Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 17 sur 46

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Egomaniac

17 - Drew

17

 

Drew

 

– C’est quoi, ta position préférée ?

Emily grimpe sur mes genoux, qu’elle chevauche.

– J’aime bien celle-ci.

Il va falloir que j’envoie une bouteille de Gran Patrón Platinum à Roman pour l’idée de génie qu’il a eue ce soir. On s’est retrouvés pour boire des verres à notre pub habituel, mais ensuite il a insisté pour qu’on aille à côté, chez Maya, histoire d’essayer leurs empanadas ; il est obsédé par la nourriture mexicaine, ce gars. Emily DeLuca et sa copine Allison y étaient déjà, à déguster des margaritas au bar. Emily est avocate dans un cabinet à l’autre bout de la ville, auquel je transfère souvent du boulot de planification successorale. On a flirté quelques fois et il y a même eu une étincelle, sauf que chez moi, les étincelles n’ont jamais engendré le souhait d’allumer une autre étincelle à un certain doigt de la main gauche d’une fille. Or la pierre énorme qu’elle arbore est difficile à rater.

Tout aussi difficile à rater, le fait qu’elle ne la porte pas ce soir, d’autant qu’elle m’a agité sa main gauche sous le nez, juste avant de me demander si elle pouvait me payer un verre. Malgré son geste évident, je lui ai quand même fait confirmer sa rupture avant qu’on s’en aille ensemble. Une femme a beau être hyper entreprenante, je ne touche pas à celles qui trompent leur mec.

Emily se frotte sur mon sexe en train de durcir et je passe la main sous sa jupe relevée pour lui empoigner les fesses. Puis je tire sur le morceau de dentelle qui court le long de sa fente pour augmenter la friction. Elle lâche un grognement, alors je tire plus fort.

Punaise, j’adore les strings.

Elle entreprend de défaire les boutons de ma chemise tandis que je lui lèche le cou.

– À l’instant où je t’ai vu, la première fois, j’ai su qu’on prendrait du plaisir ensemble. J’espère que tu as une boîte de préservatifs pleine. Parce qu’après t’avoir chevauché, je veux que tu me prennes en levrette.

La pensée d’Emily, les fesses en l’air, c’est exactement ce dont j’ai besoin. D’autant que je viens de passer la semaine à fantasmer sur le derrière d’une autre… une femme à qui je ne devrais pas penser maintenant. Cela dit, la vision répétée du postérieur laiteux et rond d’Emerie, orné de la marque rouge de ma main tandis que je l’assaille par-derrière, c’est l’un de mes fantasmes les plus efficaces. Je rêve de jouir en elle et de recueillir mon sperme qui dégoulinerait d’elle pour l’étaler, tel un onguent, sur l’empreinte que j’aurai laissée sur sa peau.

Les yeux fermés, je dois serrer plus fort encore les paupières afin de chasser l’image d’une autre. Parce que songer à une femme pendant qu’une autre vous chevauche, c’est vraiment un truc de connard, même pour un type comme moi.

Emily se soulève suffisamment pour glisser une main entre nous et agrippe mon érection, qu’elle empoigne avec vigueur.

– Je te veux. Maintenant.

D’un geste frénétique, elle se met à déboutonner mon pantalon et, par réflexe, j’attrape mon portefeuille. Avant de me rappeler que je n’ai pas de préservatif là-dedans. Merde.

– Tu n’aurais pas une capote, par hasard ? je lui demande, en lui mordillant le lobe.

Sa voix est crispée quand elle me répond.

– Non. Et j’ai merdé avec ma pilule, ce mois-ci, alors je t’en supplie, dis-moi que tu en as quelque part dans cet appartement.

Merde. Non. J’ai épuisé la grosse boîte de ma table de chevet le mois dernier et n’ai pas eu l’occasion de la remplacer. Ensuite, à Hawaï, j’ai utilisé celui que je gardais dans mon portefeuille en cas d’urgence.

Mais… j’en ai quelques-uns dans un tiroir de mon bureau, en haut, à droite. Au moins, je n’aurai pas à sortir me les geler. Avec un grognement, je m’écarte.

– J’en ai pour deux minutes, j’annonce à Emily, dont je prends le visage entre mes mains. Désolé, les préservatifs sont dans mon bureau, en bas.

– Tu veux que je vienne avec toi ? Je n’aurais rien contre un petit coup sur le bureau. Et puis, ça nous fera gagner du temps.

Petite maligne. Mais… ce n’est sans doute pas une bonne idée de l’entraîner dans un endroit rempli de trucs qui me rappellent la femme que je m’efforce justement de m’ôter de la tête.

Je lui donne un chaste baiser et la soulève de mes genoux.

– Reste là. Mon bureau est au rez-de-chaussée. Il est doté d’un système de sécurité qui fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je ne veux pas avoir à te couvrir la bouche quand tu hurleras mon nom.

Ce fichu ascenseur met une éternité à monter me rejoindre, laps de temps dont je profite au moins pour reboutonner mon pantalon. Une fois en bas, je cours vers Ted, le portier de nuit. J’aurais dû renfiler mes chaussures, parce que le sol de marbre est glacial – il serait dommage que je fasse descendre ma température corporelle.

À l’intérieur du bureau, en traversant le couloir, je prends bien garde à ne pas tourner la tête vers la porte close d’Emerie. Pas besoin d’un élément supplémentaire pour me la remémorer. Surtout pas l’ardoise blanche où elle avait inscrit sa citation sentimentalo-nunuche, avant de débarquer comme une balle dans mon bureau, furax et si sexy.

Non. Je ne regarderai pas. Tel un gosse de deux ans, je porte ma main contre mon visage pour bloquer ma vision périphérique et m’empêcher de voir le bureau qui fait face au mien tandis que j’ouvre ma porte.

À force de fouiller dans mon tiroir, je déniche trois préservatifs esseulés. Putain, merci. Je les fourre dans ma poche et ressors dans le couloir, en direction du hall. J’ai presque atteint le bout du couloir quand j’entends un bruit.

Je devrais aller voir.

Et merde. Ils n’ont qu’à entrer, les cambrioleurs, et voler ce qui leur chante. Je m’en chargerai demain. J’ai plus important qui m’attend là-haut.

Et puis je l’entends à nouveau, ce bruit. On dirait presque… un reniflement.

Emerie est encore là ? J’essaie de passer mon chemin, mais je sais que je ne réussirai jamais à me concentrer si je l’imagine blessée ou autre. Supposons qu’elle soit tombée en partant et qu’elle se vide de son sang dans son bureau fermé ? Je cours vers sa porte et l’ouvre.

Emerie sursaute sur son siège et porte les mains à sa poitrine.

– Drew ! Vous m’avez flanqué la trouille de ma vie.

– Qu’est-ce que vous faites encore ici ? Je croyais que vous aviez un rencard avec monsieur Escargot ?

– Effectivement.

Après une observation plus attentive, je vois qu’elle a pleuré. Elle a un mouchoir en boule dans la paume et sa peau pâle est constellée de taches rouges.

– Qu’est-ce qu’il a fait ?

J’éprouve soudain l’envie irrépressible d’étrangler ce pauvre blaireau avec son nœud papillon.

Elle renifle.

– Rien de précis. Il a juste annulé notre dîner.

– Pour quelle raison ?

– Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et…

– C’est votre anniversaire ? Pourquoi vous ne m’en avez rien dit ?

– Je n’ai jamais fait tout un plat des anniversaires. Quand j’étais petite, j’ai pris l’habitude de fêter les « Bienvenue chez nous » comme d’autres fêtent leurs anniversaires.

– Les « Bienvenue chez nous » ?

– Le jour où mes parents adoptifs m’ont ramenée à la maison. Ils disaient toujours que tout le monde a un anniversaire, et que le jour où ils m’avaient eue, c’était le plus beau cadeau qu’ils aient jamais reçu. Alors ils se sont mis à fêter les « Bienvenue chez nous » avec moi au lieu des anniversaires. Ça craint, en fait. Pour moi, les anniversaires, ce ne sont que des chiffres.

– C’est incroyable. Enfin, bon, vous auriez quand même dû me dire que c’était votre anniversaire.

L’ironie ne m’échappe pas : Emerie parle à peine de son anniversaire, alors que mon ex-femme pense que le sien doit être célébré comme une fête nationale. Ça m’a toujours tapé sur les nerfs, même avant que la situation ne dégénère grave.

Elle hausse les épaules.

– Non, mais je me comporte comme un gros bébé, là. Baldwin avait réservé dans ce fameux restaurant français si branché où il est impossible d’obtenir une table et j’étais censée le retrouver à vingt heures.

– Qu’est-ce qui s’est passé ?

– Il m’a envoyé un SMS disant que Rachel était furieuse qu’il l’ait lâchée pour m’emmener dîner, l’autre soir, et quand il lui a annoncé qu’il sortait à nouveau avec moi, elle s’est tellement énervée qu’il a dû annuler ce soir.

Ce type est vraiment un connard fini. Et il embobine Emerie, je n’ai plus aucun doute là-dessus, maintenant qu’elle m’a expliqué, et vu la manière dont il a réagi l’autre fois, quand j’ai proposé qu’elle et moi sortions manger ensemble. Il est possessif avec elle, d’une façon qui est plus qu’amicale. Et pourtant, il veut pouvoir manger à tous les râteliers.

– Je sais que vous éprouvez des sentiments pour lui. Mais ce type m’a l’air d’être un sacré trouduc.

– Il faut juste que j’arrête de m’accrocher à lui et que je passe à autre chose.

– Je pense en effet que c’est une bonne idée.

– Je devrais sortir fêter mon anniversaire moi-même. Draguer quelqu’un dans un bar et le ramener à la maison.

– Non, ça, ce n’est pas une bonne idée.

Elle pousse un soupir.

– Je sais. En plus, je ne suis pas du genre à coucher au hasard avec le premier venu. J’ai essayé et ensuite je me déteste pendant des semaines. Ça n’en vaut pas la peine.

Dieu merci. L’idée d’Emerie qui ramène un inconnu chez elle me donne littéralement la nausée. En parlant de ça… mon coup d’un soir m’attend à l’étage.

– Qu’est-ce que vous allez faire, alors ?

– Je termine ce dossier et je rentre chez moi. Je suis fatiguée, de toute façon.

– OK. Ne restez pas trop tard. On fêtera ça demain. Je vous emmène déjeuner chez Joey.

Elle esquisse un sourire forcé et triste.

– Super. (Ses yeux tombent sur mes pieds.) Pas de chaussures ?

– Je suis descendu en vitesse.

– Vous travaillez tard et vous avez oublié quelque chose ?

– Non… je… euh… j’ai de la compagnie.

– Ah…

Son visage, déjà triste, prend l’expression de qui vient d’apprendre la mort de son petit chien. Cette fois, elle ne parvient même pas à afficher un sourire.

– Ne traînez pas à cause de moi. Je ne vais pas tarder à partir, ne vous inquiétez pas.

Je lui souhaite une bonne soirée, mais je me fais l’effet d’être une grosse merde en m’éloignant. Pourquoi ai-je l’impression d’avoir cent kilos de poids supplémentaire sur les épaules tandis que je remonte chez moi en ascenseur ? Ce n’est pourtant pas moi qui me suis fichu d’elle. Je ne savais même pas que c’était son anniversaire.

Je rentre dans mon appartement, complètement perdu dans mes pensées, et suis accueilli par Emily, plantée dans l’encadrement de la porte du salon. Elle n’est plus vêtue que de ses escarpins à talons aiguilles sexy en diable et de son string de dentelle noire.

Rien de tel qu’un excitant bonnet D pour te requinquer quand tu n’as pas le moral.

Elle incline la tête et croise les jambes au niveau des chevilles. Ses chaussures, pas question qu’elle les quitte. Je vois déjà les talons qui s’enfoncent dans mon dos.

– Le spectacle te plaît ?

Ma réponse se passe de mots. Je me dirige vers elle à grandes enjambées et la soulève pour nouer ses jambes autour de ma taille.

– Tu pourras t’asseoir sur moi plus tard. D’abord, je vais te baiser sur la table de ma cuisine. Ça te dit, Emerie ?

Elle pouffe.

– Emily. On dirait que tout le sang a déserté ton cerveau et gêne un peu tes capacités oratoires.

Merde. Je viens de l’appeler Emerie et je ne m’en étais même pas rendu compte.

– Oui, ça doit venir de là.

Je nous transporte jusqu’à la table et lui écarte les cuisses afin de défaire rapidement ma braguette, mais quand je baisse les yeux vers son visage souriant, je vois Emerie.

Emerie.

Et pas Emily, que je suis sur le point de baiser.

Je cille et mes yeux refont la focale. Cheveux châtain, peau mate à l’italienne, grands yeux marron. Rien à voir. Penché au-dessus d’elle, je prends le temps de retirer mon caleçon et en profite pour me clarifier l’esprit et replonger dans l’instant présent. Puis je fonds sur sa bouche.

Nous nous embrassons, et pourtant je n’arrive pas à effacer l’image d’Emerie en train de pleurer, toute seule dans son bureau. Ses grands yeux bleus rougis, sa peau claire rougie aussi, triste à cause d’un connard qui mange probablement des escargots et va la réveiller à deux heures du matin en faisant trembler ses murs.

Merde.

Merde.

– Meeeeeerde !

Je me redresse et me passe une main dans les cheveux, que j’ai envie de m’arracher tant je suis frustré.

– Quoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Je remonte mon pantalon.

– C’est une cliente. Elle a appelé pendant que j’étais en bas et je l’ai envoyée balader. Seulement, je dois aller bosser sur un truc.

– Tu plaisantes, là ? Maintenant ?

– Je suis désolé, Emerie.

– Emily.

Elle se couvre la poitrine et se rassoit sur la table.

– Emily. Oui. Pardon. J’ai l’esprit ailleurs.

Auprès d’Emerie, et pas d’Emily, où je devrais être.

– Pas de souci, marmonne-t-elle.

Je vois bien que si, il y a un souci. Normal, je ne la blâme pas. Je serais en rage si une femme me balançait l’excuse minable que je viens de lui servir. Sauf que je ne peux rien y faire. Hormis m’excuser.

– Je suis vraiment navré. Le temps est compté, autrement je ne te lâcherais pas comme ça.

– Je comprends.

Elle se rhabille et, moins de cinq minutes après être revenu dans mon appartement pour y trouver une femme super sexy qui m’y attendait nue, je la raccompagne à l’ascenseur.

La descente se déroule dans une atmosphère tendue. Dans le hall, elle m’embrasse sur la joue et sort sans un regard en arrière. Je devrais me sentir mal, mais à la place, je n’éprouve que de l’anxiété en me demandant si Emerie est encore là.

Elle a intérêt à n’être pas déjà partie.

 

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