Dossier extraterrestres: l'affaire des enlèvements

5. L’été 1992

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L’été 1992

 

Scott avait vingt-quatre ans lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois en novembre 1991 après qu’il eut exprimé son désir de venir participer à mes réunions de groupe mensuelles. À cette époque-là, il voyait régulièrement une psychothérapeute à cause d’angoisses causées par des expériences d’enlèvement extraterrestre ; cette dernière pensait que mes groupes de soutien destinés aux kidnappés de l’espace pourraient lui être de quelque secours en lui offrant l’occasion de rencontrer d’autres personnes dans le même cas que lui et en lui permettant de partager avec elles les problèmes issus de ces traumatismes. Ma politique a toujours été de rencontrer individuellement les kidnappés avant de les intégrer au groupe. Le cas de Scott est un vivant témoignage des transformations spectaculaires qui peuvent affecter une personnalité lorsque celle-ci se retrouve confrontée à la réalité des faits et aux puissantes secousses émotionnelles qui en découlent. Scott appartient également à ce type de kidnappés, qui ne fait qu’augmenter, qui se sont découvert une double identité (à la fois humaine et extraterrestre) au cours du processus d’analyse.

Scott est un jeune homme de grande taille, costaud et très direct, dont les manières légèrement désinvoltes ne font que trahir une profondeur de pensée et une sensibilité sous-jacentes, qualités qui n’ont fait que s’amplifier pendant toute la période de notre travail en commun. Même s’il semble avoir résisté à une éducation formaliste, il bénéficie d’une intelligence vaste et affirmée. Scott travaille comme acteur et réalisateur, tout en secondant son père dans son atelier de réparation automobile ; c’est aussi quelqu’un d’ingénieux et de manuel, sachant réparer aussi bien les pianos que les voitures. Il a d’ailleurs appris à jouer du piano petit et il cherche à se lancer dans l’écriture de chansons. À un moment, il eut envie de devenir pilote, mais les « séquelles médicales » de ses expériences d’enlèvement sapèrent cette ambition. « Je n’ai jamais cessé de m’activer, commente Scott, afin de m’empêcher de penser à ce qui m’était arrivé. »

Au cours de l’été 1992, Scott connut une période où sa vigilance coutumière, ses antennes d’autodéfense, ses instincts animaux de peur et de sauvegarde cédèrent la place à un grand sentiment de vulnérabilité, d’apathie et d’éloignement du milieu familial. Il faut dire qu’il avait organisé ce qu’il appelait lui-même son « délire de sécurité » : craignant chaque nuit d’être kidnappé, Scott avait totalement équipé la maison où il vivait seul avec des systèmes d’alarme sophistiqués qu’il branchait pendant la nuit, auxquels il avait adjoint des caméras de surveillance dans différents endroits stratégiques afin de « décourager » tout intrus, ainsi qu’un micro à la porte d’entrée relié à un haut-parleur près de son lit. « N’importe qui pouvait venir, je l’attendais de pied ferme. » Mais au lieu de cette personne sévèrement contrôlée qu’il croyait être, Scott découvrit que « le non-contrôle serait davantage le mot juste parce que c’était la réalité..., j’étais atterré, dit-il, et je me rendis compte qu’on pouvait venir me tuer. Je ne me sentais plus du tout en sécurité... J’étais complètement désarçonné ». Ce fut le déclic : la perte de contrôle ouvrit la voie à une transformation des relations de Scott avec ses propres expériences d’enlèvement et à de profonds changements, au sein même de ces expériences, de sa conscience et de l’image qu’il avait de son identité.

Lee, la sœur de Scott, de dix-neuf mois sa cadette, a elle aussi été victime d’enlèvements, bien qu’elle exigeât plus de temps pour retrouver la mémoire de ses expériences. Pendant des années, pour expliquer ses craintes devant la sexualité, elle se cramponna à l’éventualité d’abus sexuels qu’elle aurait subis de la part de son père ou de quelqu’un d’autre. Une anamnèse sérieuse ne dévoila rien qui pût corroborer une telle hypothèse, alors qu’une bonne séance d’hypnose, en novembre 1992, révéla l’existence d’une expérience traumatisante, alors qu’elle était adolescente, au cours de laquelle elle fut emmenée à bord d’un ovni par des extraterrestres ; c’est là qu’elle fut soumise à une sorte d’opération où on lui enfonça dans le vagin un genre de spéculum pour prélever des tissus, peut-être même un ovule. Dix jours plus tard, Lee partit comme prévu pour passer plusieurs mois en Inde où elle comptait travailler à son développement spirituel et plus particulièrement étudier le bouddhisme tibétain.

Après avoir pris connaissance de mon rapport sur le cas de son frère, rapport que sa mère lui avait envoyé en Inde, Lee craignit qu’un trop bref résumé de ses expériences tel que je pourrais le rédiger risquerait de lui accorder un rôle excessif en tant que victime. « Je souhaiterais beaucoup apporter mon aide en faisant connaître mon histoire afin que les gens soient informés. » Elle aimerait voir « un rapport beaucoup plus complet qui rendrait compte d’une série de rencontres qui ne provoquèrent pas seulement de grands traumatismes physiques et sexuels, mais lui offrirent la chance de développer sa spiritualité et sa sensibilité envers tous les êtres vivants, depuis le plus petit insecte jusqu’aux êtres appartenant à d’autres dimensions et à d’autres systèmes planétaires... Cet ajustement, continua-t-elle, ne devrait pas manquer de me présenter moins comme une victime de kidnapping intergalactique que comme ce que j’ai perçu être en fait - quelqu’un qui vivait une expérience telle que son esprit a bien dû éclater vers une formidable expansion de la conscience. Et même si cela peut vous paraître étrange, j’en suis très reconnaissante ». Plus haut dans sa lettre, Lee avait écrit ceci : « Le bouddhisme tibétain, en tant que philosophie, reconnaît nombre d’aspects qui ont trait aux rencontres spirituelles et à l’éveil de conscience que les kidnappés ont connus. »

Emily, la mère de Scott et de Lee, qui avait alors quarante-huit ans, travaille dans l’immobilier tout en aidant son mari Henry dans ses affaires. Il se pourrait bien qu’elle aussi soit une kidnappée, mais ce qui est le plus remarquable dans son cas, c’est le perpétuel et extraordinaire soutien qu’elle a manifesté à ses enfants. C’est le seul parent qui se rend régulièrement à mes réunions de groupe et bien qu’elle ait été très affectée par toutes les histoires d’enlèvement concernant ses enfants, elle a vite accepté l’idée d’une réalité derrière ce qu’ils ont rapporté. De plus, Emily a le sentiment intuitif et profond que le processus auquel ses enfants sont à présent soumis ne peut être que celui d’un développement personnel et d’une lumière nouvelle pour eux. Cette attitude, quelle que soit la vérité ultime qu’il nous sera donné un jour de contempler, est pour moi unique parmi les parents de mes patients.

Henry, le père, a travaillé comme mécanicien automobile pendant vingt ans puis il s’est dirigé vers une autre voie. Henry est plus réservé et prudent dans ses commentaires sur tous ces problèmes, mais il soutient de manière tout aussi inconditionnelle ses enfants. Il croit entièrement en tout ce que ses enfants rapportent, même s’il manifeste une certaine tendance au « prouvez-le-moi » à propos des ovnis et des extraterrestres. Scott et Lee ont un frère, Robert, qui ne semble pas être du tout concerné par les problèmes de kidnapping. Emily le décrit comme quelqu’un qui écoute tout cela « de manière détachée » quand ils en parlent à la maison, mais qui manifeste tout de même le plus sincère soutien, quoi qu’il arrive. Robert est marié et a trois enfants, des jumelles de trois ans et un petit garçon d’un an et demi. Aucun ne paraît avoir de liens avec des phénomènes d’enlèvement. Scott se félicite d’appartenir à une famille aussi soudée et positive et ne parvient pas à rattacher ses expériences d’enlèvement à aucun traumatisme caché de quelque nature que ce soit qui dépendrait de son passé familial. « Je considère ma famille et la façon dont j’ai été élevé et je ne vois vraiment rien qui permette de faire ce lien.

Lors de notre premier entretien, Scott vivait depuis plusieurs mois sous le choc d’une expérience d’enlèvement qui avait eu lieu en avril 1990 et au cours de laquelle il avait pu voir en toute conscience de petits êtres (« des types tout petits ») dans sa chambre. Il rapprocha cette expérience d’un souvenir où il avait aperçu les mêmes êtres dans sa chambre et une « soucoupe volante » au-dehors. Il avait alors dix ans. Après s’être longuement renseigné auprès d’organismes ufologiques divers et toute une série de spécialistes, Scott atterrit finalement chez une thérapeute. Cette dernière l’aida énormément, et au cours du travail qu’ils firent ensemble, avec plusieurs séances d’hypnose, Scott put remonter dans sa mémoire jusqu’à l’âge de trois ans et raconter ses expériences d’enlèvement successives. Scott est venu très régulièrement à mes groupes de soutien depuis novembre 1991 et nous avons gardé le contact, lui et moi, en dehors de ces réunions. Ensemble, nous avons procédé à deux séances de régression hypnotique, en mars et en décembre 1992 ; Scott avait lui-même sollicité ce travail d’analyse parce qu’il souhaitait découvrir et exprimer les émotions profondément enfouies dans sa mémoire, et explorer une méthode de guérison moins directement thérapeutique et davantage investigatrice.

Les informations détaillées sur l’histoire de Scott furent obtenues par l’intermédiaire d’analyses effectuées au Centre médical de l’hôpital pour enfants de Boston ; on y remonta jusqu’à sa quatorzième année où il apparut qu’il avait vécu « des perturbations décrites autrefois comme des crises ». Sa mère raconta qu’il avait eu à six mois une attaque accompagnée de fièvre, et elle affirma qu’à son cinquième anniversaire il eut une « crise généralisée » sans fièvre, cette fois, mais avec des douleurs dans l’oreille. Aucun spécialiste ne l’ausculta à cette époque-là mais on appela le médecin de famille qui attribua son état à « l’excitation » qu’il avait eue pendant la journée. Scott comprend aujourd’hui qu’il s’agissait d’une « crise de panique post-enlèvement ».

La première expérience d’enlèvement dont Scott s’est souvenu a eu lieu alors qu’il n’avait que trois ans. Durant l’été 1991, grâce à l’hypnose, Scott et son thérapeute tentaient d’explorer les événements qui avaient marqué sa neuvième année lorsque : « Je remontai tout d’un coup à l’époque de ma troisième année où je jouais dehors dans la poussière et soudain, boum ! Je me suis retourné, je jouais avec mes petits camions et ils étaient là. » Du coin de l’œil, il aperçut deux êtres sortis de nulle part et une sorte de baguette le « paralysa ». «Je me souviens de m’être précipité vers ma mère. » Quand il fut revenu à lui, Scott se sentit très frustré parce qu’il était incapable de définir ce qui était vraiment arrivé. « J’ai vu là, dehors, des fourmis géantes », dit-il. Cette remontée des souvenirs déstabilisa tellement Scott (« je faisais de ces bonds dans mon lit ! ») qu’il arrêta les séances d’hypnose jusqu’au moment où il fit sa première régression avec moi.

Depuis ses huit ans, Scott est régulièrement suivi par des spécialistes, surtout des neurologues, pour tenter de trouver la cause et soigner de très pénibles et très fréquentes migraines qui le harcèlent depuis l’âge de six ans, ainsi que ces « accès » ou « crises » que l’on décrit sommairement comme des accès de « sentiments bizarres », de « délires » ou de « moments de confusion mentale ». On dit alors de lui qu’il est plutôt « agité ». Ses maux de tête sont qualifiés de « migraines atypiques » et traités au moyen d’analgésiques peu puissants. Un premier encéphalogramme effectué à cette époque fut interprété comme légèrement anormal ; d’autres suivront, considérés, eux, comme normaux. Mais, plusieurs années plus tard, Scott dut recevoir des doses substantielles de drogues anticonvulsives qui donnèrent peu de résultats. Un dossier le décrit à quinze ans comme un patient sujet aux « hallucinations visuelles » depuis l’âge de douze ou treize ans : Scott aurait raconté des histoires de triangle coloré et tournoyant, d’« images ou de figures féminines se penchant au-dessus de son lit », et des « scènes à l’extérieur », etc.

Vers seize ou dix-sept ans, les « accès » s’étaient transformés en « composantes psycho-émotionnelles », les migraines en « tensions », les hallucinations en « sentiments paroxystiques » et les encéphalogrammes étaient toujours normaux. À dix-huit ans, Scott devint, dans les rapports médicaux, dépressif et « apathique ». À dix-neuf ans, les anticonvulsifs furent arrêtés et Scott cessa de voir des médecins. Scott éprouve une certaine colère à l’idée d’avoir perdu tout ce temps avec des procédures médicales de toute évidence ignorantes et inutiles. « C’est incroyable la somme d’idioties qu’ils peuvent trimbaler dans ces milieux ! » dira-t-il dès sa première visite à mon cabinet et, une année plus tard, dans les réunions de groupe que j’organisais et qu’il suivait assidûment, il manifesta sa désapprobation contre ce qu’il appelait les « médecines au petit bonheur la chance ».

En dehors de ses terreurs nocturnes, de moments de déprime, de difficultés à se concentrer et quelques autres symptômes qui avaient poussé ses parents à le faire voir par tant de spécialistes afin d’en savoir plus, Scott prétend qu’il a eu une enfance parfaitement heureuse, pleine d’amis et d’activités les plus diverses.

Ces symptômes sous-tendent certainement un complexe mais ne renvoient pas de façon pertinente à ses expériences d’enlèvement durant l’enfance. Scott pense qu’il s’agit plutôt de « flash-back » de ses premiers kidnappings. Emily lui a souvent demandé : « Mais où donc étais-je, moi, à ce moment-là ? » lorsque Scott et Lee subissaient ces enlèvements ; et pourtant, comparés à bien des parents d’enfants kidnappés, je peux dire qu’Emily et Henry étaient particulièrement présents.

« C’est épouvantable », m’écrivit Emily en février 1993, une semaine après sa propre régression hypnotique avec moi, grâce à quoi je pus vérifier combien cette femme se sentait concernée par tous ces problèmes dans lesquels étaient impliqués ses enfants : « Et dire que tout cela se déroule littéralement sous vos yeux et que vous n’en avez même pas conscience ! - vous n’y voyez goutte - et je me souviens très bien des remarques de Scott lorsqu’il nous disait qu’il avait peur de les voir débarquer dans sa chambre... et puis cette soucoupe volante, là dehors... le chien qu’il emmenait pour dormir avec lui... ces fois où il se précipitait dans notre chambre... et Henry qui prenait son fusil et allait voir dehors ce qui se passait. Je m’en souviens, hélas, mais c’est tellement enfoui loin dans ma mémoire jusqu’à ce jour, y il a deux ans environ, où Scott m’a dit : “ Souviens-toi lorsque j’étais petit ” et nous avons répondu : “ Oh oui ! ” » Plus tard, Emily écrivit qu’elle et Henry avaient eu peur d’un éventuel voleur et qu’ils avaient cru en toute bonne foi que Scott n’avait fait qu’un cauchemar.

Scott se rappelle que les rencontres qu’il avait faites encore enfant se produisaient généralement lorsqu’il se trouvait avec Lee en dehors de la maison ; de son côté, Lee se souvient d’un « petit ruisseau » tout près de la maison où elle et son frère jouaient souvent et qui, pense-t-elle, devait être la base régulière de leurs enlèvements. Lee rapporte ceci : « On aimait beaucoup ce coin. » Mais devenue adolescente, elle n’y retourna plus pour jouer. « Je pensais toujours à ce coin comme à un endroit à part. » Lorsque Pam Kasey rendit visite à cette famille dans le Massachusetts en mars 1992, Scott et ses parents parlèrent d’observations d’ovnis que tous les membres de la famille firent au cours de toutes ces années. Scott avait vu « un vaisseau spatial » à l’âge de huit ou neuf ans alors qu’il circulait à bicyclette ; il alla raconter cette histoire à son oncle. Mais une véritable affaire d’enlèvement, qu’il décrit comme « une sacrée histoire » et qui était restée enterrée dans sa mémoire jusqu’à ce qu’il se livre à des séances d’hypnose avec un thérapeute, démarra au sein même de sa chambre à coucher tandis qu’il n’avait que dix ans.

Scott aperçut « au-dehors une soucoupe volante », puis il vit plusieurs créatures pénétrer dans sa chambre. « Ils immobilisèrent, je ne sais pas comment, à l’aide d’une baguette, le chien qui dormait dans l’entrée... après avoir fait pareil avec moi. » Scott était terrorisé car il savait « qu’ils allaient se diriger vers la chambre des parents qui se trouvait à l’étage ». Scott se souvient : « Je me ruai dans l’escalier -c’était après l’incident - et je leur racontai ce qui était arrivé et je leur ai dit qu’il y avait une soucoupe volante juste là dehors et mon père alla chercher fusil. Il avait une sacrée trouille -le tout le monde d’ailleurs -, il a pris le fusil et est sorti pour voir, mais il n’y avait plus rien, excepté la nature. » Il rapporte encore : « Quand j’étais petit, j’avais une frousse à crever qu’ils viennent tuer mes parents. » Pour lui, les êtres étaient des personnages « plus puissants que ses propres parents ». Malgré sa frayeur, Scott éprouvait parallèlement le sentiment que ces mêmes êtres possédaient d’une certaine manière « plus de sagesse que ses parents », bien qu’il n’eût pas su dire si cette sagesse leur était « intrinsèque » ou si « elle émanait de l’ensemble d’une telle aventure ». Scott décrit le phénomène « télépathique » qu’il eut l’occasion de tester durant ces rencontres comme un « canal à double sens. Ils connaissent toutes vos pensées et vous pouvez voir les leurs. C’est très troublant parce qu’on n’y est pas habitué ».

Au cours de l’enlèvement dont Scott parvint ensuite à se souvenir, il fut question d’une créature féminine se penchant au-dessus de son lit alors qu’il avait entre douze et treize ans. Cette anecdote a déjà été consignée dans son dossier. À cette époque-là, Scott voyait régulièrement un psychologue qui avait pour mission de déceler la cause émotionnelle de ses angoisses. Mais cette longue thérapie ne donna guère de résultats. La rencontre avec la créature féminine, un des aspects typiques de l’enlèvement extraterrestre, sera rapportée en détail lorsqu’il sera question de la deuxième régression hypnotique de Scott avec moi.

Scott ne parvint pas à se souvenir d’autres expériences d’enlèvement jusqu’en avril 1990 où, pleinement conscient, il vit surgir dans sa chambre plusieurs entités dont il avait pressenti la présence. « Qui que soient ces gens, il est évident qu’ils ne venaient pas des environs », raconta-t-il lors de notre premier entretien. « C’étaient les mêmes gens. Je le savais bien », dit-il, ceux-là mêmes qui s’étaient introduits dans sa chambre quand il avait dix ans. Affolé, Scott chercha de l’aide comme nous l’avons déjà signalé. Au cours de diverses séances d’hypnose avec sa thérapeute, Scott se souvint que durant cet enlèvement il fut terrorisé par une espèce de robinet que l’on plaça sur son pénis, avec des « fils » ou des « tuyaux » appliqués à ses testicules ; on lui préleva un peu de sperme et il demeura ainsi, paralysé par la terreur et l’horreur sur une table à l’intérieur d’un ovni.

Après cette première entrevue et ses visites régulières à mes réunions de groupe, Scott se prit d’une immense curiosité pour ces expériences d’enlèvement et il exprima son souhait d’en savoir davantage, parce que « ils ont tellement bouleversé [sa] vie ». Dans le même temps, en effet, l’existence de Scott se compliquait passablement. Quand nous nous rencontrâmes, Scott me parla des difficiles relations qu’il entretenait avec sa fiancée, parce qu’il avait trop tendance à la « possessivité » et qu’il ne parvenait pas à vivre d’une manière détendue. En janvier 1992, au cours d’une réunion, il avoua que si sa fiancée avait d’abord manifesté son soutien, quand les vrais problèmes d’enlèvement sont apparus, elle a cessé depuis de se comporter de cette façon. Scott avait eu à ce moment-là l’opportunité de faire partager ses connaissances dans ce domaine lors d’émissions de télévision (CBS) à Los Angeles ; les deux parties du document-fiction Les Envahisseurs qui pouvaient illustrer son témoignage avaient été tournées en mai. En février, durant deux semaines consécutives, Scott se rendit chaque jour sur le plateau, ce qu’il trouva extrêmement stimulant. Il intervint à tous les niveaux de la distribution ou du technique comme conseiller et informateur de première main sur ces phénomènes de kidnapping ; il se lia également d’amitié avec une actrice dont la fille pourrait bien avoir été elle aussi une victime.

Lors de la réunion de groupe du 24 février, Scott, qui revenait justement de Los Angeles, nous avertit qu’il nous fallait « nous tenir prêts » pour quelque chose, qu’il y a peut-être derrière tout ça un « plan » que nous ignorons, que nous ne contrôlons rien et que « quelqu’un d’autre » va « mener la danse... La partie traumatisante de l’affaire, dit-il, ouvre sur l’essentiel, autrement dit le spirituel qui se cache derrière tout ça ». Puis il parla d’une « puissance supérieure » qui règne derrière ces expériences. Scott se souvint que, même quand cela lui était arrivé alors qu’il était enfant, il avait senti qu’il devait travailler pour devenir « apte à rester dans la même pièce qu’eux sans être pris de panique, sans avoir peur ». À propos de l’épisode d’avril 1990, Scott fit ce commentaire : « C’était un degré de plus en intensité, en progression, un peu comme un examen, mais bon Dieu, il y a toujours cette foutue hargne à se débattre pour qu’ils ne vous touchent pas, pour ne pas passer sous le contrôle de quelqu’un d’autre. »

Au cours de cette entrevue, Scott aborda de nouveau l’aspect traumatique de son expérience qui, une fois digérée, ouvrait sur une évolution de l’individu. Ses expériences d’enlèvement, affirma-t-il, rendirent pour lui évident le fait « qu’il possédait dans son mental une somme colossale d’informations qu’il ne pouvait même pas comprendre ». Selon lui, les extraterrestres « nous aideraient à évoluer afin que nous puissions les comprendre... Ils nous entraîneraient, en quelque sorte, pour que nous atteignions un niveau qui nous permettrait d’échanger des contacts avec eux ». C’est après cette entrevue que Scott décida de se soumettre à une séance de régression hypnotique avec moi afin d’explorer davantage cet inconnu, d’en dépasser la dimension traumatique et de découvrir ce qui pourrait devenir plus signifiant et pour lui-même et pour tout le monde.

Scott arriva chez moi le 16 mars en compagnie d’Ann, l’actrice qu’il avait rencontrée sur le plateau de télévision de Los Angeles. Avant de monter avec Pam et moi-même à l’étage, c’est-à-dire dans la pièce où nous procédions au travail de régression, nous discutâmes un moment dans le salon, notamment sur l’effet que cela fit à Ann non seulement d’interpréter ce genre de rôle mais aussi d’avoir émis des objections quant à l’inexactitude, ou à la dramatisation exagérée, de certaines parties du scénario et d’avoir dû positivement lutter pour défendre l’intégrité de son rôle.

Avant de commencer le travail d’hypnose proprement dit, nous parlâmes des appréhensions de Scott et de l’éventualité de trouver derrière ses expériences d’avril 1990 une affaire d’enlèvement : c’était, en effet, l’objectif de notre future exploration, sur lequel nous nous mîmes d’accord. Il n’avait pas souvenir d’enlèvements en série, mais il parla d’« une espèce de nuée », d’une lumière bleue pénétrant dans sa chambre durant une nuit, de marques de piqûres d’aiguille inexplicables qu’il avait observées sur ses bras à plusieurs reprises, et comment, certains matins, sa chaussette gauche avait été mystérieusement retirée. Il disserta sur sa peur de la mort, de la solitude, et sur son impression « de se retrouver en cage, comme un animal, un spécimen ». Nous passâmes en revue les détails de l’incident d’avril 1990 et Scott remonta brièvement jusqu’à certains souvenirs particulièrement effrayants qu’il avait pu collecter lors des séances d’hypnose précédentes avec sa thérapeute. Je le rassurai autant que je le pus en lui affirmant que je ne le laisserais en aucun cas, au cours de notre séance, dans cette impression d’être en cage ou abandonné.

Juste après qu’il eut atteint l’état de transe, Scott exprima le sentiment de devenir « fou ». Nous nous fixâmes donc sur les événements de cette nuit d’avril, avant que l’enlèvement n’ait eu lieu. Il avait bu deux verres de vodka-orange, joué du piano, et discuté de tout et de rien avec ses parents dans le salon tandis que ceux-ci regardaient la télévision (à cette époque, il vivait encore chez ses parents). Il monta se coucher un peu plus tôt qu’à l’accoutumée - vers dix heures du soir -, se sentant fatigué et inquiet de son avenir. Tandis qu’il venait de « plonger dans les draps » et se préparait à dormir, Scott éprouva quelques angoisses concernant certaines prises de vue prévues le lendemain sur le tournage.

Scott se rappela avoir feuilleté un magazine et avant même d’avoir trouvé le sommeil, il sentit que les êtres étaient « là, dans [son] mental ». En état d’hypnose, Scott commença à manifester de la peur, à évoquer cette intrusion dans son mental et la familiarité de ce sentiment. Sa chambre ne possédait pas de porte, et une lumière insolite y pénétra comme si sa source se trouvait être dans la buanderie, juste à côté. Scott se mit à haleter bruyamment et il annonça qu’il y en avait « six », avec des têtes « anguleuses » et « cabossées », qui étaient « après » lui. Puis on brandit une « canne à bout rond » vers lui, ce qui eut pour effet de l’immobiliser. « Ils savaient bien que j’étais conscient et ils me mirent sous contrôle, de sorte que je ne puisse plus bouger, en me touchant derrière l’oreille » avec cette baguette. C’est alors que le « bourdonnement » qu’il entendait se transforma en tintement : « Et je perdis tout contrôle de moi-même. » Scott aperçut encore un écran comme un poste de télévision sur lequel des images « papillonnaient Des ». images-souvenirs de sa propre existence défilèrent devant lui et il eut le sentiment que cela était arrivé « tellement de fois» au cours des enlèvements ; il éprouvait la sensation de lutter pour protéger son mental « afin qu’ils ne puissent pas l’atteindre ». Puis Scott perdit littéralement conscience, après avoir prononcé : « Vite, vite, il faut que je me souvienne, il faut que je me souvienne. »

Ensuite, Scott se revit allongé sur une table en présence de deux personnages comparables à des médecins, dont la peau étrange était mi-pâle, mi-bronzée, et qui portaient des lunettes et des manteaux blancs ; il y avait aussi plusieurs êtres de moindre taille portant « des uniformes de l’armée ». Les êtres avaient des yeux légèrement bridés d’un noir profond, bordés de gris. « Je les hais parce qu’ils m’ont arraché à maman quand j’étais tout petit, déclara Scott, et parce qu’ils ne m’ont pas dit qui ils étaient. Ils sont curieux de moi et moi d’eux, mais déteste ce qu’ils ont fait. je

Et qu’ont-ils fait ? demandai-je.

Ils se sont servis de moi. »

Les êtres ont installé une « sorte de pompe » sur le pénis de Scott. L’appareil était relié par un tuyau à un réservoir fixé sur le côté de la table. À ce moment-là, Scott eut presque une expérience de sortie de corps tellement il eut peur en regardant son corps inerte et sa tête reposant sur un oreiller ressemblant davantage à un billot : on lui enfonçait quatre espèces de griffe dans le cou jusqu’à la limite du cuir chevelu qu’il sentait bien qu’on lui repoussait. Scott croit qu’il s’agissait d’électrodes qu’ils utilisaient pour manipuler et contrôler ses gestes comme ses sentiments. Puis Scott commença à se calmer un peu, bien que sa colère ne baissât pas pavillon au souvenir de tous ces événements.

J’encourageai Scott à se concentrer sur sa respiration et à exprimer tous les sentiments qui resurgiraient. Il émit un grand gémissement en parlant de sa terreur à se retrouver nu, comme violé, et à subir des tortures. Il remarqua la rapidité avec laquelle il avait tendance à « élever des murailles » pour se protéger. Il distingua mieux, cette fois, l’intérieur de la salle et, pour la première fois, il fut question de fils qui étaient branchés sur ses testicules. C’était ces fils, observa Scott, qui en combinaison avec la pompe, stimulaient l’érection et l’amenaient « au plaisir et à l’éjaculation ». Cette expérience sembla à Scott tout simplement « incroyable ».

Les êtres informèrent télépathiquement Scott qu’ils « en faisaient (en prenaient) plus » (du sperme) pour certaines raisons. Ils utilisaient Scott comme « géniteur » : « [...] En prélevant mes... ce que vous voudrez, mettons mes bébés. » « Tout ce qu’ils prélevèrent », Scott le savait, servit à « fabriquer des bébés ». Scott se laissa submerger par un immense sentiment de honte et je lui expliquai qu’il n’y avait aucune raison à cela dans la mesure où il avait été confronté à des énergies ou des puissances contre lesquelles il ne pouvait rien. « Ça me rend cinglé, gémissait-il de nouveau, de ne pas pouvoir lutter... Ils savent parfaitement ce qu’ils font, c’est pourquoi ils brouillent les pistes. Ils ne veulent pas qu’on s’en souvienne. »

Je ramenai encore une fois Scott à cet aspect traumatisant et gênant de son expérience. Derechef, il rechigna à revivre totalement son humiliation. « Je ne me souviens de rien. C’est trop pénible, trop choquant... Je n’avais pas le choix, admit-il. Ce n’est pas ma faute. » Mais il ajouta aussitôt : « J’aurais pu... »

Balivernes, répondis-je en lui répétant ce que je lui avais déjà dit à propos des pouvoirs qui, dans l’univers, échappent entièrement à notre contrôle. Scott exprima encore sa rage et je lui confirmai qu’il ne pouvait vraiment rien faire du tout.

Ensuite, Scott se souvint qu’on le ramena dans sa chambre et qu’on le jeta dans son lit, alors qu’il était encore sous le coup de la frayeur et de la colère ; mais il n’avait aucune idée de la manière dont il était revenu. Il eut l’impression que les êtres s’étaient « attardés sur sa tête », lui enfournant des informations auxquelles il n’aurait pas accès. En revenant à la conscience éveillée, Scott s’étonna de la force des émotions qui avaient accompagné ce voyage exploratoire. « Je n’avais encore jamais connu de telles émotions, jamais, ça jamais. » Mais il admit que « cela était bon de pouvoir exprimer au moyen de la voix et du corps tout entier des affects aussi intenses qui étaient restés jusqu’alors verrouillés. Sa hargne, tout particulièrement, frappa Scott. J’ai une trouille « monstre des dégâts que je pourrais causer. » « Toute cette expérience, dit-il, quand elle revient dans le corps, lâche fatalement des choses comme ça. Nous sommes les schémas émotionnels qui structurent les choses et nos réactions. » Il se souvint encore avec épouvante de l’intensité et de l’éclat de la lumière qu’il avait vue alors qu’il était allongé sur la table. Un des résultats de la régression fut qu’il éprouva le sentiment qu’il pouvait davantage avoir accès à cette réalité (« normale »), savoir à les expériences subies au cours de l’enlèvement. Comme c’est souvent le cas pour les kidnappés, Scott avait également l’impression que son cerveau avait été « électriquement » manipulé ou trifouillé. Il était conscient de receler désormais tout un tas de « barrières » à l’intérieur de lui-même et qui renfermaient plus de choses qu’il voulait bien se souvenir.

Les neuf mois qui séparèrent nos deux rendez-vous furent une période de changement très rapide pour Scott. Il emmena Ann, qui était encore Boston une semaine après la à première régression, à la réunion de groupe du 23 mars. Ils informèrent les gens du groupe des progrès de leur émission de télévision. Au cours de la réunion, Scott émit quelques opinions sur ses préoccupations grandissantes concernant des sujets philosophiques et religieux, tels que : « Qui contrôle qui ? et » certains concepts de Dieu. C’est à cette époque que Scott apparut à diverses occasions dans des programmes télévisés, dont une émission épouvantable sur une chaîne de Boston, au cours de laquelle il fut présenté de manière typiquement « télévisuelle », c’est-à-dire humiliante et ridiculisante, comme quelqu’un qui allait s’envoler (pour ne pas dire s’envoyer en l’air) avec des extraterrestres. Pendant tout ce printemps, Scott eut beaucoup de mal à intégrer l’excitation et le stress liés à ses apparitions publiques, et il vit davantage sa thérapeute. J’eus l’occasion de parler de son cas avec cette thérapeute et j’envoyai Scott à l’une de mes collaboratrices, une psychiatre de l’hôpital, pour qu’elle lui prescrive un léger tranquillisant qui l’aiderait à se détendre un peu. Elle décrivit Scott comme quelqu’un d’initialement déprimé, anxieux, « très vulnérable » et déboussolé par ce qui lui était arrivé. Il lui apparut comme un individu traumatisé qui avait « vécu un traumatisme d’un genre différent », manifestant de ce fait de l’hypervigilance et des difficultés énormes à se détendre, « exactement comme vous l’avez déjà observé sur les autres traumatisés ». S’il s’agit bien d’une affaire de kidnapping de l’espace, cette thérapeute avoue « ne pas savoir quoi en faire ». « De toute évidence, il a vécu quelque chose de moche », dira-t-elle.

Une des conséquences des crises de désespoir et de vulnérabilité de Scott au cours de l’été 1992 fut de rechercher le soutien de sa famille, surtout celui de sa mère et de sa sœur qui commencèrent, elles aussi, à venir assister à mes réunions de groupe. Vers le mois de septembre, Scott se sentait déjà beaucoup mieux, n’hésitant pas à suggérer lors des réunions, qu’il fallait essayer de garder un peu d’humour, mais il continuait à se plaindre des intrusions permanentes d’une présence extraterrestre dans son mental, comme s’il ne pouvait plus avoir d’intimité avec lui-même. Emily prit la parole devant les gens du groupe et c’est avec beaucoup d’émotion qu’elle commenta le fait « d’avoir deux de ses enfants qui ont été touchés » et de partager si peu cette « terreur extrême » que Scott avait ressentie au cours de ces épreuves. En octobre, Scott affirmait avec plus de fermeté et d’audace sa volonté de pousser plus avant la terrible exploration et d’en arriver à « l’intégration » de toutes ces expériences.

Vers la fin de l’année 1992, Scott parlait de plus en plus des dimensions spirituelles de ses expériences d’enlèvement. Au cours de la réunion de groupe du 9 novembre, il déclara que le fait « d’être exposé à eux » avait ouvert des choses en lui » : « « C’est comme si on vous balançait tout à coup dans un monde spirituel auquel vous n’êtes même pas préparé - un peu comme les yogis qui pratiquent toute une ribambelle d’exercices pour parvenir à un certain stade. Lee, qui allait » partir pour l’Inde, parla de son côté des « épreuves que font parfois subir les maîtres spirituels à leurs disciples ». Scott estima que ses réactions physiques et instinctives de peur lors des rencontres avec les extraterrestres étaient des « réactions naturelles au niveau de l’espèce » parce que l’individu est confronté à quelque chose d’inhabituel et de très fort. Il ne pouvait pas d’ailleurs « imaginer qui que ce soit qui aurait réagi avec gentillesse et tranquillité », du moins au début. Mais vers la fin de la réunion, Scott demanda : «Quels choix ai-je ?... Même s’il m’arrive très souvent de penser que ça me rend dingue, que tout cela me bouleverse, que mon ego en a pris un sacré coup et qu’il ne me reste plus qu’à pleurer toutes les larmes de mon corps, est-ce la meilleure méthode si je veux vraiment vivre ? Non, la seule voie possible est de chercher à voir ce qu’il pourrait y avoir de positif dans une telle expérience et pourtant, bon Dieu, que c’est dur pour moi en ce moment... Mais, je crois que c’est véritablement la seule solution et il n’y a que ça qui me maintiendra en vie. »

Le 16 décembre 1992, sur la demande de Scott, nous prîmes rendez-vous pour faire le point et prévoir une autre séance de régression. Au cours de cette séance, il me révéla qu’une nuit, une dizaine de jours plus tôt, sentant qu’il s’ouvrait toujours davantage à la présence des extraterrestres, il demanda aux êtres « de lui donner un signe » de leur présence effective. Vers deux ou trois heures du matin, il s’éveilla à moitié avec « le sentiment que quelqu’un le touchait dans le dos ». Il fut pris de terreur, mais la sensation persista - « comme si on me chatouillait ». La concrétisation de la réponse à sa requête affola Scott : « Je leur ai demandé de me montrer quelque chose et c’est ce qu’ils ont fait... à leur manière. » Nous discutâmes - les conversations avec les kidnappés prennent souvent cette tournure - pour savoir si les êtres humains en général étaient prêts à recevoir les extraterrestres. Scott pensait, comme beaucoup de kidnappés, que nos comportements destructeurs envers tout ce qui nous est inconnu ou étranger rendent cette éventualité dangereuse pour les extraterrestres et ceux-ci évitent donc de se manifester à nous de façon trop évidente.

De nombreux kidnappés entament une recherche spirituelle nettement plus explicite au fur et à mesure qu’ils progressent dans l’analyse de leurs expériences. Scott lui-même, en dehors de son intérêt grandissant pour les implications spirituelles du phénomène, commença à rencontrer un acupuncteur et, plus récemment, un guérisseur chaman, Les méthodes de traitement traditionnelles l’attiraient de moins en moins. Scott fit cette repartie à quelques-uns de ses thérapeutes : « Je sens que je peux guérir, et je pourrais même davantage les aider qu’ils ne pourraient, eux, m’aider et je sais que cela peut paraître assez impertinent. » Lorsque Scott me réclama une autre séance de régression, c’était de toute évidence avec le désir de transformer les traumatismes de ses rapts en relations de communication, plus réciproques, avec les extraterrestres. Nous prîmes rendez-vous pour cinq jours plus tard.

Au début de la séance, nous revîmes de manière plus percutante combien, durant tout cet été, Scott avait vécu dans la terreur, le stress et la vulnérabilité. Bien qu’il eût récemment subi une autre expérience d’enlèvement, nous décidâmes de « laisser faire les choses ». Au cours des mois passés, j’ai observé que la sagesse inhérente à la psyché emmène toujours le sujet là où il a besoin d’aller dans la transe et que les processus de guérison, d’intégration et d’information fonctionnent mieux lorsqu’on ne « vise » pas un incident particulier. Avant d’entamer la régression, Scott exprima ses craintes devant ce grand vide où « il allait devoir plonger » et sa détermination à ne pas « se retenir aux branches ».

Au début de notre parcours, après plusieurs pauses qui durèrent chacune entre trente secondes et une minute, Scott évoqua « l’un d’eux » se tenant près d’une table sur laquelle il avait été allongé sur le dos. Lui-même avait trente ans et affirma qu’il n’avait jamais eu affaire à un souvenir concernant une affaire remontant à cette période de sa vie. Il aperçut un tuyau cylindrique d’une douzaine de centimètres de diamètre relié à un appareil installé près d’un mur. Il eut des difficultés à décrire que ce tuyau était enfoncé dans sa poitrine : les images dansaient de manière floue dans sa conscience. Il eut aussi la vision d’autres « outils », incurvés comme une banane, sur une autre table qui se trouvait toute proche.

Puis très vite il se souvint avoir vu une silhouette féminine non humaine qui poussait un chariot sur lequel étaient posés plusieurs cylindres ou éprouvettes contenant un petit bébé «sous verre». «Je deviens fou ; dit-il, mais j’ignore ce qu’ils sont en train de faire. » La « femme », qui s’était alors approchée de lui (rappelant les « hallucinations » qu’il avait eues vers douze ou treize ans d’une silhouette féminine se penchant au-dessus de son lit), quitta la pièce ; Scott comprit que les extraterrestres - et probablement ce personnage féminin principalement - avaient prélevé de ses « semences » dans le but de fabriquer les bébés qu’on venait de lui montrer.

Scott se rend compte à présent que sa peur l’a empêché de regarder franchement les extraterrestres, bien qu’il eût attribué ce fait à leur aspect insaisissable. Il spécula aussi sur l’idée que s’il s’était souvenu d’avoir vu des extraterrestres lors de cette (ces) expérience(s), il l’aurait dit à ses parents, ce qui signifiait que c’étaient les extraterrestres qui lui avaient enjoint de n’en rien faire. Car il « faisait partie de leur famille », comme lui avait expliqué un des extraterrestres.

« Mais si je fais partie de leur famille, qu’est-ce que je fous ici ? » demanda Scott. Je l’encourageai à explorer cette question. Il garda les images d’un cylindre vide, d’environ dix-huit centimètres de diamètre et d’une trentaine de centimètres de hauteur, avec un liquide clair à l’intérieur. « Je veux être un des leurs... Je veux être l’un des miens... Mais ça ne peut pas être les deux.

Pourquoi pas ? demandai-je

Parce que je n’aurais plus de chez moi nulle part. »

Ensuite, Scott se vit emmener dans un immense sous-sol aux murs de pierre, dans un de ces « nombreux » ascenseurs ultra-rapides. Là, il faisait chaud et il se sentait « encore mieux qu’en famille, parce qu’ils savaient tout de lui ». « Il n’y a plus de secrets. » Néanmoins, « c’est un endroit effrayant et plutôt bizarre ». À ce stade, je sentis que Scott était en train d’évaluer la vérité de ce qui se déroulait avec son esprit analytique et je l’encourageai à se contenter de rapporter son expérience brute, gardant les appréciations pour plus tard. « Je ne peux pas croire qu’ils soient ici », dit Scott. « Quand ils viennent pour moi, ils savent tout ce que j’ai dans la tête. » Il déclara que cela le mit mal à l’aise de constater qu’ils ne le laissaient pas exprimer ses sentiments à propos de ces expériences. Il s’étonna : « Pourquoi ne restent-ils pas ? » Il ne reçut aucune réponse à cette question, excepté celle qui affirmait que ni eux ni nous « n’étions prêts ». Il dit que les êtres étaient en train de se transformer eux-mêmes physiquement « pour pouvoir respirer l’air d’ici. En effet, ils ne respirent pas le même air que nous ». Scott révéla l’existence d’autres problèmes qui faisaient que la présence extraterrestre ne pouvait pas se manifester trop tôt à une grande échelle. « On ne va pas aussi vite qu’eux, dit-il. Ils pensent à une vitesse beaucoup plus rapide que nous... mais ils vont s’arranger pour que cela ne nous blesse pas.

Comment une vitesse supérieure de leur pensée pourrait-

elle nous blesser ? demandai-je.

C’est toujours troublant quand ils nous parlent avec leur

mental, répondit-il. Trop d’informations à la fois. Notre

mental n’est pas habitué à un tel contact - c’est une

surcharge sensorielle. »

À ce stade, la séance prit un tour intéressant. Scott reconnut qu’il s’était lui-même longtemps obstiné à dénier toute existence réelle aux extraterrestres, et je lui demandai de préciser ce qu’il refusait exactement. À ma grande surprise, il me répondit : « Je refusais l’idée que j’étais un des leurs. » Reconnaître l’existence des êtres extraterrestres aurait signifié qu’il lui aurait fallu éprouver en lui-même une sorte de « vacance », une nostalgie pour un autre monde. « J’ai toujours su, dit-il, que j’étais différent, que je ne venais pas tout à fait de ce monde-ci. » Lorsqu’il était enfant, Scott se souvint qu’il voulait toujours se sauver. « Je n’y comprenais rien. J’aurais pu partir n’importe où, mais bien sûr pas là. » Il savait que les extraterrestres ne résidaient pas dans notre système solaire.

Scott comprit alors pourquoi il avait toujours évité de regarder fixement les extraterrestres. Avec une certaine réticence, il déclara : « Mon humanité refuse de voir cela.

Qu’entendez-vous par “cela” ? lui demandai-je. Eux... Mon côté humain, poursuivit-il, a du mal à

admettre l’autre face des choses. »

La nature humaine en lui réagit avec crainte, « comme un animal » : « On dirait que ce sont des animaux, et vous, vous réagissez comme un animal apeuré. C’est de l’instinct. » Néanmoins, insista-t-il, les humains doivent « cesser » et se rendre compte que les extraterrestres, qu’il appelle familièrement comme le font les gosses les « noirauds » à cause de leurs grands yeux sombres, sont bel et bien des « vivants », tout comme nous. Nous devons apprendre que même « d’aspect différent » et « de mode de pensée différent », ils font partie des êtres vivants.

Puis les souvenirs de Scott s’attachèrent à ces visions apocalyptiques que je rencontrais de plus en plus chez les kidnappés. Des changements majeurs allaient se produire sur notre planète. Les extraterrestres ne débarqueront que « lorsque les conditions seront plus sûres ». Mais cet événement ne se produira que quand nous serons « de moins en moins nombreux » à cause des maladies et des épidémies, notamment des formes encore plus contagieuses du sida qui prendront des proportions dignes des grandes plaies du Moyen Age telles que la peste. Toutes ces informations faisaient vraiment peur et Scott en conçut une grande tristesse ; il sentit également qu’il n’était pas « autorisé » à en parler. Même positif dans ses convictions profondes à ce sujet, il déclara : « Je souhaite seulement me tromper. »

C’est à ce moment-là qu’il perçut notre planète du point de vue qu’ont les extraterrestres, c’est-à-dire comme une sphère bleue dans l’espace au-dessous de lui. Il avait choisi de venir ici depuis une autre planète parce que c’était ce qu’il y avait « de plus près de l’endroit d’où nous provenions ». Il ignorait le nom de cette planète, mais il savait qu’elle était jaune, presque déserte et qu’elle manquait d’eau. Autrefois, il y avait eu des arbres et des cours d’eau, mais quelque chose qui avait trait à la « science » - il ne savait pas quoi au juste - « tourna mal » et son peuple « rentra sous terre ». Scott éprouva des « malaises » et émit des sanglots en rapportant comment « la science avait détruit leur planète ». Naturellement, j’étais très curieux d’apprendre si Scott disposait d’autres informations concernant les circonstances de cette destruction. Mais il ne pouvait m’en dire davantage, excepté le fait que les extraterrestres avaient dû être « au courant » de la catastrophe imminente mais avaient été impuissants à empêcher qu’elle se produise. Après la régression hypnotique, Scott se souvint que la catastrophe s’était produite à cause de « quelque chose qu’ils avaient fabriqué et qu’ils ne pouvaient plus arrêter », et que sur leur planète, les extraterrestres vivent dans un « environnement artificiel ».

Après bien des tergiversations, Scott admit que les intentions des extraterrestres étaient de « vivre ici » (autrement dit sur la planète Terre) mais sans nous, à moins que « l’humanité ne change », auquel cas « nous serions capables de cohabiter ». Puis il compara les façons de vivre des humains et des extraterrestres. Les humains sont « des êtres seuls » qui « ne partagent pas ». Dans le monde des extraterrestres, « personne n’est enfermé dans son petit monde à part » et « chacun sait tout. Le secret n’existe pas ». Je lui posai des questions sur lui-même : « Je suis un des leurs », répondit-il, mais au sein de son identité humaine, il impose des limites à ses facultés d’aimer et de partager à cause de « son ignorance ».

« Et quoi encore ? demandai-je.

La tradition, répondit-il, toutes mes raisons de vivre, mon

indépendance. Et puis la peur d’être blessé, de ne pas

obtenir ce que je désire, la crainte de ne pas recevoir... font

que j’ai du mal à m’ouvrir et à avoir suffisamment confiance

pour offrir et ressentir de l’amour. »

Le changement « doit démarrer quelque part », ajouta-t-il, et je le questionnai sur le rôle déterminant qu’il avait en tant qu’intermédiaire entre nos deux espèces vivantes. « Il va y avoir un tel boulot... que cela va prendre beaucoup de temps. » Je lui demandai si cela allait tout de même se faire : « Oui. Je le pense », répliqua-t-il. Scott fatiguait, aussi lui posai-je juste la question de savoir s’il avait quelque chose à ajouter avant qu’on ne termine cette séance.

« Cela se fera d’une manière ou d’une autre, annonça-t-il.

Qu’est-ce qui se fera ?

Si nous ne changeons pas, les choses changeront à notre

place... Je ne crois pas que nous puissions vivre avec eux »,

conclut-il avec un ton de grande tristesse.

Une fois revenu à la conscience éveillée, Scott demeura anxieux à propos de ses révélations. Il avait des difficultés à accepter les informations qu’il avait reçues parce qu’« il n’y a rien qui vient les renforcer quand vous évoluez ». Chaque monde « n’a rien à faire avec l’autre », affirma-t-il et nous sommes, rarement, ou peut-être jamais, « exposés » à l’existence de la « face extraterrestre ». La peur n’existe tout simplement pas dans le « conscient » de ce « côté-là », et c’est pour cela que la liberté y est plus grande. Pourtant, Scott avait toujours beaucoup de mal, de tristesse et de crainte à « reconnaître quoi que ce fût concernant le monde extraterrestre », d’autant plus s’il en procédait lui-même. Car cela signifiait : « Je ne suis pas des vôtres (les humains). » Je discutai alors avec lui de la possibilité de parvenir à une intégration harmonieuse entre sa nature humaine et son identité extraterrestre, mais il me rappela combien « cela n’arrivait pas à fonctionner » quand il était gamin... « Ce n’est pas ainsi que les gens peuvent vivre... Les gens sont complètement différents. » J’évoquai mon travail avec quelque quatre ou cinq autres « agents doubles » et l’éventualité de constituer pour l’occasion un groupe ; ce serait une bonne idée de les réunir.

Après la séance, Scott éprouva un grand soulagement, comme si un « poids » avait été ôté de ses épaules. Il rappela que depuis sa plus tendre enfance il avait toujours eu le sentiment de posséder « deux personnalités » et me confia que cela l’avait toujours énormément troublé, au point de parfois se sentir un peu « dérangé ». Il est convaincu à présent que le fait de douter ou de refuser l’existence de ses expériences extraterrestres n’aura été qu’un facteur destructeur dans sa vie, et il se demande quel rôle peut bien jouer la télépathie dans l’existence d’une double identité chez un même individu.

Avant de nous séparer, Scott, Pam et moi-même devisâmes sur la nature même du projet humano-extraterrestre. « Je ne crois pas qu’ils vont se débarrasser de nous. Je pense qu’ils vont se mêler à nous... Ils auront tout ce que nous aurons nous-mêmes, plus ce qu’ils ont déjà par eux-mêmes. » Mais un problème d’intégration des espèces risque de se poser : « Peut-être que vous et moi, tels que nous sommes, ne pourrons pas nous mélanger. »

Nous discutâmes également des liens qu’il pourrait y avoir entre la présence active des extraterrestres sur notre planète et l’accélération catastrophique de la destruction de notre environnement planétaire. « Ce n’est pas qu’une coïncidence », affirma Scott. D’après les informations qu’il a reçues, Scott émet des doutes quant à une éventuelle survie de l’humanité après la catastrophe, en tout cas pas dans les mêmes proportions que celles qu’auront connues les extraterrestres après la leur. « Car eux, ils n’en étaient plus aux balbutiements de la science. Je veux dire par là qu’ils dominaient parfaitement ce secteur avant que tout pète, quelle que fût cette destruction. Ils étaient beaucoup plus en avance que nous ne le sommes... Ils avaient des ressources » qui leur permirent de survivre. Je pressai Scott de nous en apprendre davantage sur les rapports entre nos deux espèces. « On ne peut pas dire qu’il y a les blancs et les noirs, répondit-il, en quelque sorte les deux faces opposées d’une pièce de monnaie... Non, il existe une correspondance entre les deux. »

Ma dernière question concernait son aversion à regarder les extraterrestres droit dans les yeux. Il répondit que lorsqu’il eut l’occasion de voir notre Terre depuis le point de vue extraterrestre, il sentit qu’il regardait la réalité à travers leurs yeux. Mais en tant qu’humain, « il avait peur » : « Parce que c’est comme si je m’étais observé moi-même.

Vous-même, mais en tant que quoi ? demandai-je. Comme un des leurs », répondit-il.

Je le pressai de me dire en quoi cela avait quelque chose d’effrayant, mais il ne sut que me répondre.

Il ajouta simplement : « Mon existence tout entière a été complètement inutile. Je veux dire que tout ce que j’ai réalisé à ce jour n’a strictement aucune espèce d’importance.

Comparativement à quoi selon vous ? demandai-je. Si seulement j’avais pu réussir cela il y a longtemps (sa

double identité) », répondit-il.

Le lendemain de cette séance, Scott m’apprit qu’il se sentait « apaisé » et que « toutes mes questions lui sont très vite sorties de l’esprit. C’est très étonnant ». Il déclara à la réunion de groupe du 8 février qu’il se sentait tout à fait « libéré à présent », dans le sens d’« indépendant ». Le 23 décembre, il m’envoya un courrier en même temps que ses vœux. Il se félicitait, ô combien, de s’être débarrassé du poids « énorme » qu’il trimballait « à cause de ce que vous savez » (c’est de moi qu’il s’agit), et me faisait part de quelques autres informations qu’il avait pu rassembler depuis notre dernière séance.

« Le succès sur Terre ne va plus répondre aux mêmes arcanes ; le changement semble incroyable mais il faudra abandonner l’idée de gratification personnelle pour développer les aspirations à réaliser, ce qui signifiera notamment aspirer à sortir de l’imperfection humaine. » La difficulté résidait cependant, continuait-il, dans le fait de parvenir à « éradiquer les imperfections humaines sans pour autant détruire la machine elle-même. Parce que tout est intimement lié. Les souffrances vont augmenter mais cela est nécessaire ». Puis il exprima le point de vue extraterrestre : « Nos aptitudes intellectuelles et nos perspectives sont trop vastes pour être appréhendées par les humains. Des traducteurs, comme moi par exemple, sont nécessaires pour établir le contact... Je l’ai toujours su. J’ai toujours refusé d’admettre [son identité extraterrestre]. J’ai toujours fait comme si cela n’existait pas, mais les faits sont là. La réalité déferle sur les humains malgré leurs protections les plus solides. L’étude sur les luttes de la conscience humano-extraterrestre se poursuit. L’intégration se fait, chacun apprenant de l’autre... À présent, je suis en paix. Je comprends et je me rends compte que le conflit continuera à l’intérieur de moi, mais je suis arrivé au point de non-retour où mon pouvoir de laisser faire les choses a investi celui de ma nature humaine. »

« J’ai peur des humains plus que de toute autre chose », pouvais-je encore lire dans sa lettre. « Ce n’est pas la première fois que nous avons tenté de vous transformer. Beaucoup de membres de notre espèce y ont même trouvé la destruction... Je dois dire que l’être humain a des émotions d’un niveau extrême, excessif, même pour moi à l’heure actuelle. Nous sommes très sensibles, mais nos émotions n’ont pas ce caractère primitif qu’ont les vôtres. En un sens, vos émotions sont une sorte de récréation. Nous sommes heureux de ressentir les choses avec plus d’intensité qu’à notre habitude. Notre fascination [pour l’humanité] tient à cela. Notre processus évolutif accorde plus d’importance à l’entendement qu’aux émotions, mais vos émotions sont pour nous un peu comme une sucrerie pour un enfant. Une sorte de drogue que nous apprécions beaucoup.

« Il est intéressant, concluait-il, de noter que c’est justement cet aspect-là qui vous rend si dangereux pour nous. Mais je pense qu’il n’est pas prudent pour moi pour le moment d’en dire plus. Dans quelques années peut-être. J’ai envie de faire beaucoup de révélations et il me semble que dans un temps très proche il y aura un grand congrès international où nous rencontrerons les grandes puissances de votre monde. » Scott passa encore quelques nuits dans l’angoisse après notre dernière séance de régression, mais au cours des mois suivants, il fit des progrès remarquables vers un apaisement mental, une récupération de ses énergies et de son enthousiasme à vivre, une intégration de sa double identité humano-extraterrestre et un approfondissement toujours plus grand de la signification qu’il accordait à ses expériences d’enlèvement. Il croyait totalement aux informations qu’il avait reçues et qu’il avait rapportées au cours des régressions, et pour la première fois il avait l’impression qu’il pouvait faire face avec honnêteté et réalisme aux implications que toutes ces aventures supposaient.

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Commentaire

 

Le cas de Scott illustre très bien les différents niveaux de la problématique soulevée par les phénomènes d’enlèvement extraterrestre. D’un côté il est, ou a été, un kidnappé traumatisé typique. Il a connu la terreur, le désespoir, la solitude, la paralysie et les expérimentations de « laboratoire » avec des instruments - notamment le prélèvement de sperme sur sa personne dans le but de fabriquer des bébés (qu’il eut l’occasion de visualiser lors d’une régression) - et ce dans une succession de kidnappings durant son enfance, ou du moins un pour lequel se il souvient d’avoir vu de près un ovni. Mais en plus de tous ces aspects pratiques, ou clairement physiques, Scott a aussi subi une importante transformation personnelle qui l’a conduit à changer d’attitude envers ses expériences. Notons au passage que dans ce dernier processus, l’aide morale de ses parents aura été inestimable, surtout en ce qui concerne sa mère Emily (elle-même ayant peut-être été victime d’enlèvement), qui n’a pas hésité à se rendre à des conférences sur le sujet, à assister régulièrement à mes réunions de groupe et à se soumettre à des séances d’hypnose avec moi pour tenter de mieux appréhender sa propre expérience et ainsi mieux venir en aide à Scott et à sa sœur, Lee, qui a connu les mêmes drames.

Grâce à sa constance dans la recherche, son souci de trouver un sens spirituel aux choses, sa détermination à aller de l’avant et à vaincre ses peurs, Scott est parvenu à gagner une paix de l’esprit considérable ainsi qu’une compréhension approfondie du processus de l’enlèvement. En dépassant ses refus et en acceptant les réactions instinctives naturelles de son être en proie à la terreur physique et au ressentiment, Scott a pu ouvrir sa psyché à d’importantes informations concernant un sens élargi de son identité et assumer ses responsabilités en tant que « traducteur » ou messager entre deux mondes. L’été 1992 fut une période cruciale pour lui, alors âgé de vingt-quatre ans. Il pouvait parfaitement reconnaître le fait qu’il était vulnérabilisé, désespéré et impuissant face à la formidable puissance des énergies extraterrestres, et qu’il n’avait plus aucun contrôle sur les événements de sa vie. Il découvrit (et il me l’écrivit dans une lettre au moment de Noël) son « pouvoir de laisser faire les choses » (de ne plus rien contrôler). Scott estime que ses pouvoirs psychiques se sont accrus au cours de toutes ces expériences.

Comme cela s’est produit pour plusieurs kidnappés avec qui j’avais travaillé récemment, le fait que Scott admette la réalité de la présence extraterrestre lui a permis d’envisager l’existence d’une double identité en lui, l’autorisant à se sentir à la fois humain et extraterrestre. Le point de vue extraterrestre, qui apparemment a toujours été enfoui dans sa conscience, n’avait pas encore émergé à la surface jusqu’au moment où il « lâcha prise » et renonça à l’illusion de contrôler quoi que ce fût. À cet égard, Scott, comme beaucoup de kidnappés, a pu se rendre compte combien nous étions une espèce vivante dangereuse, non seulement pour les extraterrestres, mais pour la vie sur Terre en général, et tout particulièrement dans la mesure où nous utilisons des technologies destructrices sans une réflexion plus élaborée. Grâce à son identité extraterrestre, Scott comprend combien la peur et la colère, ignorées dans le monde extraterrestre, peuvent réduire notre capacité d’aimer et de communiquer. Se sachant « l’un des leurs », Scott a pu aussi saisir de quelle manière nos deux espèces sont reliées (il existe « une correspondance » entre elles), et c’est une chose que nous ne faisons que commencer à comprendre.

Il est difficile de savoir quoi faire de certaines informations que Scott nous a données au cours de la seconde régression que nous menâmes ensemble. Comme les autres kidnappés, il parle d’une autre planète d’où viendraient les extraterrestres, une planète qui aurait été rendue aride et déserte à cause de la « science », et il annonce le dépeuplement de la Terre à cause de catastrophes naturelles, et principalement une forme de sida dont la transmissibilité serait plus fulgurante. Cette espèce de vision apocalyptique est commune à la majorité des kidnappés, mais nous n’avons aucun moyen de savoir s’il s’agit de prédictions authentiques qui toucheraient le monde physique - et en cela il n’y aurait rien de très étonnant au train où vont les choses - ou bien si elles représentent un avertissement métaphorique censé réveiller notre inertie. La question devient plus facile (ou plus complexe, selon le point de vue où l’on se place) si l’on considère le fait que, dans les mondes de conscience et d’existence que traversent les kidnappés au cours de leurs expériences, la distinction entre ce qui est littéral et métaphorique, objectif et subjectif, semble perdre de sa pertinence.

En conclusion, il est vraiment dommage que Scott et sa famille aient déployé tant d’efforts vains et désespérants au cours de l’enfance et de l’adolescence de celui-ci pour obtenir de la médecine conventionnelle une réponse aux troubles causés par des expériences d’enlèvement. Je ne compte pas les heures passées en examens médicaux, en analyses, en diagnostics erronés et en traitements inappropriés. Et je me doute qu’au moment même où je rédige ces lignes un autre enfant kidnappé, quelque part dans le monde, est amené pour la énième fois à un brave médecin complètement ignorant de ces problèmes, exactement comme cela s’est produit pour Scott et ses parents. Mais heureusement, grâce à la « traduction » ou transcription d’expériences comme celles qu’ont vécues Scott (ses « médecins », complétera-t-il) et ses parents, Emily et Henry (qui sont prêts à accepter l’idée d’une « certaine réalité » derrière les révélations de leur fils), il est possible aujourd’hui que d’autres enfants fassent l’économie de tant de souffrances générées par l’ignorance et par le refus pur et simple.

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