Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

Implications cliniques

 

Plusieurs de mes patients dont on a analysé le cas dans cet ouvrage ont été examinés par des psychologues, psychiatres et autres médecins qui n’étaient pas familiarisés avec les phénomènes d’enlèvement ovni. Depuis l’enfance et durant toute son adolescence, Scott, par exemple, a été suivi médicalement pour des problèmes d’épilepsie ; il aura ingurgité des médicaments pour les mêmes raisons sur de grandes périodes et il fut même à un moment donné hospitalisé pour que soient examinés et traités les étranges symptômes qu’il manifestait et qu’on doit, en fait, relier à une aventure de rapt extraterrestre. Sheila, de son côté, suivit une longue et inefficace psychothérapie ; elle subit des tests psychologiques très poussés menés par des professionnels qui ne crurent pas à la réalité de ses expériences ovnis. Le résultat fut que son stress augmenta considérablement, ce qui aurait pu lui être évité. Paul aussi passa un temps fou dans le cabinet d’un psychothérapeute qui ne pouvait se résoudre à admettre la réalité de ses expériences d’enlèvement. Jerry et son premier mari virent toute une flopée de conseillers qui ne leur offrirent que des interprétations conventionnelles pour résoudre leurs problèmes intimes dont l’origine était en fait le kidnapping ovni. Il faut bien admettre que ces problèmes sont un véritable défi aux professionnels de la santé mentale.

Il pourrait être d’un grand intérêt, d’autre part, d’essayer de déterminer si quelque condition différente pourrait rendre compte, ou exister parallèlement, des symptômes du phénomène d’enlèvement pour un même sujet. J’ai récemment travaillé avec une jeune femme qui s’efforce d’intégrer à la fois des expériences d’enlèvement ovni et une affaire d’abus sexuel. Après une discussion extrêmement pointue, il fut démontré qu’une expérience n’explique pas l’autre et que cette femme est parfaitement capable, quand elle en a l’opportunité, de distinguer les effets d’une situation et ceux de l’autre. Mais j’estime que les médecins et les cliniciens en général devraient toujours penser à l’éventualité de ce type d’expérience extraterrestre même s’ils n’y croient pas eux-mêmes. Il existe dorénavant suffisamment de documents publiés dans des ouvrages, la presse spécialisée ou non et les médias, pour reconnaître que quelque chose peut arriver à certaines personnes, qui défie les explications conventionnelles. Les professionnels de la santé n’ont plus droit à l’ignorance. Sheila dira : « Il n’y a plus d’excuse à ignorer ces choses. »

Les phénomènes d’enlèvement soulèvent de passionnantes questions sur la nature même de la mémoire et le contrôle de la conscience. Comme nous l’avons déjà vu au chapitre 1, l’importance ou la fréquence des kidnappings ovnis sont rendues caduques par le fait même que les souvenirs longtemps enfouis peuvent être ranimés tout d’un coup par un événement quelconque - les balades de Ed le long des côtes du Maine ou la conversation qu’Arthur a eue avec sa sœur lors d’une réunion familiale - dont personne ne peut prédire le moment. Quelles sont les forces qui maintiennent la mémoire verrouillée durant toutes ces années - plus de vingt-cinq ans dans ces deux cas - et durant lesquelles le sujet n’a plus aucune notion de ce qui lui est arrivé alors ? Les kidnappés eux-mêmes sentent très bien que quelque chose de plus actif qu’une simple répression est à l’œuvre à l’intérieur d’eux-mêmes et que cette force inconnue et répressive a été imposée par les extraterrestres. Comme on s’en souvient peut-être, Ed se remémora qu’on lui avait dit que tout cela lui reviendrait en mémoire « quand il aurait besoin de savoir ». Parfois, il semblerait que cet oubli profond soit justement fait pour protéger la personne d’un stress qu’elle ne pourrait pas gérer, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants. Mais nous ne savons rien du fonctionnement de cette force ni pourquoi une altération de la conscience, facilitée par un environnement sécurisant, est si propice à la résurgence des souvenirs d’enlèvement.

Ces apparents caprices de la mémoire semblent participer d’un phénomène plus général. On dirait que les extraterrestres, ou tout autre agent, peuvent exercer un contrôle sur le mental et les perceptions des humains. Il est courant que les conjoints soient littéralement « débranchés » lors de l’enlèvement d’une personne, c’est-à-dire que ces témoins, qui seraient autrement gênants, sont plongés dans un profond état d’inconscience. On imagine la détresse de la victime qui alors appelle au secours et comprend que personne ne pourra lui apporter de l’aide. L’altération de conscience dont il est ici question est à rapprocher des perceptions différenciées de témoins d’observations d’ovnis. On rapporte que, dans certains cas, des gens habitant dans un certain secteur n’ont rien vu de ce qui était apparu comme évident à d’autres (Crawford 1993). Des recherches sur les caprices de la perception et de la mémoire seraient certainement les bienvenues et nous réserveraient à coup sûr quelques belles surprises.

Les phénomènes d’enlèvement sembleraient également avoir quelque chose à nous apprendre concernant le rôle rédempteur et transformateur des émotions humaines. La terreur, la colère, le chagrin et parfois la joie, toutes ces émotions aux manifestations desquelles j’ai assisté au cours de mes séances de régression avec des kidnappés sont parmi les plus puissantes que j’aie pu observer. Pour moi comme pour les personnes présentes lors des séances de régression, et comme pour les sujets eux-mêmes, c’est bien cette intensité émotionnelle revécue qui atteste de l’authenticité du phénomène. Quelque chose est arrivé à ces personnes, tous les témoins vous le diront, qu’on parvienne ou non à identifier la source de ces événements.

En outre, ces intenses émotions, surtout lorsqu’elles passent par une agitation du corps et de puissantes expressions vocales, semblent posséder un pouvoir de transformation d’autant plus grand que le thérapeute participe de près à ce voyage et à ces évocations. Les réponses du corps semblent alors entraîner littéralement l’individu vers de nouveaux royaumes psychiques. Lorsque cela se produit, une extension de la conscience et un élargissement de la connaissance sont possibles. Peter, par exemple, estime que c’est justement l’intensité de ses sensations physiques durant les séances qui lui a permis de, et peut-être même forcé à, reconnaître la réalité de l’existence des êtres extraterrestres, ce qui représentait en fait le point de départ de son voyage spirituel. Il est possible aussi que la terreur et le fait de la « traverser » soient une nécessité intrinsèque pour parvenir à briser les barrières psychologiques qui limitent notre perception de la réalité. Lorsque Catherine découvre qu’elle est apte à expérimenter à l’intérieur d’elle-même - et exprimer pleinement auprès des extraterrestres - sa terreur et sa colère, une relation plus réciproque, significative et créative s’établit avec eux. En vérité les expériences d’enlèvement sembleraient ouvrir les kidnappés et ceux qui travaillent avec eux à de plus amples royaumes de l’émotivité humaine, que cela soit ou non un des « objectifs » spécifiques du phénomène.

Enfin, les phénomènes d’enlèvement semblent offrir de nouvelles perspectives sur la nature destructrice de l’être humain. Comme on le voit dans le cas de Peter et celui de Paul, les extraterrestres apparaissent comme des créatures absolument sidérées devant la monstruosité de nos instincts agressifs, le manque d’aménité que l’on manifeste les uns pour les autres et cette volonté qui semble nous tenailler de tout faire sauter. Lorsqu’il emprunta le point de vue extraterrestre, Paul déclara ceci : « Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi vous avez opté pour la destruction. » Et de fait, ces comportements dévastateurs sont la démonstration de l’inadéquation de nos théories biologiques et psychologiques de l’agression ; il est évident que nous avons besoin d’un nouveau regard sur cet aspect de notre individualité et de nos structures collectives. « Un organisme qui en est à ce point de décomposition devrait faire un retour en arrière sérieux et s’analyser », Paul dixit. Je suis quelqu’un qui a longuement étudié les effets psychologiques de la menace nucléaire, et je ne peux que l’approuver.

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