Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

Les moyens de connaissance : méthodologie

Les moyens de connaissance :

méthodologie

 

Dans le domaine de la physique, de la psychologie et autres secteurs de recherche, les données obtenues dépendent de la façon dont elles ont été collectées. Dans ma spécialité, la psychologie des profondeurs, les découvertes de Freud et de ses disciples sur les contenus et les structures de l’inconscient humain proviennent de l’analyse des rêves (tenons compte de l’interprétation rationaliste de la neuropsychologie de l’époque), de l’application de l’hypnose en psychologie médicale et de la méthode des associations libres. Puis les progrès de cette science ont entraîné le développement de nouveaux moyens de connaissance et il ne fut plus question de s’en tenir à une application rigoureuse de technologies ou d’outils traditionnels. Une épistémologie nouvelle, surtout en psychologie, nous oblige à légitimer (ou relégitimer) des aspects de nous-mêmes jusqu’alors négligés comme instruments du savoir.

Bien que la psychanalyse ait permis d’immenses progrès dans la compréhension de l’expérience humaine et les méandres secrets de la psyché, n’oublions pas qu’elle a fait bon usage de cette dualité sujet/objet qui est une des caractéristiques de la science occidentale. Le patient est généralement considéré comme quelqu’un qui a un problème, d’une manière complètement séparée du thérapeute/investigateur ; le patient va devoir être étudié et aidé. En fait, Freud s’était détourné de l’hypnose comme moyen de connaissance et de guérison parce que justement cette technique introduisait un élément subjectif dérangeant (pour lui) entre le patient et son thérapeute (Mack 1993).

Les thérapies et les investigations alternatives de la conscience humaine semblent partager cet intérêt pour la psyché comme faisant partie du processus d’exploration. Dans ces thérapies alternatives, les sentiments et l’état d’esprit de celui qui aide, tout comme sa rationalité et ses aptitudes d’observateur, représentent des aspects vitaux de la méthode thérapeutique ou investigatrice. Cet usage plus systématique du moi des personnes qui aident se fonde sur l’empathie et est, par essence, intersubjectif. Dans ce cadre, l’hypnose, les voyages chamaniques, la méditation, le travail de Grof sur le souffle, la quête visionnaire et autres approches déclarées par l’Occident comme des états de conscience « non ordinaires », deviennent des alliés naturels et précieux dans la recherche. En effet, ces approches impliquent, par définition, l’élargissement et l’ouverture de la psyché à des mondes plus profonds, plus vastes, qui s’étendent au-delà de l’esprit observateur purement rationnel. Bien sûr, en définitive, la raison intellectuelle intervient pour « comprendre » : c’est un outil. Mais tout au long du parcours nous - les chercheurs et les lecteurs -, nous devons rester ouverts à tous ces moyens de connaissance, quelle que soit l’histoire que le sujet nous raconte comme ayant fait partie de son expérience.

Peut-être est-il facile d’admettre, aussi, que je suis « tombé » sur ces phénomènes d’enlèvement parce que j’étais déjà plus ou moins préparé à ce type de recherche à cause de mes travaux précédents, notamment dans le domaine de la méthode Grof (voir chap. 1) qui met l’accent sur la totalité de l’être - esprit, corps et âme - pour l’exploration des expériences de conscience. En travaillant avec des kidnappés de l’espace, j’ai dû développer une méthode d’investigation essentiellement fondée sur une combinaison des techniques passées et nouvelles. En dehors des entretiens traditionnels, je me sers de l’hypnose (état « non ordinaire » de conscience pour procéder à une investigation, selon Freud) modifiée par l’usage que je fais du travail sur le souffle, la respiration, pour concentrer et approfondir le processus. Au cours de mes collaborations avec les kidnappés, je dois dire que je me suis totalement impliqué, revivant avec eux les expériences situées dans un monde qu’il leur a fallu ramener à la surface de la conscience. Ma propre psyché, en somme, tout mon être s’y est engagé. Naturellement, mon moi rationnel de chercheur était toujours présent, se livrant à des structurations, des interprétations, des sélections et des interventions protectrices.

Les méthodes empiriques occidentales se fient de manière extrêmement primaire aux sens physiques et à l’esprit rationnel pour édicter un savoir ; le sentiment et l’intuition en sont bannis. Il faut à tout prix éviter la subjectivité, la contamination, bref la pagaille, des émotions humaines. Mais justement, le prix à payer pour une telle restriction est que nous ne pouvons apprendre des choses que sur le monde purement physique avec ce que cela implique de limitations dans l’usage de nos propres facultés. Pour connaître les mondes « au-delà du miroir » ou « du voile », comme disent les kidnappés, il nous faut mettre en marche un autre type de conscience. Cela signifie que la collecte des informations sur les kidnappings ovnis est, dans une large mesure, « co-créative » - la compréhension est accessible à ceux qui l’acceptent, et quand j’aide un kidnappé à accoucher de ses souvenirs, je l’aide à découvrir quelque chose qu’il porte déjà en lui-même. Mais, pour répondre à certaines critiques, je n’impose pas mes croyances ou mes points de vue sur ces phénomènes à mes patients, de même que je ne prends pas à la lettre tout ce que mes patients me disent.

Dans la mesure du possible, mes questions au cours des séances dérivent directement de ce qui vient d’être énoncé par le sujet, ou bien sont inspirées par l’intuition que je me suis forgée à force de travailler non seulement avec des kidnappés mais aussi des centaines de patients chez qui je reconnais l’expérience intérieure de kidnappés. J’évite toujours de mener le jeu en posant des questions et je dois dire que, par expérience, les kidnappés sont des êtres qui ne se laissent pas conduire (comme Sheila l’exprimera parfaitement, ils « savent très bien ce qu’ils ont vu »). Pourtant, dans le même temps, je ne peux ignorer que le processus d’intuition co-créative employé alors peut donner lieu à des informations qui sont, en un sens, le produit de l’interaction des deux consciences alors en présence (deux ou plus, d’ailleurs) dans la même pièce. Quelque chose qui n’était pas là auparavant peut survenir sous la même forme exactement. Exprimée différemment, l’information obtenue au cours d’une séance n’est pas seulement une « donnée » resurgie des profondeurs de la conscience du sujet comme on extrait un calcul rénal. Elle peut représenter au contraire une perception développée et évoluée, enrichie par la connexion établie entre le sujet et l’investigateur.

Dans une perspective occidentale, cela s’appelle une « distorsion » ; d’un point de vue transpersonnel, le sujet et moi-même participons à un même phénomène évolutif de la conscience. Quand on a affaire à des phénomènes comme les enlèvements extraterrestres, qui se manifestent dans le monde physique mais dont la source plonge dans une autre réalité, la question de savoir si l’hypnose (ou toute autre méthode non ordinaire pouvant donner accès à des réalités en dehors ou au-delà du monde physique) peut nous dévoiler avec précision ce qui est littéralement et factuellement « arrivé » risque fort de n’être plus appropriée (voir chap. 1). Il serait plus utile de poser une autre question : est-ce que la méthode d’investigation peut fournir une information cohérente parmi les kidnappés, charrier une conviction émotionnelle et étendre la compréhension du phénomène d’une manière qui serait signifiante aussi bien pour l’existence des victimes de kidnapping que pour l’élargissement de la culture ?

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