Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 23 sur 46

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Egomaniac

23 - Emerie

23

 

Emerie

 

– J’ai un cadeau d’anniversaire en retard, m’annonce Baldwin, tandis qu’on attend dans l’entrée du restaurant que la serveuse ait fini d’installer les clients devant nous.

– Ah bon ?

Tout sourire, il opine du chef.

– Tu as un entretien pour un poste de vacataire dans deux semaines. C’est seulement pour enseigner à une classe, mais ça te permettra de mettre un pied à l’université.

– Oh, là, là, Baldwin ! (Sans réfléchir, je me jette à son cou et lui fais un câlin géant.) Merci beaucoup. C’est le… (Je m’apprêtais à dire « meilleur cadeau que j’aurais pu demander cette année », mais je me rappelle celui de Drew et me corrige :) C’est génial. Merci beaucoup.

L’hôtesse d’accueil revient nous placer et nous passons l’heure qui suit à discuter du travail et du professeur qui va me faire passer mon entretien. C’est agréable de reprendre contact avec Baldwin, j’apprécie vraiment sa compagnie. Je me suis rendu compte, le mois écoulé, que la frustration causée par mes sentiments pour lui a commencé à dégrader notre relation. Il est temps que je passe à autre chose et que j’apprécie ce que nous partageons à sa juste valeur.

Une fois le repas terminé, le serveur débarrasse et Baldwin commande un expresso. Il croise les mains sur la table et détourne la conversation du sujet « travail ».

– Alors tu fréquentes l’avocat dont tu partages l’espace de bureau ?

– Non. Ce baiser auquel tu as assisté, c’était le résultat d’un excès de margaritas.

Baldwin fronce les sourcils, mais il hoche la tête.

– Bon, tant mieux. Je ne suis pas sûr qu’il soit le genre de personne à qui il faut trop s’attacher.

– C’est-à-dire ?

OK, je suis furax contre Drew et je prévois de lui botter les fesses dès mon retour au bureau, mais Baldwin n’a pas le droit de le critiquer alors qu’il ne le connaît même pas.

– Il a l’air… Je ne sais pas. Maladroit.

– Il est direct. Oui. Et parfois même un peu lourd. Mais il est plutôt attentionné, une fois qu’on le connaît.

Baldwin scrute mon visage.

– En tout cas, je suis content qu’il n’y ait rien entre vous. Je suis protecteur envers toi. Tu le sais.

C’est marrant, ces derniers temps, c’est plutôt Drew qui m’a donné l’impression d’avoir été protecteur envers moi.

 

*

* *

 

La porte de Drew est close quand je retourne au bureau. J’écoute afin de m’assurer qu’il n’est pas en ligne, puis je l’ouvre d’un coup sec.

– Tu es vraiment un gros con !

– Oui, on me l’a dit. Comment s’est passé ton déjeuner avec le professeur Pompeux ?

– C’était délicieux. (Je mens, mon burger sophistiqué n’était pas si bon que ça.) Baldwin a lu ce que tu as écrit sur mon ardoise. Il faut que tu arrêtes de te foutre de moi.

Il m’adresse un large sourire.

– Mais c’est si drôle de me moquer de toi. Et comme tu refuses de me laisser te faire jouir, il faut bien que je compense d’une autre manière.

– Maintenant, il doit penser que je n’ai pas une attitude professionnelle avec mes patients.

Drew hausse les épaules.

– Pourquoi tu ne lui as pas dit que c’était ma prose ?

– Déjà qu’il ne t’aime pas trop. Je n’ai pas voulu empirer ton cas.

– Je me fous complètement de son opinion à mon sujet. Pourquoi ça t’importe, ce qu’il peut bien penser de moi ?

Excellente question. Dont je n’ai pas la réponse.

– Ça m’importe, c’est tout.

Il me dévisage. Et puis il se met à frotter de son pouce sa fichue lèvre inférieure si alléchante.

– Tu veux savoir ce que je pense ?

– J’ai le choix ?

Drew contourne son bureau et vient appuyer une hanche contre l’avant.

– Je pense que tu m’aimes bien. C’est pour ça que l’opinion de ce connard t’importe.

– Là, tout de suite, je ne t’aime pas bien du tout.

Son regard tombe sur ma poitrine.

– Une partie de toi m’aime bien, pourtant.

Je baisse les yeux à mon tour, pour découvrir mes tétons durs et pointés. Bon sang, ils percent presque la soie de mon chemisier, ces imbéciles. Les traîtres.

Je croise les bras.

– Il fait froid, ici.

Drew se redresse et avance encore de quelques pas vers moi.

– Il ne fait pas froid du tout. Au contraire, je trouve qu’il fait assez chaud.

Il attrape le nœud de sa cravate et le desserre.

Merde, pourquoi est-ce que je trouve ça sexy ?

Mon cœur bat comme un fou dans ma poitrine.

Il s’approche d’un pas supplémentaire. Il ne doit plus y avoir qu’une cinquantaine de centimètres entre nous, à présent.

– Je pense que ton corps m’apprécie et que ta tête lutte contre cette attirance. Or ils devraient régler ça de manière adulte : en te mettant nue dans une chambre avec moi.

– Et moi, je pense que tu es fou. Or je suis psychologue, donc mon diagnostic est sans doute plus conforme à la vérité.

Il fait encore un pas.

– Donc si je remontais ta jupe et que je glissais une main entre tes cuisses, tu ne serais pas mouillée ?

Ma peau s’échauffe, sans que je sache si c’est dû aux paroles de Drew ou au besoin que j’éprouve de les voir mises à exécution. Je n’arrive plus à le regarder dans les yeux, pourtant je suis tout aussi incapable de m’en aller. Je garde le regard planté droit devant, et comme il est bien plus grand que moi, je contemple son torse qui se soulève et redescend. Chaque respiration est plus profonde, et la mienne se cale sur son rythme.

– Regarde-moi, Emerie.

Sa voix est grave et pleine d’assurance. Il attend que mon regard rejoigne le sien avant de franchir l’espace qui nous séparait encore d’un seul petit pas.

– Tu as trois secondes pour sortir de mon bureau. Autrement, tu me donnes la permission de faire de toi ce que je veux.

Je déglutis. D’une voix étranglée, les yeux toujours plantés dans les siens, je lâche :

– Je suis venue te crier dessus.

– J’aime bien quand tu es en colère. (Il marque une pause.) Un.

– Tu aimes quand je suis en colère ?

– J’ai découvert que ça m’excitait. Deux.

– Tu ne feras rien à trois, si je te dis d’arrêter.

Encore quelques centimètres vers moi.

– Bien sûr que non. Tu me fais confiance. Mais tu ne me demanderas pas d’arrêter. (Nouvelle pause.) Dernière chance.

Je reste pétrifiée tandis qu’il prononce le dernier chiffre.

– Trois.

Avant que j’aie pu objecter, la bouche de Drew s’écrase sur la mienne. Sa lèvre inférieure est si douce et si pleine, elle est parfaite. Ça fait des semaines que je l’observe et soudain ce zieutage intensif prend le contrôle de mon cerveau. Je l’attrape par la cravate et l’attire encore plus près tout en suçotant sa lèvre inférieure de rêve. Il répond par un grognement et passe les deux bras derrière moi, pour saisir mes fesses à pleines mains et me soulever du sol.

Ma jupe se retrousse quand je noue les jambes autour de sa taille. Il avance ainsi de quelques pas, jusqu’à ce que mon dos cogne contre le mur, puis il m’y plaque de son bassin afin de libérer ses mains.

Merde, il connaît tous les trucs. Sa bouche descend dans mon cou, qu’il suce, et j’entends le sifflement de sa ceinture quand il la sort des passants de son pantalon d’un geste sec.

Ce bruit.

Si puissant et pressé. Si je n’étais pas déjà trempée, je le serais, après avoir entendu ce bruit.

– Tu as des rendez-vous prévus, aujourd’hui ?

– Non. Juste des séances vidéo. Et toi ?

– Tant mieux.

Il attrape mon chemisier, une main de chaque côté, et tire un coup sec. Les boutons de nacre s’éparpillent au sol. Du pouce, il écarte un bonnet de mon soutien-gorge et se penche pour aspirer un téton dans sa bouche. Fort.

– Oh oui…

Je cambre le dos. Ça fait mal, pourtant j’en veux plus. J’essaie de saisir son pantalon, seulement en raison de la manière dont il me tient prisonnière, je n’y arrive pas. J’ai besoin de m’agripper à quelque chose. Alors j’enfonce mes doigts dans ses cheveux et je tire tandis qu’il augmente ses succions. Jamais de ma vie je n’ai ressenti pareil désir. C’est si puissant que j’ai envie de lui infliger une forme de douleur. Ce qui ne me ressemble absolument pas. J’aime le sexe en douceur, tendre. Là, c’est du besoin à l’état pur, un désir sauvage et charnel.

Mon corps est à vif, tellement palpitant et avide de jouir que je manque de perdre les pédales quand sa main glisse entre mes jambes pour écarter ma culotte. Il lâche un grognement en rencontrant mon humidité.

– Je savais que tu étais trempée.

Il insère deux doigts en moi et, à mon tour, j’émets un gémissement bruyant.

Ça fait trop longtemps.

Bien trop longtemps. S’il ne ralentit pas, je vais jouir.

– Drew…, je souffle, en guise de mise en garde. Doucement.

– Pas question, grommelle-t-il. Je ralentirai après t’avoir regardée jouir sur mes doigts. Je prendrai tout mon temps pour lécher chaque goutte du miel écoulé de ta petite chatte étroite. En attendant, je ne compte pas y aller doucement.

Il effectue des va-et-vient avec ses doigts, puis il en replie un pour stimuler pile la bonne zone et ça me rend complètement folle de plaisir. Je jouis dans un grognement, même pas gênée qu’il ait mis moins de cinq minutes à m’emmener au sommet.

– Oh merde, Emerie. C’est le truc le plus sexy que j’aie jamais vu.

Je suis sur le point de lui suggérer de faire en sorte que ça recommence, quand une voix résonne à travers le couloir.

– UPS. Drew Jagger, c’est bien ici ?

 

*

* *

 

Drew a quelques chemises de rechange accrochées au dos de la porte de son bureau. J’en enfile une pendant qu’il va à la rencontre du livreur d’UPS. On est d’abord restés immobiles et muets, en espérant qu’il s’en aille, mais il avait dû entendre du bruit, parce qu’il se dirigeait vers nos bureaux, ce qui a obligé Drew à partir à sa rencontre à contrecœur.

Voilà comment je me retrouve à boutonner frénétiquement une chemise d’homme dix tailles trop grande pour moi afin de me couvrir, comme si Drew risquait de ramener le gars d’UPS ici pour dire « bonjour ». Il y a deux minutes, j’étais tout là-haut, là-haut, du coup la chute est d’autant plus rude. Qu’est-ce que je suis en train de faire ?

OK, Drew est sexy et je suis physiquement attirée par lui. Impossible de le nier. Mais c’est une erreur. Lui et moi, nous avons des attentes différentes. Le fait que j’apprécie sa compagnie et que je passe toutes mes journées avec lui rendrait difficile de séparer le sexe et les sentiments. Il est comme une drogue : je sais que je ne devrais pas, seulement l’addiction est prompte à me saisir.

J’en suis au bouton du bas quand il revient dans le bureau.

– Le livreur d’UPS pense m’avoir interrompu en pleine séance de masturbation.

– Quoi ? Pourquoi ?

– Il avait un paquet pour toi et m’a demandé si tu étais là. Je ne voulais pas qu’il exige que tu le signes, alors j’ai répondu que non, que j’étais seul ici aujourd’hui.

– Et alors ? Comment il en serait arrivé à la conclusion que tu te masturbais ?

– Quand il m’a tendu sa tablette électronique afin que j’appose ma signature, j’ai remarqué son regard braqué là.

Il désigne son bas-ventre. Il a en effet un énorme renflement, on distingue même les contours de son érection à travers son pantalon. Sans compter que sa braguette est ouverte et qu’un pan de sa chemise s’en échappe.

Je porte une main à ma bouche pour pouffer.

– Oh non !

Puis je jette un second coup d’œil à son entrejambe.

Oh non… Le sexe de Drew est si large, si long qu’on le croirait armé d’une batte de base-ball.

Le temps a dû m’échapper pendant mon observation, car je l’entends qui ricane.

– Arrête de le regarder comme ça, sinon je n’aurai pas la patience de te laisser prendre ton temps pour le prendre petit à petit dans ta bouche quand tu me suceras, tout à l’heure.

Bon sang, ce qu’il peut être vulgaire.

Bon sang, ce que j’ai envie de le sucer.

Je secoue la tête et m’oblige à relever les yeux vers son visage. Dans ses prunelles danse une lueur amusée.

– Tu as besoin de quelque chose, avant qu’on monte à l’étage ?

– À l’étage ?

– Chez moi. Je veux m’assurer que nous ne soyons pas interrompus, la première fois où je plongerai en toi.

– Mais… je ne pense pas…

Il me fait taire avant que je puisse terminer ma phrase, en plaquant ses lèvres sur les miennes. Quand nous reprenons notre respiration, j’en ai la tête qui tourne. Il me regarde droit dans les yeux.

– Ne pense pas. Pas aujourd’hui. Tu penseras demain. Si tu préfères que ça reste une seule fois, je l’accepterai. Mais aujourd’hui, on va le faire.

Mon cerveau hurle « non », mais ma tête dit oui.

Il sourit.

– OK ?

– OK.

Il fourre la main dans sa poche et en tire ses clés.

– Prends ton ordinateur et ton téléphone portables. Monte chez moi et annule tout ce que tu as prévu pour le reste de la journée. Je vais en faire autant et je te rejoins dans un quart d’heure.

– Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas le faire tous les deux ici ?

– Parce que j’ai une érection de malade et que te voir dans ma chemise ne va pas me calmer. C’est déjà assez difficile de t’avoir vue jouir, t’abandonner à moi comme ça, l’image va rester gravée sur ma rétine. Je dois reprendre un minimum de contrôle, sinon je vais me ridiculiser.

– Oh.

Il m’adresse un large sourire.

– Ouais, « oh ». (Il dépose un chaste baiser sur mes lèvres et me chasse d’une tape sur les fesses.) File.

 

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