Halsey

Elma Hilde · Chapitre 9 sur 48

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Halsey

Halsey

 

Quand je pousse la porte de mon immeuble ce jeudi soir, je suis sur les rotules. J'ai couru toute la journée dans les différents quartiers de New York pour faire des démarches administratives afin de faire les changements nécessaires pour ma société. Maintenant, je dois me consacrer au lancement de mon site internet et trouver d’autres moyens de me faire connaître afin de gagner rapidement des clients. Je fais une halte à la boîte aux lettres pour récupérer notre courrier et commence à grimper les marches en trainant les pieds.

Je n'en ai pas gravi une dizaine que je vois un homme qui descend d’un pas hâtif. Je ralentis, trop aspirée dans ma contemplation du bel individu. Effectivement, cet homme est du genre à vous faire perdre tous vos moyens, même monter un simple escalier. Le premier constat est qu’il est vêtu très élégamment. Il porte un joli pantalon en lin beige et une chemise blanche à manches courtes. Il est très soigné, même ses cheveux noirs sont parfaitement coiffés en arrière. Une fois qu'il arrive à ma hauteur, il me jette un bref regard, j’aperçois un sourire se dessiner à la commissure de ses lèvres. Je lui réponds de la même façon. Alors que nous nous croisons, une divine effluve d’eau de toilette vient me chatouiller les narines. Quel délice ! Je me tourne rapidement pour profiter de cette senteur, mais surtout pour l'admirer de dos. Je ne suis pas arrivée à la ligne de ses fesses que mon pied droit se tord, me faisant perdre l’équilibre. Je trébuche bruyamment dans les escaliers. Mince ! Je finis ma chute deux marches plus bas avec une douleur lancinante dans la cheville. Ce n’est pas vrai !

J'essaie de me relever quand l'homme que je viens de croiser remonte vers moi.

— Est-ce que ça va ?

—Oh, oui... je suis très maladroite, dis-je, en rougissant de honte.

—Moi aussi, ça m'arrive souvent de faire preuve de maladresse.

Il s'agenouille devant moi. Je peux ainsi le scruter avec plus de précision et il est à tomber. La preuve… j'ai les fesses par terre ! Il a de beaux yeux bleus, d’une très jolie forme en amande et un très beau teint, sans aucune imperfection. Son nez fin est légèrement retroussé.

—Je vais vous aider à vous relever, me dit-il, en me tendant ses mains.

Je les saisis. Elles sont fermes et douces.

—Merci.

Une fois sur mes deux pieds, je constate que ma cheville est vraiment douloureuse.

—Vous avez mal quelque part ?

—À ma cheville.

—D'accord. Je vais vous aider à remonter chez vous. On va regarder ça de plus près.

Il passe alors un bras autour de ma taille pour me maintenir et me tend son autre main pour que je prenne appui sur lui.

—Vous vivez à quel étage ?

—Au troisième.

—Oh... mon frère aussi vit au troisième.

—Jefferson ?

—Oui, c'est mon grand frère. C'est donc vous la nouvelle voisine dont il m'a parlé.

—Oui, je suis Halsey.

—Moi, c'est Eli.

—Je suis contente d'être tombée sur vous. Merci Eli.

Nous arrivons devant ma porte, je l'ouvre et Eli m'aide à m'installer sur le canapé.

—Il faudrait de la glace.

—J'en ai dans le congélateur.

Il se précipite dans la cuisine et prend des glaçons dans le bac prévu à cet effet. Après les avoir glissés dans un torchon, il revient vers moi et l'applique sur ma cheville.

—Ça devrait calmer la douleur. Je pense qu'un anti-douleur et une bonne nuit de repos seront suffisants.

—Vraiment ?

—Oui, me dit-il avec un joli sourire.

—Je n'aurais pas besoin d'aller voir un médecin.

—En fait, je suis médecin.

—Oh... j'ai vraiment beaucoup de chance d'être tombée sur vous, rigolé-je.

—Effectivement.

—Vous travaillez à l'hôpital ?

—Tout à fait.

—Et dans quel service ?

—En pédiatrie.

Nous nous regardons un instant avant qu'il se relève.

—Vous avez des anti-douleurs.

—Sur le réfrigérateur, il y a une boîte en plastique.

—Je reviens.

Quelques instants après, il me tend un verre d'eau et deux comprimés.

—Je dois y aller, je suis attendu pour le dîner.

—Oh, je vois ! Je ne vais pas vous prendre plus de temps. Merci de votre aide.

—Il n'y a pas de quoi. N'oubliez pas les anti-douleurs et du repos.

—Oui, merci infiniment.

—Au revoir, Halsey.

—Au revoir, Eli.

Il ouvre la porte d'entrée et disparaît dans le couloir.

Après son départ, je prends les cachets qui sont toujours dans ma main, les avale et m'allonge pour me reposer comme Eli me l'a conseillé.

Cette rencontre était tellement imprévisible. Je ne m'y attendais pas et c'était un moment incroyable. Eli est tellement séduisant. Je me suis sentie près de lui. Malheureusement, il est parti et je ne le reverrai probablement pas. Je suis vraiment déçue, mais je n'ai pas su quoi faire.

Comment j'aurais pu faire un pas vers un homme de son envergure. Je dois lui paraître si fade et immature. La preuve en est... il a disparu sans se retourner. Je finis par m'endormir en pensant à Eli.

C'est la porte d'entrée qui me réveille. Je sursaute sur le canapé.

—Hal ! Tout va bien ?

—Je me suis tordue la cheville dans l'escalier.

—Mince !

Il se précipite vers moi et s'accroupit.

—Hum, ce n'est pas gonflé, ça devrait aller, mais si demain tu as trop mal, on ira à l'hôpital.

—Je pense que ça devrait aller, mais je préfère la laisser au repos ce soir. J'ai pris un anti-douleur aussi.

—Tu as bien fait. Reste là, je vais m'occuper de toi. Je ne veux pas te voir debout.

—OK !

Il part vers la cuisine et commence à préparer le dîner. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas envie de lui parler de ma rencontre avec Eli. Peut-être parce que je ne l'ai vu que quelques minutes et que les chances que ce soit à nouveau le cas sont infimes.

—Alors, ta journée ?

—J'ai eu deux shoots aujourd'hui, c'était assez fatigant, mais c'était vraiment cool !

—Tu as peut-être fini par trouver ta vocation.

—Je ne ferai pas sa toute ma vie, mais pour l'instant ça me permet de me faire du blé.

—C'est sûr. N'oublie pas quand même d'essayer de te projeter dans l'avenir afin de comprendre ce dont tu as envie Aidan. Les années passent si vite et, si tu continues ainsi trop longtemps, tu seras pris au piège dans cette vie que tu voulais temporaire, coincé dans un train de vie dont tu ne pourrais plus te passer et finalement, tu passerais à côté de ton existence.

—Putain Hal ! T'es vraiment un esprit torturé.

—N'importe quoi ! J'aime savoir où je vais dans ma vie. Toi, tu es moins calculateur et c'est une bonne chose aussi, mais faire quelques plans, c'est rassurant.

—J'ai des plans !

—J'aimerais bien les connaître.

—Non !

—Et pourquoi ça ?

—Parce que je ne sais pas si je vais pouvoir les réaliser et je le vivrai comme un échec.

—Je comprends...

—Crois-moi Hal, je sais parfaitement où je vais. Tout est sous contrôle.

—Arrête de m'intriguer.

—Je ne te dirai rien de toute façon, dit-il, en haussant les épaules.

Je ne sais pas vraiment s'il veut garder cela secret ou s'il ne veut pas m'avouer qu'il n'a aucun plan d'avenir. Je l'ai toujours vécu au jour le jour, sans faire le moindre projet, alors j'ai plus tendance à croire qu'il ne veut pas me le dire. Cela dit, je ne m'inquiète pas pour lui, car il a toujours su se débrouiller. Aidan m'a surprise à plus d'une reprise. La plus énorme étant la fois où il m'a appris qu'il s'était inscrit à l'université. Je n'en revenais pas. Il jurait tous ses grands Dieux que jamais il ne mettrait un pied sur un campus et finalement, il y a obtenu sa licence en commerce.

—J'ai eu mes parents au téléphone aujourd'hui.

—Ils vont bien ?

—Oui, ils étaient contents d'apprendre que je serai à la maison ce week-end.

—Cool ! On va chez Wes samedi soir, ou tu préfères rester avec eux.

—J'hésite vraiment ! Une soirée à rire avec mes amis ou à écouter mes parents me faire toutes sortes de reproches...

—Ok ! J'appellerai la bande demain pour leur dire que l'on se retrouve là-haut. Tiens, dans quinze jours je pars au Brésil pour une séance photo.

—Espèce de veinard.

—Eh oui !

—Je n'arrive pas à y croire. Moi aussi je veux devenir top model.

—Moi vivant, c'est mort ! S'exclame-t-il, en prenant place à mes pieds.

Il pose délicatement ma cheville endolorie sur ses genoux.

—Tu n'es pas drôle. C'est toujours toi qui fais les trucs cool !

—Tu ne m'as même pas dit comment s'est passée ta journée avant la chute dans l'escalier.

—Bien, j'ai fait tout ce que j'avais à faire. Je vais lancer mon site demain. Je voudrais refaire de nouvelles cartes de visite pour les déposer dans des endroits ciblés.

—Il faut que tu te serves des réseaux sociaux.

—Oui, je vais m'occuper de tout ça.

—Je suis sûr que ça va marcher.

—On verra bien ! C'est beaucoup plus facile de se faire connaître dans une ville comme New York que dans le Connecticut. J'ai beaucoup plus d'outils de diffusion à ma portée ici.

—Hal, tu sais que tu peux compter sur moi pour l'argent. Je ne veux pas que ce soit un problème. J'ai de quoi nous assumer tous les deux.

Je me redresse, passe mes bras autour de son cou et dépose un baiser sur sa joue.

—J'ai pas mal économisé et je n'ai presque pas touché à ce que j’ai gagné sur mes deux premiers mariages alors, j'ai une petite avance, mais merci beaucoup.

—Je ne veux pas que tu plaques tout ici pour retourner à Woodbury à cause d'une histoire de fric.

—Mais non, je vais rester ici avec toi.

—Tu me le diras si tu as besoin de quoi que ce soit.

—Tu as ma parole, rigolé-je.

—Ça te dit un bon film ce soir ?

—Avec plaisir.

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