Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

8. Échapper à l’asile de fous

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Échapper à l’asile de fous

 

Joe, psychothérapeute de trente-quatre ans à la tête d’une société de consultation spécialisée dans le développement professionnel, m’écrivit en août 1992 qu’il avait eu « toute une série d’expériences ET (extraterrestres) » remontant à sa plus « tendre enfance » et qu’il éprouvait à présent le besoin urgent « de faire le vide dans ses placards » étant donné les angoisses qui le « hantaient ». Comme concepteur et organisateur d’excursions (dites « aventures ») dans la nature, Joe aidait lui-même des gens à dominer leurs peurs, notamment celle de l’obscurité. En même temps, il reconnaissait bien volontiers qu’au moment où il m’avait contacté, il luttait lui-même contre « sa propre peur du noir ». Trois mois avant ce premier contact, alors qu’un kinésithérapeute était en train de lui masser la nuque, Joe fut soudain assailli par l’image de sa personne gisant sur une table, entourée de petits êtres à la tête volumineuse ; un de ces êtres lui enfonçait une aiguille dans le cou. Il se mit à hurler de terreur et désormais ne put plus nier cette évidence : ses expériences avaient sur lui un pouvoir de perturbation qu’il ne pouvait plus ignorer. Il entendit parler de mes recherches dans le domaine des enlèvements extraterrestres grâce à un autre kidnappé d’une part et, d’autre part, à la camarade d’une femme qui m’aidait dans mon travail ; aussi m’envoya-t-il un courrier dans lequel il me décrivait ses expériences.

Lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois, la femme de Joe attendait un bébé pour le mois suivant. Le fait que nos explorations de ses rencontres extraterrestres se déroulent sur fond de grossesse, de travail et de délivrance de son épouse ainsi que de ce nouveau rôle de père qui allait échoir à Joe peut être considéré comme une formidable opportunité pour examiner plus attentivement les relations qui pouvaient exister entre les phénomènes d’enlèvement et la conscience que Joe entretenait à propos des cycles de la naissance et de la mort, y compris la remémorisation d’une ancienne expérience à caractère spectaculaire. Au cours de quatre séances de régression hypnotique situées entre le mois d’octobre 1992 et mars 1993, dont une avant et les trois autres après la naissance de son fils Mark, nous tentâmes d’explorer les aspects complexes des relations de Joe et Mark avec les extraterrestres ; durant cette même période, Joe a tout fait pour parvenir à intégrer à sa propre identité tous les éléments attachés à ces contacts extraterrestres. La libération et l’évolution personnelles que cette intégration a permises restent une des caractéristiques remarquables du cas de Joe.

Joe est le septième rejeton d’une famille irlandaise de huit enfants. Il est né et a grandi dans une petite ville de l’État du Maine. Son père, qui vendait des cuirs et des lacets aux fabriques de chaussures, mourut de la maladie d’Alzheimer un an avant que Joe prenne contact avec moi. Joe qualifie sa famille de « très typiquement catholique romaine », et affirme qu’ils étaient manifestement heureux mais très certainement aussi névrotiques et que ses parents étaient plutôt froids, distants et « émotionnellement raides ». « Je ne recevais guère de caresses ou de baisers et je passais le plus clair de mon temps en dehors de la maison, là où je me sentais davantage en sécurité et accepté. »

« Nous avons grandi en jouant dehors », révéla-t-il au cours d’un séminaire que je dirigeais au Cambridge Hospital, « tout le temps à chasser, à piéger, à pêcher ». Joe, comme d’autres kidnappés, a senti que ses rapports avec ce qu’il nomme « les ET » lui avaient apporté une nourriture émotionnelle, un soutien et une affection « que personne d’autre ne lui dispensait ». Il décrit Julie, sa mère, comme une personne craintive qui au début ne voulut rien savoir de ces expériences ET, se mettant dans tous ses états à chaque fois qu’il voulait aborder le problème. Joe se souvient d’une fois où, tout gamin, il avait réveillé ses parents en pleine nuit pour raconter ce qui venait de lui arriver d’effrayant ; mais il s’entendit répondre qu’« il venait de faire un vilain rêve ». Joe ne croit pas qu’aucun de ses frères et sœurs ait été en butte aux mêmes contacts forcés avec des extraterrestres. « Depuis, nous en avons parlé », dit-il, et il ne reçut qu’« une réponse mitigée, entre la négation et l’acceptation ».

Entre huit et quinze ans environ, Joe aima passer les nuits d’été à dormir dehors sur le perron avec son frère cadet qui, sans croire tout à fait aux phénomènes extraterrestres, ne lui a pas moins dit récemment : « Tu as toujours eu la trouille des ovnis. » À l’adolescence, Joe se sentit de plus en plus isolé et à part, « certainement les affres typiques de la puberté, vous savez ». En se rappelant cette époque au cours d’une de ses régressions, il déclara : « Je n’arrive pas à communiquer avec qui que ce soit. Je ne me sens pas à ma place. »

La femme de Joe, Maria, est elle-même psychothérapeute et de cinq ans son aînée. Ils se sont rencontrés dans un centre de formation aux thérapies alternatives et sont mariés depuis cinq ans et demi. Depuis deux ans, ils essaient d’avoir un bébé mais Maria a fait deux fausses couches. Dans « un rêve extrêmement lucide », Joe a vu deux bébés pour lesquels il éprouve de véritables sentiments et il se demande s’il ne s’agirait pas de fœtus issus de lui et de Maria, celle-ci ayant dû être kidnappée par les ET. Joe développa, en effet, les symptômes d’une intense identification à la grossesse de son épouse et dans une lettre qu’il m’adressa au mois d’août il m’écrivit ceci : « Ce n’est certes pas comparable avec le “ travail ” auquel ma femme doit se soumettre, mais je dois dire que je ressens des “ contractions ” qui augmentent d’intensité et qui deviennent très douloureuses si je marque de la résistance. » En revanche, après la naissance de Mark, il sentit revivre en lui cette ancienne impression de n’être pas dans la course, comme s’il avait été « la cinquième roue du char ». Joe estime que Maria, qui, selon lui, ne doit pas être elle-même une kidnappée, lui manifeste plutôt du soutien pour ce qui est de ses expériences ET et il affirme qu’ils sont liés par un échange d’aide et d’amour.

Depuis l’adolescence, Joe s’intéresse à des questions spirituelles et a enseigné ou participé à de nombreuses activités visant au développement personnel : stages spécialisés dans la guérison physique et mentale, psychosynthèses, différentes formes de méditation, fréquentation d’une église spiritualiste. À l’âge de vingt ans, il passa une année entière tout seul dans les bois au nord du Maine. Joe a exercé ses talents de thérapeute soit pour sortir des gens de l’alcoolisme, soit pour venir en aide à des victimes de viol ou d’inceste. Pendant plusieurs années il a dirigé ce qu’il appelle dans une de ses brochures « des stages de collaboration, des entraînements d’équipe et des retraites personnalisées », proposés aussi bien à des individus qu’à des entreprises ou organismes collectifs. Il est également connu pour ses qualités d’intervenant dans divers groupes de développement professionnel, surtout lorsqu’il s’agit d’excursions dans des sites naturels, comme les écoles « Outward Bound » (écoles d’endurcissement en plein air). Et pourtant, au-delà de sa quête personnelle et de ses compétences professionnelles, Joe a toujours éprouvé des terreurs face à des forces plus sombres qui échappent à son contrôle et qui semblent associées à ses expériences ET. Environ dix ans avant que nous nous rencontrions, Joe entendit de la bouche de l’un de ses propres conseillers spirituels qu’un jour il « travaillerait avec des gens venus d’autres planètes ».

Aussi loin qu’il puisse se souvenir, Joe a toujours eu des rêves de contact avec des êtres extraterrestres. Parfois il se réveille avec le pénis très douloureux. Dans ses régressions hypnotiques, il raconta des expériences dans lesquelles son sperme avait été « extrait mécaniquement » : « J’ai également vu de petits enfants et je sentais qu’ils me les montraient parce que, dans une certaine mesure, ils étaient un peu les miens. » Joe est persuadé que les ET se sont ainsi occupés de lui depuis qu’il est dans « le ventre de sa mère », et au cours de notre dernière régression, il se souvint avoir vu ces petits êtres s’attrouper autour du lit d’hôpital de sa mère alors qu’il n’avait que deux jours. Comme beaucoup de gens ayant des histoires de kidnapping extraterrestre à raconter, Joe eut souvent, enfant, des saignements de nez inexplicables. Petit garçon, il faisait un cauchemar dans lequel une sorcière, comme on en voit dans Le Magicien d’Oz, vient battre des ailes contre les carreaux de sa fenêtre, le force à regarder droit dans ses « yeux énormes et » l’oblige à « enfourcher son balai en l’hypnotisant ». « Une fois que je l’avais regardée dans les yeux, je tombais sous sa domination et elle pouvait m’emporter au loin. » Durant toute son enfance Joe a été fasciné, mais aussi terrorisé, par les histoires d’ovnis. Il aimait dormir dehors mais avait du mal à trouver le sommeil parce qu’il « avait peur que, dès qu’il serait endormi, quelqu’un vienne l’emporter ». Au cours de nos séances de régression, bien d’autres expériences de contact extraterrestre émergèrent aussi bien de la période de l’enfance que de celle de l’adolescence, notamment un incident survenu alors qu’il avait entre treize et quinze ans et que nous décrirons plus en détail dans ce chapitre.

Joe ne cessa d’avoir peur des ovnis et des extraterrestres durant toute son adolescence. Vers seize ou dix-sept ans, il essaya le LSD et fut pris de panique en apercevant « un petit vaisseau spatial » à environ deux cents mètres de lui : « Et il y avait à l’intérieur quelqu’un qui me regardait. » Il pensa : « Il est en train de m’observer. » « Puis il s’éloigna un peu et s’enfonça dans les arbres. » Durant cette même période, il eut une autre expérience : il se regardait dans le miroir de la salle de bains de son domicile lorsque qu’il sentit qu’il commençait à disparaître, se brouiller, s’effacer. « Soudain, je me suis retrouvé à regarder à travers une vitre et ce n’était plus moi. J’étais nez à nez avec un extraterrestre qui me fixait du regard. Il avait une tête toute ronde et sa peau était bosselée, comme couverte de pustules, et je crois qu’il était gris ou vert, avec peut-être une petite bouche, un cou maigre et puis, ouahh ! J’en frissonne encore tellement c’était réel. J’ai eu une trouille monstre parce que je me sentais totalement sans défense. Rien à voir avec “ Salut, je m’appelle Machin, comment ça va ? ”. J’ai eu l’impression horrible qu’il débarquait d’une autre dimension et que, bon sang, il allait m’emporter comme ça, pffttt ! Et crac, je n’existe plus. Les autres ne retrouveront plus que mes pantoufles dans la salle de bains. »

La douleur intense et les frayeurs qu’éprouvait Joe en association avec ses remémorisations au cours des travaux sur le corps qu’il effectua au mois de mai 1992 l’obligèrent à venir me consulter. Il déclara devant l’assistance du séminaire : « Alors qu’un kinésithérapeute me massait la nuque, j’eus un souvenir qui remonta à la surface comme une explosion. J’étais allongé sur une table haute à peu près comme celle-ci, un peu moins large, et j’étais entouré de petits personnages qui avaient de grosses têtes et qui m’enfonçaient une aiguille dans le cou. J’étais terrifié. Je hurlais et ça s’est mis à me démanger de partout. » Il était aussi très angoissé parce que la naissance de son enfant était imminente et qu’il allait être père.

Notre première régression hypnotique se déroula le 9 octobre, environ dix jours avant la date officielle de l’accouchement de Maria. Joe parla de rêves extrêmement stressants où il voyait des ovnis, des extraterrestres et où il assistait à des procédures effectuées sur des tables installées dans une salle souterraine creusée dans le roc. De son côté, Maria faisait des rêves de « bébé venant au monde et se mettant à parler » de ses voyages à bord d’un vaisseau spatial. Joe parla encore d’autres rêves sinistres et complexes où intervenaient des animaux mythiques comme des serpents, des poissons ou des corbeaux, des femmes sexuellement effrayantes, des dieux antiques et des chevaux ailés. De vastes paysages battus par les vents et des scènes qui semblaient à la fois épiques et féeriques lui insufflèrent un sentiment d’impuissance, de perte de contrôle à mesure que le moment de la naissance se rapprochait. Il eut à nouveau ces visions d’une aiguille qui pénètre dans son cou au cours du stage de printemps sur le corps et Joe dit ceci : « Je veux me débarrasser de cette peur » grâce à ce stage. Nous repassâmes ces diverses expériences de kidnapping qu’il a connues au cours de son existence, mais finalement nous optâmes pour une régression libre dans laquelle son subconscient indiquerait lui-même la direction et l’objectif.

La première image qu’eut Joe sous hypnose fut celle d’un être non humain à visage triangulaire, avec un large front, un menton étroit et des yeux en amande immenses et tout noirs.

« Il m’invite à le suivre... Il s’éloigne et m’attire à lui. Il a de longs bras très minces. Ciel ! Son dos est pareil. » Joe commençait à respirer plus péniblement au fur et à mesure que son angoisse s’accentuait. « Il peut bouger tout doucement. Mais aussi se mouvoir rapidement. Il veut que je m’allonge sur la table. Il me regarde en plongeant profondément dans mes yeux et il me dit de me détendre. » Joe murmure alors qu’il est « terrifié » parce qu’il sait « qu’ils vont faire quelque chose ». « J’en ai des frissons tout du long de l’échine. J’ai le creux de l’aine en feu. »

Sentant que sa peur le dépassait, je demandai à Joe d’essayer de localiser cette expérience dans le temps et dans l’espace. Cela s’est déroulé à son domicile quand il était encore « jeune adolescent », c’est-à-dire âgé de quatorze ou quinze ans. Cela a débuté tard dans la soirée alors qu’il se sentait vraiment « très seul ». Anxieux et malheureux, il éprouva le besoin de « sortir faire un tour ». Joe contourna la grange dans l’arrière-cour de la maison comme s’il avait été « attiré là par une force très subtile ». Il traversa la grange (« parfois la nuit, cette grange a des allures de lieu hanté ») et alla regarder le ciel étoilé. « C’est à ce moment-là que le vaisseau apparut. Il est descendu tout droit. Poum ! Il était là. Petit... Une espèce de truc rond, ou plutôt oblong. Un peu comme un œuf, un œuf qui tiendrait debout... L’appareil était exactement symétrique... mais plus oblong dans sa partie supérieure... et il se tenait à environ un mètre vingt au-dessus du sol, avec une sorte de pied qui le maintenait. »

Joe claqua des dents lorsqu’il vit s’approcher de lui un personnage fluet dont le visage était « tout illuminé », vêtu d’une combinaison moulante noire. Il sentit qu’il était déjà parti à de nombreuses reprises avec ce personnage qu’il appelle « Tanoun » et sa plus grande frayeur, à ce moment-là, fut de ne plus avoir envie du tout de revenir sur Terre. Joe se sentit poussé à partir - en ce sens qu’il n’avait pas le choix : « Mais j’étais davantage conscient du choix que je pouvais partir sans être obligé de revenir. » Il éprouva une raideur au niveau de la nuque qui s’amplifia à mesure qu’augmentait « dans son cœur » sa peur devant les conflits qui président aux liens entre les ET et les règnes terrestres. En larmes, Joe déclara : « Je ne suis pas seul avec lui. Je le sais. C’est très bien. Mais il n’est pas là tous les jours. » L’extraterrestre informa Joe qu’il devait retourner « pour travailler avec eux (les humains) et qu’il devait garder un pied dans les deux mondes à la fois ».

«Sa face ronde» tout près de son visage, Tanoun posa sa main sur l’épaule de Joe : « Il est très rassurant... et nous avons continué, moitié en marchant, moitié en volant. » Ils arrivèrent sous l’engin spatial qui parut alors « beaucoup plus vaste à l’intérieur qu’à l’extérieur ». Tanoun fit traverser Joe à un couloir qui menait à une vaste pièce avec une table sur laquelle Joe s’est souvent allongé. Une main sur la tête de Joe et l’autre sur son bassin, l’extraterrestre rassura Joe : « Ce type m’aime vraiment et en un sens je n’ai envie d’aller nulle part ailleurs et c’est un peu effrayant parce que grâce à lui je me sens différent de tout le monde. Joe s’allongea sur la » table, les deux bras le long du corps, et remarqua qu’il portait lui-même une tunique « d’un blanc métallique ». Il évitait de plonger ses yeux dans ceux de l’extraterrestre afin de réduire l’intensité du lien auquel il aspirait toutefois. « S’ouvrir franchement à eux » créerait une relation « plus véritable » avec les êtres : « Et cela me rendrait davantage semblable à eux, ce qui n’est pas le plus facile à intégrer. »

En plus de Tanoun, qui était « de service », il y avait huit ou dix autres êtres de taille plus petite autour de cette table. « Celui qui était à sa gauche » tenait une grosse aiguille, avec une espèce de poignée, et Joe anticipa la douleur qui le menaçait. Tanoun lui dit de regarder « dans ses yeux » et de se détendre en s’oubliant, mais Joe craignit « de disparaître et de ne pas pouvoir revenir », s’il se laissait aller trop complètement. « Il m’encourage à poursuivre, et j’ai peur. C’est comme si j’étais à l’intérieur de lui - dans sa tête, dans ses yeux. » L’aiguille pénétra par le côté gauche du cou, juste sous l’oreille, « presque contre l’os du crâne ». C’était très douloureux, mais l’effet s’estompa tandis que Joe « plongeait plus profondément dans ses yeux ». Une fois bien enfoncée, l’aiguille effectua des mouvements circulaires et la douleur cessa. Joe éprouva deux sensations à la fois : « Ils sont en train de me prélever quelque chose à l’intérieur et ils m’y implantent quelque chose, de sorte qu’il sera plus facile de me suivre à la trace... Ils sont en train de me fixer une image à l’intérieur du cerveau... comme une petite pilule argentée qu’ils vont laisser en place... et cela a quatre fils minuscules qui en sortent. » Quand l’aiguille fut retirée, Joe perçut ce message : Nous sommes tout près. Nous sommes avec vous. «

Nous sommes là pour vous aider. Nous sommes là pour vous guider, pour venir à bout de vos difficultés. »

Ensuite, Joe fut emmené par le même couloir dans une autre pièce « vers un autre ET » qui lui parut être le grand « chef ». Il était assis sur un siège environné d’une lumière qui semblait émaner de lui. Cet être était de plus haute taille que les autres et son visage était plus semblable à celui d’un humain. « Il mit ses mains sur ma tête. Comme s’il me baptisait. Il m’aime - il me donne des énergies. Il me bénit. Il me donne ce dont j’ai besoin pour ici. Il me donne force et savoir, et je sais que je ne suis pas seul. Je suis aimé et je peux rencontrer d’autres êtres », sur Terre comme parmi les extraterrestres. Pleurant à chaudes larmes, Joe déclara qu’on lui dit « qu’ils seraient près de lui s’il les laissait faire » : « Vous n’avez pas besoin de rester dans votre coin... Ce n’est qu’une question de temps et tout ira très bien. »

Vivant cette expérience de se sentir à la fois extraterrestre et humain, Joe se sentit mal à l’aise en retournant sur Terre. Il aperçut « cette partie de lui-même qui l’attendait derrière la grange et qui leur ressemblait ». C’était cette « partie de lui-même qui ne voulait pas s’en aller ». « Je me retirai de cette partie de moi-même parce qu’elle leur ressemblait un peu. » Puis il se retrouva « derrière la grange, avec la sensation d’être dédoublé ». Son corps était tendu et gêné. « J’ignore à quoi j’appartiens. »

Durant cet incident, Joe reçut des visions « incroyables » en « sondant leurs yeux, en se connectant à eux et en évitant toute séparation », une sorte d’approche de ce qui pourrait s’accomplir s’il entrait complètement dans le monde ET. « Je sortirais de moi-même et j’irais n’importe où - dans le monde, dans l’espace, dans les planètes, dans le firmament.

Votre corps ou votre conscience ? Ou bien les deux ?

demandai-je.

Sans mon corps, mais parfois avec lui. Je deviens le vent.

Je deviens l’espace. Je deviens la matière. Je file à toute

vitesse, je tournoie, je plane, je plonge... »

Sous sa forme extraterrestre, Joe pouvait vivre au rythme de plusieurs énergies : « Des gouttes qui dansent, des orchestres, de la musique, un écrasement, un éclatement, des lieux complexes, des endroits sombres, des étendues vastes, vastes, vastes... Je me sens heureux. Je ressens l’amour. Je me sens en harmonie. Je me sens en sécurité. Je suis tout ce dont je rêvais. Et je danse. Tout est danse et rythme... danse avec des êtres différents, des lumières différentes, des énergies différentes... Être Joe c’est tellement différent de la vie ordinaire que c’est très difficile à intégrer » quand on revient sur Terre.

Joe se souvient parfaitement de la façon dont il est retourné à son point de départ derrière la grange. Il se souvient d’avoir pénétré dans la grange puis dans la maison et d’être monté à l’étage pour rejoindre son lit. Mais juste avant que je ne le fasse émerger complètement de la transe hypnotique, Joe se souvint que Tatoun lui avait dit : « Votre bébé est l’un des nôtres », ce « nôtres » incluant également Joe dans son identité extraterrestre.

Mark, le bébé de Joe et de Maria, naquit le 10 novembre, environ trois semaines après la date prévue. Une semaine plus tard, Joe me posta ce commentaire : « Tandis que je rédige cette lettre, la maman et le bébé dorment ensemble, enfin de retour après cinq jours à l’hôpital. Mark Joseph est né par césarienne (nécessitée par une mauvaise position doublée d’une infection) mardi dernier et d’observer le chirurgien m’a ramené à mes propres expériences à bord des ovnis. C’était intéressant, éclairant et rassurant, et cela m’a poussé à accepter avec plus de confiance ce processus, tout ce processus. »

Une deuxième séance de régression fut décidée pour le 30 novembre. Tout d’abord, nous discutâmes des événements reliés au séjour à l’hôpital de sa femme et à la naissance du bébé, autant de causes de stress pour les deux parents. On aurait dit que depuis le fond de l’utérus, Mark parlait à sa mère car Maria fit plusieurs rêves dans lesquels Mark lui avait révélé le nom qu’il souhaitait qu’on lui donne. Joe parla d’une expérience de kidnapping survenue deux nuits après qu’il eut ramené la mère et l’enfant de l’hôpital et où deux êtres se tenaient à côté de lui et lui avaient envoyé dans la tête « une salve, comme un boulet d’énergie » à l’aide d’un instrument émoussé. Il en était resté « groggy » et tout étourdi. Maria était avec lui mais il ne se souvient pas d’avoir vu le bébé. « C’est l’expérience la plus intense au niveau de la conscience que j’aie jamais faite ce à jour. »

Au début de la seconde séance de régression, Joe exprima son souci de ne pas tourmenter Maria avec ses histoires d’enlèvement ET, même si elle manifestait attention et compréhension ; il parla de sa propre résistance à admettre l’existence d’une telle puissance dans sa vie ; et de ses sentiments de vulnérabilité que toutes ces expériences créaient en lui. « J’ai peur de me retrouver face à une autre partie de moi-même. » Très secoué et au bord des larmes, Joe parla de sa détresse devant ses découvertes, notamment celle selon laquelle il était « intimement impliqué » dans le monde des extraterrestres, « une sorte de complice, d’agent double travaillant pour eux, », et de ce fait traître à ses frères humains. « Je suis coupé en deux... je mène une double vie et elle consiste à passer beaucoup de temps parmi eux. »

Mais Joe était surtout troublé par l’impression qu’il avait d’être un partenaire consentant auprès des extraterrestres en utilisant des humains non consentants pour mener à bien ces expérimentations de procréation. Même « la nuit dernière », il avait fait une expérience au cours de laquelle il vit l’énorme tête d’un enfant extraterrestre avec ses yeux magnifiques, immenses et sombres : il sut qu’il entretenait des liens spéciaux avec cet être. Même s’il estimait que le projet d’hybridation valait la peine, « un facteur d’évolution » (« chaque fois que vous effectuez des croisements, vous renforcez la vigueur des nouveaux rejetons »), il n’était pas très sûr de ce que les espèces en retireraient comme bénéfice final. Au bord des larmes et très abattu, Joe affirma qu’il était certain qu’il avait eu récemment à bord d’un vaisseau une expérience d’ordre sexuel « avec une femme qui ne le voulait pas ». Nous décidâmes d’analyser plus en détail cet incident afin de lui permettre de prendre mieux conscience de son rôle duel et complexe et d’augmenter son pouvoir de choisir plus librement.

Au début de la régression, Joe vit « toute une kyrielle d’images » d’un vaisseau spatial et une variété de « gens » qui semblaient issus chaotiquement de toutes sortes d’espèces. Certains étaient laids à souhait, avec des faciès

machiavéliques. On se serait cru aux « Nations unies » interplanétaires. Le résultat de cette vision fut que Joe se sentit tout à coup passablement « harmonieux », comme si on lui avait fait savoir : « Ils se retrouvent tous là en excellente compagnie. » Sa propre forme n’arrêtait pas de changer, « comme un caméléon ». Il se sentit « plus à l’aise sous un aspect qui ressemblait au leur... un peu transparent », avec une grosse tête et de gros yeux en amande, un torse longiligne, une peau gris clair, les mains un peu palmées au bout de longs bras et des doigts réduits à trois, plus un pouce.

« Ouaouhh ! Je sens que je ressemble à ce que je suis à l’intérieur de moi. Je me trouve très élégant, très gracieux. Et je sens que je ne marche plus - je me meus comme si je nageais. J’entre dans une partie du vaisseau qui ressemble à une valve de cœur. Cela paraît extrêmement spacieux. »

« Éthérique, fluide, immense », voilà d’autres termes qu’employa Joe pour décrire ce qu’il ressentait sous la forme d’un extraterrestre. Il éprouva une certaine « incrédulité », émettant des doutes sur son expérience et se demandant comment il pouvait à ce point s’extraire et se cacher à lui-même qu’« il existait aussi ici, dans ce vaisseau ». « Je m’y sens d’ailleurs tellement mieux. » Il eut le sentiment qu’à l’intérieur de lui-même se livrait une bataille acharnée entre son « humanité » et son identité humanoïde qu’il avait gardée comme à distance. Pourtant, il eut l’impression d’être tout de même « plus pleinement intégré en être humain » qu’en extraterrestre.

Joe dénomma « fraternité » ou « peuple Obasaï » cette race d’êtres à laquelle il appartenait lorsqu’il endossait son identité humanoïde. Le mode de pensée était alors intuitif : « Non linéaire... Comme si mes pensées étaient accessibles à tous et qu’il n’y avait rien à cacher. La honte n’existe pas. Il existe un sens de l’unité et chacun peut avoir des idées et des opinions différentes sans que cela rompe l’harmonie générale... Cette partie du vaisseau sert à l’intégration... Elle reste longtemps autour de la Terre. » D’autres projets ne concernent pas la Terre mais impliquent «d’autres dimensions, d’autres galaxies... Mais le temps et l’espace ne sont pas la panacée... Vous voyagez quand vous pensez à l’endroit où vous vous rendez. »

Joe raconta alors une expérience qu’il avait vécue quelques jours plus tôt en tant qu’« Orion », son identité humanoïde. Il se vit faire tout à coup entre deux mètres et deux mètres cinquante de haut tout en éprouvant la sensation qu’il pouvait à volonté grandir ou rapetisser. Une jeune femme blonde d’environ trente-cinq ans qu’il appela « Adriana » lui fut présentée afin qu’il lui « fasse l’amour et lui donne sa semence ». Tout en pressentant que cette femme était « depuis longtemps impliquée », cela le troubla, du moins dans son moi humain, car une part de la personnalité de cette femme était effrayée. Adriana, révéla Joe, promenait le soir son chien lorsqu’elle fut kidnappée et c’est « dans un état de quasi-sommeil » que les êtres l’emportèrent dans l’espace vers le vaisseau. « Elle réagit en partie avec frayeur lorsqu’ils arrivèrent en vue du vaisseau », ajouta Joe qui éprouva le désir d’être gentil et tendre avec Adriana ; lui il caressa la tête, essaya de la rassurer en lui disant « Nous prenons soin de vous » et l’encouragea à se détendre. « Je ne voulais pas faire l’amour avec elle sans qu’il y ait de sa part une certaine coopération, sans qu’elle soit d’accord. »

Adriana fut placée sur une plate-forme légèrement arrondie, la tête plus haut que les pieds. Elle était maintenue dans un état semi-comateux à la limite du rêve (« ils créaient mentalement cette espèce de filet... comme pour l’envelopper dans un réseau d’énergie doux et tendre ») tandis que de petits êtres la déshabillaient. « Dans sa semi-conscience, elle se rebellait », mais quand cette rébellion « affleurait à la surface », les êtres reprenaient un total contrôle de sa personne par une sorte de « massage » énergétique.

L’acte sexuel ou reproducteur en lui-même fut très bref. Trois ou quatre êtres observèrent attentivement la façon dont Orion fit pénétrer son pénis, petit et « presque flasque » (en érection « mais pas vraiment dur, bref pas en excellente forme... juste de quoi l’introduire »), peut-être moitié moins volumineux qu’un sexe humain habituel. Donc, il pénétra dans le vagin d’Adriana. Les testicules étaient « à peine gonflés ». « Ils ne ressortent pas vraiment. » Malgré le fait que ce fut agréable pour Joe et plein d’amour de sa part, « ce ne fut pas le comble de la paillardise... Ni un va-et-vient rythmique débridé.

C’était tout de même un peu plus qu’une simple étreinte hygiénique... Il y avait quelque chose de tendre et d’attentionné, de très naturel... comme avec quelqu’un qu’on aime ». Joe se posa la question : « Et si je changeais d’aspect, parce que, pour le moment, quand je suis sur elle, je ne suis pas plus gros qu’elle, et on fait ça médiocrement... à la va-vite. Ça ne dépasse guère les intentions. Je n’ai pas d’effort à faire pour y arriver. Je rentre et puis ça ressort, un point c’est tout. » Un liquide clair « s’écoula ». Joe ou Orion caressa Adriana avec tendresse mais elle semblait rétive. Une partie d’elle-même « était totalement présente » et « la communication passait très bien », mais l’autre aspect « tourmenté » de sa personnalité avait l’impression d’être violé.

Des actes sexuels comme celui-ci à des fins de reproduction, dit Joe, sont « nécessaires » pour que « la race humaine ne soit pas perdue, ni sa semence, ni ses connaissances, car les êtres humains sont en grande difficulté... Un orage se prépare, une catastrophe électromagnétique », conséquence directe des technologies « négatives » qu’ils ont créées. La semence fertilisée qu’Adriana porte en elle, par exemple, doit lui être « retirée » : « Alors nous fabriquerons un bébé qui sera partiellement humain et nous l’élèverons comme l’un des nôtres... Ainsi, au cas où toute l’humanité succomberait, nous aurons conservé ses enfants. » L’objectif de ce programme d’hybridation, ajouta Joe, est d’ordre évolutif et servirait à perpétuer l’espèce humaine, à effectuer des « croisements génétiques » avec d’autres espèces à bord des vaisseaux comme dans le reste du cosmos. Joe exprima aussi avec tristesse quelques idées sur l’inévitable détérioration de notre planète. Beaucoup de gens disparaîtront mais l’espèce humaine ne sera pas totalement éradiquée.

En communiquant ces informations, Joe ne se sentait pas tout à fait à l’aise. D’un côté, en tant que « père de famille » ayant « un travail », il avait peur de se ridiculiser en rendant ces informations publiques. De l’autre, il éprouvait la nécessité urgente d’avertir ses frères humains. Sa personnalité « égocentrique qui doute et qui a peur » l’empêchait de prendre ses responsabilités. Sa « nature humaine » craignait que les êtres aux yeux sombres fussent plus « sinistres et machiavéliques » qu’il n’y paraissait, qu’ils fussent, d’une certaine manière, des « renégats » exclus d’autres vaisseaux et qui se seraient plu à jouer avec les humains et à en faire « de bonnes vaches à lait ». Pourtant Orion ne ressentait rien de la sorte.

Après avoir émergé de la transe hypnotique, Joe parut consterné par ce qu’il nous avait dévoilé et imagina qu’il allait lui falloir beaucoup de soutien pour parvenir à intégrer les dimensions troublantes et complexes de son identité. Il éprouva « une certaine incrédulité » en découvrant qu’il vivait « une double existence », mais le pouvoir émotionnel de la séance de régression ainsi que la netteté objective avec laquelle il pouvait incorporer l’identité d’Orion réussirent à le convaincre de l’authenticité de ce qu’il venait de vivre. Parce qu’il avait été élevé dans une famille catholique où les émotions sont censées être « anéanties », Joe fut très étonné de constater combien ses expériences d’enlèvement apparaissaient tout à coup comme de véritables « canalisations » débouchant sur toute une gamme de violents sentiments. Il se sentait tout particulièrement déprimé devant la détresse infligée à Adriana et à d’autres êtres humains par les agissements de cet Orion. Finalement, Joe en revint à cette affirmation que la séance avait confirmé pour lui ce qu’il avait toujours ressenti tout au long de son existence, à savoir qu’il aurait dû « naître à une autre époque et sur une autre planète ».

Cette séance apportait donc à la fois de l’eau au moulin de Joe et beaucoup de questions confuses. Au cours des semaines qui suivirent, il eut fort à faire pour réconcilier son identité ET et sa personnalité humaine, son désarroi en tant que nouveau parent et, probablement ce qu’il y avait de plus important, son idée que Mark était également concerné par le monde des extraterrestres. Une troisième séance d’hypnose fut décidée pour le 4 janvier 1993 afin d’explorer plus avant ces contrées.

Au début de la séance, Joe exprima ses sentiments de gêne lorsque son fils Mark est présent : ça le perturbe et il relie cette impression au manque de cajoleries qu’il a connu dans sa propre enfance. Ses rapports avec Maria étaient plus épisodiques ou « distants, émotionnellement et sexuellement parlant », parce qu’elle était très occupée par le bébé. De plus, Joe n’avait pas « ressenti leur présence » (celle des ET) récemment et « leur amour et leur soutien » lui manquaient, ce qui ne faisait qu’accroître son sentiment de tristesse et d’isolement. En même temps que sa « vision de la réalité avait été bousculée » par la révélation des rencontres ET, son « cœur avait été séduit par ce magnifique petit être. « Comment puis-je seulement comparer mes propre besoins, ceux du bébé, ceux de Maria avec ces escalades vers “ des niveaux supérieurs ” qu’occasionneraient ces expériences extraterrestres ? » se demandait Joe. Il se sentait parfois « battu comme un jeu de cartes ». Joe souhaitait continuer à explorer ses « rencontres avec eux » et en même temps « ne pas abandonner » son petit garçon de la même façon qu’il se sentait à présent « abandonné par eux ».

Avant que la régression ne commence, Joe me raconta un rêve qu’il avait fait récemment et dans lequel un bébé sans vie était extrait d’un avion qui venait de s’écraser. Il prit le bébé dans ses bras, le lava dans une eau boueuse et découvrit qu’il avait quelque chose d’étrange dans le dos. Alors il le tendit à une autre personne pour qu’elle en prenne soin. Joe associa ces images à son sentiment que Mark « vient de là... incarné et partiellement ET » et qu’il avait peur qu’ils viennent pour le lui « arracher des bras ». « Je ne supporte pas l’idée que vous veniez me l’enlever », dit-il. Il se sentit vulnérable et personnellement en danger avec cette angoisse de ne pouvoir « protéger » Mark tout en se demandant s’il le devait.

La première image qu’eut Joe sous hypnose fut celle d’un ET lui montrant « un plateau sur lequel on pose les bébés pour les peser ». Il vit aussi des bébés sur de hauts sièges et qui ressemblaient à des êtres humains excepté les yeux et les orbites particulièrement creuses. « Les ET sont gentils avec les bébés », et trois êtres gris, dont l’un était « le même qui travaillait » beaucoup avec Joe, étaient en train de les nourrir d’« un liquide vert clair » à l’aide d’un tube de verre cylindrique enfoncé dans la bouche et que les bébés tétaient. Mark était au nombre de ces bébés, mais lui était grassouillet comme il l’était alors « dans la vie réelle ». Mark regardait droit dans les yeux du ET et semblait tout à fait à son aise. Les êtres frictionnaient les bébés avec un liquide vert comme s’ils avaient voulu faire pénétrer des énergies dans leur corps. Ce liquide rappelait la substance dont ils les nourrissaient. Les ET paraissaient entretenir « une relation primaire » avec Mark et les autres bébés : « Et ils n’allaient pas me laisser interférer dans cette relation qu’ils avaient avec lui. »

Joe avait l’impression qu’il s’était déjà trouvé dans une situation similaire et il en éprouva une immense tristesse pour Mark parce qu’il était conscient « que le plus dur restait à faire » pour lui. Il déclara : « Nous (Joe, les ET et éventuellement Maria) avons développé cette relation avec lui parce qu’il est né chez nous (Joe et Maria). » Mark fut d’abord un ET gris, mais sa conscience ou âme « passa du monde ET à une naissance humaine comme le fit notre bébé... et cela ne fut certainement pas une mince affaire pour lui ». Joe fit remarquer que l’âme de Mark courait des risques « en devenant humain, en intégrant un corps... il s’engage loin ». Je demandai à Joe de m’expliquer. « C’est un peu comme enfiler un costume mouillé ou un scaphandre ; vous vous glissez dans une existence plus dense et vous pouvez y rester coincé. Ça peut vous coller à la peau... Alors vous commencez à croire aux messages que vous envoie votre corps en oubliant comment vous déconnecter énergétiquement de lui... alors que vous êtes plus vaste que lui. » Maintenir simplement une existence physique revient parfois à « se laisser totalement absorber ». Les craintes et les nécessités de s’occuper de la survie de son corps pourraient conduire Mark à faire abstraction du fait qu’il est « plus que ce corps » et « que ce n’est pas pour lui une question de vie ou de mort si ce même corps est blessé ou meurt, ou s’il est rejeté par la société ». S’il arrivait que Mark concentre toutes ses énergies sur son corps, « alors la peur s’emparerait de lui et il serait piégé ».

Je ramenai Joe à ce à quoi il avait assisté lorsque les êtres s’occupaient de Mark. Ils se trouvaient dans un vaisseau spatial et dans l’obscurité, « probablement pour que Mark ne soit pas distrait par ce qui l’entourait ». Joe n’avait sur lui qu’un teeshirt et Mark était dans ses langes. Les ET procédèrent à une sorte de « restructuration » du bébé, de sorte que puisse se manifester « davantage de lui », davantage de son énergie. « Il entre en contact avec eux... À un certain niveau, il sait parfaitement ce qui se passe... Son âme est totalement adulte, comme la nôtre, mais il a aussi oublié... et ce sera un processus pour réactiver ce niveau de conscience. » Joe vit les êtres « tenir des cristaux contre sa tête », bouger ses mains et « plonger une lampe dans ses yeux ou en passer le faisceau sur sa main... On aurait dit qu’une lueur sortait de ses yeux pour regarder ses mains. Ils l’aident à effectuer ce contact... Ils le posent sur le dos et étendent ses membres ». Ces interventions devraient aider Mark à mieux se connecter, à avoir moins peur et à expérimenter « un plus d’âme, d’énergie et de cœur ». À cause de la trop grande densité de notre incarnation physique, « une grande quantité de conscience » est nécessaire pour mener notre connaissance au-delà du niveau d’une sagesse essentiellement technique. Pour libérer des pouvoirs latents, il nous faut faire « léviter nos corps » et survivre sans qu’il soit besoin de nous nourrir.

Joe éprouvait le poids de sa responsabilité en tant que « donateur », en veillant à ce que Mark entame dans de bonnes conditions son processus évolutif tout en s’assurant qu’« il n’oublierait pas... Il compte sur moi pour se souvenir ». Dans son rôle terrestre, Joe se voyait comme un homme dont il lut l’histoire et qui vécut « incognito » après s’être fait admettre dans un asile de fous afin d’y dénoncer les abus ; mais il fut pris au piège de son stratagème et dut y rester enfermé à vie après que tous les gens qu’il connaissait à l’extérieur furent décédés. Joe aimait ce combat en solitaire pour changer de peau et de condition, autant dire toute son « existence d’être humain », afin de vivre dans un asile. « Faisons comme si tout était merveilleux. Faisons semblant de croire que nous sommes libres et que nous pouvons marcher droit devant nous. Feignons d’y croire. Vous savez, si vous pouvez me gratter le dos, je peux le faire aussi. »

Joe se demandait comment il pourrait élever Mark dans un asile de fous et préserver son esprit.

À ce stade de notre séance, Joe tourna son attention vers son propre chagrin, sa solitude et les relations qu’il entretenait avec les êtres. Il se sentit extrêmement seul et démuni, comme recroquevillé « dans une coquille dure » ou « un œuf à la coquille sombre et coriace ». Il se rappelait la sensation des mains des ET sur lui et sentait qu’il se « métamorphosait comme une espèce de chrysalide » tandis que des blocages énergétiques se diluaient. Il avait sept ou huit ans et se trouvait dans un endroit très vaste, comme en sous-sol. Il éprouva cette sensation d’être coupé en deux, moitié ET et moitié humain. Sa nature ET ressentait la présence « de ses mains sur ses reins, le bas de son dos », et sa nature humaine, de son côté, « essayait de se détendre et de s’ouvrir à un contact avec lui ». « Oh ! mon Dieu ! C’est presque sexuel.» Joe vivait des émotions très intenses exprimées par des «Ohhhh ! » et des « Ahhhh ! ». Ce mélange d’excitation et de soulagement des tensions augmenta d’intensité tandis que, selon Joe, l’énergie qui pénétrait son corps augmentait en violence. « Mon identité ET est la plus ancrée et c’est elle qui est le moins sujette au changement, et lui, en un sens, il orchestre tout cela. Il sait tout sur nous. Il nous aide. Oh ! mais il obtient la guérison également.» Une formidable énergie grimpa le long de sa colonne vertébrale et pénétra dans tout son corps. Tout d’abord, il crut « partir en morceaux », mais « la lumière, ce que je ressens comme de la lumière » l’a réunifié. Joe semblait continuer à absorber de l’énergie « par lentes pulsions », et cela lui apportait manifestement une grande satisfaction.

Une fois cette intégration de ses deux identités réalisée, Joe se sentit tout à coup moins seul. Il pouvait aussi communiquer avec Mark. « C’est comme si je me retrouvais sur la même longueur d’onde que lui. » Je lui demandai quelle était, à son avis, la source d’une telle énergie dont il se laissait ainsi pénétrer. « C’est moi-même, voyez-vous, c’est notre âme, notre essence même... ou bien ma personnalité ET. Elle a toujours été présente, mais je n’avais pas encore l’énergie suffisante pour y avoir accès. Elle était restée bloquée hors de moi. » Je demandai à Joe ce qui s’était passé durant cette période où il avait entre sept et huit ans, mais il ne put se souvenir que d’une chose, à savoir que « c’était une période difficile ». Tandis qu’il parlait de dénouer les blocages, il reçut de nouvelles vagues d’énergie à travers le corps. Il laissait échapper diverses onomatopées qui exprimaient ce qu’il ressentait alors : « Tous ces frissons, ces vibrations... qui roulent, roulent, roulent en moi. J’ai l’impression de me distendre comme un ballon gonflable. » Ces sensations de plaisir semblaient prendre naissance au niveau des reins pour irradier ensuite dans tout le reste de son corps.

Après cela, le cœur de Joe s’ouvrit à Maria puis il se vit traverser et fermer une porte en verre qui donnait sur un patio avec la vision et le tintement de magnifiques cloches. Je lui demandai de me donner des précisions sur ce qu’il m’avait déjà signalé à propos des rapports entre son âme et son moi ET. « Mon moi ET est comme une autre manifestation de mon âme... Je crois que je viens seulement d’assembler toutes ces parties de moi-même en une seule. » Il fut frappé par l’image puissante qu’il avait de lui-même regardant vers le bas et découvrant son propre corps « comme par un jeu de miroirs... et à des niveaux très différents ». Ce fut pour lui une expérience très « belle » et très impressionnante que « de traverser toutes ces couches de l’être ». Les niveaux « se succédaient dans un ordre harmonieux... Tout cela semblait parfaitement intégré ». Joe comprit que, dorénavant, il pourrait se trouver avec Mark dans un asile de fous. « Depuis un lieu plus solidement ancré dans la matière, je pourrais l’emmener pour lui faire traverser le miroir. »

Arrivé à ce stade de la régression, Joe vit qu’il ne se trouvait plus à bord d’un vaisseau. Il était plutôt dans un « juste espace » ou dans « de multiples dimensions » - le terme exact n’existe pas. Un être « gris » semblait lui sourire et lui demanda : « Alors, comment est-ce ? » Joe tenta de faire une description : « Je ne suis pas fragmenté. Ça a l’air formidable. C’est comme une unité. » Il pensa que malgré le fait que les ET avaient participé à ce processus d’intégration, « celui-ci les dépassait et était plus vaste qu’eux ». Une plus grande réciprocité semblait se créer, les rapprochant de « l’unité, de la création ». Le contact et le lien ET-humain « leur permettent de les transformer en quelque chose de plus que les ET d’un côté et les humains de l’autre... Travailler avec nous semblerait les aider à s’élever eux-mêmes ». Le ET qui avait demandé « Alors, comment est-ce ? » paraissait sincèrement curieux de tout ce qui touchait aux sentiments de Joe.

Après la régression, Joe et moi-même discutâmes des implications concernant son statut de père du petit Mark. Il estima qu’il pourrait être plus pleinement « présent pour lui », l’aider « à rester fort et connecté » à son moi supérieur. Joe ressentit ces expériences d’enlèvement, surtout celle révélée au cours de cette dernière séance, comme des sortes de « rites de passage », comme « un degré de croissance supplémentaire vers plus d’humanité ». Il éprouva le sentiment qu’en tant qu’être humain il venait de participer à « une expérience qui avait mal tourné », une aberration, en quelque sorte, de la création de Dieu.

Nous en revînmes à l’image de cette culture conçue comme un asile de fous. Joe se visualisa lui-même en train de bercer Mark pour qu’il s’endorme alors qu’il est deux heures du matin, « sentant la présence des ET et très rassuré quant à leur venue et au fait qu’ils allaient l’emporter ». Car pour l’instant, pensa-t-il, ils aident Mark à se connecter avec « sa propre âme ». Joe qualifie l’ensemble du projet ET-humain de « réorganisation... de création d’une nouvelle réalité où le statut d’être humain serait en option ». Dans cette transformation, dit-il, une étape nécessaire était que « son humanité pénètre la douleur. » « Je suis plus intégré. Cela ne fait aucun doute là-dessus, conclut-il. Je sens que je vais faire un bien meilleur parent. »

Cette séance eut de puissantes résonances chez Joe tout au long des semaines qui suivirent. Il sentait que « les différents fragments » de son identité continuaient à se rassembler et qu’en lui-même augmentaient « l’amour et l’énergie » de son âme. Quatre jours après la séance, il eut une sorte de crise d’énergie, comme cela s’était déjà produit lors d’une séance de massage. Il se mit à transpirer et à greloter, et il éprouvait des douleurs atroces dans tout le corps en commençant par les reins pour remonter tout le long de la colonne vertébrale et se fixer à la hauteur de l’occiput. « Je gémissais et me tortillais, complètement submergé par ces douleurs à la fois physiques et émotionnelles. » Ses « guides ET » lui tenaient les mains et la tête, et il fut traversé par des images de son passé, « un épais plateau circulaire fait de soixante ou soixante-dix couches superposées, chacune équivalant à autant d’expériences... C’est comme si les ET m’avaient gardé les yeux ouverts et avaient manipulé le temps, de sorte que je faisais l’expérience de chaque plateau en une ou deux secondes... J’ai compris qu’ils contrôlaient les transformations multidimensionnelles ». Maria entra dans la pièce à plusieurs reprises, mais il ne voulut pas lui parler de peur d’interrompre le processus. Il se retrouva confronté à ses parents simultanément comme un enfant en colère et comme quelqu’un qui nourrit compréhension, compassion et acceptation à leur égard.

Il fallut deux bonnes journées à Joe pour se remettre complètement de cette expérience. Le troisième jour, il eut la vision d’« un gigantesque vagin. C’était énorme, visqueux et sale ». « Je ne pouvais pas distinguer grand-chose, juste deux jambes et le duvet du pubis. Tout d’abord je fus dégoûté, mais je restai là. Puis je découvris peu à peu que c’étaient les cheveux d’une déesse qui naissait. Elle avait de longs cheveux noir et gris, à présent propres et bien coiffés, qui flottaient à partir des lèvres du vagin. Je pouvais “ voir ” à l’intérieur et aperçus le visage magnifique, sage, jeune ou plutôt sans âge de ma déesse, de mon moi féminin. J’eus une bouffée d’amour, de bien-être et de chaleur en me connectant à elle, et je compris que sa naissance était mon intégration de mes aspects mâle et femelle. C’était une vision superbe.

« La conséquence de tout cela fut que je me sentis plus en accord avec moi-même. Il m’est devenu plus facile et plus évident de discerner ce qui est le mieux pour moi - comment je peux le mieux aimer, apprécier et respecter ce moi sauvage, excessif, brute et divin ; ce moi qui émerge peu à peu. Je pense que mes guides ET ont joué un rôle important dans tout cela et qu’ils me veulent “ complet et guéri ”, c’est-à-dire debout et pétant le feu, prêt à tout quand géographiquement le pépin nous tombera dessus.

« Une des dernières choses que j’ai faites lundi matin fut d’appeler un de mes collègues de bureau et de lui proposer de reprendre une partie de mes fonctions. Pour moi, en effet, ce job ne représente plus grand-chose désormais - de toute façon, ce n’était pas ce à quoi je me destinais. »

Pendant les semaines qui suivirent ces déclarations, Joe eut d’autres expériences ET et put se rappeler d’un certain nombre de contacts anciens. Il était évident pour lui qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour développer de meilleures relations avec les êtres, qu’il considérait comme ses maîtres spirituels, ses pairs et ses guides. « Quand je me sens fragilisé, ils sont toujours présents à mes côtés. Je ressens leur sincère compassion et leur profonde compréhension. » Il les comparait à des « psychothérapeutes particulièrement sensibles qui nous poussent à grandir sans pour autant nous traiter en petit gosse ». Ils semblaient même « provoquer le contact » dans les moments où Joe était plus spécialement dans la détresse. Joe commença également à rencontrer d’autres kidnappés au sein de mes réunions de groupe et il s’y forgea des liens d’amitié réconfortants.

Vers la mi-février, j’organisai pour Joe une conférence destinée à un séminaire de psychiatres du Cambridge Hospital pour qu’il leur parle de ses expériences d’enlèvement. Dans cette « manifestation » publique, Joe réussit brillamment à captiver un auditoire de non-initiés majoritairement composé de psy et de professionnels de la santé mentale, tous plus ou moins sceptiques quant au sujet débattu ; il sut à la perfection les entraîner avec lui, d’une manière à la fois désarmante et convaincante, dans son histoire. Les gens en ressortirent très excités, curieux et plus ouverts à des réalités qu’à ce jour ils ignoraient. À la fin de son exposé, Joe parla de « la terreur indicible » qui était encore son lot quotidien, surtout en ce qui concernait la perte de tout contrôle, mais il réitéra sa confiance dans le fait que l’objectif des relations ET-humains finirait par se révéler bienfaisant ». «

Joe me réclama une quatrième séance d’hypnose afin de tenter de reconstituer ses contacts ET durant sa petite enfance, ce qui lui permettrait ensuite de se reconstituer lui-« même comme un tout », d’approfondir sa compréhension à propos de Mark et de renforcer son rôle de père. Nous convînmes du 1" mars.

Avant de démarrer la séance, Joe remarqua qu’il était assez nerveux : « Chaque fois que je viens à une séance, quand je me relève, c’est comme si le monde était différent. » C’était dur à porter mais en même temps plutôt excitant », affirma-t-il, « de voir ainsi le monde « comme un endroit connaissable, intellectuellement compréhensible... Je ne changerais pas ma place pour tout l’or du monde... Mais, bien sûr, ça fiche le trac ».

Joe raconta un rêve récent et compliqué où son fils Mark se transforma juste sous ses yeux en minuscule bébé ET tout «

pâlot ! ». Dans ce rêve, on lui avait tendu Mark pour qu’il le prenne dans ses bras mais il l’avait redonné, avec un sentiment de culpabilité, à trois femmes qui se tenaient dans une chambre souterraine. Il dit alors qu’il voulait remonter dans la régression « jusqu’à l’époque où j’étais moi-même un petit enfant dans cette vie-ci, quand je n’étais qu’un nouveau-né et que j’étais encore relié à mon moi ET, et tellement plus que je ne le suis à présent ». Je demandai à Joe s’il ne préférait pas débuter dans la régression en attendant tout simplement que celle-ci l’entraîne naturellement vers une époque donnée. Néanmoins, sa première vision l’emmena dans un lit d’hôpital alors qu’il n’était qu’un bébé de deux jours et qu’il se sentait tout seul, vulnérable et perdu. Pleurant et gémissant, il cria ses sentiments de « vide dans » l’estomac. « Oh ! mon Dieu ! jamais je ne me suis senti aussi seul ! Oh ! j’ai tellement l’impression d’être égaré. Il fait si froid... exactement comme le sentiment de solitude. Oui, tout pareil. Oh ! tout me paraît si lointain. Absolument tout. C’est dur. C’est violent. C’est bruyant. Personne ne me cajole. » Une nourrice était présente pour aider, mais on dirait qu’elle ne «

me voit même pas. Elle change mes couches ; elle m’essuie ; elle me donne à téter », mais elle n’établit aucun lien avec Joe. Un ET familier est là. Il a des yeux noirs avec « une lueur bleue ». La nourrice ne semble pas le voir, mais le bébé, lui, se sent en sécurité : Je sens « son amour pour moi... Il [le ET] est un peu comme une sage-femme... il prend la peine de me rassurer, de me toucher, de me recoucher et de me dire que tout va bien. » Les yeux de l’extraterrestre changèrent d’aspect « comme ces nuages qui traversent le ciel Joe distingua sur ». son visage de l’attention, puis de la peine et enfin de la compassion. La nourrice quitta la pièce et Joe constata qu’une extraterrestre femelle se tenait là à côté de lui. « Ils se comportent comme des parents, dit-il. Ce sont eux qui prennent vraiment soin de moi. Ils me donnent véritablement de l’amour et cela m’aide vraiment à me sentir bien. »

Les extraterrestres ont affirmé à Joe qu’ils avaient été présents durant les deux premiers jours après qu’il fut né, mais : « C’est moi qui suis parti. C’est moi qui ne les ai pas vus... J’ai été tellement stressé à l’accouchement que je me suis fermé à tout. Je les ai en quelque sorte rejetés. Je sens qu’ils me tiennent dans leurs bras et lorsque je suis né, ça, ça a été comme une rivière, comme si je m’étais laissé porter par le courant. Et cette rivière m’a balayé et j’ai eu très peur. » J’eus le sentiment que Joe décrivait le processus de l’accouchement lui-même et je priai de revenir au moment il le était déjà né. Alors il commença à se contorsionner, à haleter bruyamment, d’abord lentement en toussant et en cherchant son oxygène ; il courbait le dos, secouait les épaules et grimaçait. « J’ai peur », dit-il. Je lui demandai où il se trouvait. « J’avance.

Où cela ?

Je vais sortir du ventre de ma mère. C’est très étroit ! J’ai

très peur ! Je ne veux pas y aller ! »

Il poussait des gémissements de plus en plus violents, tremblait, éructait et s’étouffait bruyamment chaque fois qu’il cherchait sa respiration : « Ça y est, je sors ! Oh ! Seigneur ! » Je lui demandai alors d’essayer de trouver des mots pour exprimer sa peur. C’est comme « si je voulais faire ça [sortir du ventre de sa mère et naître] tout en sachant que cela signifiait la solitude, et je désire cette solitude, en partie pour m’extraire de ma mère. Et j’ai peur. Et, mon Dieu ! J’ai peur de me perdre. Ahhh ! » Je le rassurai en lui disant qu’il était en sécurité à présent et je lui demandai, dans la mesure où il pouvait se souvenir de la délivrance, s’il y avait, par exemple un docteur ou une sage-femme. « Il y avait un médecin, répondit-il. J’ai eu tellement peur que je me suis en quelque sorte refermé comme une huître. Je suis retourné en moi-même. Je me suis retiré du reste du monde. Seigneur ! J’ai plongé profondément en moi. Et c’est un endroit effrayant. Oh mon Dieu ! Je ne peux pas croire [il sanglote] que je suis revenu ! Ohh ! »

Je lui demandai s’il était « revenu » d’un endroit où il avait été auparavant.

«Oui !» s’écria-t-il. Je lui demandai de donner des précisions. « Oh ! Dieu ! C’est un endroit tellement horrible ! » Je lui demandai de m’expliquer en quoi cet endroit était tellement horrible. Avec des émotions et une conviction remarquables, Joe raconta qu’il était poète et qu’il s’appelait Paul Desmonte ; il vivait dans un village près de Londres au moment de la révolution industrielle. Desmonte fut arrêté, torturé et il mourut en prison après avoir dûment blasphémé contre les pouvoirs politiques et religieux. J’engageai Joe à me décrire les détails de son arrestation, de son emprisonnement et de ses démêlés avec les autorités. Dans sa prison, on le laissa littéralement mourir de faim ; il fut battu avec un ceinturon et roué de coups de bâton ; il eut des doigts et des côtes cassés. « Jusqu’au moment où ils n’eurent plus envie de s’amuser avec moi - et pour cause, je ne bougeais plus, je ne leur donnais plus la satisfaction de m’entendre hurler. » Je lui demandai comment il était mort. « Certains diraient de faim ; moi, je dirais plutôt de désespoir. » Après les six ou huit mois qu’il passa dans sa geôle, il cessa de prendre le peu de nourriture qu’on lui donnait et cette expérience se transforma en « une sorte de guérison ». Je le priai de préciser ce point. Il déclara : « Il me fallait être en accord avec ce que j’écrivais. Oui, je croyais ce en quoi je croyais. Je croyais que l’homme était plus grand, mais je ne suis jamais allé au-delà J’ai toujours trouvé ma place ici et j’ai lutté, lutté, lutté. Mais quand je me suis retrouvé complètement isolé, il a bien fallu que je sache ce que signifiait ce fameux “ plus grand ”.

Et qu’avez-vous découvert ? demandai-je. Mes propres peurs. Mes propres jugements. Mes propres

préjugés, et je commençai à en faire l’expérience. »

Puis « ces ET » revinrent. Joe attribue leur retour au fait qu’il luttait pour atteindre une meilleure compréhension de lui-même, pour se débarrasser « de son amertume » et de sa rivalité avec les autorités. Il découvrit qu’il n’était pas qu’« un simple mortel calfeutré dans une prison corporelle doublée d’une prison effective », qu’il pouvait « voyager et traverser ces murs ». Comme il se « calmait », il devint conscient de « leur » présence (celle des ET) et ne se sentit plus du tout seul.

À ce moment-là Joe exprima des sentiments de crainte et d’émerveillement. « Oh ! mon Dieu ! Vous voulez vraiment dire que je ne suis pas seul ? » demanda-t-il comme s’il s’adressait à l’univers tout entier. Parlant comme l’aurait fait Paul Desmonte, il affirma que « dans chaque fibre de son être, [il avait] craint cette immensité. [Il avait] eu peur de la nudité. Seigneur, l’immensité de tout cela. » « Je ne peux pas me cacher. Je ne peux pas me cacher de moi-même. Je ne peux pas me cacher d’un autre. Et c’est ma honte. C’est ce côté méprisable que je cache, que je veux ignorer et que je veux cacher aux autres. »

Je demandai à Joe de me dire ce qui s’était passé entre le moment où les ET revinrent et celui où Paul mourut. Il me dit qu’il avait peur de les perdre de nouveau et de se perdre lui-même au cours de cette « transition » vers la mort. Je l’encourageai à se maintenir dans ce moment de transition. « J’ai peur des sensations que cela engendre. Oh Seigneur !» dit-il. Je l’assurai que nous étions là avec lui et que tout irait bien. Joe entra alors dans un état difficile à décrire. Cela ne ressemblait pas à la naissance qu’il avait revécue peu de temps auparavant. gémissait et suffoquait, appelait Dieu et Il

voulait de l’aide. « C’est comme si j’étais pressé comme un citron pour quitter mon corps... Je me contracte. Ohhh. Je ne suis pas totalement présent. J’ai très peur et je commence à m’envoler dans l’espace. Je ne veux pas m’en aller comme ça. » se mit à Il gémir et suffoquer davantage puis hurla : «Ahhh à

! Oh ! Ohhh ! Dieu. Ils me tirent. » Je l’encourageai à se laisser aller. Très vite il parut s’alléger. Tout un groupe d’extraterrestres l’entouraient, occupés à le chatouiller, le tripoter, le frictionner. En riant, il dit : « C’est bon d’être ici. » Cela paraissait délicieux ». Joe possédait encore une sorte de «

corps, comme sur Terre, mais plus simplement structuré, plus léger, « plus fin ».

« C’est bon d’être de retour, ne cessait-il de répéter. Ça au moins, c’est beaucoup plus réel. »

Je priai Joe d’essayer de m’expliquer, à moi simple mortel « rattaché à la Terre », à quoi ressemblait ce royaume. « Il existe un fil d’or qui relie entre elles toutes les existences, dit-il, et vous-même, comme toute vie, vous y êtes relié. Et il vous nourrit pour autant que vous le laissez faire et même si vous en niez les effets, mais dans ce cas il ne vous nourrira que juste ce qu’il faut pour vous maintenir en vie. C’est un monde de choix et ce monde-ci, votre monde, commence à effectuer des choix qui tiennent compte de cette connexion, non pas que vous vous soyez coupé d’elle, mais vous avez voyagé trop loin d’elle. On ne se perd jamais, même si on cherche à explorer l’inconnu, en explorant ce à quoi ressemble une vie sans cette connexion. » Je lui demandai pourquoi nous avions voyagé tellement loin d’elle. « Pour explorer ses plus extrêmes limites, répliqua-t-il, pour voir jusqu’où nous pouvions aller loin de notre source. Beaucoup de gens sont fatigués de cela et travaillent maintenant à revenir, à péniblement remonter le courant jusqu’à cette source. »

Je demandai à Joe pourquoi il avait fait le « choix » de retourner lui aussi, en passant plus particulièrement par la Terre-mère. Il me dit qu’il s’en retournait «vers l’endroit le plus effrayant qui soit pour faire face » à ses peurs devant sa propre réalité misérable, un endroit où il ne pouvait plus se cacher de lui-même. Les ET de l’amour nourricier, desquels il s’était détourné, avaient promis d’être à ses côtés. Avec l’aide de ses guides spirituels, il choisit très précisément sa mère parce que « ce serait pénible et difficile à porter ». La peur de sa mère, sa raideur, ses tensions, ses ignorances et ses prétentions étaient « une sorte de miroir des siennes ». Je suggérai à Joe - ce fut une des rares fois où je proposai une interprétation à un kidnappé - que la signification de cette compression dans le ventre de sa mère ainsi que la terreur de se retrouver tout seul lorsqu’il ne put former un lien avec personne dans les heures qui suivirent sa naissance devaient l’avoir conduit vers cette déconnexion d’avec sa source, et c’est ce qui avait empoisonné son existence tout entière.

« Nous sommes faits pour nous connaître, moi et le fœtus, dit-il, et ça devient plus serré et plus dur, plus dur, plus dur... Je veux naître... sortir de ce ventre, m’éloigner de cette femme... mais, avec cette peur, je me suis simplement contracté et contracté encore, alors je me suis éloigné de tout. Je me suis fermé à tout. »

La régression touchait à sa fin. Joe parla encore de la confusion, de l’isolement et du désespoir qu’il avait éprouvés « dans ce monde horrible ». Sa peur panique est de se couper à nouveau de sa source et de « la perdre », de « les perdre, eux ». Il étendit les bras et respira profondément : « Vous-même, choisiriez-vous l’unité, ou préféreriez-vous la folie ? Le choix est tout de suite fait : l’unité. » Avant de sortir de la transe, Joe exprima encore ses sensations de nudité et de vulnérabilité, ainsi que ses craintes devant la difficulté d’intégrer son être spirituel alors qu’il réside encore dans l’épaisseur d’un « corps physique ». Comme il « revenait » vers nous, il sentit affluer en lui une masse d’énergie et de « légèreté ». Il visualisait entièrement sa vulnérabilité : « C’est magnifique, dit-il, c’est comme ce que je vois en Mark. Vous savez ? Il est incroyable ! Oui, il est comme ça, voyez-vous. Il n’a rien à cacher. C’est exactement ce que je ressens à présent... J’ai l’impression de me laisser pénétrer par la torpeur d’une sorte d’ivresse après avoir vécu avec un fardeau et des œillères. » Désormais il se sentait « suffisamment fort et suffisamment structuré pour ne pas retourner en arrière » (c’est-à-dire se couper de sa source).

Au cours de la discussion qui acheva cette séance de régression, Joe reparla des extraterrestres comme de « sages-femmes » l’aidant à maintenir sa connexion avec la divinité. Il conservait l’image d’un être dans une rivière tumultueuse où le courant était devenu trop violent. C’était comme si les extraterrestres s’étaient tenus sur un rocher sur la rive : « Et moi je me cramponne à eux. » Ils désiraient qu’il « restât connecté à travers tout ceci » au lieu de se perdre dans sa propre peur. Jusqu’à une date assez récente une part de lui-même « était restée éloignée d’eux ». Il décrit son être familier comme « magnifique » et observe « des émotions passer sur son visage comme des nuages qui traversent le ciel à toute vitesse ». Il réfléchit encore quelques instants à cette rigueur qu’avait montrée Paul Desmonte et comment, alors qu’il était battu et qu’il n’avait plus aucun espoir, il avait envisagé la vérité de son antagonisme et s’était apaisé. C’était à ce stade que les êtres extraterrestres, déjà familiers pour lui, revinrent : « Je pouvais les voir. » Bien que martyrisé avant même que son potentiel ait pu se réaliser, Paul Desmonte réussit à « converser un moment. »

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Commentaire

 

Dans le cas de Joe, on retrouve de nombreux traits caractéristiques des phénomènes d’enlèvement, mais également une invitation à nous propulser jusqu’aux confins de la connaissance et de la compréhension. Un des défis les plus significatifs relevés par les expériences de Joe concerne nos distinctions ou catégories ontologiques fondamentales -notamment la séparation de la conscience du corps physique. Nous cherchons à savoir si les ovnis et leurs occupants appartiennent ou non, d’une manière ou d’une autre, à notre monde physique. Pour Joe, les expériences qu’il a vécues, et ceci est valable pour tous les kidnappés, ont la qualité de quelque chose venu d’ailleurs et se déroulant dans le monde extérieur. Pourtant, certaines de ces expériences expriment tout le contraire. Par exemple, la vision paniquante d’un ovni et de son équipage sous l’emprise du LSD semble être le pur produit de la conscience.

Dans le même temps, les récits de Joe sur ses expériences d’enlèvement se présentent comme aussi réels - même plus, dira-t-il une fois - que ceux qui relatent des aventures vécues sur le plan de la réalité physique la plus banale, et il n’existe aucun indice permettant de ranger Joe dans la catégorie des dérangés mentaux ou de déclarer ses expériences comme des créations psychopathologiques. Comme cela est observable dans pratiquement tous les cas d’enlèvement, il ne nous reste plus qu’à choisir - en vain, selon moi - entre plusieurs modes d’explication de ces phénomènes : soit que nous conservions une vue traditionnelle de notre univers, soit qu’au contraire nous renoncions à cette façon rigide de percevoir une séparation entre la psyché et la réalité, entre l’intérieur et l’extérieur, pour nous ouvrir à de nouvelles possibilités ontologiques.

L’étude du cas de Joe s’est déroulée dans le cadre de la grossesse de son épouse, de la naissance de leur fils Mark et du nouveau rôle que Joe devait assumer, à savoir celui de père. Les thèmes de la naissance, de la mort et de la renaissance sont constamment présents dans le matériel obtenu. Les sentiments de vulnérabilité qu’entretint Joe provinrent de la fragilité et des besoins de son bébé. Mais notons qu’en plus de toutes ces considérations, l’avènement même de cette naissance de Mark dans la vie de Joe ouvrit sa conscience à une remémorisation des relations qu’il avait eues depuis toujours avec les extraterrestres qui sont présentés comme des dispensateurs d’amour, de maternage mais aussi de traumatisme. Mark, tout comme Joe, possède une existence mi-humaine, mi-extraterrestre mais se situe beaucoup plus près que son père de sa connexion ou source extraterrestre. À travers et grâce à Mark, Joe put découvrir sa propre double identité.

Au cœur même de l’identité ET de Mark se trouve la séparation du corps et de l’esprit ou âme. Au cours de la troisième régression, Joe fut témoin des soins apportés par les extraterrestres à son fils Mark (nourriture, caresses, massages et mille autres procédures) dont le but était de faire perdurer la connexion de celui-ci avec sa source divine et d’empêcher l’enfant de sombrer dans la confusion ou de limiter sa conception de lui-même au simple corps ou ego humain. Il apparut à Joe que les ET étaient en quelque sorte des agents ou vecteurs qui permettaient à Mark de demeurer avant tout une âme en le remodelant, de telle sorte qu’il devienne un être intégré, à la fois humain et extraterrestre. En tant que parent, le rôle de Joe consistait à maintenir chez son fils cette connexion à son moi supérieur. Le danger que Mark pouvait courir au sein de ce monde-ci, et que Joe comparait à un asile de fous, serait de succomber à une restriction de conscience occasionnée par la compétition, les pressions financières inhérentes la à vie sur Terre et surtout les exigences d’une civilité qui était la rançon du monde des affaires tel qu’on le connaît. Les extraterrestres semblent faire office, auprès de Mark et de Joe, de ce que ce dernier appelle sages-femmes, les délivrant de la prison de notre culture pour les initier à un nouveau type de conscience davantage compatible avec la survie de la planète Terre.

Les extraterrestres se présentent également comme les agents de la propre intégration de Joe et de sa remontée vers l’âme-source. À l’occasion de la seconde séance de régression, Joe découvrit qu’il possédait une identité qui était à la fois humaine et extraterrestre, ce dont de nombreux kidnappés font eux-mêmes l’expérience, et qu’il fonctionnait comme une sorte d’agent double jetant un pont entre notre monde et ces royaumes dont procéderaient les extraterrestres. Pendant cette même régression Joe avait eu la sensation que le vaisseau spatial et l’univers des ET étaient le foyer où il se sentait le plus à l’aise et il eut la tentation de n’en jamais revenir. Mais sa tâche aura été d’intégrer les dimensions à la fois humaines et extraterrestres qui sous-tendaient son être et devenir ainsi un individu relié à son être tout entier, c’est-à-dire au-delà du moi limité par les contingences matérielles de cette incarnation terrestre.

Au cours de la troisième régression, Joe éprouva un choc lorsqu’il lui fallut assister à la réunification des identités humaine et extraterrestre qui l’habitaient. Ce fut pour lui une expérience dense, profonde, à la limite de l’extase, une sorte de rite de passage aux implications aussi bien terrifiantes qu’exaltantes qui élargirent et approfondirent le processus lui-même pendant les semaines qui suivirent. Les expériences vécues par Joe, et plus particulièrement celles qui ont trait à la naissance de son fils, sont une démonstration spectaculaire de la séparation ou de la discontinuité de l’être, ou âme, par rapport au corps. La fulgurance de cette expérience de l’âme dans le monde de l’« esprit » ou de F« autre » univers - les mots exacts manquant - contraste avec cette impression de densité engendrée par le corps physique incarné dans le monde terrestre.

Les extraterrestres sont eux-mêmes perçus par Joe, comme par de nombreux kidnappés, comme étant beaucoup plus proches de cette source divine, ou anima mundi, que ne le sont les êtres humains qui luttent pour dépasser cette séparation extrême qui est la leur. En conséquence, l’union de ces dimensions de l’être entraîne Joe, en principe par définition, vers un approfondissement de sa connexion à la divinité et vers un sens accru d’une unité avec tous les êtres -bref un surplus d’âme auquel il est davantage relié. Très curieusement, les êtres extraterrestres semblent à l’inverse se languir d’une plus profonde connexion avec les êtres humains, comme si la plus forte densité de notre incarnation physique les fascinait. Pour Joe, comme pour de nombreux kidnappés, l’intense communication qui se produit lorsque les extraterrestres plongent leurs grands yeux sombres dans les nôtres représente une part essentielle du processus qui doit relier les humains aux ET et les pousser à l’évolution.

Comme également la plupart des kidnappés masculins, Joe subit des épreuves traumatisantes au cours de ses expériences d’enlèvement, notamment des manipulations forcées d’ordre génital avec prélèvement de sperme en vue d’expérimentations d’hybridation entre les humains et les extraterrestres. Mais dans le même temps, Joe a eu l’impression que, sous son identité ET, il était partie prenante dans ces mêmes expérimentations génétiques et reproductives, nous offrant ainsi une vision assez rare qui serait justement celle qu’un extraterrestre (même si, derrière elle, la perception humaine est encore sensible à l’observateur) aurait de tout ce processus d’hybridation. Joe éprouva, en effet, un certain sentiment de culpabilité (peut-être un résidu de ses émotions humaines) en copulant avec une humaine et en déposant en elle sa « semence ». Il ressentit quelque amour pour cette femme pendant l’acte sexuel, mais il était compréhensible que cette femme se sente, en partie tout au moins, violée.

Grâce à ces expériences, Joe semble avoir eu accès à de multiples informations sur la sexualité des extraterrestres et les procédés selon lesquels ils déposent une semence ou toute autre substance de fertilisation dans le corps humain. Comme beaucoup de victimes d’enlèvement, Joe fut informé par les extraterrestres eux-mêmes que sa participation à un processus d’hybridation avait pour objectif de créer de nouvelles espèces qui revigoreraient le phénomène vital, soit un degré de plus dans l’évolution. « La vigueur » résonne bizarrement à nos oreilles dans un tel contexte, surtout si l’on songe aux innombrables enfants hybrides que tant de kidnappés ont eu l’occasion de voir à bord des vaisseaux. La direction générale qu’ont prise les activités humaines sur notre planète, si l’on en croit Joe, ne peut mener qu’à l’extinction d’espèces innombrables, dont la nôtre. Le processus d’hybridation était donc un moyen, du moins c’est ce qu’il avait appris, de préserver la substance génétique humaine, même si cela doit se faire sous une autre forme. Et enfin, ce que nous ignorons est, bien évidemment, dans quelle réalité tout cela s’effectue.

Finalement, au cours de la quatrième régression, Joe accéda à une expérience très importante de vie antérieure. Le matériel revint à la surface grâce au choix que j’effectuai de s’attacher à l’expression « Je suis revenu », prononcée par Joe alors qu’il se voyait en bébé de deux jours. Il m’aura fallu une ouverture d’esprit toute particulière pour pénétrer dans cette possibilité d’une vie antérieure et considérer un «retour» sur Terre depuis un tout autre angle de vue. À moins de cela, j’aurais pu laisser échapper cette petite phrase et demander à Joe, par exemple, de me parler davantage de ses émotions comme bébé de deux jours et de tous les événements qui s’y rattachaient. L’expérience d’une vie antérieure paraissait ne pas être arbitraire. Elle reflétait plutôt bien mon patient (en tant que Paul Desmonte) dans l’expression de ses valeurs et de sa vérité, mais à cause de son attitude arrogante, autrement dit à cause d’une conscience limitée et radicale, elle évoquait aussi l’antagonisme qui allait entraîner le personnage vers le supplice. Joe a adopté les mêmes valeurs aujourd’hui, avec cette conviction que l’humain a d’infinies possibilités, mais sa conscience a évolué jusqu’à un degré où il peut communiquer ses idées d’une manière telle qu’il embrasse du même coup l’ensemble des êtres qu’il souhaite convaincre. L’expérience d’une vie antérieure semblait donc très importante, non pas tant pour le seul fait d’avoir déjà mené sa barque au sein d’une incarnation, mais parce que cela révélait le niveau d’évolution de la conscience de Joe qui dépassait largement les limites d’une seule existence biologique humaine pour s’étendre à travers le temps infini.

Cette même séance fut également remarquable pour la ressemblance des intenses émotions engendrées aussi bien par la remémorisation de Joe de sa propre naissance que par celle qu’il fit de la mort de Paul Desmonte. Dans les deux cas, cette expérience fut très éprouvante, jetant Joe dans la peur la plus insupportable pour ensuite lui apporter quelque soulagement au moment du passage d’un état à un autre. L’impression que j’en retirai moi-même fut que la vie était un cycle de naissances et de morts, une transition permanente d’un état à un autre, évoluant avec le temps et, si l’on élargit encore la perspective, devenant de moins en moins distincts les uns des autres. Les êtres extraterrestres, les « ET », comme les appelait Joe, semblent avoir été présents aux côtés de celui-ci, un peu comme des protecteurs et des guides, pour qu’il évolue spirituellement à travers le temps, se montrant au moment où sa conscience devait s’ouvrir et s’élargir, comme juste avant la mort de Paul, et disparaissant lorsque sa psyché se rétractait, comme après sa sortie du ventre de sa mère July.

Cette dernière observation pourrait bien être référentielle pour avancer dans la connaissance des conditions psychologiques qui déterminent l’aptitude, ou la non-aptitude, des êtres humains à faire l’expérience de la présence extraterrestre dans leur vie. Si, en fait, les extraterrestres se trouvent être plus proches de la source divine ou anima mundi que les humains ne paraissent l’être généralement, alors il se pourrait que leur présence parmi nous, même envisagée comme cruelle et traumatique à certains égards, fasse partie d’un processus plus vaste qui nous ramènerait vers Dieu, ou un principe créateur, quel que soit le nom que vous lui donniez, ainsi que Joe l’a lui-même exprimé : « Un voyage qui emmène tellement loin, un voyage dont certains sont tellement fatigués qu’ils font tout, travailler, se débattre et lutter, pour revenir enfin à la source originelle. »

Le voyage qu’effectue Joe a lui-même subi d’énormes changements au cours de son existence. Il a su se débarrasser d’un certain nombre de tâches professionnelles fastidieuses en les cédant à un collègue et ainsi se libérer pour poursuivre ses recherches spirituelles et thérapeutiques. Il a également accepté de « sortir de l’anonymat », d’atteindre un public et de devenir un conférencier de plus en plus apprécié qui s’exprime sur les problèmes de l’évolution de la conscience. Il parle également très volontiers de ses expériences et de son identité ET et n’hésite jamais à partager connaissance et informations. Ensemble, il nous est arrivé à plusieurs reprises de nous manifester publiquement. Et je dois avouer que sa façon tranquille, évidente, précise et positive d’exposer les choses m’a beaucoup impressionné ; il sait exprimer aussi bien ses doutes que ses prises de conscience successives qui, de fait, l’ont amené à s’ouvrir à des expériences et à d’autres types d’intelligence qui l’ont transformé en profondeur et peut-être, avec lui, des millions d’autres Américains.

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