Halsey
Halsey
À peine ai-je raccroché avec Aidan, que je me suis précipitée à l'extérieur de mon appartement pour me rendre à mon véhicule. J'ai dû me faire violence pour respecter les limitations de vitesse et je suis certaine de n'avoir jamais mis si peu de temps pour rentrer à Woodbury. La nuit est déjà tombée quand j'arrive en ville. La maison de Sarah et Robert, les parents d'Aidan, est illuminée. Je bondis hors de ma voiture et cours jusqu'à la porte d'entrée. Je crois que j'ai très peur que cet appel ne soit que le fruit de mon imagination. Mon esprit flirte dangereusement avec le burn-out ces derniers temps. Mon sommeil, qui était déjà très perturbé depuis le départ d'Aidan, a décidé de m'abandonner totalement à l'approche de mon mariage. Je ne dors plus qu'avec l’aide de petites pilules. Je ne me leurre pas, je sais que je ne vais pas bien et que l'homme qui m'a appelée il y a une heure en est la cause. Quand mon poing s'abat sur le bois de la porte principale de la petite demeure mitoyenne, je tremble de la tête aux pieds. La lumière du perron s'allume et Devon apparaît devant moi.
— Ma jolie Halsey.
— Devon, le salué-je la voix hésitante.
Je le fixe complètement perdue, je suis terrorisée à l'idée qu'il ne soit pas là.
Devon m'attire à lui et me serre gentiment dans ses bras.
— Détends-toi, il est rentré.
Je m'effondre dans ses bras quand il me confirme qu'Aidan est bien de retour.
— Chut, murmure-t-il à mon oreille. Rassure-toi, je doute qu'il ait dans l'intention de partir de nouveau.
Je me redresse avant de sécher mes larmes.
— Où est-il ?
— Dans sa chambre. Vas-y.
— Merci Devon.
— De rien.
Je gravis rapidement les quelques marches que compte l'escalier. Le palier est plongé dans l'obscurité, seule la lumière qui s'échappe de la chambre d'Aidan éclaire succinctement le couloir. A chaque pas que je franchis, je me sens défaillir davantage. Je suis un concentré d'émotions vives, saisissantes et surtout parfaitement contraires. J'ai envie de le frapper en lui hurlant dessus ma colère qu'il m'ait abandonnée, autant que je désire l'éteindre et lui dire combien il m'a manqué. J'aimerais lui confier que je le hais aussi ardemment que je veux lui crier mon amour. Mon cœur s'impatiente de le voir, alors que ma raison m'ordonne de prendre mes jambes à mon cou. Comment un être humain peut-il me mettre dans un tel état, et surtout, comment puis-je traverser une telle épreuve en sans en perdre mon discernement ?
Je pose la main sur la poignée de la porte entrouverte et la pousse doucement. Je le découvre alors assis sur son vieux fauteuil en cuir. Chaque jour qui a succédé à son départ a été si difficile à vivre que j'ai l'impression qu'une éternité a passé depuis lors, et étrangement, je ne trouve pas qu'il ait changé. Ses cheveux sont toujours aussi longs, ils sont attachés grossièrement. Son visage est un peu creusé, il doit avoir perdu un peu de poids et il semble fatigué ; mais il reste Aidan, l'homme le plus beau que je connaisse et qui a cette capacité étonnante à me faire sentir vraiment unique. Personne ne me fait éprouver ce sentiment si particulier, hormis lui. Je suis spéciale lorsque nous sommes l'un avec l'autre. Il lève ses magnifiques yeux verts dans ma direction. Je peux y déceler une multitude de sentiments très différents. Il est de toute évidence, inquiet, apeuré, mais surtout visiblement très soulagé. Il bondit de sa place, me surplombant alors de toute sa hauteur.
— Aidan...
Ses mains se posent sur ma taille et en une seconde, je quitte le sol. Il me tient fermement dans ses bras. Son visage se niche dans le creux de mon épaule, alors que je m'enroule autour de son cou. Nous pleurons l'un contre l'autre laissant échapper enfin la douleur et la frustration causées par ces mois interminables de séparation.
— Ma puce, tu m'as tellement manqué.
— Toi aussi tu m'as manqué.
— Je te demande pardon d'être parti, mais j'en avais trop besoin. Je devenais fou sans toi, ajoute-t-il toujours en sanglotant.
— J'étais tellement inquiète pour toi.
Nous restons encore de longues minutes ainsi. Nous sommes tous les deux plus calmes, profitant simplement d'être de nouveau réunis. C'est Aidan qui brise notre étreinte le premier. Il me repose doucement par terre avant de reprendre place dans son fauteuil. Il plonge alors son visage dans ses mains.
— Putain Hal ! Je ne sais même pas par où commencer...
Je le rejoins avant de m'agenouiller entre ses jambes alors que mes mains se posent sur ses avant-bras.
— Ce n'est pas grave.
Il se redresse pour me regarder, ses doigts jouent avec mes cheveux.
— Tu es si belle Halsey. C'était une torture de ne pas voir ta jolie bouille tous les jours. Je n'aurais jamais dû te laisser quitter l'appartement. Tout est parti en vrille à partir de ce moment-là.
— J'aurais dû venir te voir ou prendre de tes nouvelles, mais j'avais tellement peur de ta réaction et surtout de te faire encore plus de mal. Je n'ai pas agi de la sorte par manque d'intérêt pour toi, mais parce que je pensais t'aider en te laissant de l'espace. Je te connais trop bien et il y avait peu de chance pour que ça se passe bien, j'ai refusé de le voir par peur ou par égoïsme, j'en suis désolée.
— Tu avais fait un choix. Hal. On ne peut pas être amis dans ces conditions, pas avec les sentiments que j'éprouve pour toi et lui. Je n'en ai pas la force !
— Mais...
— Non Hal ! Me coupe-t-il. Tu n'as pas la moindre idée de ce que je ressens à ton égard alors, ne me demande pas d’accepter de te voir avec lui.
— Tu ne voulais pas que nous parlions pour arranger les choses entre nous ?
— Oh si, j'espère sincèrement que notre relation va s'améliorer, mais pour ça, il ne peut y avoir que nous ma puce.
Je me lève brusquement.
— Tu es simplement revenu pour me faire le même coup qu'à New Haven.
Il se lève à son tour et prend mon visage entre ses mains.
— Je suis revenu parce que ma famille me manquait. Je voulais te parler pour que nous mettions enfin les choses à plat tous les deux, après tu épouseras ton docteur si tu veux, mais tu le feras en toute connaissance de cause.
— Je sais tout ce qu'il y a à savoir.
— Non, c'est faux. Nous n'avons jamais été honnêtes l'un envers l'autre sur les sentiments qui nourrissaient notre relation.
Je le repousse sèchement.
— J'ai toujours été sincère Aidan, m'agacé-je. Le seul à avoir triché, c'est toi !
Sa main se referme sur ma nuque. Il m'attire à lui et ses yeux sondent les miens avant intensité.
— Dis-le-moi.
— Quoi ?
— Dis-moi que tu m'aimais, mais que tu l'as toujours tue.
— Je n'étais qu'une enfant, ça ne compte pas.
— Sauf que toi et moi Hal, ça remonte à loin.
Avoue-le bon sang !
— Oui, j'étais amoureuse de toi.
Sa main vient caresser ma joue et son pouce danse lentement sur mes lèvres.
— Moi aussi, je t'aimais. Pourquoi tu as cessé de m'aimer ?
Je fais un pas en arrière rompant de nouveau notre contact.
— Tu as vraiment besoin que je te l'explique ?
— Oui.
— Amanda, Brooke, Nicole, Rebecca... je pourrais continuer pendant des heures. J'ai cru pendant longtemps que ça te passerait et que tu finirais par ouvrir les yeux, mais j'en ai eu assez d'attendre Aidan.
— Et à quel moment tu es venue me voir pour me dire ce que tu ressentais, ou même me faire savoir que tu en avais marre ?
Je m'apprête à riposter, mais il m'en empêche.
— Je ne cherche pas à me dédouaner de quoi que ce soit, j'ai tous les torts dans notre histoire. Cependant, tu n'as rien fait pour nous. Tu t'es contentée de garder le silence !
Je reste muette face à son reproche. Il a raison et je le sais bien.
— J'ai agi comme un connard, je ne le nierai pas et je ne me cherche aucune excuse parce qu'il y en a pas. J'avais la plus belle fille à porter de main et je l'ai fait fuir de par mon égoïsme. Mais Hal, je t'aimais aussi, et c'est toujours le cas aujourd'hui. J'ai flirté avec des tas de filles, j'ai couché avec bon nombre d'entre elles, mais je n'ai jamais rien ressenti parce que mon cœur t'appartient.
— Comment peux-tu prétendre m'aimer et coucher avec d'autres ? Il n'y a aucune logique...
— On était jeunes, je voulais m'amuser avant de bâtir une relation sérieuse avec toi. Avec le recul, je me dis que j'avais surtout très peur de l'ampleur de mon attachement pour toi. Après le soir où tu t'es faite agressée chez Wesley, les choses ont changé. J'ai eu si peur. Je ne pouvais plus repousser l'évidence comme je le faisais depuis des années. Je voulais te charmer en douceur, te faire comprendre que nous deux c'était inévitable, mais il y a eu le docteur. Je n'avais pas le choix Hal, il devait dégager.
— Le problème est que tu as toujours fait fuir les mecs qui se sont intéressés à moi. Comment aurais-je pu croire que c'était différent cette fois, que tu le faisais par amour ?
— Je te l'ai avoué, non ?
— Mais c'était trop tard, j'étais amoureuse d'Eli.
— Amoureuse ? Tu es bien sûre de ça...
— Oui !
— Parce que je t'ai vu avec Bobby et Wyatt et je n'ai pas vu la moindre différence dans ton attitude avec ton docteur et pourtant, tu ne les aimais pas, je me trompe ?
— Tu vois bien ce que tu veux voir !
— Tu me fuis, rien de plus.
— Je fuis ?
— Oui, tu as peur d'affronter ton amour pour moi. Tu as de bonnes raisons, c'est certain. Mais je te le dis aujourd'hui, je ne te décevrai plus ! Je désire simplement t'aimer. Je ne peux pas croire que tu ne ressentes plus rien pour moi, c'est impossible.
— Si !
— Non, Halsey ! Je le sais parce que j'éprouve la même chose, et que des sentiments aussi forts, on ne les oublie pas. Tu refoules tout ça pour te protéger, mais ce n'est plus la peine. Il n'y aura plus d'autres filles, seulement toi. La nuit qui a suivi ce fameux soir chez Wes, je t'ai tenue dans mes bras et j'ai accepté tout ça, enfin ! Il n'y a eu aucune fille depuis.
— Aucune ?
— Non. Hal, je t'aime. Je ne veux que toi.
Il me prend dans ses bras en un geste de la main.
— Ma puce, j'implore ton pardon pour ma mauvaise conduite qui t'a poussée à croire que je ne t'aimais pas. On était jeunes et on agit bêtement tous les deux, mais aujourd'hui, nous sommes deux adultes responsables. Dans quelques jours, tu vas t'engager auprès d'un autre homme. Là, ce ne sont plus des histoires de lycée Hal. Il n'y a pas de retour en arrière possible. Eli est certainement un mec bien et je pense que tu tiens à lui, mais soyons un peu honnêtes, c'est quoi en comparaison de nous ? Tu as passé les treize dernières années à grandir à mes côtés, tu as contribué à faire de moi l'homme que je suis maintenant. Je te dois beaucoup. Ce que je te demande, c'est de me laisser te montrer que je suis digne de toi. J'ai passé ma vie à essayer d'être à ta hauteur, j'ai compris ce que tu attendais de moi, alors laisse-moi une chance de te le prouver.
— Je n'arrive pas à croire que tu me fasses ça, dis-je, en sanglotant.
Ses grands bras m'enlacent tendrement, je me détends devant cet échange réconfortant.
— Je n'ai pas le choix. Une fois que tu seras sa femme, je ne tenterai plus rien, je respecterai votre union, mais en attendant, je dois tout faire pour t'ouvrir les yeux sur notre avenir.
—Je ne sais plus ce que je dois faire.
—Tu dois penser à toi. Oublie le mal que tu pourrais nous faire à moi, ou à Eli, et demande-toi ce que tu désires. On parle du reste de notre vie Hal. Moi, je veux le passer avec toi. Je veux me réveiller chaque matin, sentir ton corps chaud entremêlé au mien, voir ton joli visage reposer paisiblement sur mon épaule. Je veux que la première chose qui sortira de ta magnifique bouche quand tu t'éveilleras soit un « je t'aime ». Je rêve d'omelette aux coquilles d'œuf à tous les repas.
Je glousse contre son torse.
— Je veux te faire l'amour à en perdre la tête, je veux te faire sentir unique chaque jour qui s'offre à nous. Je ne peux plus être simplement ton meilleur ami, je veux tenir tous les rôles dans ta vie. Penses-y Hal, je t'en prie.
— Je le ferai.
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