Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 21 sur 46

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Egomaniac

21 - Drew

21

 

Drew

 

– Eh bien, j’ai mal choisi ma journée pour m’absenter du bureau…

Emerie vient de retirer son manteau, pour révéler une petite robe noire moulante. Elle me sourit. Waouh. Hier soir, j’ai passé mon trajet retour en taxi à me convaincre que ce baiser, je le lui avais donné pour son bien. Pour l’aider. Et pas parce qu’elle est belle et intelligente et incapable de jouer au billard mais ne s’est pas pour autant plainte une seule fois quand je l’ai entraînée dans une salle de billard. Ce n’est pas non plus parce que le professeur Crétin avait besoin d’être un peu motivé pour agir. Et j’ai presque fini par m’en persuader moi-même.

N’empêche, ça m’a rongé toute la journée. Et si j’avais enfin trouvé le courage d’agir et suscité par la même occasion l’envie de passer à l’acte chez lui ? Emerie a fondu pendant ce baiser, j’ai senti son corps s’abandonner à moi, entendu le petit gémissement qu’elle a émis. Bref, je sais qu’elle a ressenti la même chose que moi. Le moteur était démarré et prêt à rugir. Pour ce connard.

Ma déposition aurait dû être bouclée en quatre heures, aujourd’hui. Pourtant elle m’a pris presque le double du temps à cause de mon manque de concentration. Et puis ce soir, j’ai appelé Yvette pour annuler le rencard qu’on avait fixé un mois plus tôt. Yvette, l’hôtesse de l’air qui ne veut pas s’engager et me chante une délicieuse mélodie en me taillant une pipe. Cette nana, c’est de l’or en barre pour un célibataire.

– J’étais censée sortir et j’ai eu un changement de programme, m’explique Emerie.

Je hoche la tête.

– Viens manger. Ton moo shu va refroidir.

Elle s’assied dans l’un des fauteuils en face du bureau.

– Ça fait beaucoup à manger, on attend quelqu’un ?

– Comme tu as mis un moment à répondre, j’ai commandé des trucs en plus au cas où tu serais encore là. Je ne savais pas trop si tu aimais le poulet, le bœuf ou les crevettes, du coup j’ai pris un peu de tout. Le type au bout du fil parlait à peine anglais. Quand j’ai rappelé pour ton porc, j’ai pensé qu’il serait plus simple de le faire ajouter à la commande existante au lieu de tout modifier. (Je lui fais passer une boîte sur le bureau.) Pas d’assiettes. Pas de fourchettes. J’espère que tu sais manger avec des baguettes.

– Je suis assez nulle, en fait.

Je désigne le plafond d’un geste du pouce.

– Tu peux monter chercher une fourchette là-haut dans mon appart, si tu veux. Mais moi, je n’ai rien mangé depuis six heures du matin, alors je te laisse faire.

En souriant, elle déchire l’emballage de ses baguettes.

– Je vais me débrouiller. Mais tu ne te moques pas, hein ?

Pas facile. Cette fille a deux baguettes gauches. Elle fait tomber plus de nourriture qu’elle n’arrive à s’en fourrer dans la bouche. Mais rapidement, nous mettons tous les deux en place un système tacite : chaque fois qu’elle laisser échapper un morceau de porc en chemin vers ses lèvres, je ricane et elle louche dans ma direction. C’est aussi amusant que de lui lancer des moqueries, et moitié moins fatigant.

– Alors, qu’est-ce qui s’est passé avec le professeur Crétin, la nuit dernière ?

Avec un soupir, elle se cale contre le dossier de son siège.

– Rien. Il m’a invitée à dîner ce soir pour se faire pardonner d’avoir annulé.

Je me fige, les baguettes à mi-chemin de ma bouche.

– Et il t’a encore posé un lapin ce soir ?

– Pas cette fois. C’est moi, qui lui en ai posé un.

J’enfourne une crevette.

– Bien joué. Égalité. Et ça t’a fait quel effet ?

Un sourire s’étire sur son beau visage.

– Super agréable, j’avoue.

– C’est donc pour ça que tu es sur ton trente-et-un ?

Elle hoche la tête.

– On était censés aller dans un restaurant chic pour mon dîner d’anniversaire en retard. Il est passé me chercher chez moi et je l’ai entendu parler à Rachel au téléphone, disant qu’il la rejoindrait après le dîner.

– Du coup tu as été jalouse et tu as annulé ?

– Pas exactement. J’étais agacée contre moi-même. Ça fait trois ans que je passe mon temps à accepter les miettes que m’offre un homme qui ne me verra jamais autrement que comme une amie ou une voisine. Je mérite mieux que ça.

– Tu as tout à fait raison.

Elle lâche un soupir.

– Il faut que je passe à autre chose.

Je saisis une crevette au bout de mes baguettes et la lui offre.

– Crevette ?

– OK, mais c’est toi qui me la mets dans la bouche, sinon tu vas avoir une traînée de sauce sur ton bureau, d’ici à ce que je réussisse à l’avaler.

Je hausse un sourcil.

– Je te la mets dans la bouche avec plaisir. Ouvre grand.

Elle éclate de rire.

– Tu es capable de tourner n’importe quel propos anodin en truc salace, y compris la remarque la plus innocente.

– C’est un don.

J’approche mon offrande et sa belle bouche s’ouvre afin que je puisse la nourrir. Quand ses lèvres se referment sur mes baguettes, je ressens leur effet directement autour de mon sexe. J’imagine mon érection à leur place, avalée par ses lèvres parfaitement maquillées. Le goût délicieux de la crevette atteint ses papilles et elle ferme les yeux pour mieux l’apprécier. À ce stade, j’ai besoin de rajuster ma braguette. Encore.

Je déglutis en la regardant déglutir.

– C’était quand, la dernière fois que tu as fait l’amour ?

Elle tousse, s’étranglant presque sur un morceau de crevette, cette fois.

– Pardon ?

– Tu m’as très bien entendu. Le sexe. C’était quand, la dernière fois ?

– Tu connais déjà mon histoire. Je n’ai pas eu de relation depuis presque un an.

– Tu parles de relation sexuelle ? Quand tu m’as dit ça, je pensais que tu parlais de fréquenter quelqu’un de manière récurrente.

– Ben non.

– Tu es au courant que toute relation ne doit pas forcément aller au-delà du sexe ?

– Bien sûr que je le sais. Mais j’ai besoin de plus qu’une aventure d’une nuit.

– Genre quoi ?

– Je ne sais pas. Quelque part dans un coin de ma tête, j’ai besoin de me sentir en sécurité avec mon partenaire. D’être attirée physiquement par lui. Il faut qu’on puisse s’entendre bien après l’acte et j’ai besoin de sentir qu’on ne profite pas de moi, que notre relation, quelle qu’elle soit, ne va pas que dans un sens. Si c’est juste du sexe, OK, mais il faut qu’on soit tous les deux d’accord sur ce point.

Je hoche la tête.

– Tout ça me semble logique.

À ce moment-là de la soirée, j’ai déjà plus ou moins perdu l’esprit. Ce qui explique sans doute comment la pensée suivante fait son chemin depuis mon cerveau et franchit directement mes lèvres.

– Et moi, je corresponds au profil ?

– Au profil ?

Elle a l’air vraiment perplexe. Pourtant, je croyais avoir été plutôt clair.

– De partenaire sexuel. Je pense qu’on devrait coucher ensemble.

 

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