Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 46 sur 46

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Egomaniac

Épilogue - Emerie

Épilogue

 

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Emerie,

 

un an plus tard

 

– Tu l’as ?

Roman plante la main dans la poche de sa veste et en tire une enveloppe.

– Juste là. Je n’en reviens toujours pas que tu aies déterré ce merdier, ajoute-t-il en secouant la tête.

Je repère Drew qui arrive dans le couloir.

– Range. Il arrive.

Roman glisse l’enveloppe dans sa poche, dont il tire une flasque à la place. Il dévisse le bouchon et me la tend.

– Une gorgée ?

– Non, merci.

Drew entre au moment où Roman porte la vieille flasque en métal usé à ses lèvres.

– Tu continues à trimballer ce truc sur toi partout ?

– On ne sait jamais quand on peut avoir besoin d’un shot de Hennessy, mon ami.

Je suis même surprise que Drew ne se soit pas mis à boire, vu les journées qu’il a passées dernièrement. Je l’ai presque rendu fou, avec les préparatifs pour ce soir. Mes parents vont arriver d’ici quelques minutes, ainsi qu’une demi-douzaine de petits copains de Beck. Même si ça fait presque un an qu’on vit à Atlanta, c’est la première fois qu’on reçoit vraiment de la visite. Enfin, à l’exception de Roman, qui ne compte pas comme un invité. Il fait partie de la famille pour Drew et, au cours de l’année écoulée, il est devenu un membre de ma famille aussi. Il est le frère agaçant dont j’avais toujours rêvé.

Parfois, quand il vient nous voir, je les retrouve sur le canapé à deux heures du matin, en train de jouer à des jeux vidéo, Drew et lui. D’autres fois, il fait rater son avion à Drew quand celui-ci doit partir à New York pour ses affaires, parce qu’il l’a entraîné dans l’une de ses missions de surveillance. En revanche, il a toujours été là pour nous. La plupart des gens gardent des cicatrices de la varicelle. Drew en a gardé un ami pour la vie. Entre ces deux-là, ça coule de source.

Beck déboule du dehors comme une bombe. Ses vêtements sont trempés et de l’eau marronnasse coule de sa petite tête.

– J’ai arrosé les fleurs !

– Euh… tu as arrosé les fleurs ou c’est les fleurs qui t’ont arrosé ? Va prendre un bain avant que tout le monde n’arrive, j’ajoute en désignant la salle de bains.

– Je ne peux pas plutôt plonger tout nu dans la piscine ?

Il accompagne sa requête de petits bonds, les mains jointes en un geste de prière.

– Non, tu ne peux pas plonger tout nu dans la piscine. Les voisins vont te voir.

Les épaules basses, le petit fait la moue et se dirige vers la salle de bains d’un pas exagérément traînant.

– On va chercher de la bière, Roman et moi, m’annonce Drew. Tu as besoin de quelque chose pendant que j’y suis ? Que je passe prendre le gâteau que tu as commandé ?

– Mes parents font un détour par la boulangerie en venant. La tradition veut qu’ils paient le gâteau. Ne me demande pas pourquoi.

Menteuse.

Drew m’embrasse sur la joue.

– Comme tu veux. Au fait, ajoute-t-il tout bas, ça ne semblait pas te déranger que les voisins te voient, toi, quand tu étais nue dans la piscine, l’autre soir.

Oui, bon, d’accord, il marque un point. Même si, pour ma défense, ça ne fait que trois semaines qu’on a Beck pendant que sa mère est en lune de miel à Bali ; j’avais bu un verre de vin et Drew venait de rentrer du sport, ce qui avait gonflé ses muscles encore plus que d’habitude. Sans compter qu’il faisait sombre dehors, et puis… j’ai dit que ses muscles étaient particulièrement saillants ?

Dix minutes plus tard, je viens de terminer de préparer ma salade aux billes de melon quand la sonnette retentit.

J’ouvre la porte sur mes parents, les bras levés au ciel.

– Joyeux « Bienvenue chez nous » !

 

*

* *

 

Je suis rentrée pour aller aux toilettes et en ressortant, je reste quelques minutes à observer la fête par la fenêtre de la cuisine. Tout se passe super bien dans le jardin. Mes parents discutent avec le nouvel associé de Drew et sa femme, Roman flirte avec la mère célibataire d’un des meilleurs amis de Beck (il se peut que j’aie signalé en amont à chacun d’eux que l’autre était célibataire), et Beck grimpe jusqu’à la cabane que son père et lui ont mis quatre mois à construire dans l’arbre, après notre emménagement ici.

Et aujourd’hui, c’est le jour de « Bienvenue chez nous ». Mes parents sont là, et cette année, ça va être encore plus spécial que d’habitude.

De la terrasse, Drew me voit les observer et s’excuse pour quitter la conversation qu’il avait avec l’un de ses nouveaux amis. Il se glisse dans la maison et vient se poster derrière moi, m’enlace par la taille et se joint à ma contemplation.

– Qu’est-ce qu’on regarde ?

– Ma vie.

– Ah oui ? (Il me fait pivoter vers lui et me donne un rapide baiser.) Maintenant, je regarde la mienne aussi.

Mon cœur soupire.

– J’adore quand tu me parles tendrement, comme ça.

– La nuit dernière, tu adorais quand je te parlais mal.

Je noue les bras autour de son cou.

– Peut-être tout simplement que je t’adore, toi.

– C’est vrai que je suis plutôt génial.

Je lève les yeux au ciel en riant.

– Égocentrique.

Il me dépose un baiser sur le front.

– Tes parents attendent le gâteau avec impatience. Je pense que ta mère a la dent sucrée.

Mes parents me harcèlent avec ce gâteau depuis la minute où ils sont arrivés. Pas pour la raison qu’imagine Drew, cependant. Le soleil commence à tomber et on a déjà dépassé d’à peu près une heure le moment où j’aurais dû servir le dessert… mais je repousse. Ça fait plus de six mois que j’attends cet instant impatiemment, et soudain me voilà en proie à la panique.

– J’ai promis à Beck qu’il pourrait aider à porter le gâteau. Pourquoi est-ce que tu ne nous préparerais pas du café, pendant que je vais le chercher ?

Je trouve Beck et, quand je lui annonce que c’est l’heure, il revient à la maison en courant. Son sourire jusqu’aux oreilles me rappelle mon excitation lors de mon premier « Bienvenue chez nous ».

– Ben dis donc, ça doit être un sacré gâteau, commente Drew, en voyant l’expression enthousiaste de son fils.

– Il est dans ma chambre. Oncle Roman a dit qu’il l’avait mis sous mon oreiller, parce qu’il est plus fort qu’une fée, hurle Beck par-dessus son épaule, déjà à mi-chemin dans le couloir.

Drew fronce les sourcils et je lui tends la main sans explication supplémentaire.

– Viens.

La chambre de Beck est jaune vif. On l’a autorisé à choisir la couleur quand je me suis installée à Atlanta de manière permanente à la fin du semestre. Fidèle à sa parole, Drew ne s’est pas plaint de la couleur que j’ai ajoutée à la maison. Chaque pièce est plus vive que la précédente, à l’exception de notre chambre que j’ai peinte dans un gris très doux. Je l’ai choisi parce qu’en interrogeant Drew sur la couleur qui lui ferait plaisir pour notre chambre, il a répondu que j’étais toute la couleur dont il avait besoin. Alors j’ai exaucé son vœu dans la chambre, puisque c’est le lieu où il exauce tous les miens.

Beck se tient près de son lit, l’enveloppe derrière son dos. Il a l’air sur le point d’exploser tant il est surexcité et souriant.

Je lui adresse un hochement de tête.

– Vas-y.

Il sort l’enveloppe de derrière son dos et la tend à son père.

– Joyeux « Bienvenue chez nous ».

Hésitant, Drew saisit l’épaisse enveloppe blanche, puis se tourne vers moi.

– C’est pour moi ? Mais c’est ta journée à toi, chérie.

Je secoue la tête.

– Ouvre.

Il tire les documents de l’enveloppe et les déplie. Étant avocat, il n’aurait pas mis longtemps à deviner de quoi il retourne, même sans l’en-tête de la lettre qui annonce déjà tout. Il se fige pendant qu’il lit le début, puis relève vers moi des yeux sidérés.

Je lui fais « oui » de la tête.

Recevant par ce geste la confirmation de ce qui est écrit noir sur blanc en haut de sa feuille, Drew feuillette rapidement la dizaine de pages agrafées pour parvenir à la dernière. Je sais ce qu’il cherche : toutes les signatures qui lui certifieront que tout ça est bien officiel. Et les voilà, bien claires, nettes et précises, comme il aime. Les signatures du juge Raymond Clapman et de Levi Archer Bodine.

Quand il reporte son regard sur moi, je vois les yeux de Drew emplis de larmes.

– Comment… ?

– Joyeux « Bienvenue chez nous », papa. C’est moi, ton cadeau ! Maintenant, Emerie et toi, vous pourrez fêter ça le même jour !

Bien sûr, ce n’est là qu’une formalité. Drew a toujours été le père de Beck dans leur cœur à tous les deux, tout comme je suis la fille de mes parents. Néanmoins, parfois, officialiser les choses ajoute la cerise sur ce qui est déjà le plus beau des gâteaux. Plus tard, j’annoncerai à Drew qu’on va payer une pension alimentaire supplémentaire pendant au moins dix années encore, mais je sais qu’il n’en aura absolument rien à faire.

Quand j’ai accepté de reprendre à mon compte la pension alimentaire due par Levi en échange de sa signature sur la demande d’adoption, j’avais prévu de m’en acquitter sur mes propres deniers. Ce sera ma participation à l’éducation de l’enfant qui, au cours de l’année écoulée, est devenu le mien aussi.

Il s’est révélé que Levi n’était pas très partant pour devenir le père de Beck. Il n’était pas non plus intéressé par la présence, qu’il juge trop onéreuse, d’Alexa à ses courses. Apparemment, les autres filles avec lesquelles il couche n’y étaient pas très favorables non plus. Moins de deux semaines après qu’Alexa avait obligé Drew à annoncer à Beck qu’il n’était pas son père biologique, Levi l’a plaquée. Il n’en avait que faire, lui, d’apprendre à connaître Beck. Son seul lien avec le petit, c’était l’énorme chèque de pension alimentaire qu’il devait payer depuis leur séparation et qu’Alexa exigeait toujours scrupuleusement.

Alors, quelques mois plus tôt, alors que Drew était à New York pour ses affaires et que le circuit NASCAR passait par la Géorgie, Roman et moi avons effectué un petit voyage d’une journée pour aller discuter avec Levi. Mon plan d’acheter sa décision était meilleur que celui concocté par Roman, qui impliquait l’intervention d’un ami d’ami de la police d’Atlanta pour mettre en scène l’arrestation de Levi sous prétexte de conduite en état d’ivresse et la menace de ruiner sa carrière de pilote s’il ne signait pas l’abandon de ses droits parentaux.

Pour ma part, je ne croyais pas beaucoup en mes chances de le convaincre de signer les papiers d’adoption en échange de la reprise du soutien financier auquel il était soumis, mais je n’avais rien à perdre et tout à gagner pour Drew. Or, parfois, il faut tenter sa chance. À présent qu’Alexa avait trouvé une nouvelle poule aux œufs d’or à laquelle s’accrocher, elle n’avait plus d’objection contre l’adoption. Au fond, elle savait que c’était juste et, au bout du compte, peu lui importait du moment qu’elle touchait son chèque mensuel et avait un homme à ses côtés.

Incrédule, Drew garde les yeux rivés aux papiers. Juste au moment où je le crois occupé à retenir ses larmes, j’en vois une qui s’écrase sur la page. En fait il pleure, il ne se retient pas, puis il ouvre grand les bras, en passe un autour de moi et l’autre autour de son fils pour nous attirer tous les deux contre lui. Et là, il ouvre les vannes. Ses épaules se mettent à tressauter et son corps à vibrer sous l’effet de ses sanglots silencieux.

Je ne parviens pas à m’en empêcher : je me mets à pleurer avec lui. Le moment est merveilleux, il me rappelle beaucoup le jour de mon arrivée chez mes parents et leurs larmes à eux. Je ne comprenais pas pourquoi ils en faisaient tout un plat, à l’époque, mais aujourd’hui, tout devient lumineux.

Une fois que nous avons séché nos larmes, Beck demande si on peut manger le gâteau, maintenant.

– Vas-y, mon bonhomme. Va chercher le gâteau et apporte-le dehors. Emerie et moi, on vous rejoint dans quelques minutes.

– OK, papa.

Sur quoi il sort en trombe, nous laissant tous les deux seuls.

Drew me dévisage, l’air stupéfait.

– Je n’en reviens pas que tu aies fait ça. Personne n’a jamais rien fait d’aussi important pour moi de toute ma vie.

Je recommence à avoir la gorge serrée.

– Roman m’a aidée.

Drew repousse une mèche de cheveux derrière mon oreille.

– Je n’en doute pas. Mais c’est toi qui m’as donné tout ce dont je rêvais.

Je serre ses doigts.

– Ce qui est normal, puisque tu m’as donné la même chose.

Il relâche ma main et recule d’un pas.

– Je ne t’ai pas encore tout donné. Mais j’en ai l’intention, si tu le veux bien.

La suite se déroule comme au ralenti. Drew plonge la main dans sa poche de devant et en sort un petit boîtier noir, avant de tomber sur un genou.

– J’ai ce truc dans ma poche depuis une semaine, à essayer de trouver comment te le donner. Je voulais que le moment soit spécial, alors je me suis dit qu’aujourd’hui ferait l’affaire, mais j’attendais aussi le bon moment. Or je n’en imagine pas de plus parfait, qu’est-ce que tu en dis ?

Je porte une main à ma bouche, les yeux baissés vers lui.

– Tu as raison, c’est parfait.

Drew serre ma main dans la sienne.

– Emerie Rose, depuis le jour où tu t’es introduite par effraction dans mon bureau, que tu l’as vandalisé et que tu m’as montré tes fesses, j’ai l’impression qu’il me manque une partie de moi lorsque je ne suis pas avec toi. Tu es la couleur dans mon univers en noir et blanc. Avant de te rencontrer, je ne comprenais pas pourquoi ça ne fonctionnait jamais avec personne. Mais je l’ai enfin compris : c’est parce qu’elles n’étaient pas toi. Alors s’il te plaît, dis-moi que tu veux bien m’épouser, parce que tu m’as déjà donné tout le reste. La seule chose qui manque à ma vie, c’est que tu portes mon nom.

J’ai l’impression de vivre un rêve. Les larmes coulent sur mes joues.

– C’est pour de vrai ? C’est vraiment en train d’arriver ?

– Vrai de vrai, chérie. Toi, moi, Beck… peut-être quelqu’un dans ton ventre et un autre qu’on adoptera un jour. On est déjà une famille. Tu m’as donné Beck de manière officielle aujourd’hui. Maintenant, donne-toi à moi de manière officielle. Dis « oui ».

– Oui ! Oui ! Oui !

Je suis tellement survoltée que je renverse Drew, qui a toujours un genou par terre, et nous tombons tous les deux au sol.

Où nous restons enlacés un moment, le temps que mon futur époux sèche mes larmes à coup de baisers.

– Ta demande était très mignonne. Oserais-je dire « romantique » ? Je ne te savais pas comme ça, Jagger.

Il roule de façon à se retrouver sur moi.

– Je suis comme ça. Mais je suis aussi autrement, et je vais te le confirmer dès que j’aurai viré tous ces gens de chez nous.

Je souris.

– Ah, revoici le pervers que je connais et que j’aime.

– Je veux juste que tu sois heureuse, chérie. (Il marque une pause.) Et nue.

Je le serai. Parce qu’entre les disputes, l’arrachage des vêtements et la « baise de compensation », je suis tombée follement amoureuse d’un homme inattendu au moment le plus incongru. Et il s’est avéré que c’était exactement ce dont nous avions tous les deux besoin.

 

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