Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 45 sur 46

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Egomaniac

45 - Drew

45

 

Drew

 

– Où est Emerie ?

– Elle s’habille. On a un petit déjeuner de travail à la fac, ce matin. Enfin, ça ne vous regarde pas, de toute façon.

Le professeur Crétin est toujours à l’intérieur de l’appartement, et moi je suis dans le couloir. Le symbolisme de cet état de fait me rend fou. Je le frôle pour pénétrer chez Emerie.

– Je vous en prie, entrez, marmonne-t-il d’un ton sarcastique.

Je me tourne face à lui et croise les bras.

– Laissez-nous, maintenant.

– Je vous demande pardon ?

– J’ai besoin de parler à Emerie seul à seule, donc j’apprécierais que vous disparaissiez.

Il secoue la tête.

– Non.

Je hausse les sourcils. Je ne pensais pas que cette tête de nœud aurait osé. À un autre moment, j’aurais même pu être impressionné par sa ténacité. Sauf qu’en l’occurrence, ça me fait juste chier.

J’avance d’un pas.

– Soit tu fiches le camp de toi-même, soit je te file un coup de main. Dans les deux cas, tu te tires. Alors, tu choisis quoi ?

Comprenant que je ne plaisante pas, il opte pour la solution de bon sens et rouvre la porte.

– Dites à Emerie qu’on se voit à l’université tout à l’heure.

– Ouais, ouais, je lui ferai passer le message sans faute.

Sur quoi, d’un coup de coude, je lui claque la porte au nez.

Je me retourne et découvre le salon d’Emerie encombré de meubles de bureau. Sachant que la pièce était à peine assez grande pour contenir un canapé et une table avant. À présent, elle est remplie comme un œuf d’un bureau, de fauteuils de bureau, d’étagères de rangement, d’un ordinateur et de ce qui va avec, plus tout le reste.

La porte de sa chambre grince et Emerie apparaît, les yeux baissés sur son téléphone tandis qu’elle fait défiler l’écran.

– Je viens d’ouvrir le trombinoscope des membres du département de biologie de la fac. Tu peux me redire qui on va rencontrer ? Je suis nulle pour retenir les noms.

Ma réponse la fige.

– Il n’y a que toi et moi.

Elle lève brusquement la tête et cligne des paupières à plusieurs reprises, comme si elle n’en croyait pas ses yeux de voir l’homme qui se tient dans son salon.

– Drew. Qu’est-ce que tu fais ici ? (Elle regarde derrière moi.) Et où est Baldwin ?

– Parti.

– Parti où ?

Je fixe mes pieds quelques secondes, puis je plante mon regard dans le sien. Je ressens une pression dans la poitrine en découvrant dans ses yeux la même tristesse qui règne derrière les miens.

– Tu l’aimes ? je lui demande d’une voix basse et gutturale.

Elle me dévisage pendant de longues secondes, les rouages tournent dans son cerveau. Et moi, je retiens mon souffle. Enfin, elle secoue la tête.

Ouf.

C’était tout ce que j’avais besoin de savoir. Le reste, on le gérera. J’obtiendrai son pardon, elle apprendra à me refaire confiance, mais je n’aurais pas pu l’empêcher d’être amoureuse d’un autre homme. Elle demeure plantée dans l’encadrement de la porte de sa chambre, et soudain il y a beaucoup trop d’espace entre nous. Je vais vers elle à grandes enjambées, sans me soucier que mon attitude soit celle d’un homme des cavernes. Le besoin irrépressible de la toucher dépasse toute idée de protocole.

Elle ne bouge pas. À mesure que j’avance, mon cœur bat plus fort. Elle ne bouge toujours pas quand je tends les bras, quand je prends son visage entre mes mains, ni quand je lui effleure doucement les lèvres des miennes, goûtant ses larmes. Prenant son immobilité comme un feu vert, ou du moins pas un orange clignotant, j’y retourne. Je plaque ma bouche sur la sienne et, oubliée la douceur, je l’embrasse avec férocité. Elle s’ouvre, gémit tandis que je l’attire contre moi. Le son de sa voix descend tout droit dans mon bas-ventre et le baiser affamé part rapidement en vrille. Elle sent incroyablement bon, son goût est aussi sucré que dans mes souvenirs et le contact de son corps pressé contre le mien… je n’ai jamais rien ressenti d’aussi bon.

Putain, mais quel idiot je suis. Comment j’ai pu abandonner tout ça ?

Notre baiser dure longtemps. Quand il s’interrompt, les doutes et la peur ne tardent pas à revenir la titiller. Sans compter la colère.

– Tu ne peux pas te pointer…

Je lui coupe la parole en écrasant mes lèvres sur les siennes. Cette fois, elle essaie de se débattre. Sans vigueur, elle me repousse, ce qui m’incite à l’enlacer encore plus étroitement. Au bout du compte, elle finit par se fatiguer et s’abandonner à nouveau. Quand nous mettons un terme à notre baiser, je garde mes lèvres à quelques centimètres des siennes, comme un rappel : je serai sur elle en un battement de cil si elle recommence.

– Accorde-moi juste une minute avant de m’arracher les yeux, d’accord ?

– Soixante secondes.

Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire. Dieu qu’elle m’a manqué, cette bouche. Et pas seulement le contact de ses lèvres douces. Sa langue bien pendue aussi. Passant deux doigts sur sa joue, je me lance sans détour. D’une voix rauque, je dépose les armes à ses pieds.

– Je t’aime.

Un sourire plein d’espoir naît sur son beau visage. Et puis elle se rappelle ce que je lui ai fait subir ces dernières semaines et son sourire s’évanouit.

– Tu as une drôle de façon de le montrer. Tu m’aimes, alors tu me largues ?

– Le juge n’a pas changé mon planning de garde de Beck, mais il a autorisé Alexa à rester à Atlanta. Je dois déménager.

– Je sais tout ça. Roman m’a raconté.

– Roman ?

– Roman, oui.

– Putain, mais qu’est-ce que… ?

– Ça suffit avec tes « Putain mais qu’est-ce que… ». Au moins, Roman a eu la courtoisie de me renseigner sur le pourquoi de ton comportement de trou du cul.

– J’avais peur.

– Moi aussi. Pourtant je ne suis pas partie.

Je baisse les yeux.

– Je sais. Je pourrais te donner un million d’excuses sur mes raisons d’agir comme je l’ai fait, essayer de me justifier. Mais toutes ces raisons se ramènent à une seule et unique cause. (Je marque une pause et poursuis, mes yeux dans les siens.) J’avais peur.

– Et maintenant ? Tu n’as plus peur, maintenant ?

Je secoue la tête.

– J’ai fini par comprendre que j’avais plus peur de te perdre que de prendre le risque de souffrir. Je crois qu’on peut dire que je me suis acheté une paire de couilles.

Elle se radoucit. On dirait qu’elle a envie de me croire, mais qu’elle reste sceptique. Bon, je ne peux pas vraiment la blâmer.

– Qu’est-ce qui me dit qu’elles ne vont pas se recroqueviller et disparaître à nouveau ? (Sa voix se brise.) Tu m’as fait vraiment mal, Drew.

– Je suis tellement désolé. Je sais que là, ma parole n’a pas beaucoup de valeur pour toi, mais je te jure devant Dieu, Em, si tu m’accordes une seconde chance, je ne gâcherai pas tout, cette fois.

Ses yeux s’emplissent de larmes.

– Tu vas vivre à Atlanta et moi ici… Certains jours je travaillerai à la fac avec Baldwin. Comment veux-tu que ça fonctionne ?

– On fera en sorte que ça fonctionne. En prenant notre tour. Une semaine, tu viendras à Atlanta ; l’autre, je viendrai à New York. Ou bien une semaine sur deux, si c’est trop pour toi. Et entre-temps, on comblera avec des tas de sextos et de FaceTime. Je n’ai pas encore tout planifié, mais on trouvera. Ça ne sera pas facile, peut-être, mais ça en vaudra la peine. Je t’aime, Emerie. Je resterais sans boire pendant trois cents soixante-quatre jours, si je savais que c’est toi qui me rafraîchiras la dernière journée.

Une larme coule le long de la joue d’Emerie et je l’essuie de mon pouce.

– Je t’en supplie, Em, dis-moi que ce sont des larmes de joie.

– Je ne pense pas qu’une relation à distance fonctionne.

– On la fera fonctionner. S’il te plaît. S’il te plaît, accorde-moi une autre chance.

Elle secoue rapidement la tête.

– Non.

– Mais…

Je voudrais tenter encore de la persuader, mais elle me fait taire. En posant les lèvres sur les miennes.

C’est un baiser empli de tant de folles émotions que je les sens qui pulsent à travers mes veines et entre nous. Quand nous cessons de nous embrasser, elle est pantelante et moi paniqué. Elle me dit « au revoir ».

– À distance, ça ne marchera pas.

– Em, on fera en sorte que ça marche.

– Non. Je pars à Atlanta avec toi.

– On trouvera le… Attends… Quoi ? (Je la dévisage, incrédule.) Tu peux répéter ça ?

– J’ai dit que je partais avec toi à Atlanta.

– Et le boulot pour lequel tu as postulé à la fac ? Tes patients ?

– Je donne des TD jusqu’à la fin du semestre. Je viens de passer un entretien pour le poste de vacataire. Il se peut qu’ils ne m’embauchent même pas. Le semestre se termine dans trois mois. On fera les allers et retours d’ici là. Avec un peu d’expérience sur mon CV, j’aurai peut-être plus de chance de trouver un poste de vacataire là-bas. Quant à mes clients, la plupart sont délocalisables, leurs séances se faisaient par vidéo avant. J’en garderai peut-être quelques-unes face à face, et je reviendrai ici de temps en temps, si tu as encore des clients ici. Tu dois rester auprès de ton fils et je veux apprendre à le connaître aussi. Il fait partie de toi.

– Tu es sérieuse ? Tu as failli me filer une attaque, en affirmant que la relation à distance ne marcherait pas.

Elle sourit.

– Bien fait pour toi, après ce que tu m’as infligé ces dernières semaines.

Sans crier gare, je la soulève dans les airs. Elle pousse un petit cri, mais son sourire me rassure : elle est heureuse. Elle a les jambes nouées autour de ma taille, les bras passés autour de mon cou, et moi, je la serre tellement fort que j’ai peur de lui faire mal.

– Bon Dieu ce que je t’aime.

– T’as intérêt.

– C’est le cas.

Je reprends sa bouche dans un baiser passionné, tout en avançant jusqu’à trouver une surface dégagée où la poser. La surface en question se trouve être le comptoir de la cuisine, qui s’avère aussi à la hauteur parfaite. Mon sexe est déjà érigé rien qu’à sentir sa chaleur à travers mon pantalon.

Je ne sais comment, on parvient à s’arracher mutuellement nos vêtements sans jamais se déconnecter une seconde. Je suce la peau sous son lobe, mes doigts explorent la fente de ses fesses pendant qu’elle déboutonne mon pantalon. Quand il tombe au sol, je descends mon boxer et mon érection émerge, dressée contre mon ventre.

– Tu nous as manqué, je commente avec un regard vers mon entrejambe.

Elle rit.

– Vous m’avez manqué aussi, tous les deux.

J’ai tellement besoin d’être en elle. Tellement.

– Les préliminaires vont être courts, mais je me rattraperai après. Ce seront des post-liminaires.

Sur quoi je saisis mon membre, que j’abaisse afin de frotter mon gland contre sa moiteur, et je l’étale consciencieusement partout. Elle est trempée, prête déjà, moi follement impatient, alors j’entre en elle. Les yeux baissés vers nos ventres, Emerie regarde mon sexe disparaître dans le sien tandis que je m’insinue peu à peu.

Une fois entièrement installé, je relève son menton.

– Te regarder qui me regarde pendant que je te pénètre, c’est le truc le plus sexy que j’aie jamais vu de ma vie.

Elle sourit.

– Tant mieux, parce que j’ai beaucoup aimé regarder.

Je lui caresse la joue de la pulpe du pouce.

– Tout bien réfléchi, ce sourire, là, c’est peut-être ça, le truc le plus sexy que j’aie jamais vu de ma vie.

Je me mets à bouger, d’abord lentement, je glisse, dedans, dehors. Il y a quelque chose de différent, cette fois, comme si toutes les barrières entre nous avaient été retirées et que j’étais enfin libre de l’aimer.

Je l’embrasse sur les lèvres avec délicatesse.

– Je t’aime.

Elle fouille mon regard.

– Je t’aime aussi, Drew. Je ne le savais pas avant de le ressentir pour de vrai, mais à présent j’ignore si j’ai jamais été vraiment amoureuse avant toi.

J’ai l’impression qu’elle vient de me décerner une couronne. En cet instant, je suis un roi. Je ne sais pas vraiment ce que j’ai fait pour la mériter, mais je suis assez affamé pour m’en moquer. Elle est à moi, je la garde. Et cette fois, j’ai bien l’intention de la garder pour toujours.

Bien qu’il se soit écoulé seulement quelques semaines depuis la dernière fois que je lui ai fait l’amour, c’est trop long. J’essaie d’y aller lentement, mais soudain elle serre les jambes autour de moi et son sexe se crispe, empoigne le mien. Alors je sais que je ne vais plus tenir longtemps. Elle aime bien que je parle pendant l’amour, alors je lui susurre au creux de l’oreille tout ce que je veux lui faire : comme j’ai hâte d’enfouir mon visage entre ses jambes, de jouir sur ses seins, comment, plus tard, je vais la retourner sur le comptoir où elle est assise en ce moment et la prendre par-derrière pour éjaculer partout sur ses fesses, qui seront brûlantes et rouges de mes fessées.

Elle lâche un gémissement puissant, hurle mon nom en me suppliant d’y aller plus fort. J’accélère le rythme et, juste après que son corps s’agite de spasmes autour de moi, je jouis longtemps et intensément en elle. Les voisins ont dû tout entendre de notre finish spectaculaire ; j’espère en tout cas que l’un d’eux en particulier n’a rien manqué.

Une fois que notre respiration s’est un peu calmée, j’écarte une mèche folle sur sa joue et plonge dans ses yeux bleus repus.

– Alors comme ça, tu vas vraiment emménager à Atlanta avec moi ?

– Oui.

– J’ai trouvé une petite maison avec un jardin qui est disponible à la location. Tu pourrais peut-être venir la visiter et on déciderait si c’est bon ou si on veut quelque chose de plus grand.

– Ça fait six mois que je vis dans cette boîte à chaussures… n’importe quoi me paraîtra plus grand.

– Elle a trois chambres, une immense baignoire et le propriétaire m’a dit que je pouvais repeindre si je voulais.

– Tu es en train de m’autoriser à ajouter un peu de couleur dans ta vie ?

– Tu l’as déjà fait. Tu es le rouge de mon univers en noir et blanc.

 

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