Egomaniac
38 - Drew
38
Drew
– Elle est culottée, me chuchote Roman, pas si discrètement que ça.
Alexa vient d’entrer dans le tribunal de son pas assuré, accompagnée de son avocat, Atticus Carlyle. Elle nous adresse un sourire.
Mes poings se serrent instinctivement. Après être revenu bredouille d’une journée et demie de recherches, je me demande pourquoi je suis surpris qu’elle ait choisi ce connard. Je le hais presque autant qu’il me hait, l’enflure. C’est la quintessence du bon vieux gars du Sud : accent à couper au couteau, nœud papillon et allusion à Dieu dans toutes les introductions et les conclusions de ses plaidoiries. C’est aussi le seul avocat qui m’ait jamais poussé à perdre mes nerfs dans une salle d’audience. Or il se trouve que le juge qui nous a été assigné est justement celui qui m’a sanctionné, après mon pétage de câble. Je commence à avoir la sensation que rien de tout ça n’est une coïncidence.
Dans un effort pour conserver le semblant de calme qui me reste encore, je m’abstiens de regarder de l’autre côté de la salle. Le juge Walliford prend place et l’huissier en uniforme appelle nos numéros de dossier. Il passe quelques minutes à lire, ses lunettes perchées à la pointe de son nez, avant de relever les yeux.
– Tiens, tiens, tiens, voyez donc qui nous avons là. Comme on se retrouve, n’est-ce pas (n’esseupâ) ?
– Effectivement Votre Honneur, je réponds.
– Ben vrai, vôôôtrôônneureu. Content de vous revoir, ajoute l’avocat de la partie adverse de sa voix traînante.
Walliford déplace des papiers et ôte ses lunettes, avant de se caler contre le dossier de son fauteuil.
– Monsieur Jagger, pourquoi pensez-vous que cette affaire devrait être entendue dans un tribunal de New York, plutôt qu’ici à Atlanta ? Vous croyez que les rouages de la justice ne tournent pas à la même vitesse ici qu’à celle à laquelle vous êtes habitués, vous, les gens du Nord ?
Bordel, comment je suis censé répondre à ça ? J’ai déposé une demande qui se fonde sur le lieu de résidence pour un déplacement de l’affaire. Je m’éclaircis la gorge.
– Ce n’est pas ça, Votre Honneur, je suis sûr que cette cour est très efficace pour juger tout dossier présenté devant elle, mais étant donné que la plaignante et moi sommes résidents de New York, j’estime que la juridiction naturelle serait celle du comté de New York. Selon notre accord…
Là, Carlyle intervient, la tête la première.
– Vôôôtrôônneureu, ma cliente est résidente de notre bon État de Géorgie. Elle est née et a grandi ici. Au cours de son bref mariage avec M. Jagger, elle a été résidente temporaire de New York, mais elle a récemment acheté une maison dans le comté de Fulton et c’est donc ici, son État de résidence. (Il exhibe un papier et poursuit.) J’ai avec moi une copie du titre de propriété de sa nouvelle maison, son permis de conduire délivré à Atlanta et une copie du bail de l’appartement où elle résidait DE MANIÈRE TEMPORAIRE à New York. Vous constaterez d’ailleurs que le bail n’était même pas au nom de madame Jagger.
– C’est des conneries. Le bail était à mon nom parce que c’est moi qui payais le loyer. Elle y a vécu deux ans.
Je sais avant d’avoir terminé ma phrase que je viens de commettre une grosse erreur avec mon éclat. Le juge Walliford agite le doigt.
– Je ne tolérerai pas ce langage dans ma salle d’audience. Vous, les Nordistes, vous trouvez peut-être cela acceptable de vous exprimer ainsi, mais nous ne sommes pas dans un bar enfumé ou dans une ruelle malfamée. Je vous prie de respecter ce banc, ce sera ma dernière mise en garde, monsieur Jagger. Après votre comportement de la dernière fois, dans ce même tribunal, je vous tiens à l’œil.
Et ça, c’était encore la meilleure partie de ma journée. Le juge Walliford a refusé ma demande de modifier les visites à New York et ordonné un procès complet pour décider du changement des droits de garde déposé par Alexa. Qui commencera dans deux semaines à compter de lundi. La seule chose qu’il a actée en ma faveur, ça a été notre planning de garde actuel, selon lequel j’ai Beck du vendredi au dimanche soir, ainsi que les mercredis soir pour le dîner. Bien qu’il soit clairement précisé que mes visites doivent se tenir, vous l’aurez deviné, dans « le bel État de Géorgie ».
J’attends que nous soyons sortis du bâtiment avant de tenter ne serait-ce que d’approcher Alexa. La dernière chose dont j’aie besoin, c’est qu’elle se mettre à brailler que je la harcèle et que Walliford me mette derrière les barreaux.
Je serre les dents.
– Alexa, je peux te parler, s’il te plaît ?
Carlyle la prend par le coude.
– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Alexa.
Je l’ignore et regarde mon ex-femme droit dans les yeux.
– Tu me dois au moins ça. Ça fait plus de deux ans que j’ai découvert le pot aux roses, et j’ai encore sacrément mal. Pourtant, jamais je n’ai rien laissé paraître devant Beck, il reste pour moi ce qu’il était. Je me fous de ce qu’affirme un putain de test sanguin, c’est mon fils. (Elle détourne les yeux.) Regarde-moi, Alexa. Regarde-moi.
Quand elle croise enfin mon regard, je reprends :
– Tu me connais. Est-ce que je vais lâcher l’affaire même si je perds dans deux semaines ?
Son avocat s’interpose.
– Vous menacez ma cliente ?
Je continue à soutenir le regard d’Alexa.
– Non, je lui demande de faire passer notre fils en priorité et de ne pas s’entêter dans cette procédure.
Elle prend une profonde inspiration.
– Ce n’est pas notre fils. Allons-y, maître Carlyle.
Heureusement que Roman se tient près de moi. Il me passe les bras autour du torse pour m’empêcher de me lancer derrière elle tandis qu’elle s’éloigne.
*
* *
Avant le vol de retour, je tente en vain de synchroniser mon calendrier avec mon téléphone portable, afin de passer quelques heures à feuilleter mon planning pour voir si je pourrais rester lundi, mardi et la moitié du mercredi à New York, puis revenir à Atlanta afin de dîner avec Beck le mercredi soir. Je resterais ensuite à Atlanta et télé-travaillerais jeudi et vendredi, avant de repasser prendre Beck pour le week-end. Ça ne va pas être facile de caser une semaine de rendez-vous clients, de dépositions et de présence à la cour sur deux journées et demie. Mais je n’ai pas d’autre choix. Mon fils doit passer en priorité. Il est déjà assez perturbé par ce soudain changement et de ne plus pouvoir passer ses week-ends chez papa. En plus, j’ai dans l’idée que si je rate ne serait-ce qu’une seule visite, le juge Walliford en entendra parler. Je n’ai pas besoin de lui fournir des munitions supplémentaires contre moi.
Même si mon fils est ma priorité, j’ai un autre objectif à présent que je suis de retour sur le sol new-yorkais. N’étant pas certain de pouvoir attraper le dernier vol de retour depuis Atlanta, je n’ai pas annoncé à Emerie que j’avais une chance d’être rentré ce soir. Il est tard, presque minuit, pourtant j’indique quand même son adresse au chauffeur de taxi au lieu de la mienne.
Durant les six jours où j’ai été absent, on s’est parlé tous les soirs ; et presque chaque fois, ça s’est terminé par mon orgasme au son de son vibromasseur. Ça m’a aidé à calmer mes nerfs, mais en même temps, ça m’a aussi donné encore plus faim d’elle en chair et en os.
L’intérieur de son immeuble est plongé dans le silence. Je prends l’ascenseur sans que personne m’ait questionné, vu que son bâtiment n’a pas de portier. Je déteste ça, en fait. Il faut vraiment qu’elle se trouve un endroit plus sécurisé où vivre, n’importe quel connard peut se pointer à sa porte. D’ailleurs, c’est ce qui est sur le point de se produire. Ayant posé mes bagages pour frapper, je jette un coup d’œil en direction de l’appartement voisin.
Oui, il lui faut vraiment un appartement plus sécurisé.
Au bout de deux tentatives (la seconde fois je cogne si fort que je crains de réveiller des voisins), une Emerie à l’air tout endormi vient m’ouvrir.
Comme elle était couchée, elle a quitté ses lentilles et porte ses lunettes. Bon Dieu ce qu’elle me plaît avec ces trucs sur le nez.
– Salut. Qu’est-ce que tu… ?
Je ne lui laisse pas le temps de terminer, je ne lui dis même pas « bonjour ». Du moins pas avec des mots. Au lieu de quoi, je m’introduis chez elle et la repousse en arrière en lui prenant le visage entre mes mains d’un geste pas très délicat. Je l’embrasse longuement, avec fougue, en refermant la porte d’un coup de pied avant de la soulever afin que ses jambes viennent se nouer autour de ma taille. C’est génial, comme impression, ça me débarrasse de cette sensation merdique qui me colle aux basques depuis toute la semaine.
Quand je glisse sous son petit short de nuit sexy et que je me saisis de ses fesses à pleines mains, elle gémit dans ma bouche. L’envie me vient de la reposer et d’empoigner mon sexe, mais cela impliquerait de m’éloigner de la chaleur de ses cuisses, or ça, pas question ! Alors je parviens je ne sais comment à atteindre le canapé sans trébucher et je la jette dessus sans plus de cérémonie, avant de la recouvrir de mon corps.
– Putain ce que tu m’as manqué, je lui dis d’une voix rauque.
Le regard d’Emerie est flou et rempli de bonheur.
– Je l’avais deviné à ton « bonjour ».
Tout en m’affairant à lui retirer son short et ses sous-vêtements, je me mets à sucer son cou.
– Je t’ai manqué ?
Elle enfonce les ongles dans mon cou quand je délaisse le sien pour m’attaquer à son oreille.
– Oui, souffle-t-elle. Oui, beaucoup.
Je lui mordille le lobe et insinue deux doigts dans son sexe.
– Comment ? Tu mouilles pour moi ?
La réponse, je la connais déjà, évidemment, mais j’ai envie de l’entendre de sa bouche.
– Oui.
Je frotte mon pouce contre son clitoris.
– Oui quoi ?
– Oui, je mouille pour toi.
– Dis-moi que ta petite chatte est toute trempée pour moi. Je veux t’entendre me le dire.
Déjà je déboucle ma ceinture. Qui aurait cru que je sois aussi habile ? Je ne sais par quel prodige, j’ai réussi à nous déshabiller tous les deux d’une seule main tout en suçant son cou, son oreille, ses lèvres et en caressant sa petite chatte humide de mon autre main.
– Ma… petite chatte est trempée pour toi.
Bon Dieu, il n’y a rien de plus sexy qu’entendre Emerie me dire qu’elle est excitée par moi. La semaine écoulée n’est plus qu’un lointain souvenir, je n’ai qu’une idée en tête : plonger en elle.
– Tu m’as tellement manqué.
Je me répète, mais bon, j’ai beau le lui avoir déjà dit, ça reste très, très vrai. Il faut que je la pénètre, je n’en peux plus. Elle va devoir faire une croix sur les préliminaires, cette fois. Même si, au son de ses halètements, je devine que ça ne devrait pas trop la déranger. Je m’insinue lentement dans sa fente, et j’ai tant de peine à me contrôler que mon corps tout entier en tremble. Quand enfin je suis entièrement fiché en elle, je pourrais jurer que certaines de mes terminaisons nerveuses se sont réveillées pour la première fois depuis des années. Son sexe étroit enveloppe mon membre et ses jambes nouées autour de ma taille m’agrippent encore plus fort.
Punaise, je ne me rappelle pas la dernière fois où c’était aussi bon.
Je commence à bouger, trop pressé de me sentir aller et venir dans cet étau puissant, et très vite je me rends compte que je ne vais pas tenir longtemps. C’est trop bon. Emerie ouvre les yeux alors que je me retire et nos regards se nouent. Je saisis ses deux mains, entremêle nos doigts et les plaque au-dessus de sa tête. Je veux l’embrasser, mais je n’arrive pas à la quitter du regard. La façon dont elle halète à chaque assaut, ses petits gémissements lorsque je me retire, est un spectacle fascinant.
Ses mouvements copient les miens. En haut, en bas, dedans, dehors.
– Oh oui, Drew. Là, oui. Ne t’arrête pas.
Par miracle, je réussis à me retenir juste le temps qu’il faut pour qu’elle jouisse en premier. Je regarde l’orgasme transformer son visage : sa tête tomber sur le côté, ses yeux se fermer, ses lèvres sensuelles s’entrouvrir. C’est ce que j’ai vu de plus beau de ma vie.
Une fois qu’elle commence à redescendre de son nuage, je reprends ma cadence, pompant plus fort et plus vite, chassant son orgasme tandis que le mien monte, monte, monte. Pile au moment où je suis sur le point d’exploser, je comprends enfin pourquoi la sensation est aussi différente, pourquoi chaque nerf est sollicité comme pour la première fois.
Je n’ai pas mis de préservatif. Merde. Je vais devoir me retirer…
– Em, je n’ai pas…
J’essaie de lui expliquer pourquoi je vais lui gâcher la fin de ce moment, mais je manque de mots, ils m’échappent aussi vite que mon endurance.
– … de préservatif.
Elle me regarde droit dans les yeux.
– C’est bon, je prends la pilule. Jouis en moi. S’il te plaît.
Il n’est rien dont je n’aie plus envie que de me déverser en elle. Mon corps en brûle avec une ardeur animale, mais alors que je me laisse aller, j’ai aussi l’impression de lui donner quelque chose que je retenais à un niveau bien plus profond.
Pour la première fois depuis le soir où j’ai rencontré Alexa et qu’elle m’a affirmé prendre la pilule, je viens m’exposer au risque de faire confiance à quelqu’un. Sauf que, pour une raison qui m’échappe, ça ne m’apparaît pas comme un risque, avec Emerie. Ça me paraît juste normal.
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