Halsey
Aidan
Je suis fou de rage quand je raccroche. Elle se fiche de moi, ce n'est pas croyable. Je lui laisse le temps et l'espace qu'elle me demande et elle, elle se barre avec son médecin de merde. Elle ment pour rester avec lui ! Elle me prend pour un abruti, bordel ! Finalement, ça a toujours était Eli. Depuis le début de leur histoire, elle s'est mise à me cacher des choses, elle m'a planté à New Haven parce qu'elle se moquait de mes sentiments pour elle. À la suite de ça, elle a emménagé avec son docteur et ne m'a plus jamais donné la moindre nouvelle et là, elle me tient à distance pour pouvoir mener sa petite vie tranquille avec son fiancé. Tout ce qu'elle souhaite c'est que je ne reparte pas, mais mon amour, elle s'en fiche éperdument.
— Aidan, on y va, me lance mon frère, en entrant dans ma chambre.
Je me tourne vers lui. Je suis furieux et cela ne lui échappe pas.
— Qu'est-ce qui se passe ? Me questionne-t-il, en fronçant les sourcils.
— Hal est avec ce fils de pute, m'énervé-je.
— Et alors ?
— Comment ça « et alors » ?!?
— Mais putain Aidan ! Elle est fiancée avec ce type, elle a pris un engagement avec lui. Tu te mets à sa place deux secondes. Imagine comment elle doit être mal à l'aise par rapport à lui ! Mais merde, tu la connais ou pas ? Halsey fait toujours ce qu'elle peut pour ne pas heurter les gens et là, elle se retrouve dans un cas où elle va forcément faire souffrir l'un de vous deux et toi, tu fais ton capricieux, alors que tout ce qu'elle désire, c'est limiter la casse. Tu n'as toujours rien compris, tu es un trou du cul Aidan, et je commence à me demander si elle ne ferait pas mieux de rester avec son docteur, hurle mon frère.
—Tu te fous de moi ?
—Non ! Selon toi, elle ne prend pas en considération tes sentiments, mais tu as ignoré son amour pendant combien de temps ? Laisse-la faire les choses à sa manière, ne la brusque pas, respecte ce dont elle a besoin pour une fois !
— Je... marmonné-je sur un ton coupable.
— Est-ce que tu veux toujours venir boire un verre avec la bande, ou préfères-tu rester ici à pester contre tout le monde ?
— Je n’ai plus envie de sortir.
— Comme tu voudras.
Il s'apprête à partir.
— Devon ?
— Quoi ?
— Je t'aime frangin.
— Moi aussi.
Il sort avant de revenir vers moi.
— Aidan, je l'ai eu au téléphone tous les jours pendant six mois et, crois-moi, elle t'aime. Tu peux avoir tout ce dont tu rêves avec Hal, mais pour ça, il faut que tu te montres à la hauteur. Ne la fais pas fuir, s'il te plaît.
— Ouais.
— Une fille comme elle, ça se mérite.
—Je vais faire les choses bien.
— Bien. Hal est comme ma petite sœur, alors ne lui fais pas de mal ou je vais devoir te botter le cul mon pote.
Je hausse les épaules.
— Tu peux toujours essayer, plaisanté-je.
— Tu es sûr de ne pas vouloir venir ?
— Ouais, tu m'en as mis plein la tête, j'ai mal au crâne, je vais me pieuter.
Mon frère quitte la pièce. Après m'être dévêtu, je me glisse sous la couette. J’appellerai Hal demain pour m’excuser de mon attitude. Devon a raison. Halsey est une fille douce et la perspective de me faire du mal, ou même à l’autre con, doit lui être insoutenable. Je dois la ménager au lieu de l’accabler davantage. Le problème est que je suis comme un fou lorsque j’ai l’impression de la perdre. Je ne l’avais pas vue depuis des mois et elle était enfin là, je la tenais dans mes bras et elle était heureuse de me voir. Je ne peux imaginer que ce ne soit plus jamais le cas. Le pire dans toute cette histoire c’est que ça serait bien fait pour ma gueule. J’ai tellement fait le connard avec elle. Je finis par m’endormir en priant pour qu’elle soit assez folle pour me donner une seconde chance de la rendre heureuse.
C’est alors que l'on me secoue vigoureusement. Je dormais profondément et j’ai du mal à revenir à moi.
— Aidan, lève-toi.
Même encore légèrement endormi, j’arrive à percevoir la peur et le désarroi dans sa voix. J’ouvre brusquement les yeux.
— Maman ?
— Aidan, Devon a eu un accident.
Je me redresse subitement à l'annonce de cette nouvelle.
— Quoi ?
— Il est à l'hôpital de Waterbury.
— Merde ! Qu'est-ce qu'il a ? Demandé-je, en me levant pour m'habiller.
— Ils n'ont rien voulu me dire. Papa nous attend en bas.
Nous descendons rapidement. Mon père est déjà dans la voiture. Nous le rejoignons alors qu’il prend la direction de l’hôpital. Je sens l’inquiétude palpable de mes parents. Pour ma part, je suis dans l'incompréhension la plus totale. Il devait aller chez Wesley à cinq minutes de la maison. Comment est-ce possible ? Je prends mon portable et appelle Andy. Il décroche immédiatement.
— Aidan, ça va mon pote ?
— Andy, Devon est venu chez Wes ce soir ?
— Oui, il a bu une bière avec nous, mais lui et Emma sont partis pour Waterbury.
— Mais pourquoi ?
— Je crois qu'il voulait aller manger un morceau. Il y a un problème ?
— Ils ont eu un accident.
— Putain de merde ! Où ?
— Je n'en sais rien. Ils sont à l'hôpital de Waterbury.
— On arrive.
— OK !
Je raccroche. Ma mère me regarde par-dessus son épaule.
—Ils sont partis à Waterbury pour manger un morceau.
— Emma était avec lui ?
— Oui.
— Seigneur.
Nous passons le reste du trajet dans le silence le plus total. La peur s'est emparée de nous. Mon père gare la voiture sur le parking des urgences. Nous sortons du véhicule et nous courons jusqu'au bureau d'accueil.
— Mon fils a été admis suite à un accident de voiture, dit mon père d'une voix nerveuse à la secrétaire qui se trouve derrière le comptoir.
— Quel est son nom ?
— Devon Parker.
— Il était avec une jeune femme ?
— Oui, Emma Coleman.
— Votre fils est au bloc. Je vais demander à quelqu'un de venir vous voir. Vous pouvez patienter dans la salle d'attente.
— Merci madame.
Nous nous installons là où la secrétaire nous l'a indiqué puis, nous patientons pour avoir des nouvelles de l'état de santé de Devon et Emma. Ma mère tremble comme une feuille sur sa chaise, mon père la prend dans ses bras pour la réconforter.
Quand mes amis passent la porte des urgences une vingtaine de minutes plus tard, nous n'avons pas eu la moindre information de la part du corps médical sur leur état de santé. Andrew est accompagné de Chelsea, Kyle et Will.
— Vous avez vu le médecin ? Me demande Andy après avoir salué mes parents.
— Personne n'est venu encore.
— Mince...
— J'ai la trouille Andy, avoué-je.
— Moi aussi Aidan.
J'enfonce mes mains dans mes poches avant de m'adosser au mur. Je suis rongé par la crainte.
Un médecin en tenue verte apparaît par les portes battantes, quelques minutes après. Il se dirige vers nous et je comprends, à sa mine défaite, que les nouvelles ne sont pas bonnes. Mes parents se lèvent pour lui parler. Moi, je ne bouge pas, je suis tétanisé sur place, incapable du moindre mouvement.
— Madame et Monsieur Parker ?
— Oui.
— Votre fils est arrivé aux urgences avec un traumatisme crânien et une hémorragie interne au niveau de l'abdomen. Celle-ci était trop importante et, nous n'avons pas pu la stopper. Je suis désolé, mais Devon est décédé.
Entendre les paroles du médecin confirmer ce que je redoutais en le voyant arriver vers nous me tord les tripes. J'ai la douloureuse sensation que mon cœur vient d'exploser dans ma poitrine. Je me sens alors comme totalement déconnecté de cette réalité. Les sons qui m'entourent me paraissent si lointains, et les gens sont comme flous. Je parcours frénétiquement la pièce des yeux, complètement sonné par le drame qui vient de se jouer.
C'est alors que je la vois passer les portes automatiques des urgences. Son regard se pose sur moi. Je la vois se décomposer au loin. Soudain, j'entends les cris et les pleurs de ma mère. Sa douleur me fait sortir de cet état second. Je sors les mains de mes poches avant de me précipiter vers elle. Je parcours la salle des urgences d'un pas pressant.
— Aidan, murmure-t-elle, alors que j'arrive à sa hauteur.
— Barre-toi ! M'écrié-je.
— Aidan ?
Je colle mon front contre le sien avec force. Mon geste l'a fait reculer d'un geste.
— Il est mort par ta faute. T'entends ! C'est toi la responsable de ce putain de merdier, l'accusé-je.
Je sens alors que l'on me saisit par le bras pour m'éloigner. Andrew me maintient fermement.
— Mais tu fous quoi putain Aidan ?
— Je devais sortir avec lui ce soir, et j'ai refusé de l'accompagner parce qu’elle m'a pris pour un con, une fois de plus.
Son visage se crispe sous l'effet de la douleur que lui provoque mes paroles remplies de rage. Mon chagrin est tel que je suis dans l'incapacité de contrôler quoi que ce soit. La seule chose que je comprends, c'est que je n'ai plus de grand frère, que j'aurais pu éviter cet accident si j'avais été avec eux. Rien de tout cela ne se serait produit si elle n'avait pas menti.
— Si j'avais été avec lui, il serait encore en vie, lâché-je, en la regardant droit dans les yeux. Barre-toi Halsey, c’est un conseil ! Tu n’as plus ta place ici, je ne veux plus voir ta tronche.
Elle tourne les talons et disparaît dehors, suivi de près par son frère.
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