Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

John E. Mack · Chapitre 26 sur 57 · partie 1/3

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Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

13. Le voyage de Peter

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

13

 

Le voyage de Peter

 

Avant d’être diplômé d’une école d’acupuncture, Peter a d’abord été directeur d’un hôtel. Il avait trente-quatre ans lorsqu’un étudiant comme lui en acupuncture, qui m’avait entendu dans une conférence sur les enlèvements ovnis au Cambridge Hospital, lui parla de mon travail. « Cela pourrait bien me concerner aussi », pensa-t-il alors et il m’appela. C’était en juin 1992 et nous nous rencontrâmes pour la première fois le 23 de ce même mois.

Peter représente un des cas les plus dramatiques (au sens de spectaculaire) qui illustrent la façon dont les expériences d’enlèvement peuvent être transformées en conjonction avec l’évolution de conscience du sujet. Ses kidnappings furent initialement vécus comme d’intenses traumatismes que nous analyserons lors de nos premières séances d’hypnose. Mais graduellement, ces expériences, en même temps que nous procéderons à leur exploration, deviendront l’élément central d’un voyage initiatique qui a conduit Peter à percevoir d’autres dimensions ou réalités au-delà du monde manifesté que nous connaissons habituellement. Peter fait partie de ces kidnappés avec qui j’ai travaillé et qui se sont découvert une double identité, à la fois humaine et extraterrestre. Avec son moi extraterrestre, Peter a pris conscience d’avoir participé de son plein gré à des programmes génétiques d’hybridation et son cas soulève, bien sûr, la question du statut ontologique d’un tel processus. Peter fait également figure de chef de file parmi les kidnappés dans la mesure où il a décidé de se manifester « publiquement », donnant soit des conférences, soit des interviews à la télévision ou à la radio dans le but avoué d’éduquer les masses sur tous ces graves problèmes. Entre février 1992 et avril 1993, nous procédâmes à sept régressions hypnotiques.

Peter ne cache pas non plus qu’il a été terriblement affecté par de très réalistes images apocalyptiques qui représentaient la destruction de la planète ; aussi avons-nous mené ensemble une analyse pour savoir s’il devait prendre ces prophéties au pied de la lettre ou s’il ne fallait y voir que des métaphores ou des avertissements contre un possible avenir catastrophique. Les expériences d’enlèvement auront représenté pour quelqu’un comme Peter une espèce de « seconde » existence d’une puissance et d’une signification époustouflantes. Sa femme, Jamy, s’est toujours montrée fidèle au poste, une vraie partenaire lui prodiguant son soutien à chaque instant de ce parcours difficile ; malgré cela, Peter a senti à un moment donné qu’il lui fallait donner la priorité à la part d’existence qui, en lui, était rattachée à ces phénomènes. Ce qui ne manqua pas d’engendrer, on s’en doute, quelques tensions au sein du couple, ce qui se produit souvent lorsqu’une seule personne dans un foyer est en butte à ce type d’expérience. Parmi mes patients qui ont été victimes de rapt, il faut dire aussi que Peter est celui qui aura subi le plus grand nombre de tests psychologiques. La raison pour laquelle Peter a été choisi pour ces tests sera expliquée un peu plus loin.

Peter a grandi dans une famille catholique romaine qui vivait à Allentown, une ville industrielle à l’est de la Pennsylvanie. Son père avait eu la poliomyélite à l’âge de deux ans et il lui en était resté des séquelles importantes (claudication, paralysie du côté gauche, faiblesse musculaire) mais il put travailler à peu près toute sa vie comme employé dans un garage de réparation de carrosserie automobile. Peter avait été au collège et était même entré dans une école de médecine où il suivit les cours pendant un an. Puis il se lança dans la vie active pour aider sa famille. Son père avait quatre-vingts ans lorsque Peter prit contact avec moi. Ils s’écrivent régulièrement. La mère de Peter est née et a été élevée en Angleterre. Elle travaille comme tricoteuse dans une fabrique de confection tout en s’occupant de sa famille.

Peter avoua au docteur Steven Shapse, psychologue, qu’il avait toujours été le clown de sa classe, qu’il chahutait tout le temps, et qu’il s’était adonné à la boisson et à la marijuana très tôt. Il a deux sœurs, Linda et Corinne, qui ont respectivement six et trois ans de plus que lui. Peter se sent très proche de Linda « sans savoir pourquoi ». Linda est entrée au couvent dès l’adolescence pour devenir nonne et c’est là qu’elle a terminé ses études. Elle elle-même un jour observé a un ovni et croit tout ce que dit Peter à propos de ses expériences d’enlèvement, bien qu’elle ne prétendît jamais en avoir connu de semblables. Corinne, de son côté, n’a aucun souvenir de cet ordre.

Peter fréquenta diverses écoles, tant publiques que paroissiales, et obtint ses diplômes au lycée d’Allentown en 1975. Il passa ensuite à l’université de Pennsylvanie une licence d’enseignement qui complétait en 1981 un programme de six ans faisant de lui un cuisinier professionnel et un professeur d’art culinaire. Entre 1982 et 1984, il travailla dans un nouvel hôtel sur la grande île d’Hawaï, où il rencontra sa future épouse, Jamy, de trois ans son aînée. Jamy est une spécialiste du shiatsu, une technique de massage japonais en profondeur, et, comme Peter, elle travaille en tant que thérapeute et guérisseuse. Elle a elle-même un diplôme de psychologue conseil. Leur relation est très chaleureuse, intime et confiante. Ils peuvent aborder ensemble les sujets les plus délicats sans problème.

Le couple a décidé de ne pas avoir d’enfant, du moins pour le moment. Peter attribue cette décision au fait que Jamy est l’aînée d’une famille de sept enfants dans laquelle l’alcool a fait des ravages. « Elle s’est déjà beaucoup trop occupée d’enfants comme ça, commenta Peter en ajoutant : il est possible que mon destin ou qu’une certaine prédétermination dans ma vie soient reliés à cette affaire d’extraterrestres, et que j’aie quelque chose à y faire. Cela exclut à l’avance que des enfants y soient mêlés. » De 1986 à 1990, Peter et Jamy dirigèrent un petit hôtel d’une douzaine de chambres et un restaurant sur une île privée près de Saint-Thomas, sur une des îles Vierges appartenant aux États-Unis. Au printemps 1990, Peter vint à Boston en compagnie de Jamy pour suivre des cours d’acupuncture à la New England School d’où il sortit avec un diplôme en 1993.

Dès notre premier entretien, Peter affirma qu’il avait toujours su qu’« il y avait des anges gardiens ». « J’ai toujours su qu’il y a des êtres... J’ai toujours eu des tendances à la spiritualité et j’ai toujours su que je pouvais entrer en contact avec Dieu. » Il dit aussi qu’il avait toujours su « qu’il y avait des ovnis et des extraterrestres ». « J’ai toujours eu cela dans l’esprit depuis que je suis tout petit. » Au cours des régressions, Peter aura à maintes reprises des indices qui laisseraient à penser qu’il avait fait des rencontres dès la petite enfance. Mais dans la sixième régression, il eut des visions de lui-même en tant qu’enfant de quatre ans jouant avec des enfants hybrides. Ces images perdurèrent alors qu’il se voyait à huit ou neuf ans. Dans ce premier entretien, Peter dit se souvenir consciemment d’avoir longé un long couloir dans la maison familiale, couloir qui menait à un pièce de rangement, et d’avoir eu peur de ce qui pouvait se trouver de l’autre côté de la fenêtre de cette pièce et près de laquelle il aimait s’asseoir. Il se souvient aussi des êtres qui le regardaient jouer avec d’autres enfants ou bien « se contentant de m’observer en tant que petit garçon ». Au début de la troisième régression, il se remémora avoir été heureux de pouvoir voir les extraterrestres, alors qu’il n’était qu’un gamin, d’avoir été choisi par eux et de « s’envoler à travers les fenêtres ».

Toujours dans la troisième régression, Peter revécut un kidnapping extrêmement traumatisant survenu à l’âge de dix-neuf ou vingt ans, au cours duquel on lui préleva contre son gré des échantillons de sperme. Nos explorations révélèrent également qu’il reçut des « visites » durant son séjour à Hawaï, où lui et Jamy vivaient en pleine nature dans un endroit assez isolé de l’île. Peter se souvient d’avoir aperçu « quelque chose de l’autre côté des vitres » de leur maison. À l’époque, « il avait pris l’habitude de penser que c’était un hibou qui venait ainsi régulièrement lui rappeler que c’était “ l’heure ” ». Mais à présent, Peter se rend compte que « ce n’était pas un hibou » mais un extraterrestre. « Je m’étais toujours senti, d’une certaine manière, en communion avec ce hibou. »

L’expérience la plus saisissante dont put se rappeler consciemment Peter avant notre rencontre se déroula aux Caraïbes en 1987-1988. À ce moment-là, il lui arrivait parfois d’aller se coucher tenaillé par la peur et d’être réveillé en sursaut avec la sensation qu’on le touchait ou que quelque chose « entrait en contact avec la base de sa colonne vertébrale ». À notre première conversation, Peter déclara qu’il avait senti la terreur fondre sur lui, ainsi que la fureur et la pénible impression de perdre tout contrôle tandis qu’une grande lumière envahissait la chambre et qu’il sentait une « présence » autour de son lit. « Je me souviens que tout mon corps vibra et trembla pendant peut-être une, deux ou trois secondes ».

Une fois au moins, Peter put voir de petits êtres encapuchonnés dans la chambre et il se mit à les engueuler avec rage. Il se souvint aussi consciemment que sous leur influence il s’était dirigé vers le patio, qu’il s’était « baigné de lumière », qu’il s’était mis à « léviter » jusqu’à un « vaisseau circulaire avec un dôme à son sommet » et des lumières clignotantes blanches, rouges et bleuâtres « qui couraient tout autour » et que « c’était visible au-dessus de la ligne d’arbres derrière la maison ». À l’époque, selon les dires de Jamy, Peter avait donné cette description : « Ils ont un rayon laser qui a pénétré directement ici (il montre le milieu de son front) et c’était tellement brillant, vous savez, que ça m’en faisait mal aux yeux. » Pendant ces expériences, Jamy était en principe « sans connaissance ». Après un retour, Peter se souvient d’avoir découvert deux petites lésions rougeâtres derrière son oreille, comme deux boutons en train de guérir. La rapidité avec laquelle ils disparurent et leur étrange symétrie ne correspondaient en rien à ce qu’il connaissait en fait de piqûres d’insectes. Notre conversation progressant, Peter sentit monter en lui une sourde terreur au point de s’arrêter de parler, complètement « choqué » tout d’un coup. Aussi décidâmes-nous d’explorer désormais ces expériences en profondeur et sous hypnose.

Deux jours plus tard, Peter déclara à Pam que l’unique raison pour laquelle il croyait que ce qu’il m’avait dit était « vrai était que des émotions étaient présentes ». Il estima qu’il prenait « de la distance » par rapport à ce qu’il nous avait révélé et « voulait croire que ce n’était que pure imagination ». La première régression fut programmée pour le 13 février. Peter avait quelque appréhension et avait mal dormi les nuits précédentes, d’autant que Jamy était absente. Dans un de ses rêves il communiqua « avec ces êtres » pour savoir comment « nous pouvons avoir la connaissance intérieure, et une connaissance et une puissance qui dépassent le simple intellect ». II avait « le sentiment » que les êtres ont peur « des pouvoirs que nous pourrions posséder ».

Peter choisit de travailler plus particulièrement sur un incident qui s’était produit aux Caraïbes, probablement en février ou mars 1988, et qui débuta par l’apparition au pied de son lit de deux êtres. Peter devint anxieux : « Comme si je voulais attacher ma ceinture de sécurité. » Ses pensées remontaient à cette période. Je l’assurai que je ne le laisserais pas tout seul et qu’en toute circonstance, je saurais intervenir. Il n’avait rien à craindre.

Sous hypnose, Peter redonna la configuration de la maison et de l’hôtel-restaurant où ils dînaient chaque soir ; ce qu’il y eut au souper ; comment il était allé se coucher en éprouvant des sensations de peur que « quelque chose arrivât ». Il se souvint alors de s’être levé tandis que Jamy dormait ; avec l’impression de devoir se vêtir un peu (il dormait nu le reste du temps). Tout en se sentant angoissé et vulnérable, pour une raison inconnue, Peter se leva tout de même et se dirigea vers un divan qui se trouvait à l’autre bout de la pièce et c’est là qu’il vit : « ...Cette petite créature... Voilà que ça recommence. Ça remet ça, encore une fois. Je traverse la pièce et je me sens humilié. Voilà ce que je ressens principalement. Vous me regardez (en s’adressant à la créature) alors que je suis tout nu. » Il comprit aussi qu’il n’avait « plus le contrôle », qu’il se retrouvait en position d’« infériorité », impuissant, et cela rendit le fou de rage. « Je suis paralysé. Je voudrais l’aplatir et je ne suis capable de rien.» Toute volonté en lui était annihilée : «Ils m’ont mis K.O. »

Peter vit deux êtres, celui « qui contrôlait ses sentiments » étant légèrement plus grand que l’autre. Le haut de sa tête arrivait seulement au niveau de la poitrine de Peter. Les êtres étaient minces et portaient des genres de combinaisons moulantes avec des cagoules, le tout dans une matière un peu comparable à du lycra ou du latex. Il apparut que la colère qu’entretenait Peter ne faisait qu’accentuer sa perte de contrôle. Poussé par une force inconnue qui le souleva, il se retrouva allongé sur le lit. Sa peur grandissait et je l’encourageai à se concentrer sur sa respiration afin de se détendre. « Je sais qu’ils vont venir me braquer cette lampe dans la figure et qu’après les choses se gâteront... La lumière me frappe en plein front, et ça me fait sauter en l’air. C’est seulement après que ça va mieux... C’est l’instant où je perds connaissance, où je perds la mémoire, où je perds tout contrôle, où j’oublie que je fais partie de tout cela. »

L’être de plus petite taille tenait un instrument qui ressemblait « aux gyrophares des voitures de police ». Peter se mit à hurler et à pleurer : « Le voilà qui vient pour me frapper avec cette lumière ! Le voilà !... L’autre être connaît ma conscience. Il sait ce que je ressens. Mais il est détaché et il ne veut pas que je sache ce qu’il va faire. » Cet être-là contrôlait le plus petit : « Sa réplique... la petite merde qui fait le sale boulot pour lui. » Le petit être leva la lampe : « Il la maintient là et me la colle dans la tête. » Après cela, Peter se sentit glacé, grelottant et tremblant de tous ses membres, en proie à la terreur, «le contrôle de toutes ses fonctions ayant été interrompu ». Il se produisit alors un changement - à la fois dans le discours de Peter et dans la séance elle-même : Peter se détendit et devint plus serein. « Mon corps est comme court-circuité, coupé de mon cou, de ma tête. » En dépit du fait qu’il fut toujours complètement nu, la peur et la gêne avaient également disparu.

« Le petit bonhomme est alors venu près de moi. Il refait quelque chose avec son truc, comme des vagues au-dessus de moi et au-dessous de moi. Comment peut-il aller au-dessous de moi ? » La lumière fit léviter Peter au-dessus du lit et il se sentit « vraiment tout léger ». Les bras mus et levés par une force inconnue, Peter se retrouva en train de se diriger vers la porte. Il regarda Jamy, toujours endormie : « Et je sais qu’il n’y a rien à craindre pour elle » ; ce qui lui fut également confirmé par les êtres. Il regarda de plus près un des êtres (« C’est comme si maintenant c’était un copain. À présent, je n’ai plus peur ») dont la figure lui parut laide et difforme. « Je ne peux en voir que la moitié. Elle est toute ridée. On dirait un de ces personnages de Walt Disney... Avec ces gros sourcils. Oui, des sourcils énormes. » La peau de la partie supérieure de cette figure semblait épaisse, avec « des bosses » et « comme trois arêtes et trois sillons. Une véritable caricature comique ». Les yeux n’étaient pas trop grands mais très sombres, « à la fois bleus et noirs et », très enfoncés dans les orbites, « comme les yeux d’un animal, les yeux d’un raton-laveur ». Le nez était écrasé « et donc élargi ».

Ensuite, Peter fut emmené par la voie des airs et traversa ainsi la salle à manger et la cuisine ; puis il passa la porte d’entrée pour arriver sur la galerie qui était éclairée par une douce lumière blanche qui laissait deviner les arbres alentours. En quittant la maison, Peter put voir que la source de cette lumière provenait d’un petit vaisseau spatial. Tandis que lui et les êtres « grimpaient en hauteur », Peter ne pouvait plus apercevoir que la lumière blanche en regardant vers le haut, mais il demeurait « conscient de la présence du reste de l’île dans le lointain », de l’océan et « de tous les arbres qui étaient là en dessous ». En plongeant son regard vers le bas, il put voir le petit toit de sa maison et se demanda comment cela se faisait qu’il n’avait pas peur alors que d’habitude il souffre tellement du vertige. À présent, il avait le sentiment que c’était une aventure et qu’il était vraiment content que Jamy aille bien. Il pénétra d’abord dans un petit engin qui à son tour entra « par une ouverture en dessous » dans un vaisseau plus important. Puis il se rendit compte de l’obscurité qui l’entourait « comme à l’intérieur d’une maison » lorsque les lumières sont tamisées. Tout était silencieux à l’exception d’une espèce de ronflement. Peter vit des bancs et des uniformes ou « combinaisons, comme portent les sportifs de compétition » qui traînaient là et il pensé : «Pourquoi est-a ce qu’ils ne les accrochent pas ?... On aurait dit qu’ils m’avaient invité dans l’intimité de leur foyer. »

Peter put alors marcher tout du long d’un banc circulaire fait, semblait-il, d’une espèce de matière moulée et pourvu de cases ou compartiments ; avec ce « tour de piste », Peter se sentit « très honoré... comme quelqu’un à qui on réserve un traitement particulier ». « Ils m’ont laissé regarder partout... Je voulais dire aussi qu’il y a également d’autres humains ici, mais je ne sais rien d’eux. » Il regarda par les ouvertures comme l’aurait fait « depuis une tour de contrôle ». Il pouvait il

apercevoir l’île voisine : « C’est magnifique parce que le clair de lune éclaire toute la baie et qu’on voit toutes les petites lumières des autres hôtels. On peut bien les voir. » Peter vit « un autre être qui rejoignit une autre table de contrôle ou quelque chose du même genre », et il observa que des tenues étaient pendues à une barre. Le vaisseau prit alors de la hauteur et, en regardant par les ouvertures, «la Terre devenait un petit point minuscule ». Peter commença à s’affoler, l’esprit complètement troublé, se sentant perdu tout à coup. «Mais où suis-je donc ? Où est la Terre ? Vais-je seulement y retourner un jour ? »

Peter demeurait incrédule sur ces souvenirs qui lui revenaient et s’interrogeait sur une telle expérience. Je l’encourageai à « s’exprimer sans réfléchir » et nous aurions ensuite tout le loisir d’analyser ce matériel. Curieusement, il ne ressentait plus le fait d’être sans vêtements. Il traversa une sorte de « porte coulissante » qui pénétra à moitié dans l’épaisseur de la cloison. Il descendit deux ou trois marches et se retrouva dans une salle basse où étaient réunis environ une centaine d’hommes et de femmes. « Je ne les vois pas comme s’ils étaient nus... Je les vois recouverts de quelque chose qui a la couleur de la peau, une sorte de combinaison couleur chair. » Il eut l’impression de participer « à un cocktail mondain où vous ne savez pas à l’avance qui vous allez rencontrer ». L’être de plus haute taille que les autres, et qu’il avait déjà vu au début, s’avança vers lui et lui communiqua télépathiquement : «Ce sont tous des habitants de la Terre. Vous pouvez faire connaissance avec eux. Ils sont tous là pour vous. » « Dans la mesure où ils avaient tous vécu les mêmes expériences que moi, sous-entendu », ajouta Peter. Peter eut envie de s’adresser à un homme de l’assistance qui était justement en train de converser avec une femme. Cet homme reconnut Peter mais lui dit : « Pas maintenant. Il faut que je m’en aille. Plus tard. »

« C’est le moment que je n’aime pas du tout », fit alors Peter. « Je ne me sens pas bien. » Il demanda à se rendre aux toilettes et, en revenant, déclara : « Je me sens vraiment paniqué, John. » Il tourna à droite et pénétra dans une autre salle où « un des êtres travaillait sur écran ou un truc comme ça ». « Je crois que je vais me mettre à pleurer, fit Peter, tellement j’ai la peur au ventre. J’ai l’impression d’être un petit enfant. Et que je vais subir un viol ou une chose du même genre. Ce n’est vraiment pas beau. Ni amusant. » J’encourageai Peter à prendre de profondes respirations. « Cette salle respire l’air stérilisé, quelque chose de médical, d’effrayant. » Le sol était noir, comme s’il était recouvert d’obsidienne, et il y avait un mur de verre avec des êtres humains suspendus, comme dans le film Coma, avec des casques sur la tête. « Deux êtres » manipulaient des boutons sur le « tableau de bord » ou sur un panneau mural. Ils voulaient que Peter monte quelques marches, ce qu’il fit, pour qu’un « casque » ou « dôme argenté » vienne lui emboîter le crâne tandis qu’il devait rester sur une table.

Peter refusa mais il se retrouva tout de même sur la table qui était « la plus confortable qu’il ait connue de toute son existence. Comme si elle avait été moulée sur les formes de son corps... C’était même la table d’auscultation la plus vaste » qu’il ait jamais vue. La table en question se pencha à quarante-cinq degrés tandis qu’un des êtres passait les commandes à un autre. « Je hais celui-là. Je déteste quand il passe ainsi les commandes car je sais que ça va faire mal », s’écria presque Peter. « Je ne vous dirai pas ce qui se passe à présent. » On lui maintint les jambes serrées et on l’attacha solidement tandis qu’un être femelle lui communiquait : « Tout va bien se passer. » Mais lui était conscient de ceci : « Je ne suis qu’un parmi des centaines de milliers d’autres. Je ne suis pas le seul. » Puis il sentit que « sa force vitale » était aspirée par le haut de son crâne. « Je ne sais plus rien de ce qui se passe ensuite... Je veux que ça s’arrête... Je veux me reposer. »

Dans le même temps, plusieurs êtres observaient de près Peter : « Pour voir comment je réagissais. » Puis on l’emmena sur une autre table : « Froide, glacée, en métal », qui épousait ses formes anatomiques, « une grande invention médicale », commenta-t-il avec autant d’horreur que d’ironie. Là on le mesura sous toutes les coutures, avec des tests, des essais d’« endorphines » ou « quelque chose qu’ils vous collent dans le cerveau ». Ensuite, à l’aide d’un instrument qui rappelait à Peter celui à fibre optique qu’utilisent les dentistes, les êtres explorèrent son aine « jusqu’à l’os » en perçant « directement la peau ». Bien que cet instrument ait paru s’enfoncer profondément dans la cavité abdominale, Peter, curieusement, ne ressentit pas de douleur. Ses parties génitales « étaient juste retombées sur le côté » et évidemment pas concernées par le processus. « Je suis étonné des techniques qu’ils possèdent et auxquelles nous n’avons pas encore songé », dira-t-il avec une relative sincérité.

Puis vint le moment le plus effrayant et le plus humiliant. « Ils me tripotent les jambes. » Puis les êtres font pénétrer dans son rectum une sonde afin d’effectuer un prélèvement de selles. « Ces types ignorent comment il faut manipuler les gens... Ils n’ont aucune technique d’infirmier. » La sonde pénétra très profondément et Peter eut la sensation qu’ils déposaient à l’intérieur de son corps « un implant » ou « une puce ». « Pourquoi devez-vous me faire cela ? » cria-t-il. « Je vais me sentir traqué (il hurle presque), je ne pourrai plus me sauver. Voilà comment je vois les choses. Je suis coincé à vie. Comme un animal tatoué. J’ai la sensation qu’ils m’ont placé un énorme truc dans les boyaux, qu’ils l’ont ouvert et qu’ils y ont mis quelque chose d’autre dedans et qu’ils ont fixé le tout dans mon ventre. Et c’est profond en moi. »

Défait, abattu et humilié, Peter dit : « Ce qui m’emmerde le plus, c’est qu’ils m’avaient dit qu’ils allaient me faire ça. Ils me l’ont montré sous le nez... À présent, j’ai le sentiment de ne plus pouvoir aller nulle part. Je suis sous contrôle en permanence.

Comme un ours polaire avec son collier à bip-bip. » Peter suggéra que « cela se produisait à chaque fois » et que les êtres, systématiquement, ôtaient ou replaçaient des implants. Pour Peter, ce fut cette expérience d’enlèvement qui 1’ « endoctrina ». « C’est celle-là qui a fait de moi l’un des leurs, l’une de leurs créatures ou l’un de leurs animaux... Je me sens vraiment seul à présent, complètement isolé, et j’ai très peur... J’ai été vaincu. » J’argumentai autant que cela était possible en faveur des sentiments bien compréhensibles qu’il avait pu éprouver en pareille circonstance en insistant sur le fait qu’il fallait les distinguer d’une défaite effective.

La séance arrivait à sa fin. Peter et moi parlâmes encore un moment des impressions pénibles de Peter qui se sentait humilié, violé. Et pourtant, malgré cela, il avait la sensation que, d’une certaine manière, il avait été « consentant, désireux d’aider ces gens à jeter un pont entre leur monde et le nôtre ». De plus, Peter entretient cette conviction : « Les autres gens, cette centaine d’êtres humains qui se trouvaient dans cette salle, devaient être aussi des volontaires. » Quoique traumatisé, avec le sentiment d’avoir été violenté, « à un niveau psychologique, à un niveau totalement différent, Peter comprenait que cela ne l’avait pas blessé ». Il comparait le processus à celui d’un accouchement pour une femme. « Elle accepte le phénomène et elle s’y soumet. Ça ne la rend pas cinglée d’accoucher ; elle ne devient pas folle en voyant le bébé. Il y a des accès de colère. Des accès de haine, et toutes sortes de réactions du même genre. Mais cela fait partie du processus de la naissance. »

Peter n’était pas alors en mesure de dire clairement qui ou ce qu’il fallait servir. Peut-être était-ce le fait même d’« accepter des êtres venus d’une autre planète » afin de faire évoluer notre propre conscience. « Ce serait pour nous faire évoluer vers une plus haute conscience », suggéra-t-il. Peut-être aussi, au-delà du sentiment d’avoir été en quelque sorte violé, les kidnappés peuvent-ils finalement « se sentir mieux à propos de toutes ces choses ». Dans un petit mot qu’il m’envoya quatre jours après cette séance, Peter exprimait sa gratitude pour « la merveilleuse expérience d’ouverture » qu’il venait de vivre et affirma qu’il se sentait « moins effrayé », et qu’il comprenait « un peu mieux ce que ces “ expériences ” étaient » pour lui.

Une deuxième régression fut prévue pour le 19 mars. Jamy accompagnait Peter. Quatre jours auparavant, Peter avait eu une nouvelle expérience de kidnapping alors qu’il se trouvait dans la demeure de son ami Richard dans le Connecticut. Il arrivait d’un stage de guérison énergétique et comptait retourner à Boston le jour même. Bien qu’il fût à l’intérieur de la maison au moment de l’incident, trois collègues femmes qui avaient également passé la nuit-là purent observer en détail un petit ovni au-dessus de la maison alors qu’elles se promenaient. L’une d’elles, que j’avais déjà interrogée et qui était certainement elle-même une kidnappé, écrivit aussitôt ce qu’elle venait d’observer :

« Nous nous promenions à environ cinq minutes à pied de la maison. C’est alors qu’on entendit un bruit effrayant derrière nous, sur la droite, au-dessus de la rivière. Ça venait de la maison de Richard - j’ai tout de suite pensé au barrage (de l’eau qui déferlerait depuis le barrage) -, ce n’était pas un avion ou un hélicoptère, ni un engin que j’aurais déjà entendu. Mais c’était extrêmement puissant et ça s’est mis à accélérer depuis la rivière, c’est passé près de nous à toute allure et ça a disparu. J’ai vu une forme, un peu comparable à un croissant, avec du sombre en dessous, peut-être un peu d’orangé, et ça m’est passé au-dessus, là sur la droite. »

Dans d’autres notes qu’elle avait prises, cette même dame remarquait qu’elle avait pensé aux ailes d’un « oiseau gigantesque » plutôt qu’à un engin, et exprimait son excitation d’avoir vu une chose pareille. Elle était certaine que « Peter se trouvait à l’intérieur du vaisseau » mais lorsque Pam lui demanda si elle avait songé une seconde à vérifier si Peter était ou non dans la maison, elle répondit : « Peter n’y était pas. Pour moi, Peter n’y était pas. Il n’y avait personne. » Mais elle n’éprouva ni le désir ni le besoin d’aller vérifier par elle-même ! Peter venait à peine de se « réveiller » de son kidnapping et était encore sous le choc lorsque cette dame entra dans la maison et lui raconta ce qu’elle et ses amies venaient de voir. Ce ne fut qu’en revenant à Boston, sur la route, que Peter se décida à parler à ces dames de son histoire d’enlèvement. Les deux autres dames aussi avaient été très impressionnées par ce qu’elles avaient pu voir. L’une d’elles, si l’on en croit Peter, « était tellement émue par toute cette affaire qu’elle était au bord des larmes ».

Avant de démarrer la régression proprement dite, Peter et moi repassâmes en détail cet incident et la décision qu’avait prise précédemment Peter de ne pas alors se promener avec les trois dames. La maison était située dans un endroit très agréable et Peter avait pourtant envie d’aller se balader. Mais il avait mal dormi la nuit d’avant et le stage l’avait mis sur les rotules. « Aussi avais-je plutôt décidé de ne pas les accompagner. » La maison était un peu fraîche et un petit feu de bois ronflait dans la cheminée. Peter s’installa à côté du feu en se mettant une couverture sur les jambes. Il « pria un moment » puis s’endormit. Il était 10 h 15 du matin, selon sa propre estimation, les dames ayant quitté la maison pour leur balade à 10 h 10. C’est à 11 h 05 qu’il se « réveilla », alors que Richard, le propriétaire des lieux, entrait dans la maison.

Au cours des quatre journées qui ont précédé cette séance, Peter put retrouver consciemment des souvenirs de cet enlèvement. Il avait vu les êtres extraterrestres à côté de lui et il se souvenait d’avoir éprouvé le sentiment qu’« il fallait que nous nous dépêchions ». Il se souvenait également de détails de l’intérieur du vaisseau. Il éprouvait des bouffées de terreur mais s’étonnait que cela ne lui fît pas mal lorsqu’un être pratiqua quelque chose au niveau d’un œil, au point qu’il s’en ressentit encore après. « Mon œil m’a fait mal encore le lendemain », déclara-t-il plus tard. « C’est incroyable. » La veille, il avait parlé à son thérapeute de son expérience et celui-ci l’avait fait allonger par terre pour qu’il exprime ses émotions au cours d’un exercice de bioénergie. C’est cela qui lui rappela certains détails du temps où, gamin, il jouait dans la pièce de rangement dans la maison de ses parents : « Un souvenir très précis du vaisseau planant au-dessus de l’arrière-cour, au-dessus du toit de la maison... et moi qui sortais. »

Durant encore vingt bonnes minutes ou une demi-heure, nous discutâmes des tensions que toutes ces expériences faisaient endurer au couple Peter/Jamy. Jamy se sentait comme exclue des aventures que vivait Peter et elle avait peur qu’il ne finisse par la quitter. Peter avoua combien ce type de vécu sapait les fondements mêmes de tout son système de «

croyances » et avait transformé son existence. Jamy, de son côté, exprima son impression d’être inutile : « Je ne peux rien faire qui puisse l’aider. » Je lui dis qu’en effet c’était très difficile à supporter pour les conjoints de partager leur vie de tous les jours avec quelqu’un investi d’une mission aussi exigeante et j’essayai de lui manifester le mieux que je pouvais mon soutien et ma sympathie dans l’épreuve qu’elle subissait. Peter dit alors : « Une partie de moi-même souhaite mener la vie la plus normale possible et laisser ces histoires à leur juste place. » Mais il pria Jamy de ne pas cesser de le soutenir afin qu’il puisse continuer d’avancer. Il ne ressortit de ce dialogue aucune résolution très nette si ce n’est celle de rester indissociables et solidaires, chacun étant au maximum attentif à ce que l’autre vivrait.

La séance avait été programmée avant l’expérience du 15 mars, mais nous décidâmes tout de même d’explorer cet incident sous hypnose parce qu’il était encore tout frais dans l’esprit de Peter. Dès le début de la régression, nous revîmes en détail les événements de la nuit et du matin qui précédèrent le kidnapping, et, plus particulièrement, la décision qu’avait prise Peter de ne pas aller se promener. Il avait éprouvé le besoin impérieux de rester seul. « Mais je panique à l’idée, John, que ce sont eux qui m’ont communiqué ça, que, d’une certaine manière, ils m’aient suggéré de rester. » Il s’est installé près du feu et a « piqué du nez ». Ce n’était pas très précis pour Peter ; s’était-il endormi vraiment ou non ? En revanche, il se souvenait de s’être réveillé mais « dans un autre état de conscience ». « Comme si une partie infime de mon cerveau seulement était consciente et que c’était cela qui était vivant », fit-il observer. « Ce qui se passe dans votre corps sombre complètement dans le sommeil et un déclic se fait dans le cerveau pour vous connecter avec les êtres. »

Puis il entendit des bruits : « J’entends la vibration. Je sais qu’il y a un vaisseau derrière moi. » A présent, il était paralysé, conscient « des choses qui se produisaient » mais « sans aucun contrôle sur elles ». Les yeux fermés, Peter sentit pourtant « une présence ». « Alors j’ouvre les yeux. Il y a un être de l’autre côté du divan et je sais qu’il faut y aller. Je sais que je dois me presser. » Il se lève, la porte était grande ouverte. « Il y a un petit être juste en face de moi. Il fait partie du peuple bleu. C’est un homme bleu. Il est tout bleu. Il est très sombre. Le » vaisseau « ressemble à un soleil couchant » et Peter s’envole vers lui en compagnie d’un être « sur sa gauche, et le grand sur sa droite », en gardant les bras le long du corps. Une fois à l’intérieur, le vaisseau « se déplaça à une vitesse ahurissante ». « On décolle. On s’envole, zoum ! »

Ensuite, Peter descendit le long d’une sorte de rampe et prit place dans ce qui pouvait s’apparenter à une chaise roulante. D’abord il eut assez peur puis, très curieusement, il commença à se détendre alors qu’un « bras rétractable comme ceux qu’on voit chez les dentistes » s’approchait de lui. L’instrument pénétra au-dessus de l’angle intérieur de l’œil gauche. « Ça me rentre dedans. Ça me rentre dedans. Ils y sont ! Et ils fourragent là-dedans. Ça tourne dans tous les sens. Puis ça ressort. Voilà et ça les excite. Ils ont l’air tout content. Ils ont ce qu’ils voulaient... Je ne suis qu’un bout de viande pour eux, dit-il. Je les hais. Je déteste tout cela. Comment, bon Dieu, peuvent-ils donc se livrer à des choses pareilles ? Aucune considération pour moi. Je déteste tout cela. » Il sentit qu’il avait des pulsions de colère envers eux : « Mais je ne pouvais pas. »

Ce que Peter comprit qu’ils avaient « obtenu », c’était de l’information. « Il y a quelque chose qu’ils ont placé à l’intérieur de moi pour observer en permanence comment les choses se déroulent et pour traquer ma mémoire... un truc qui, en quelque sorte, enregistre tout dans le cerveau. » L’idée de Peter était qu’ils devaient lui avoir placé dans le cerveau « une petite pastille noire », et cela peut-être au cours d’un enlèvement précédent, et que l’instrument flexible, fin et long, d’apparence métallique, « a pour fonction d’aller rechercher cet objet ». Ensuite, sur « un panneau amovible », ils lisent ou déchiffrent les informations ainsi obtenues. Peter a le sentiment que les êtres étaient intéressés par ce qu’il venait d’apprendre au cours de son stage : « Ils veulent savoir si je peux être un meneur de jeu valable. Ce sont mes réactions aux situations qui les intéressent et qui sont inscrites dans mon cerveau, imprimées sur ce truc qu’ils m’ont implanté. »

À ce moment de la régression, le ton de la voix de Peter changea pour devenir plus monotone : il adoptait le point de vue des extraterrestres. « Nous désirons étudier les réactions chimiques du cerveau, dit-il alors, et comment les gens réagissent afin de déterminer quand il est opportun d’être présents... Car en mesurant les impulsions, nous saurons à quel niveau le choc s’effectuera, aussi serons-nous mieux à même de le contrôler et ainsi d’être sur la même longueur d’onde avec les êtres humains tandis qu’ils subissent ce choc de nous découvrir pour la première fois. » Puis Peter retrouva sa voix normale pour affirmer que les êtres travaillent avec nous, mesurant ce que contiennent nos cerveaux pour pouvoir définir comment nous réagirons lorsqu’ils se manifesteront devant nous.

Je ramenai Peter à l’expérimentation sur son œil. Il exprima à nouveau du ressentiment puis il dit qu’il se sentait « préparé à quelque chose ». « Cela dure depuis que je suis tout petit. » Je lui demandai de me donner des précisions sur son rôle de chef de file et il me parla d’un processus qui avait lieu « dans le monde entier » et grâce auquel « la connaissance partagée » du processus d’enlèvement se développait ; que lui-même était un de ceux qui « acceptaient les choses aisément, dont la possibilité que les extraterrestres débarquent sur notre planète ». Des êtres humains ont été kidnappés et ce « partout dans le monde », ajouta Peter, et ces individus, et plus particulièrement certaines personnes importantes ou influentes, sont là pour aider à minimiser le choc qui se produira immanquablement le jour où les extraterrestres se manifesteront de manière directe sur Terre. L’espèce de « puce » espionne dont il a été question serait, en fait, un engin de « détection » et « de mesure pour savoir jusqu’à quel degré la conscience peut devenir opératoire ». Les souvenirs concernant les expériences d’enlèvement reviendront à la surface, affirma encore Peter, à un rythme en accord avec le choc ressenti par lui et les autres devant l’évidence de l’existence des extraterrestres. « Ils étaient tout excités » à cette idée, dit-il, parce que « j’avais moi-même atteint un certain niveau ».

Peter ne se souvient pas des circonstances précises de son retour sur Terre. Il fut « redescendu » sur le terrain qui jouxtait la maison et, là, « le grand être » lui fit passer la porte en marchant. Peter se rassit dans sa chaise et ramena la couverture sur lui. « Je regardai l’être, et il me regarda. Je m’assis sur la chaise et je m’endormis. La chose dont je me souviens ensuite est que je me suis réveillé et que j’ai regardé l’heure à ma montre. » Après la régression, nous discutâmes du changement du timbre de voix qui s’était produit au cours du travail. Peter se souvenait que cela avait commencé quatre années auparavant lorsqu’il vivait dans les Caraïbes ; il ressent cela comme un élargissement de sa propre énergie qui permet à l’« énergie extraterrestre » de passer à travers lui. Cela peut se produire lorsqu’il est apte à « commander à son esprit, à faire taire son ego ». Comme d’autres kidnappés doués des mêmes capacités, comme par exemple Eva et Jerry, Peter n’a pas entièrement confiance dans les informations qu’il capte par ce moyen, tout en sachant que « cela provient d’une conscience supérieure, d’un plan spirituel ». Et c’est ce qui s’était produit cette fois-là : « Une émission en direct. »

Avant de terminer la séance, Peter exprima ses idées sur la possibilité selon laquelle cette reconnaissance (« qu’il y ait des êtres sur d’autres mondes et qu’ils représentent d’autres formes de vie ») pourrait nous aider à envisager différemment la façon dont nous nous considérons les uns les autres sur Terre. « Un changement subtil était en train de s’opérer » sur cette planète et qui devrait changer le point de vue que nous avons de nous-mêmes et notre façon de vivre. « Quand ils se montreront, nous apprécierons mieux ce que nous avons. » Sa propre tâche, dit-il, consiste « à se soumettre au plan divin ». « C’est comme si les extraterrestres observaient les choses à travers moi. Ils ont un projet pour moi », conclut-il. Peter ne redoutait pas les changements qui allaient devoir advenir. Même si cela devait bouleverser sa propre existence, il était persuadé que cela allait également le « soutenir énormément, d’une certaine manière ». Sa conscience était en train de « se secouer », et « si cela peut apparaître certains jours terrifiant, certains autres on se sent parfaitement bien et en sécurité ».

Nous avions retenu le 2 avril pour notre troisième séance de régression, c’est-à-dire deux semaines plus tard. Peter souhaitait se confronter de manière plus aiguë à sa peur des extraterrestres et il espérait « pouvoir communiquer consciemment avec eux ou se trouver en leur présence sans être anéanti par la peur comme il l’avait été ». Cette séance fut de ce fait une des plus spectaculaires auxquelles j’ai pu assister. Pour l’enquêteur que je suis, l’expérience que j’ai vécue alors ne peut que me convaincre que quelque chose de réel et d’important est arrivé au sujet, quelle qu’en soit la source. Nous commençâmes par revoir les circonstances dans lesquelles l’incident s’était déroulé. Peter se sentait soutenu par Jamy et ne doutait pas du rôle qu’il allait devoir de plus en plus assumer en tant que thérapeute professionnel mais il n’en ressentait pas moins une grande solitude « à cause de toutes ces expériences qu’il devait retraverser au cours des régressions hypnotiques ». Peter gardait à l’esprit qu’il fallait explorer les expériences qui dataient de l’enfance ou celles qui s’étaient déroulées à Hawaï mais nous décidâmes de laisser faire son « radar intérieur ». Son inconscient choisirait lui-même quel chemin il souhaitait emprunter.

Dès qu’il entra en transe, Peter eut la vision d’une visite à Hawaï où, environnés de lumière, deux êtres l’embarquèrent par la voie des airs. Puis très vite « une autre vision » vint remplacer la première. Il était petit enfant à présent, ayant peut-être quatre ans, et il était « très heureux de les voir ». « J’aime ça », dit-il en volant tout le long du couloir, à la fois intrigué et excité « parce qu’il pouvait traverser les fenêtres ». Puis la scène changea à nouveau (« tant de souvenirs se bousculent, John »). Cette fois, il est plus grand : « Environ huit ans, et je me rends compte maintenant qu’on va moins rigoler. Il y a d’autres choses à faire que de jouer. Il y a plus de travail, d’expérimentations qu’ils veulent faire. Ils veulent faire quelque chose avec moi. À présent, ils veulent me mettre quelque chose à l’intérieur. Et ils m’observent. J’ai été choisi. C’est à moi de commander aux autres enfants qui jouent, et je ne sais pas ce qui va arriver... On dirait que je suis vieux à présent et que je ne sais plus jouer. Il faut que je fasse quelque chose. »

Puis Peter se souvint d’avoir été « à bord du vaisseau ». « Il y a un mur de verre. Les enfants jouent d’un côté et, de l’autre, ils sont là observer. C’est comme une grande salle de jeu. Et à

maintenant je dois m’en aller. » Les êtres le ramènent vers eux. Il remarque qu’ils possèdent de longs doigts. « Le plus grand, ses doigts viennent au contact de mes yeux, il les ouvre et plonge son regard dedans. Ils me disent de ne pas avoir peur. Ils me communiquent cela par leur mental. »

Décontracté à présent, Peter dit « se trouver comme chez le dentiste », avec le même appareil, « celui de l’autre fois », qui lui explore le nez. « Ils enfoncent dedans. Ils remuent quelque chose. Ils y mettent quelque chose (gestes à l’appui) là tout en haut. » Cet incident rappela à Peter le temps du collège, la fois où il refusa de se rendre à l’hôpital après avoir eu le nez cassé dans un accident de voiture. « Il me vient juste à l’idée que c’est pour ça que je n’y suis pas allé. » Ce n’était pas seulement l’association avec cette procédure traumatisante mais aussi : « Je pense que je savais qu’il y avait quelque chose à l’intérieur de mon nez et je ne voulais pas qu’à l’hôpital on tripote. le »

Les souvenirs changèrent à nouveau de registre. Peter est à présent plus âgé et la peur grandit en lui. Il sent qu’il essaie « d’éluder quelque chose qui ne demande qu’à jaillir à la surface ». Il parla de changements majeurs qui devaient s’effectuer « sur cette planète » d’après ce que lui avaient dit les extraterrestres. Ils peuvent voir l’avenir, dit-il, « et souhaitent nous aider à éviter ce qui devrait exsuder de... John, c’est trop étrange pour moi », dit-il tandis que d’autres images de possibles futurs affluaient dans sa tête. Je l’encourageai à respirer profondément et à laisser passer toutes les informations qui se présenteraient sans les juger ou les interpréter. Sa panique grandissait de seconde en seconde et je lui enjoignis de se recentrer sur lui-même, de laisser son corps se détendre, se relaxer, et de dire « tout ce qui voulait trouver un chemin d’expression », y compris les jugements eux-mêmes.

Ce qui suivit est un des épisodes les plus troublants de ma carrière dans le domaine des régressions. Peter se mit à hurler de terreur et de colère en revivant un incident. Il avait dix-neuf ans et se trouvait sur une table d’auscultation, « simplement allongé là ». Une écuelle fut placée sous son pénis, il fut forcé d’éjaculer et du sperme fut prélevé. « Ils dominaient complètement mes réactions sexuelles, dit-il. Ils me vident. Je me détends. Ils sont contents. Ils ont eu ce qu’ils voulaient », s’exclama-t-il avec amertume. Je lui demandai si cela s’était produit d’autres fois. « Ils le font tout le temps. Chaque fois qu’ils viennent, ils font ça. Ils me prennent du sperme. Ils me prennent la semence. Puis ils me laissent m’en aller. » Je lui demandai si ce n’était pas les mêmes êtres qui jouaient avec lui lorsqu’il était enfant. « C’est différent, dit-il. Ils n’ont pas autant d’attentions... Ils ne me désirent pas. Ils ne veulent que ma semence. Ils veulent mon essence. » En pleurs et tout tremblant, Peter se souvint combien la pièce était froide et combien il se sentait seul et abandonné. « Je voudrais leur casser la gueule mais je ne peux rien faire. Je ne peux rien contre eux. » Pour diminuer son sentiment d’humiliation et de honte, j’assurai à Peter qu’en effet il n’aurait rien pu faire pour se défendre.

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