Egomaniac
10 - Drew
10
Drew,
réveillon du 31 décembre,
sept ans plus tôt
Je suis dans la petite salle à l’arrière de l’église, le regard perdu par la fenêtre. Il pleut des cordes et le ciel est d’une teinte gris sombre. À l’image de mon humeur.
Très sombre.
Ce qui constitue sans doute le signe le plus encourageant de la justesse de mon choix.
Roman ouvre la porte.
– Ah, te voilà. Il a invité combien de personnes, ton père ? Ils doivent être au moins quatre cents, là-dedans. Ils ont déjà commencé à remplir le balcon.
– Aucune idée. Je n’ai pas demandé.
À la vérité, je me suis très peu renseigné sur l’organisation du mariage. J’ai d’abord mis mon manque d’intérêt sur le compte de mes études de droit qui m’occupent beaucoup. Mais récemment, je me suis rendu compte qu’il y avait autre chose. Je ne suis pas enthousiaste à l’idée de me marier.
Roman vient se poster près de moi et s’abîme lui aussi dans la contemplation du paysage. Il plonge la main dans la poche intérieure de son smoking et en sort une flasque, qu’il me tend. Je la prends, j’en ai besoin.
– Ma voiture est garée derrière, si tu veux t’enfuir.
Je lui jette un regard de travers en avalant une double gorgée de whisky à sa flasque.
– Je ne peux pas lui faire ça. Elle porte mon bébé, mec.
– Ton bébé, elle va l’avoir dans deux mois, quoi qu’il arrive.
– Je sais. Mais c’est mon devoir.
– Qu’il aille se faire foutre, le devoir.
Un sourire narquois aux lèvres, je rends la flasque à mon garçon d’honneur.
– Tu es au courant que tu te trouves dans une église.
Il boit à son tour.
– De toute façon, je suis en partance pour l’enfer, alors…
Je ris. Même s’il a tout juste vingt-quatre ans, on a déjà poliment « demandé » à mon meilleur ami de quitter la police de New York. « Demandé » entre guillemets, car en fait c’était « démissionne, sinon on te vire ». Il n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un ange.
– Je tiens à Alexa. On va faire en sorte que ça fonctionne.
– Je ne t’ai pas encore entendu prononcer le mot « amour ». Tu l’épouserais, si tu ne l’avais pas mise en cloque comme un imbécile, seulement quelques mois après l’avoir rencontrée ?
Je ne réponds pas.
– C’est bien ce que je pensais. On ne peut pas avoir un enfant sans être marié, ça ne se fait pas. On n’est plus en 1960, monsieur le Lâcheur.
– On va s’en sortir.
Roman m’assène une claque dans le dos.
– C’est ta vie. Mais les clés sont dans ma poche, si tu changes d’avis.
– Merci, mon pote.
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