Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements
Appendice B : Des êtres venus de l’espace ou d’autres dimensions. Bref panorama historique
Appendice B
Des êtres venus de l’espace ou
d’autres dimensions
Bref panorama historique[1]
Dans de nombreuses cultures et depuis des temps immémoriaux, les mythes et les légendes rapportent des histoires de contacts entre les humains et des êtres venus d’autres dimensions. Contrairement à la métaphysique post-Renaissance, notamment dans les sociétés occidentales, qui place l’homme au centre de la création, séparé et au-dessus des autres formes de vie, il existe certains peuples de par le monde qui communiquent traditionnellement, et par des moyens très variés, avec des intelligences ou des esprits non humains. Ces échanges et les mythes qu’ils génèrent font partie intégrante des systèmes cosmologiques de nombreuses cultures situées en dehors de la sphère dite occidentale ; ils constituent du même coup pour chaque individu une sorte de structure ontologique sur laquelle s’appuient à la fois la culture, les coutumes et le style de vie.
Au cours de l’histoire de l’humanité, d’innombrables sociétés ont reconnu à la conscience plus de pouvoir que nous ne lui en accordons aujourd’hui en Occident - elle serait une sorte de radar, de tamis ou d’émetteur-récepteur pour entrer en contact avec des forces différentes de nous, même si ces dernières ne sont pas toujours visibles. Le monde occidental contemporain soutient que nous sommes seuls dans l’univers, ne conversant qu’avec nous-mêmes, mais c’est là un point de vue minoritaire, autant dire une anomalie de la pensée.
Au cours de nombreuses époques, on a rapporté que des humains avaient eu des contacts avec une multitude de dieux, d’esprits, d’anges, de fées, de démons, de goules, de vampires et de monstres marins. Toutes ces entités intervenaient ainsi soit pour instruire, soit pour commander, soit encore pour persécuter les mortels ou s’en faire des alliés, et ce pour des motifs ou des buts extrêmement variés. Si certains de ces êtres fantastiques se trouvaient comme chez eux sur Terre, la plupart préféraient effectuer ces visites depuis des habitats ou des dimensions situés bien au-delà de notre monde perceptible. Le ciel, particulièrement, semble avoir été un lieu de domiciliation très recherché pour les non-humains ; c’est pourquoi il a fini par représenter la dimension extraterrestre par excellence, surtout ces derniers temps, alors que les frontières de la planète semblent avoir explosé. Ralph Noyés fait ainsi remarquer : «Autrefois, nous peuplions notre planète Terre d’esprits et de dieux. À présent que nous les en avons chassés, c’est dans le ciel qu’ils se sont réfugiés » (Noyés 1990).
À Truk, dans les îles Marshall, on croit depuis toujours en un monde extérieur qui se trouverait d’une certaine manière en correspondance avec notre conception moderne de l’espace. C’est un monde de mystère et de puissance, un monde qui serait à l’origine même de notre vie sur Terre. De plus, il existerait un dialogue permanent entre les humains de cette planète et les habitants de ce monde spirituel (Goodenough 1986, page 558). D’une façon à peu près semblable, les Indiens hopis d’Amérique recevaient l’enseignement traditionnel des Kachinas, des êtres spirituels venant d’autres planètes ; c’est de ces esprits en effet que les Hopis apprenaient les techniques agricoles et les codes de moralité et de philosophie qui ont structuré la culture hopi (Clark et Coleman 1975, page 215). En Irlande, les gens sont persuadés que les fées et le « petit peuple » des forêts et des campagnes n’appartiennent pas à cette Terre mais qu’ils sont originaires d’autres planètes. Les fées voyageraient dans le ciel à bord de vaisseaux aériens pareils à des nuages et qu’on appellerait « fairy boats » ou encore « vaisseaux fantômes » (Rojcewicz 1991, page 481).
Mircea Éliade, éminent spécialiste des mythologies, a amplement exposé la signification symbolique de cette différenciation entre le Ciel et la Terre comme une illustration de la séparation, et donc de la connection, entre le monde des hommes et celui des esprits. Selon Éliade, « les mythes archaïques que l’on rencontre à travers le monde ne parleraient de rien moins que de l’existence primordiale d’une extrême proximité entre le Ciel et la Terre. Dans ces temps-là, les dieux étaient descendus sur Terre et s’étaient mêlés aux hommes tandis que, de leur côté, les hommes pouvaient atteindre le Ciel en gravissant les montagnes, en grimpant aux arbres ou en escaladant des échelles, ou encore en se laissant emporter par des oiseaux. » (Éliade 1957, page 59).
Éliade ajoute que l’on retrouve ces mythes de l’ascension, ces images de la jonction entre Ciel et Terre, dans de nombreuses tribus (dont les Aborigènes d’Australie, les Pygmées et les peuples de l’Arctique) où ils ont été élaborés au sein de cultures pastorales et sédentaires pour être ensuite directement transmis aux grandes cités orientales de l’Antiquité. Lorsque le Ciel s’est brusquement séparé de la Terre, lorsque l’arbre-liane qui les reliait fut abattu, ou lorsque la montagne qui s’élançait à l’assaut du ciel fut arasée- alors l’Eden avait fait son temps et l’humanité entra dans la condition que nous lui connaissons aujourd’hui (Éliade 1957, page 59).
« En effet, tous ces mythes évoquent un homme primordial baignant dans une béatitude, une spontanéité et une liberté que malheureusement il a perdues depuis la “ chute ” - c’est-à-dire la cause mythique de cette rupture entre le Ciel et la Terre... Immoralité, spontanéité et liberté ; la possibilité d’atteindre le Ciel et de rencontrer aisément les dieux ; l’amitié avec les animaux et la compréhension de leur langage... Ces libertés et ces possibilités ont été perdues et c’est le résultat d’un événement primordial - la chute de l’homme exprimée comme une mutation ontologique de sa propre condition, tout comme un schisme cosmique » (Éliade 1957, page 61). Dans chaque culture, seuls quelques individus, tels les chamanes, ont le pouvoir de continuer à se promener entre ces deux univers, entre humanité et monde spirituel, entre Ciel et Terre.
Les Koryaks de Sibérie se souviennent de l’ère mythique du Grand Corbeau, lorsque les êtres humains pouvaient sans difficulté monter jusqu’au Ciel ; de nos jours, ajoutent-ils, il n’y a que les chamanes qui en soient capables. Les Bakairis du Brésil estiment que, pour les chamanes, le Ciel n’est pas plus haut qu’une maison, et c’est pourquoi ils peuvent s’y rendre en un clin d’œil (Éliade 1957, page 65).
On ne peut dénombrer les contes, les légendes et les mythes qui concernent des humains ou des êtres fantastiques qui s’envolent dans l’espace et voyagent librement entre Ciel et Terre. Éliade pense encore que « les thèmes du vol dans les airs et de l’ascension se retrouvent dans pratiquement toutes les cultures archaïques, à quelque niveau que ce soit, c’est-à-dire aussi bien dans les rituels et les mythologies qui sont l’apanage des chamanes ou des états extatiques, que dans les légendes folkloriques transmises par les autres membres de ces communautés qui ne prétendent pas pour autant se distinguer par l’intensité de leur vie religieuse. Une multitude de symboles et de significations reliés à la vie spirituelle, et surtout au pouvoir de l’intelligence, font intervenir des images de “ vol ” et d’“ ailes ” ; ces images expriment toutes une rupture avec le monde de l’expérience quotidienne... la transcendance comme la liberté peuvent être atteintes grâce à un envol » (Éliade 1957, page 105).
Il semblerait qu’aujourd’hui nos kidnappés de l’espace se fassent involontairement les héritiers de cette tradition déjà extrêmement fournie d’ascensions et de communications extraterrestres. Mais les enlèvements spatiaux et leurs effets sur les victimes possèdent des caractères propres. Le folkloriste Peter Rojcewicz a comparé l’expérience des kidnappés actuels avec d’autres phénomènes faisant intervenir l’espace et le kidnapping ; il conclut à l’éventualité de l’existence d’une intelligence, ou d’un esprit, ou même d’une énergie, ou encore d’une conscience derrière les phénomènes d’ovnis et les extraordinaires « rencontres » de tout type, et cette intelligence adapterait sa forme et son apparence à l’environnement du moment (Rojcewicz 1991).
Rojcewicz nous rappelle l’historique déjà long des observations de phénomènes célestes inhabituels, d’êtres mystérieux et d’objets lumineux non identifiés. Il y a quelques siècles, on parlait plus couramment de « chars célestes, de chariots volants dans les airs, de palais étincelants se déplaçant dans le ciel... On note également de nombreuses descriptions de boucliers incandescents traçant leur route vers le ciel, ainsi que des triangles ; des croix de feu furent aussi observées en Europe de l’Ouest ». Rojcewicz cite encore la présence de nuages ou de brumes lumineuses entourant des objets inconnus, dont des ovnis, aussi bien que l’apparition soudaine d’images religieuses lumineuses dans le firmament, et ce le plus souvent devant des milliers de gens. Aux États-Unis il y a à peine un siècle (dans les années 1890), des Américains remarquèrent dans le ciel le passage de grands navires (Rojcewicz 1992). Jerome Clark, après une minutieuse enquête sur ces fameux voiliers de l’espace, en arriva à la conclusion que ces « vaisseaux » spatiaux si fréquemment observés avaient certainement quelque chose à voir avec nos ovnis d’aujourd’hui mais que les gens de l’époque en donnaient une interprétation qui correspondait fatalement aux mythologies et au niveau des technologies d’alors (Clark 1991).
Selon le psychologue Mario Pazzaglini, qui s’est longtemps intéressé aux enlèvements extraterrestres, des manifestations, dont la nature pourrait être associée aux phénomènes ovnis, auraient été racontées par les hommes depuis dix mille ans, à commencer par un passage d’Ézéchiel dans l’Ancien Testament, où il décrit une vision de roues célestes, d’anges, de lumière et de nuages (Pazzaglini 1992).
D’autres phénomènes célestes inhabituels ont été rapportés par e les Romains, les Grecs au cours du IV siècle, et à de nombreuses reprises pendant la période médiévale. Parfois ce sont des étoiles, des flammes dans le ciel, des croix, des lumières, ou des rayons ; ces apparitions se contentent de disparaître ensuite ou bien de laisser des traces de leur passage. Elles sont le plus souvent observées par des milliers de gens et interprétées comme des miracles. Il arrive en effet que ces phénomènes entrent à merveille dans les structures préexistantes des croyances spirituelles alors socialement bien établies.
Le phénomène de l’enlèvement d’êtres humains vers d’autres dimensions a aussi une longue histoire et apparaît dans presque toutes les cultures. Les Tibétains affirment que les humains peuvent quitter leur corps « éthérique » ou « subtil » et qu’il leur est possible d’effectuer des voyages « hors du corps » pendant des heures, voire des jours. « Ils vivent alors des expériences dans d’autres lieux et ensuite réintègrent leur corps. » Les Tibétains établissent différents degrés d’« opacité » à nos états, ou densité de l’être. « L’esprit ou la conscience produit par une matière grossière ne peut pas communiquer avec ces choses subtiles. Chez certaines personnes, vous pouvez observer que le niveau le plus grossier de l’esprit est dominé et que l’esprit le plus subtil devient actif. Il y a alors une chance, une opportunité d’entrer en communication ou de voir parfois un autre être qui possède un esprit ou un corps plus subtil que le nôtre» (le Dalaï-Lama 1992). Comme exemples modernes de ce type d’entités dans le monde occidental, on pourrait citer les « guides spirituels » dont beaucoup de gens parlent. Les descriptions de ces esprits qui apparaissent à des individus ou à des intermédiaires varient énormément de l’un à l’autre.
Rojcewicz inclut les enlèvements par ovni dans une large série d’expériences paranormales : les voyages à proximité de la mort ; les étonnantes expériences psychiques, spirituelles, mystiques ou de sortie du corps ; et les rencontres avec toutes sortes d’êtres - sorciers, fées, loups-garous - qui entraînent souvent, pour un individu, une substantielle transformation des valeurs et de l’orientation existentielles. Ces événements se produisent-ils réellement ? Et en ce cas, pourquoi ? Autant de questions qui demeurent pour le moment sans réponse. On se demande même comment formuler les questions sur de tels sujets.
La question qui revient le plus souvent est si ces enlèvements extraterrestres ont véritablement lieu, ce qui conduit au cœur même des interrogations sur la perception et les niveaux de conscience. Le point le plus important est, bien sûr, de déterminer s’il existe une réalité indépendante de la conscience. Par la conscience individuelle pouvons-nous appréhender directement la réalité ou bien sommes-nous nécessairement limités au fonctionnement de nos cinq sens et à celui de notre cerveau qui organise notre perception du monde extérieur ? Ce type de conscience est-il de nature collective et partagé par tous en opérant par-delà les frontières de la conscience individuelle ?
S’il existe une conscience collective, comment celle-ci est-elle influencée et qu’est-ce qui détermine son contenu ? Les enlèvements par ovni sont-ils un produit de cette même conscience collective ? Si, comme dans certaines cultures, la conscience imprègne tous les éléments de l’univers, alors quelle est la fonction d’événements tels que les enlèvements par ovni et bien d’autres expériences d’ordre mystique sur le plan de notre psyché comme sur celui du reste du cosmos ?
Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Tout ce que nous pouvons faire pour l’instant est peut-être de reconnaître l’existence de ces problèmes posés tandis que nous poursuivons nos recherches auprès des personnes que l’expérience étrange a menées aux confins de ce que nous pensions être culturellement la « réalité ». Vivre un enlèvement par ovni, malgré tout ce que cela peut avoir d’unique en son genre, pourrait s’apparenter à certaines autres expériences spectaculaires et transformatrices comme celles des chamanes, des mystiques et des citoyens ordinaires qui se sont un beau jour trouvés face à un phénomène paranormal. Quelle que soit l’expérience « extrême » vécue par l’individu dans ces domaines du mystère, elle transforme radicalement sa conscience ordinaire. Cette personne est initiée à un état extraordinaire dont résultent une réorganisation de tout l’être, une immersion ou un empiètement dans des états et/ou des connaissances jusque-là inaccessibles. Parfois le processus est enclenché à l’occasion d’une maladie ou d’un accident traumatisant, et d’autres fois, la personne est simplement amenée à vivre une série d’états d’où elle émerge dotée de nouveaux pouvoirs ou sensibilités. « Au cours d’une initiation, le chamane apprend comment pénétrer à l’intérieur d’autres dimensions de la réalité et comment s’y maintenir ; ces épreuves, quelle qu’en soit la nature, lui procurent une sensibilité qui peut accueillir et intégrer ces nouvelles expériences... À travers les sens étrangement aiguisés du chamane, le sacré se manifeste » (Éliade 1957, page 66). Tout comme de nombreux kidnappés de l’espace, l’initié affûte ses nouveaux modes de perception subtile pour les mettre au service d’une sagesse qui s’adresse à son peuple tout entier.
La révélation n’est pas uniquement accessible aux seules personnes qui cherchent la lumière : elle peut frapper à toutes les portes, à n’importe quel moment. Il y a quelques décennies de cela, un certain docteur Bûche décrivait ce qui semble une expérience archétypale : « Lui-même et deux de ses amis venaient de passer une soirée ensemble à lire de la poésie : Wordsworth, Keats, Browning et plus particulièrement Whitman. Bûche se trouvait dans un état de contentement et de profonde détente. Tout à coup, sans avertissement, il se vit littéralement environné d’un nuage couleur feu... Tout ce qu’il put se rappeler ensuite fut que la lumière se retrouva à l’intérieur de lui-même. Juste après cela, il éprouva une espèce d’exaltation, une immense joie accompagnée ou suivie d’une illumination intellectuelle impossible à décrire. Dans son cerveau étincela pendant un court instant un éclair lumineux exprimant pleinement la splendeur spirituelle et lui laissant à jamais un arrière-goût de Paradis » (Éliade 1965, page 69).
L’expérience qui consiste à intérioriser ce qui est d’abord perçu comme une lumière extérieure se produit fréquemment au cours d’illuminations mystiques ou de voyages transcendentaux et le résultat en est souvent une seconde naissance. Peut-être pourrait-on établir une analogie avec les rencontres avec des ovnis où les kidnappés sont initialement « frappés par un rayon de lumière », puis aperçoivent un vaisseau brillant à l’intérieur duquel ils sont entraînés. On cite le cas de kidnappés brésiliens qui ont vu des nuages lumineux, le plus souvent de teinte rouge, en association avec des vaisseaux spatiaux (Story 1980).
Le mystique ou le chamane, comme le kidnappé, effectue un pèlerinage, la plupart du temps avec ferveur, afin de donner un nouveau développement à son expérience ou connaissance. Cela entraîne une renaissance parfois très éprouvante, un retour jusqu’à un milieu primordial et surnaturel qui remodèle la conscience de l’individu. Le chaos psychique qui en résulte est une métaphore du chaos pré-cosmogénique, informe et pourtant constructif, auquel l’individu se retrouve exposé. Le kidnappé de l’espace est un Dante moderne dont les structures ontologiques s’effilochent. Lorsqu’il revient dans son lit ou sa voiture après son voyage en compagnie des extraterrestres, le kidnappé s’efforce péniblement de reconstruire sa vision du monde. Le plus souvent il vit cette aventure seul et son absence est rarement remarquée par ses proches.
Jacques Vallée, un des chercheurs ufologues le plus pertinents et dont la culture lui permet d’établir des comparaisons judicieuses, expose l’historique international des rencontres avec des ovnis tout au long de deux ouvrages passionnants : Autres Dimensions et Passeport pour la Magonie. Il y décrit des centaines de cas d’observation d’étranges objets apparus dans le ciel avec leurs occupants, et ce à toutes les époques, dans toutes les sociétés des cinq continents ; il nous rappelle l’existence de disques spatiaux inexpliqués dans la symbolique de nombreuses civilisations -les Phéniciens et les premiers Chrétiens, par exemple, les avaient associés à une forme de communication entre les anges et Dieu. Il compare quelques-uns des phénomènes reliés aux rencontres d’ovnis avec des comptes rendus historiques d’expériences d’ordre mystique. Les rayons de lumière jouent généralement un rôle important à la fois dans les expériences dues aux ovnis et les sorties de corps (Vallée, page 57 de la traduction française par Annick de Scriba chez Robert Laffont, 1989.) Et en ce qui concerne les « êtres » eux-mêmes, Vallée tisse de nombreuses analogies avec les observations répertoriées depuis toujours et dans le monde entier d’êtres célestes, non humains et aux formes vagues. Ces êtres apparaissent aux yeux de l’humanité sous des milliers de formes différentes ; ils possèdent des pouvoirs extraordinaires et leur but est souvent de partager et/ou d’emporter quelque chose qui appartient spécifiquement aux humains, avec le désir de communiquer ou, simplement, faire des farces. Vallée conclut que les occupants des ovnis, comme les lutins de nos traditions, ne sont pas d’origine extraterrestre. Ce sont les habitants d’une autre réalité (1989, page 131). Vallée croit que les relations des kidnappés avec les extraterrestres font partie d’un mythe ancien et mondial qui a façonné nos structures et nos croyances, nos attentes scientifiques et la vision que nous avons de nous-mêmes (1989, page 135). Et il ajoute que la puissance attribuée aux peuples des soucoupes volantes était précisément celle que l’on accordait, et de manière exclusive, aux fées d’antan (1989, page 175).
Vallée dresse des parallèles entre les apparitions religieuses, la croyance en un monde féerique, les descriptions de petits êtres aux pouvoirs surnaturels, du genre lutins, les histoires d’engins e spatiaux durant tout le XIX siècle aux États-Unis, et les rapports actuels sur l’atterrissage d’ovnis (1989, page 186-187). Il n’hésite pas à spéculer en ces termes :
« Ou devons-nous émettre l’hypothèse qu’une race avancée, quelque part dans l’univers et parfois dans le futur, nous a montré des scènes dans l’espace tridimensionnel durant les deux derniers millénaires pour essayer de guider notre civilisation ? S’il en est ainsi, mériterait-elle vraiment nos félicitations ?... Ou alors sommes-nous en présence d’un univers parallèle, d’une autre dimension, où vivent des races humaines et où nous pouvons aller à nos dépens, pour ne jamais revenir au temps présent ? Ces races sont-elles seulement semi-humaines, de sorte que, pour rester en contact avec nous, elles aient besoin de se croiser avec des hommes et des femmes de notre planète ? Est-ce là l’origine de tant de contes et de légendes où la génétique joue un si grand rôle : le symbolisme de la Vierge dans l’occultisme et la religion, les contes de fées mettant en scène des sages-femmes humaines et des échanges, les sous-entendus sexuels des rapports de soucoupes volantes, les récits bibliques de mariages entre les anges du Seigneur et les femmes terrestres dont les rejetons étaient des géants ? De ce mystérieux univers, des êtres supérieurs projettent-ils des objets qui peuvent se matérialiser et se dématérialiser à volonté ? Les ovnis sont-ils plutôt des “ fenêtres ” que des “ objets ” ? Il n’y a rien qui nous permette de prouver ces hypothèses ; et cependant, considérant la pérennité historique du phénomène, les alternatives sont difficiles à trouver, à moins de nier la réalité de tous les faits, ce qui assurerait certainement notre tranquillité d’esprit. »
Lorsque les observations sont maigres, inconsistantes ou disparates, l’être humain, nous assure Vallée, est alors prompt à combler les vides : « Parce que de nombreuses observations de phénomènes ovnis apparaissent cohérentes et, en même temps, incompatibles avec le savoir scientifique, un vide logique s’est créé, que l’imagination humaine essaie de remplir de ses propres fantasmes » (1989, page 188).
Finalement Vallée recommande de garder un esprit ouvert aux enseignements dispensés par les phénomènes que nous ne comprenons pas encore. « Ces observations inexpliquées ne sont pas nécessairement le fait de visiteurs de l’espace mais il s’agit de quelque chose de bien plus intéressant : une fenêtre vers des dimensions inconnues de notre propre environnement » (1989, pages 251-252). «Je crois plutôt que le phénomène ovni est une indication d’existence d’autres dimensions au-delà de l’espace-temps ; il se peut que les ovnis ne viennent pas de l’espace mais d’un “ multivers ”, qui nous entoure et dont nous avons persisté à refuser la réalité troublante malgré les preuves que nous détenons depuis des siècles » (1989, page 308).
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