d’enlèvement. Depuis sa régression avec moi, Arthur se sentait plus convaincu que jamais de l’authenticité du message des extraterrestres et également plus déterminé que jamais à accomplir ce qui serait en son pouvoir pour apporter son aide.
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Commentaire
Les entreprises qui ne visent que le profit font partie de ces puissantes institutions que l’humanité a inventées pour produire des biens matériels. Les effets s’en font d’ailleurs sentir dans le monde entier et à tous les niveaux de l’existence. Ces entreprises peuvent être des agents de destruction permanente de l’équilibre écologique, ou bien une source potentielle de bénéfices pour la planète et ses habitants. Arthur est un homme d’affaires performant à la vision extrêmement pointue. Sa vie est devenue un modèle de celle du chef d’entreprise responsable (Everett, Mack et Oresick 1993). Dans ses propres unités comme dans ses partenariats avec d’autres industriels, il a su consacrer du temps, de l’énergie et des ressources financières importantes pour la préservation de l’environnement. Et ses centres d’intérêt vont du recyclage local au militantisme politique à l’échelon national ou international où il n’hésite pas à discuter les affaires sur des bases d’exigence écologique qu’il essaie de faire partager ou qu’il impose carrément comme une condition sine qua non.
Ce qui est le plus remarquable est qu’Arthur et les membres de sa famille semblent tous être persuadés que ces visions et ces engagements sociaux et écologiques sont intimement liés à son expérience ovni vécue dans l’enfance. Et lui-même s’est déjà demandé ce qu’il serait devenu en tant qu’individu si une telle aventure ne lui était pas arrivée. Il est certain, en tout cas, que les informations dont il a bénéficié avec tellement de puissance au cours de son kidnapping (certaines remémorées consciemment mais la plupart revenues à la surface sous hypnose) étaient parfaitement en harmonie avec cette existence étonnamment originale qu’il mène aujourd’hui.
Ce que les extraterrestres ont su lui communiquer, ce sont des informations sur le danger que court l’équilibre écologique de la planète, le besoin de s’ouvrir à une communication fondée sur l’amour, et la nécessité de se débarrasser des oripeaux de la peur pour mieux accéder à ces notions. Ce type de message était envoyé avec une telle puissance qu’il sembla à Arthur que chaque cellule de son corps en devenait le réceptacle. Une image de « raz de marée de ténèbres » recouvrant toute vie sur Terre fut montrée à Arthur comme une éventualité future de notre destinée. « Cessez de faire joujou avec la vie, avec la planète », lui fit-on comprendre. « Faites votre possible pour arrêter ce désastre et protéger la vie sur Terre. » La mission d’Arthur ne se limite pas là car il doit désormais enseigner et « former d’autres enseignants » afin de faire passer ces informations dans le public. Ces informations semblent avoir provoqué dans son mental comme des « explosions » et ce aussi bien dans l’expérience d’enlèvement vécue à l’âge de neuf ans que dans d’autres supposées. En tout cas c’est bien ainsi qu’il vit sa vie.
Le cas d’Arthur fait intervenir de fortes métaphores. Le fil qui suit la courbe d’un arc et qui le mène de la voiture de sa mère au vaisseau spatial est également un symbole de connexion entre des êtres vivants. Et c’est à plusieurs reprises qu’Arthur établit une analogie entre la façon dont il apprend à communiquer avec les animaux - ses « gratouillis » aux oreilles des lapins par exemple - et le comportement aimant et ouvert qu’il faut adopter si on veut entrer en relation avec les êtres extraterrestres. En vérité, il n’hésite pas à comparer « le petit peuple » qu’il a rencontré depuis qu’il est enfant à des petits lapins de dessins animés. La manière avec laquelle Arthur a toujours su entrer en contact avec l’esprit des bêtes sauvages comme des animaux domestiques semble d’une certaine manière intimement liée à cette maîtrise qu’il a de sa peur (ceci en comparaison avec la résistance qu’ont manifestée certains membres de sa famille présents lors de l’incident de 1964) et à cette acceptation de la présence et du message des êtres extraterrestres.
Notons d’autres aspects intéressants du cas d’Arthur. Son expérience à l’âge de neuf ans introduit deux types d’êtres : les êtres lumineux, un peu translucides, « le petit peuple » joueur, aimant et amical ; et les êtres plus sombres, ces entités plus graves qui nous rappellent les gris que l’on connaît bien. Ces deux types d’êtres semblaient travailler ensemble, collaborer et se compléter, les petits êtres aidant Arthur à maîtriser sa peur et à développer une conscience joyeuse et ouverte, tandis que les êtres sombres délivraient des messages puissants et troublants. Cette distinction semble se retrouver dans d’autres cas.
On note qu’il est typique pour les kidnappés encore enfants d’être préparés, grâce à des relations de jeu et d’amitié avec des êtres aux manières légères et sympathiques, à recevoir des messages ou des projets plus graves ou même plus effrayants que vont leur dispenser des entités plus austères et plus déterminées.
Le cas d’Arthur est aussi très intéressant du point de vue de la santé mentale. Son enfance semble s’être déroulée dans une atmosphère particulièrement équilibrée et sécurisante, exempte de traumatismes ou de rapports conflictuels. On a rarement affaire à un individu aussi peu concerné par une pathologie quelconque ou par ces angoisses générées par l’époque actuelle. En fait, nous avons affaire à quelqu’un de remarquablement stable et harmonieux, tout en étant extrêmement créatif et novateur. On pourrait même dire que c’est justement ce sentiment de sécurité intérieure, cette attitude aventureuse envers la vie (déjà évidente lors de l’incident ovni où le petit garçon ravala sa peur pour trouver cela très excitant et même « super ») qui le rendirent particulièrement réceptif aux communications dispensées par les êtres extraterrestres.
L’histoire d’Arthur, comme celle de nombreux kidnappés, soulève beaucoup de questions troublantes sur les rapports de la pensée au monde physique, sur le phénomène de cause et d’effet, et sur les vicissitudes de la mémoire. On observe ici quelque chose de presque organique au sujet des métaphores qui surgirent au cours du récit. La chape de ténèbres comme le fil d’araignée qui entraîne Arthur à l’intérieur de l’ovni semblent exister dans une sorte de contrée en demi-teinte entre la pensée et le monde matériel. Comme les ondes et les particules dans la mécanique quantique, ces images pourraient être aussi bien des pensées dans tel contexte que quelque chose de physiquement réel dans tel autre. On ne peut plus opposer l’un à l’autre, opter pour l’un ou l’autre, la pensée contre l’esprit, mais envisager les deux selon le contexte. La « marée noire » semble être effectivement quelque chose qui détruirait la Terre, quelque chose de plus « réel » qu’une simple métaphore, mais c’est aussi une image ou un symbole mis en scène par les extraterrestres pour frapper l’esprit d’Arthur, pour faire de l’effet. Le fil amène physiquement Arthur au sein du vaisseau, mais c’est aussi une image symbolique puissante qui exprime la relation et la connexion.
Même les associations entre les lapins de la ferme d’Alice et la perception des êtres lumineux en tant que « petits lapins », ou encore la relation entre la façon dont on « apprivoise » un lapin et celle avec laquelle on communique avec un extraterrestre, semblent être des liens organiques, plus intenses et plus essentiels que de simples analogies. Ce qui pourrait bien nous ramener aux rapports qui existent entre la pensée et le monde physique, ces domaines radicalement séparés dans une perspective occidentale. Mais dans le cas d’Arthur, pensée et réalité physique nous apparaissent comme inséparables, comme si l’un devait générer l’autre d’une manière qui nous demeure incompréhensible. Peut-être même devrait-on envisager la conscience elle-même comme source de création, une base d’être d’où procéderaient à la fois la pensée et le monde physique.
Je me suis également posé la question de savoir où se situait la cause et où se situait l’effet dans l’expérience de kidnapping de quelqu’un comme Arthur. Est-ce qu’il aurait vécu cette expérience à cause de l’ouverture de sa psyché à de telles réalités, ou bien est-ce ces rencontres elles-mêmes, qui remontent à l’enfance et probablement aussi à la petite enfance (nous n’avons pas de souvenirs de vies antérieures dans son cas), qui auraient provoqué chez lui cette flexibilité et ces qualités de visionnaire ? Nos catégories de « cause » et d’« effet » sont des conceptions bien trop linéaires pour nous être d’une quelconque utilité en pareille situation. Il serait plus approprié de concevoir le cas d’Arthur et ses expériences comme interconnectés d’une manière globale.
En conclusion, le cas d’Arthur met l’accent sur les problèmes de la mémoire, de ses oublis et de son excitation, un peu comme dans le cas d’Ed (chap. 3). Pourquoi Arthur, comme les autres membres de sa famille présents lors de l’incident de 1964, ne s’est-il souvenu et n’a-t-il parlé de ces événements que bien plus tard ? Quelles forces, vingt-cinq ans après, ont poussé la sœur d’Arthur à aborder le sujet et solliciter ainsi les propres souvenirs d’Arthur, entraînant du même coup une cascade d’événements qui l’amenèrent dans mon cabinet ? Dans quelle mesure ces forces d’oubli ou de rappel résident-elles dans la psyché même d’un individu ; ou bien doit-on penser qu’elles sont imposées de l’extérieur par les extraterrestres eux-mêmes ou par toute autre source déterminante de leurs activités ? Et puis, exactement comme le problème de la cause et de l’effet, cette dichotomie est-elle seulement encore de saison ? Voilà quelques-uns des grands mystères que le cas d’Arthur ne peut manquer de soulever, lui aussi.
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