Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 27 sur 46

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Egomaniac

27 - Drew

27

 

 

Drew,

 

réveillon du 31 décembre,

 

deux ans plus tôt 

 

Les juges détestent les affaires qui tombent le 31 décembre. Mais je sais ce qu’a prémédité mon ex-femme. Elle croit qu’en me traînant devant la cour le jour de notre anniversaire de mariage, sous un vague prétexte d’urgence, ça va me perturber. Elle me connaît vraiment si mal que ça ? Elle croit vraiment que je reste assis à la maison à me lamenter, trois mois après que notre divorce a été finalisé ? J’ai obtenu d’elle ce que je voulais à l’issue de la procédure : ma liberté et la garde partagée de notre fils. Qu’il soit mon enfant biologique ou pas ne change rien à ce que je ressens pour lui. C’est mon fils. Et ce n’est pas un test de paternité qui va me dire le contraire.

La réaction la plus intelligente d’Alexa a été de ne pas me disputer la garde partagée. Une fois que j’ai offert de lui verser une confortable pension alimentaire tous les mois, même si j’avais certainement en main des arguments pour ne rien payer, elle est soudain devenue très favorable à cet arrangement. Mon ex-femme n’a jamais été intéressée que par l’argent. Même quand on était mariés, je pense que je le savais, au fond de moi.

Je l’ai appelée au moins une demi-douzaine de fois pour savoir ce qu’elle mijotait, mais bien sûr elle n’a pas décroché. Son côté manipulateur a montré son vilain visage dès le jour où j’ai emballé ses affaires et les ai fait déménager dans un appartement de location à quelques rues de chez moi ; appartement que je continue à payer. S’il n’y avait pas eu Beck, j’aurais balancé ses merdes par la fenêtre quand j’ai changé les serrures. Mais je voulais avoir mon fils près de moi et il ne mérite pas de vivre dans un immeuble qu’Alexa a à peine les moyens de se payer.

– Un 31 décembre. Quel pauvre bougre est-ce que tu vas dépouiller pour bien commencer la nouvelle année ? plaisante George, l’auxiliaire de justice posté à l’entrée du tribunal familial, tout en vérifiant ma pièce d’identité.

Il lui arrive de faire des heures supplémentaires pour Roman, par exemple en tenant des planques la nuit, et nous sommes devenus amis au fil des années.

– C’est moi, le pauvre bougre. Mon ex-femme continue à jouer les garces.

Il hoche la tête, au courant de ma situation merdique que Roman lui a racontée devant quelques bières, un soir.

– Tu vas à la fête de Roman, ce soir ? me demande-t-il en me rendant ma carte d’identité.

– J’ai hâte d’y être.

– On s’y verra alors. Bonne chance pour aujourd’hui.

Alexa et son ordure d’avocat, Wade Garrison, sont déjà assis dans la salle d’audience quand j’y entre. Difficile de ne pas rire de sa jupe jusqu’aux genoux et de son col si serré qu’il donne l’impression de l’étrangler. Surtout quand j’ai en ma possession un millier de photos d’elle pendant des fêtes ou des week-ends, en jupes ultra moulantes qui lui couvrent à peine les fesses et avec des décolletés très loin d’être pudiques. Cadeau de Roman, qui me les a procurées après qu’elle et moi avons rompu… au cas où j’en aurais besoin un jour.

Mon ex-femme regarde droit devant elle, refusant de tourner la tête vers moi. S’il est bien une chose que je sais sur Alexa, c’est que quand elle évite mon regard, elle la joue super salope.

L’officier du tribunal appelle notre numéro de dossier et je fais en sorte de m’approcher avant eux, histoire de pousser le portillon et d’obliger Alexa à établir le contact visuel.

– Tu vas t’habiller comme ça à ta fête de fraternité, ce soir ? je lui chuchote. Tu devrais mettre un soutien-gorge plus gainant, parce que tu as les seins qui tombent. Sans doute à cause de l’allaitement.

Elle me jette un regard glacial. Auquel je réponds par un large sourire.

– Alors, qu’avons-nous là, messieurs-dames ? J’ai lu la motion, mais je n’ai pas la moindre idée de ce qui vous amène devant moi aujourd’hui, si ce n’est me faire perdre mon temps précieux, lance le juge Hixton.

– J’aimerais moi aussi savoir pourquoi nous sommes là, j’ajoute.

Le juge Hixton tourne son attention vers l’autre côté de sa salle d’audience.

– Vous voulez bien nous éclairer tous les deux, maître ?

Garrison s’éclaircit la gorge, un raclement bien gras. Comment il fait pour parler, avec son col boutonné aussi serré ? Je dirais qu’il aurait besoin de passer d’une taille vingt-trois à une taille vingt-quatre, en tour de cou.

– Votre honneur, nous souhaiterions soumettre un avenant au contrat, ainsi qu’une déclaration sur l’honneur de New York Laboratory.

Le juge fait signe à l’assistant juridique de collecter les documents.

– Tout cela a-t-il été transmis à la partie adverse ?

– Non, votre honneur, nous avons reçu la déclaration sous serment hier soir. Nous en tenons une copie à disposition pour M. Jagger, ici.

L’assistant juridique me distribue les documents, ainsi qu’au juge Hixton, et nous prenons un moment pour les parcourir. Je saute l’avenant et les résultats du test de paternité, pour passer directement à la déclaration sous serment du tiers. Dont je n’ai besoin de lire que la moitié de la première page.

Nous, Alexa Thompson Jagger et Levi Archer Bodine, avons lu et comprenons les conséquences, alternatives, droits et responsabilités afférents à cette déclaration sur l’honneur. Nous déposons sous serment en toute conscience et disons :

Moi, Alexa Thompson Jagger, je suis la mère biologique de Beckett Archer Jagger, comme stipulé par le certificat de naissance no NYC2839992 délivré par la Ville de New York.

Moi, Levi Archer Bodine, je suis le père biologique de Beckett Archer Jagger, comme certifié par le dossier n o 80499F fourni par New York Laboratory. D’où il apparaît que la paternité a été attribuée à Levi Archer Bodine avec une certitude scientifique de 99,99 %.

En conséquence, nous demandons tous deux une correction du certificat de naissance afin d’identifier Levi Bodine comme le père de l’enfant. Nous souhaitons aussi obtenir les droits parentaux complets, y compris la garde partagée et les droits de visite.

Il y a de la compassion dans la voix du juge Hixton quand il me demande :

– Monsieur Jagger, souhaitez-vous quelques jours pour répondre à cette motion ?

J’ai le cœur lourd de colère et de chagrin. J’ai l’impression que mon univers tout entier vient de s’écrouler. Je déglutis afin de ravaler mes larmes.

– S’il vous plaît, oui, Votre Honneur.

Tout ce qui se produit ensuite est enveloppé d’un brouillard. Garrison demande un droit de visite temporaire pour Bodine, que le juge décline le temps que j’aie vérifié la légitimité des tests présentés. Une date est arrêtée pour une nouvelle convocation, dans deux semaines à compter de mardi, et puis le marteau tombe.

Je suis encore pétrifié quand Alexa et son avocat quittent la salle.

Levi Archer Bodine. Ce type a le même deuxième prénom que notre fils. C’est Alexa qui l’a choisi, ce putain de deuxième prénom. J’avais suggéré qu’on lui donne les prénoms de nos pères respectifs, mais elle avait insisté, arguant qu’elle adorait ce prénom. Elle avait toujours rêvé de donner à son petit garçon le deuxième prénom Archer.

Sale menteuse.

Mais pourquoi son nom m’est aussi familier ?

Levi Archer Bodine.

Levi Archer Bodine.

Levi Bodine.

Bon sang, pourquoi ce nom m’est-il aussi familier, merde ?

Je le connais de quelque part.

Enfin, l’assistant juridique vient vers moi et me demande gentiment de partir afin qu’il appelle le cas suivant.

Sidéré, je me dirige vers la sortie. Je passe devant une poignée de gens que je connais sans leur prêter la moindre attention. J’entends leurs voix, mais je suis incapable de distinguer ce qu’ils disent. Ce n’est qu’une fois dehors, à l’air frais, que mon brouillard se lève. Pile au moment où je vois Alexa monter dans une Dodge Charger jaune vif avec le numéro « 9 » peint sur son flanc.

 

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