Halsey

Elma Hilde · Chapitre 41 sur 48

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Halsey

Halsey

 

— Kyle, tu m'as appelée ?

— Halsey, Aidan est venu au bar pour boire une bière avec nous. Tout allait bien. Il est parti aux toilettes et quand il est revenu, il était complètement fou.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Je n'en ai aucune idée, je lui ai dit de rester avec nous, qu'on allait t'appeler et il a tout pété dans le bar. J'ai essayé de le retenir...

— Je sais Kyle. J'appelle sa mère. Elle a essayé de me joindre.

— OK !

Je raccroche et compose le numéro de Sarah.

— Halsey.

— Où est Aidan ?

— Mon Dieu Hal, il est parti avec l'arme de son père.

— Quoi ! Mais pourquoi ?

— C'est Travis qui conduisait la voiture qui a percuté Devon, m'avoue-t-elle.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je comprends alors la gravité de la situation.

— J'y vais Sarah, dis-je avant de raccrocher.

Je prends les clefs de ma voiture et sors précipitamment de la maison.

Je monte dans l'habitacle et démarre sur les chapeaux de roues. Je tremble de la tête aux pieds. J'arrive devant la maison des parents de Travis en peu de temps, ils ne vivent pas loin de chez moi. Je remonte l'allée en pierres en courant. La lumière est allumée sous le porche. J’accélère le pas en découvrant la porte qui est grande ouverte. J'ai tellement peur de ce que je vais découvrir.

— Aidan, crié-je, en entrant dans la maison.

Je tends l'oreille afin d'entendre le moindre indice de l'endroit où il se trouve. Je tourne sur la droite pour traverser le grand salon qui est vide. Puis, c'est la salle à manger, déserte, elle aussi. Je vois alors la porte au fond du couloir ouverte et des éclats de voix me parviennent dans cette direction.

Je me rue vers cette pièce. J'entre en trombe et découvre une vision effrayante.

Nous sommes dans le bureau de monsieur Watson. Les murs sont tous occupés par des bibliothèques qui vont du sol au plafond. Un grand bureau en bois d’ébène trône au centre de la pièce et un canapé en cuir vert foncé lui fait face. C'est là qu'est assis Travis. Aidan se tient debout, face à lui, et tient le canon de son arme pressé contre le front de ce dernier. Monsieur Watson est prostré dans un coin, l'air totalement perdu.

— Mais qu'est-ce que tu fais ?

Il jette un petit coup d'œil dans ma direction. Je comprends qu'il est surpris de me voir là.

— Aidan ?

— Il a tué Devon !

— Ta mère vient de me l'apprendre, mais Aidan, tu ne peux pas faire ça !

— C'est un enfoiré ce mec, franchement, je rends service à tout le monde.

— Aidan...

— Il t'a fait du mal aussi.

— On était enfant, et si Travis n'avait pas agi de la sorte, on ne se serait peut-être jamais parlé toi et moi.

— Je n'ai plus rien, il m'a tout pris, pleure-t-il.

— C'est-ce que tu crois ? Et ton père et ta mère, tu les laisserais seuls. Et moi, Aidan ?

— Ne me prends par pour un con ! Tu restes avec moi parce que Devon est mort.

— C'est faux.

—Dès qu’il sera enterré, tu vas te barrer pour être avec lui.

—Tu te trompes !

— Ce fils de pute t'a appelée et tu as accouru.

— J'étais chez mes parents.

— Avec lui, m'accuse-t-il.

— Non ! Aidan, j'ai rompu avec Eli.

— Menteuse, hurle-t-il. Tu ne fais que de mentir !

— Je te dis la vérité, viens avec moi et nous irons voir mes parents, ils te confirmeront que j'étais avec eux. C'est pour ça que ma mère m'a appelée et que j'ai dû partir, car ils ont appris que le mariage est annulé.

— Tu as fait ça ?

— Oui.

— Quand ?

— Après que tu m'aies raccrochée au nez au restaurant. J'ai essayé de te rappeler, mais tu n'étais plus joignable. J'ai eu peur que tu ne t’enfuis encore et j'ai paniqué. J'ai tellement souffert de ton absence, je ne pouvais pas revivre ça encore une fois. Je n'ai pas hésité une seconde, il fallait que je vienne te voir. Eli a compris à ma façon de réagir que tu seras toujours le plus important à mes yeux.

— Pourquoi ?

— Je te le dirai quand tu arrêteras de pointer cette arme sur Travis.

— Il a tué mon frère.

— Et on va faire ce qu'il faut pour qu'il paie pour son geste, mais pas comme ça. Baisse ton arme, je t'en prie.

— Hal...

— Devon m'a dit, il y a quelques mois, qu'il voulait que l'on soit heureux tous les deux. Aidan, je veux être heureuse avec toi, alors arrête ça, s'il te plaît. Tu vas sacrifier mon bonheur pour cet abruti ?

Son regard passe de moi à Travis. Il se tourne vers moi en me tendant l'arme.

— Dis-moi pourquoi ?

Je m'en empare avant de me presser contre lui.

— Parce que tu mon Unique, Aidan Parker, et que je suis follement amoureuse de toi.

— Hal, chuchote-t-il, en posant son front contre le mien.

— On n'en restera pas là, s'agace soudainement monsieur Watson.

Je me penche pour regarder dans sa direction.

— Vous n'êtes qu'une pauvre merde monsieur Watson, tout comme votre fils. Fichez-lui la paix. Travis a pris la vie d'un homme rempli de valeurs auxquelles vous ne comprendrez jamais rien.

Je prends la main d'Aidan avant de traverser la maison vers la sortie.

Une fois à l'extérieur de la maison, je lui fais face.

— Mais t'es malade ou quoi ! Hurlé-je, en le poussant violemment.

— Hal !

— Tu n'es qu'un égoïste, doublé d'un sale enfoiré, continué-je, en le frappant avec force. Putain ! Mais tu as quoi dans le crâne ?

Il s'empare de mes bras avant de les maintenir fermement dans le dos.

— Lâche-moi, crié-je.

Je viens d’avoir la peur de ma vie et je suis furieuse après lui d’avoir agi de façon si stupide.

— Alors arrête de me frapper !

— Non ! Je vais t'étriper, bordel.

—Ça suffit petite chose.

— Va te faire foutre Aidan.

Je me débats avec force et je finis par me libérer de son entrave. Je le pousse une nouvelle fois. Il percute fortement ma voiture.

— Hal...

C'est alors que je lui saute littéralement dessus. Mes mains s'accrochent à ses cheveux, je tire vigoureusement dessus ce qui le contraint à basculer la tête en arrière. Ma bouche investit la sienne avec tellement d'ardeur que nos dents s'entrechoquent. Je laisse tout ce flot de sensations me submerger. Je n’ai plus conscience de cette réalité. Je ne vois que lui. Je le convoite avec une violence insoupçonnable. J’éprouve soudainement un désir qui m’est parfaitement étranger. J’ai toujours profondément aimé Aidan, mais jamais je ne l’avais voulu de façon aussi charnelle. Ma raison est totalement dépassée par ce qui se joue entre nous, je ne cherche pas à reprendre le contrôle, bien au contraire, je le concède bien volontiers à mon corps. J'introduis ma langue entre ses lèvres sans aucune délicatesse. Ses mains se referment sur mes fesses. Il me soulève contre lui et, instinctivement, j'enroule mes jambes autour de sa taille.

Il me frotte frénétiquement contre son entrejambe avant de me plaquer contre le capot de ma voiture. Je glisse mes mains entre nous pour déboutonner son jean et les introduire dans son boxer. J’entre en contact avec lui, ce qui le fait grogner quand les phares d'une voiture nous éblouissent de leurs lumières. Nous nous figeons en la regardant passer près de nous. Je ne parviens pas à reconnaître ni le véhicule, ni ses occupants, ce qui n'est pas plus mal, vu le spectacle que nous leur offrons. Nos regards se croisent et nous partons alors dans un fou rire.

— Merde ! Siffle-t-il, entre ses dents quand notre hilarité s'est calmée.

— Quoi ?

— J'ai failli te baiser sur le capot de ta voiture en pleine rue...

— Et c'est grave ?

— Non, juste illégal, plaisante-t-il.

— Se faire coffrer pour attentat à la pudeur, c'est mieux que pour meurtre.

Son visage devient subitement très grave.

— Hal, je suis désolé.

— Vraiment ?

— Je n’aurais pas dû péter un plomb avec Travis, ni essayer de coucher avec toi sur la carrosserie de ta voiture.

— Tu m'as fait peur Aidan, j'ai vraiment cru que tu allais faire une bêtise.

— Je sais, c'était débile.

— Pour le reste, c'est moi qui ait commencé.

— Tu as raison, tout est de ta faute.

— Bah voyons…

— J'en suis revenu à me branler sous la douche comme un ado boutonneux depuis un an, alors si tu joues les allumeuses en plus...

— Je ne joue pas les allumeuses !

— Allez, rentrons, dit-il, en tendant la main dans un sourire.

J'accepte son aide pour me remettre sur mes pieds, mais mes jambes sont légèrement flageolantes à cause de notre baiser torride qui m'a mis dans un état d'excitation totalement surréaliste. Nous montons en voiture et rentrons rapidement chez les parents d'Aidan. J'imagine qu'ils doivent être complètement affolés.

— Ils vont me tuer, me dit-il inquiet alors que je viens de garer ma voiture en bas de chez lui.

— Tu leur as fait peur.

— Je sais.

— Que s'est-il passé chez Wesley ?

— J'ai entendu ce connard de Bradley dire que Travis était sorti de l'hôpital aujourd'hui après son accident de samedi soir. Je n'ai pas mis de temps à comprendre.

— Aidan, tes parents le savaient.

— Oui, je l’ai compris.

— Tu ne peux pas leur en vouloir de te l'avoir caché.

— Je sais ma puce.

— Bien. Rassure-les et demande pardon. Ça devrait suffire.

Je m'apprête à sortir, mais sa main me maintient par le bras.

— Quoi ?

— Tu n'as pas menti ?

Je m'approche de lui de sorte que nos visages se frôlent.

— Quand nous étions à New Haven, tu m'as demandée de te raconter ceux à quoi je rêvais plus jeune pour mon avenir. Je peux t'avouer aujourd'hui que je voyais beaucoup de toi dans ma vie. Il y avait des trucs vraiment cul-cul comme un mariage, une lune de miel sur une île paradisiaque, une belle maison avec une balancelle sous le porche.

— L'horreur...

Je glousse.

— Il y avait des petits bébés aussi.

— Voilà qui est plus intéressant.

— On va prendre notre temps et gérer chaque chose petit à petit.

— Tant que je t'ai dans ma vie, je m'en fous.

— Embrasse-moi Aidan.

Il pose sa main sur ma nuque avant de presser doucement sa bouche contre la mienne. Je m'attendais à un échange plus brutal, mais non, il est délicat et savoure l'instant. Malheureusement, il m'abandonne trop vite à mon goût.

— Je crois que je leur ai fait assez de souci comme ça.

— Oui, tu as raison.

Nous sortons du véhicule avant de nous diriger vers la maison.

À peine avons-nous franchi la porte d'entrée que sa mère se rue sur lui.

— Aidan Parker, tu es fou, dit-elle en sanglotant.

— Je ne voulais pas te faire peur, j'étais tellement en colère maman, s'explique-t-il, en la serrant contre lui.

— Nous aussi, nous sommes en colère Aidan, mais on ne peut agir de façon aussi inconsidérée.

— Je sais.

— Que serait-il arrivé si Halsey n'avait pas été là ?

— Mais elle était là...

— Ne fiche pas ta vie en l'air, tu n'as pas le droit de nous faire ça, ni à papa et moi, ni à Devon, ni à Halsey.

— J'ai mal agi.

Elle se tourne alors vers moi et me prend dans ses bras.

— Merci ma petite chérie.

— Ce n'est rien.

Elle pose une main sur ma joue.

— Tu es un ange Halsey.

— Merci Sarah.

— Appelle tes parents, ils sont inquiets. Je leur ai simplement dit qu'Aidan a eu besoin de toi.

— D'accord.

Je me dirige à l'étage et appelle ma mère pour la rassurer. Je reste quelques minutes au téléphone avec elle. Quand je raccroche Aidan m'a rejoint dans sa chambre.

— Tout va bien ?

— Oui, elle est contente que tu ailles bien.

— Vraiment ?

— Elle le pense sincèrement. D'ailleurs, ce soir mon père m'a avoué à demi-mot que je faisais une erreur en épousant Eli.

— Ah bon !

— Oui. Tu veux que nous dormions là ?

— Il ne reste que la chambre de Devon.

— On peut aller chez moi.

— Non, j'ai envie de passer un moment avec lui, tu vois ?

— Bien sûr, je comprends.

— Tu ne trouves pas ça bizarre ?

— Non, pas du tout.

— Et ça ne te dérange pas de dormir dans son lit ?

— Non, pas tellement.

— D'accord.

Il me tend alors sa main.

— Viens, on doit se reposer.

Je la saisis et le laisse m'emmener jusqu'à la chambre de Devon. Moins de cinq minutes plus tard, nous nous glissons sous la couette. Aidan s'allonge en posant sa tête contre mon ventre. Je profite de ce moment de calme en le câlinant doucement.

— J'ai peur pour demain, chuchote-t-il.

— Moi aussi, j'ai peur.

— Je ne sais pas ce que je suis censé faire.

— Tu dois lui dire au revoir d'une certaine façon. Je sais que c'est dur à faire.

— Parle-moi, m'ordonne-t-il gentiment.

— De quoi ?

— De ce que l'on fera après, de notre vie ensemble.

— D'accord.

Je lui parle de tout ce que je voudrais pour nous, jusqu'à ce que sa respiration soit plus calme, signe qu'il s'est endormi.

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