Egomaniac

Vi Keeland · Chapitre 4 sur 46

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Egomaniac

4 - Drew

4

 

 

Drew

 

Et merde.

– Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui se passe ?

La voix d’Emerie est empreinte de panique. Et je ne peux pas la blâmer. Tout le monde sait que les cobras, les tigres et les requins sont dangereux. Mais les dauphins à gros nez ? Si jolis et si mignons, dont les sifflements jouent des harmonies quand vous leur caressez le haut de la tête. Pourtant, blessez-en un par accident, et là, ils attaquent. C’est vrai. Mon passe-temps préféré, en plus de la baise et du travail, c’est regarder la chaîne National Geographic.

Kierra Albright est un dauphin à gros nez. Elle va recommander trente jours de prison au juge, plutôt que la simple amende dont elle nous a parlé il y a moins d’une demi-heure.

– Donnez-moi une minute. Asseyez-vous dans le fond, je viendrai vous chercher. Je n’en ai pas pour longtemps, j’ai besoin d’échanger quelques mots avec la substitut. Seul.

Emerie hoche la tête, alors même qu’elle semble au bord des larmes, et je lui laisse un moment pour se ressaisir. Ensuite j’ouvre le portillon qui sépare le public des hommes et des femmes de loi dans la salle d’audience, puis je la conduis dans une pièce vide à l’arrière. En m’éloignant, je remarque une larme qui roule sur sa joue et cette vision me stoppe immédiatement.

Sans réfléchir, je lui soulève le menton afin que nos regards se croisent.

– Faites-moi confiance. Vous serez chez vous ce soir, OK ? Faites. Moi. Confiance.

 

*

* *

 

Ma voix fait sursauter Kierra dans les toilettes pour dames, en face de la salle d’audience.

– C’était quoi, ce bordel ?

Je referme la porte à clé tandis qu’elle pivote pour me faire face.

– Tu n’as pas le droit d’entrer ici.

– Si quelqu’un te pose la question, réponds que c’est mon côté féminin qui domine, aujourd’hui.

– Tu es un connard.

– C’est moi, le connard ? Non, mais c’était quoi, sans déconner, ton « Ravie de te voir, Drew » de merde ? Et « Je recommande une amende de cinquante dollars et tu seras ressorti d’ici à temps pour ton parcours de golf » ?

Elle me tourne le dos et s’approche du miroir. Sortant un bâton de rouge à lèvres de la poche de son tailleur, elle se penche et peint ses lèvres en rouge sang, sans plus rien dire jusqu’à ce qu’elle ait terminé. Puis elle m’adresse le sourire le plus large, le plus étincelant que j’aie jamais vu.

– Je me suis dit que ton nouveau joujou avait besoin de s’habituer à ce qu’on lui dise blanc avant qu’elle se rende compte que, en fait, c’est noir qui se produira quand elle s’y attendra le moins.

– Elle n’est pas mon joujou. C’est… une amie à qui je donne un coup de main.

– J’ai vu la manière dont tu la regardais, celle dont tu lui posais la main dans le dos. Si tu ne la baises pas encore, ça ne tardera pas à arriver. Elle a peut-être besoin d’une nuit derrière les barreaux parce que tu n’es pas capable de te tenir en salle d’audience. Ça risque de la rendre moins réceptive à tes charmes. En y songeant, je lui rends service, à cette pauvre fille. Elle devrait me remercier.

– Tu es à côté de la plaque si tu t’imagines que je vais te laisser t’en tirer à si bon compte. Emerie n’a rien à voir avec ce qui s’est passé entre toi et moi. J’irai jusqu’à demander au juge Hawkins de se récuser, s’il le faut.

– De se récuser ? Sur quelle base ?

– Au motif que ton père joue au golf avec lui tous les vendredis et que tu m’as dit toi-même qu’il t’accorde tout ce que tu demandes. Tu as oublié comme tu aimais discuter boutique après qu’on avait baisé ?

– Tu n’oserais pas.

Jusque-là, je suis resté à une certaine distance, à peu près trois mètres, devant la porte verrouillée, mais je m’approche lentement vers l’endroit où elle se tient. Tout près.

– Tu en es certaine ?

Elle soutient mon regard un long moment.

– Bien. Mais faisons ça de la façon dont sont censés procéder des adversaires. Pas de menaces sous la ceinture. On va conclure un accord.

Je secoue la tête.

– Qu’est-ce que tu veux, Kierra ?

– Tu veux que ta cliente soit rentrée chez elle ce soir ? J’exige quelque chose en retour.

– Très bien. Tu veux quoi ?

Elle passe une langue humide sur sa lèvre supérieure, telle une affamée en train de contempler un bon gros steak.

– Toi. Et pas dans un placard ou sur la banquette arrière d’un Uber. Je te veux pour un vrai rendez-vous où tu m’emmèneras dîner et boire du vin dehors avant de rentrer m’offrir un soixante-neuf digne de ce nom.

 

*

* *

 

– Oh, là, là, je ne vous dirai jamais assez merci.

– Allons payer votre amende et on s’en va d’ici.

Tandis que je la pousse hors de la salle d’audience, Emerie semble interpréter ma hâte comme de l’impatience parce qu’elle a déjà trop abusé de mon temps aujourd’hui. Sauf que ça n’a rien à voir. J’ai presque atteint la sortie quand Kierra nous interpelle.

– Drew, tu as un moment ?

– Pas maintenant. Je suis attendu quelque part.

N’importe où, à condition que ça soit ailleurs qu’ici.

Je garde la main dans le dos d’Emerie et continue d’avancer, mais ma cliente est d’un autre avis. Elle s’immobilise.

– Il faut qu’on y aille.

– Laissez-moi au moins remercier la substitut.

– Ce n’est pas nécessaire. La ville de New York la remercie un vendredi sur deux en lui remettant son chèque.

Emerie me jette un regard de reproche.

– Je ne vais pas me montrer malpolie sous prétexte que vous l’êtes.

Sur quoi, elle se retourne et attend que Kierra nous rattrape.

– Merci beaucoup pour tout, lui dit-elle, une main tendue. J’étais dans tous mes états, ce matin, quand j’ai cru que j’allais être envoyée en garde à vue.

Kierra baisse les yeux sur la main d’Emerie et la snobe. Elle pivote vers moi et c’est en me fixant du regard qu’elle lui répond :

– Ne me remerciez pas moi. Remerciez votre avocat.

– Oui, je vais le faire.

– Ne le remerciez pas trop non plus, n’allez pas me l’épuiser. (Sur quoi, elle tourne les talons et agite la main par-dessus son épaule.) Je t’appelle pour notre rendez-vous, Drew.

Emerie m’observe.

– C’était bizarre.

– Elle a dû oublier de prendre ses médocs. Venez, on file.

Le temps que l’on paie l’amende et qu’on récupère le double de l’attestation d’Emerie, il est presque seize heures.

Sur les marches du tribunal, elle se tourne vers moi.

– J’espère que vous n’êtes pas opposé aux démonstrations d’affection en public, parce que j’ai besoin de vous serrer dans mes bras.

En fait, je ne suis pas très démonstration d’affection en public, non, mais là… je ne serai pas payé pour cette journée fichue, alors autant en tirer quelque plaisir. Or ces jolis seins plaqués contre moi, c’est carrément mieux que rien. C’est peut-être même mieux qu’une journée complète à six cent soixante-quinze dollars de l’heure.

– Si vous insistez.

Le sourire qu’elle m’offre est proche de la perfection, je n’ai jamais vu un truc pareil. Et puis vient l’étreinte. Longue. Les seins et le petit corps menu m’enveloppent dans ce qui est bien plus qu’une étreinte de courtoisie. En plus, elle sent bon.

Quand elle s’écarte, elle garde les mains sur mes bras.

– Je vais vous rembourser, pour aujourd’hui. Même si ça doit me prendre des années.

– Ne vous tracassez pas là-dessus.

– Si, si, j’y tiens.

Nous passons quelques minutes de plus à parler, échangeons nos numéros au cas où des livraisons pour elle arrivent au bureau, et nous nous disons « au revoir ». Elle se dirige vers le nord de la ville, moi vers le sud, nous partons donc dans des directions opposées. Après quelques pas, je regarde par-dessus mon épaule le balancement de ses fesses. Cette fille est tout aussi chouette de dos que de face.

Ce qui me fait penser… Je parie qu’elle est encore plus magnifique sur le dos. Pile au moment où je vais reprendre mon chemin, Emerie se tourne vers moi et me surprend en train de la suivre du regard. Elle sourit jusqu’aux oreilles et agite la main une dernière fois avant de tourner à l’angle de la rue et de disparaître.

OK, si elle veut me rembourser pour aujourd’hui, je suis d’accord.

Et j’ai déjà plusieurs idées pour récupérer mon dû.

 

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