Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 37 sur 46

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Egomaniac

37 - Emerie

37

 

Emerie

 

Quelque chose ne va pas.

Les portes n’ont cessé de claquer pendant toute la dernière demi-heure de ma séance de thérapie téléphonique. Depuis dix minutes, s’y sont rajoutés les hurlements. L’une des voix est celle d’un Drew extrêmement furieux, l’autre celle de Roman, arrivé au bureau il y a peu. Il effectue souvent des enquêtes pour le compte de Drew, mais en l’occurrence, ce qui est en train de se produire semble bien plus personnel qu’une simple affaire.

Ayant présenté une énième fois mes excuses à mes patients (je leur mens en leur racontant que je vais devoir échanger quelques mots avec les ouvriers du bâtiment au sujet de leur langage), je raccroche et me dirige vers la porte fermée de mon bureau. Mais je m’immobilise en entendant mon nom.

– Emerie ? Qu’est-ce qu’elle vient faire là-dedans, bon Dieu ?

– En gros, Alexa a balancé au juge que je couche avec une repris de justice.

– Repris de justice ? Qu’est-ce qu’elle aurait fait ? Écopé d’un PV pour interdiction de stationnement ?

– C’est une longue histoire, mais elle a été arrêtée pour attentat à la pudeur le mois dernier.

– Quoi ?!

– Ça remonte à son adolescence. C’était une amende pour un bain de minuit qui a tourné à la convocation au tribunal parce qu’elle ne s’en était pas acquittée. C’est juste un écart de conduite… rien de plus sérieux qu’un PV, en effet. Mais évidemment, Alexa en fait des tonnes. La motion la qualifie ni plus ni moins que de repris de justice avec un penchant pour l’exhibitionnisme. Et elle a fait ajouter que c’est la repris de justice en question qui a récemment causé la brûlure de Beck.

– Merde.

– Ouais. Merde. Mais ce n’est pas le pire. Je pourrais plaider ça facile dans un tribunal new-yorkais, avec toutes les saletés que les juges entendent tous les jours. Mais elle a ouvert le nouveau dossier de garde du petit à Atlanta.

– Comment elle peut faire ça, puisque vous vivez tous les deux ici ?

– Je rentre tout juste de son appartement. Elle est partie. Le portier m’a expliqué qu’elle avait filé hier et laissé une adresse pour faire suivre son courrier. Son appart est vide. Elle a déménagé, putain !!

 

*

* *

 

Drew n’est pas un gros buveur. Il aime prendre un verre de whisky à l’occasion, une bière ou deux, mais les avaler cul sec et à la file, ce n’est pas son truc.

Sauf ce soir.

Il a eu beau m’assurer que rien de tout ça n’est ma faute, je continue à me sentir terriblement coupable, en tant que catalyseur qui le fait passer pour un parent inapte.

Nous sommes dans son appartement, ayant tous les deux annulé nos obligations pour l’après-midi. J’ai promis à Roman que Drew serait à l’aéroport pour leur vol de demain matin. Ils vont à Atlanta, essayer de discuter avec Alexa, et je suis vraiment contente que Drew ne s’y rende pas seul. Il ne parvient même pas à prononcer le nom de son ex-femme sans grogner.

Je referme la porte après le départ de Roman, verrouille la serrure du haut, prends le verre de Drew sur le plan de travail de la cuisine et le vide dans l’évier. Il a les jambes plus longues que le canapé, et ses pieds dépassent de l’accoudoir. Je délace ses chaussures, puis entreprends de les lui ôter.

– Tu comptes me déshabiller ? bafouille-t-il. Laisse tomber les chaussures, passe direct au pantalon.

Je souris. Même saoul, il reste égal à lui-même.

– Il est presque vingt-trois heures. Ton vol est dans dix heures, je pense que tu as besoin de dormir un peu. Le petit matin risque de n’être pas très aimable avec ta tête.

Ses grandes chaussures tombent au sol avec un bruit sourd quand je les lui retire, suivies de ses chaussettes.

– Je ne peux pas perdre mon fils.

Mon cœur se brise au son angoissé de sa voix rauque.

– Tu ne le perdras pas. Si tu n’arrives pas à acheter Alexa, tu convaincras un juge que ton fils a besoin de toi et que sa place est à tes côtés.

– Il n’y a pas beaucoup de justice dans notre système. Les gens la tordent et la détournent tous les jours.

J’ignore quoi répondre à ça. J’ai juste envie de faire mon possible pour qu’il se sente mieux. Alors j’enlève moi aussi mes chaussures, je me glisse sur le canapé et je passe les bras autour de lui pour me pelotonner contre son torse.

– Je suis désolée de ce qui t’arrive. C’est tellement clair que tu l’aimes, ce petit bonhomme. Un juge ne manquera pas de le voir.

Il me serre contre lui en guise de réponse et, quelques minutes plus tard, alors que je crois qu’il s’est endormi, il reprend la parole. Ses mots sont à peine plus forts qu’un souffle.

– Tu veux des enfants, Oklahoma ?

– Oui. J’adorerais en avoir quelques-uns et peut-être en adopter aussi.

– Tu seras une super maman, un jour.

 

*

* *

 

– On ne l’a pas trouvée. L’adresse qu’elle a laissée au portier, c’était celle de son frère. Un vrai loser, ce type, on est arrivés chez lui à quatorze heures, il était encore au lit. (Le ricanement de Drew résonne dans le téléphone.) Enfin, jusqu’à ce qu’il se retrouve suspendu dans les airs au bout des bras de Roman.

– Vous avez forcé l’entrée ?

– On n’a pas eu besoin. La porte n’était même pas fermée à clé. Crois-moi, y en a pas besoin : même les cafards refuseraient d’entrer dans ce taudis.

– Il vous a dit où est Alexa ?

– Il n’en savait rien.

– Il ment pour le compte de sa sœur ?

– Je ne pense pas. Il l’aurait balancée. Il avait tellement les jetons de Roman, ce petit merdeux de junkie, qu’il s’est pissé dessus. Et puis, je le connais. Il aurait essayé de me filer l’info contre l’argent de son prochain fixe, s’il en avait eu la moindre idée. C’est le genre qui vendrait sa mère pour vingt balles.

– Vous savez quoi, du coup ? Je suis arrivé au tribunal avant la fermeture et j’ai rempli une ordonnance restrictive en urgence pour demander au juge de la forcer à rentrer à New York. Notre accord relatif à la garde ne nous autorise ni l’un ni l’autre à sortir Beck de l’État sans la permission de l’autre parent. Ils vont ajouter cette motion à l’ordre du jour, avec sa demande de modification de la garde, pour après-demain. Si on ne la retrouve pas d’ici à jeudi, elle n’aura pas d’autre choix que de se pointer au moins au tribunal.

– Il y a quelque chose que je puisse faire ?

– Non. Merci, ma chérie. Entendre ta voix, ça suffit à me faire du bien.

Je souris.

– Je te rappellerai peut-être plus tard ce soir, et cette voix aura des choses cochonnes à te dire.

– Ah ouais ?

Je me mordille la lèvre.

– Je suis une joueuse d’équipe. Je veux aider de toutes les manières possibles.

– Je me débarrasserai de Roman, pour tout à l’heure. Il aime bien rester au bar et s’envoyer quelques whiskies à la fin de la journée. Je ne pense pas qu’il s’attarde trop aujourd’hui, après la soirée d’hier. Je préfère largement t’écouter jouir pendant que tu me racontes à quel point mon sexe te manque.

– Rendez-vous est pris. Je rentre bientôt à la maison.

– OK, ma chérie. Rappelle-moi une fois que tu es installée, alors.

– Drew ?

– Ouais ?

– Pour information : vous me manquez, ton sexe et toi.

Il gronde mon nom.

– Dépêche-toi de rentrer chez toi.

 

*

* *

 

Je n’ai jamais donné dans le sexe au téléphone et j’ai vraiment très hâte d’appeler Drew. À tel point que j’ai enfilé un joli petit ensemble shorty et caraco en soie et mis du parfum pour l’occasion. Il est un peu plus de vingt-deux heures, donc j’imagine qu’il doit se préparer à se coucher aussi. Je prends mon portable et compose son numéro, souriant quand il me répond de sa voix bourrue.

– Tu es nue ?

– Non, mais je peux l’être.

J’ai la main sur l’interrupteur de la cuisine, prête à éteindre la lumière et à emporter le téléphone au lit avec moi, quand on frappe à la porte. Drew aussi l’a entendu.

– Il y a quelqu’un ?

– Je crois. Ne quitte pas.

Je me dirige vers la porte et regarde par l’œilleton, même si je sais d’avance de qui il s’agit. Ce n’est pas comme si j’avais des tonnes d’amis en ville, encore moins de ceux qui peuvent passer comme ça sans prévenir.

– Je peux te rappeler dans quelques minutes ?

– Je vais avoir envie de savoir qui c’est ?

– Sans doute pas. Accorde-moi quelques minutes pour me débarrasser de lui.

Une fois la communication coupée, j’attrape un pull dans le placard et l’enfile avant d’ouvrir.

– Baldwin ? Tout va bien ?

– Oui, ça va. Je voulais juste prendre de tes nouvelles. J’ai frappé, hier soir, mais tu n’étais pas là. Alors j’ai réessayé ce matin, mais tu n’étais toujours pas là. Et puis, tu n’as pas répondu à mes SMS aujourd’hui. Je commençais à m’inquiéter.

Mes sentiments pour Baldwin sont tellement confus que j’avais oublié à quel point il avait été un bon ami pour moi, pendant quelques années.

– Pardon, je ne voulais pas t’inquiéter. Ça va. Tout va bien. La journée a juste été un peu folle, hier, et celle d’aujourd’hui surchargée.

Le voyant peu convaincu, je décide d’opter pour l’honnêteté.

– Je vois quelqu’un, je suis restée chez lui la nuit dernière.

– Ah… (Il m’offre un sourire triste qui paraît forcé.) Alors, je suis content que tu ailles bien.

Comme je ne lui propose pas d’entrer, il fouille mon visage du regard, manifestement en quête de quelque chose. J’attends dans un silence gêné, plantée là à serrer mon gilet autour de moi.

Au bout du compte, Baldwin m’adresse un bref hochement de tête et ses yeux tombent sur mes jambes nues.

– C’est l’avocat ?

Pour une raison que je ne m’explique pas, ça m’agace qu’il l’appelle « l’avocat » et pas par son nom.

– Drew. Oui.

Il plonge dans mes yeux.

– Tu es heureuse ?

Je n’ai même pas besoin de réfléchir à la réponse.

– Oui.

Baldwin baisse brièvement les paupières et hoche de nouveau la tête en silence, puis :

– On pourra peut-être prendre un café cette semaine et discuter ?

Je lui souris.

– Bien sûr.

Un café chez Starbucks, c’est sans doute le meilleur moyen de relancer notre amitié. Cette relance sera d’ailleurs uniquement à effectuer de mon côté, car Baldwin n’a jamais vraiment été intéressé par moi d’une autre manière, à la différence de moi. Mais à présent que je fréquente quelqu’un d’autre, ça me mettrait mal à l’aise de sortir dîner avec lui. Peut-être un jour, plus tard, quand le temps aura passé entre les sentiments que j’éprouvais pour Baldwin et le début de ma nouvelle relation, mais pour l’instant je ne sais pas, je ne trouverais pas ça correct.

Après lui avoir souhaité une bonne nuit, je prends un moment pour rassembler mes pensées avant d’aller dans ma chambre et de rappeler Drew. Mes sentiments pour Baldwin, ils existent depuis si longtemps que je ne peux pas les éteindre complètement, cependant quelque chose a changé, sans l’ombre d’un doute. Même si une partie de moi sait que le confort sans retenue dont je me délectais avec Baldwin va me manquer, je me rends compte qu’il est plus important pour moi de respecter les limites que Drew souhaiterait me voir mettre en place, je le sais, comme ne pas inviter un homme dans mon appartement si tard, surtout quand je porte mon petit pyjama sexy.

Satisfaite, j’éteins les lumières et me glisse dans mon lit tout en composant le numéro de Drew sur mon portable.

– Coucou.

– Ton visiteur est parti ?

Une certaine inquiétude se mêle au ton habituellement assuré de Drew.

– C’était Baldwin. Il voulait prendre de mes nouvelles. Apparemment, il est venu frapper hier soir et ce matin, et il se tracassait parce que je n’avais pas répondu à ses SMS aujourd’hui non plus.

– Et tu lui as répondu quoi ?

– Que j’avais couché chez mon petit ami et que j’avais été très occupée, mais que tout allait bien.

– Ton petit ami ? C’est donc ce que je suis ?

J’entends du soulagement dans sa voix.

– Tu préfères que je t’appelle autrement ?

– Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu as d’autre en magasin ?

– Hum… voyons voir… que penses-tu de « l’homme qui me donne plein d’orgasmes » ?

– On dirait mon nom indien.

J’éclate de rire.

– Ou bien « Propriétaire avec avantages » ou « Capitaine Prolactinator » ?

– Appelle-moi comme tu veux devant le professeur Crétin, du moment qu’il sait que tu es à moi.

À moi. J’aime bien comme ça sonne. Je ne sais pas trop comment c’est arrivé. Nous connaissant, ça a dû commencer à éclore pendant une dispute et fleurir alors qu’il me prenait sur son bureau, mais quoi qu’il en soit, nous en sommes arrivés là. Et je me rends compte que je n’ai nulle envie d’être ailleurs.

– Tu es seul ?

– Roman est en bas, au bar. Tenu par une barmaid. Je ne pense pas que ma compagnie va tellement lui manquer.

– OK, très bien. (Je tends la main vers ma table de chevet et ouvre le tiroir.) Tu as entendu ça ?

– Ne me dis pas que c’est encore l’autre qui frappe.

Sortant mon vibromasseur, je décide que Drew a besoin d’être un peu distrait de ces deux derniers jours si horribles. Je l’actionne et l’approche de mon téléphone, quelques secondes avant de le baisser vers mon corps.

– Est-ce que c’est… ?

– Mon vibro. Il s’ennuie un peu, depuis quelques semaines.

Drew lâche un grognement.

– Merde. J’aimerais être là-bas pour te regarder.

– Je pense que j’aimerais bien, moi aussi. Peut-être quand tu rentreras.

– Pas peut-être. Je viens direct à ton appartement à ma descente de l’avion.

Sa réaction m’excite. Je pose le vibromasseur sur mon clitoris et reprends d’une voix devenue rauque.

– Et si tu « venais » dans l’autre sens du terme, en attendant ?

 

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