Halsey
Halsey
Un halo de lumière, qui s'est glissé par les persiennes en bois, a envahi la pièce, me tirant au passage de mon profond sommeil. Une paire de doubles-rideaux ne sera pas superflue si je ne veux pas renoncer à mes grasses matinées dominicales.
Je m'étire longuement sous les draps de coton blanc, ravie de constater que j'ai très bien dormi dans mon nouveau lit. Un coup d’œil aux alentours me fait pousser un soupir de découragement en découvrant l’état de la pièce ; des boîtes à moitié vide jonchent le sol, une multitude de vêtements n'a pas encore trouvé sa place dans ma penderie. Je dois impérativement me charger de cela aujourd’hui. D’ordinaire, je suis d’une nature très organisée et ce bazar non autorisé perturbe mes petites manies.
Un bruit en provenance de la cuisine me fait sourire. Ce matin, nous aurons des œufs brouillés sans coquilles. Après m’être parée d’un gilet rose, je quitte ma chambre pour retrouver mon meilleur ami afin de prendre le petit déjeuner en sa compagnie.
— Bonjour.
— Bonjour petite chose ! Alors, cette première nuit ?
— Je dois seulement me trouver des rideaux, mais sinon, c'était parfait.
Il me fait une petite grimace.
— Moi aussi, j'aime bien dormir dans l'obscurité.
— J’achèterai donc deux paires de rideaux.
Ses bras se referment sur ma taille, il dépose un baiser sur ma tempe.
— Merci.
Je me tourne vers le plan de travail et constate les dégâts causés par Aidan dans la cuisine.
— Un vrai petit cochon…
— Fais couler du café au lieu de te plaindre. Grâce à moi, tu vas pouvoir manger tes œufs sans risquer de te péter une dent.
Je le repousse avant de partir vers la cafetière en faisant la moue.
— Quel est le programme aujourd'hui ?
— Je dois mettre de l’ordre dans ma chambre.
— Moi aussi j'ai du boulot dans la mienne.
— Que dirais-tu d’aller faire une tour ? J'aimerais bien aller me promener à Central Park.
Il prend place autour de la table à manger, de forme carrée, qu'il a dressée avant que je me lève.
— Je savais que tu me ferais le numéro de la touriste, soupire-t-il.
Je nous sers deux tasses avant de m'asseoir à mon tour.
— J'aime bien les trucs cul-cul !
— Rends-moi service, fais-toi des copines rapidement pour faire ce genre de trucs avec elles.
— C'est toi qui as voulu venir vivre ici, je te rappelle.
— Je n'allais pas te laisser pourrir à Woodbury, il n'y a rien d'extraordinaire à y faire.
— Tu es médisant. Nous avons passé de très bons moments là-bas.
— Qu'est-ce qui te manquera le plus ?
— Les samedis soir au bar de Wesley.
— Espèce d'alcoolique !
— Venant de toi, c'est une plaisanterie.
Tous les samedis soir, nous nous réunissions dans un bar de la ville, nous buvions quelques verres, nous jouions aux fléchettes ou au billard. Pour ma part, je me contentais de boire du soda, car j'étais souvent de corvée pour reconduire mes amis trop alcoolisés inaptes à prendre le volant. Devon et Andy nous accompagnaient toujours avec leurs petites amies respectives, Emma et Chelsea. Kyle et Will, qui jouaient aussi dans l'équipe de baseball, étant plus jeunes, étaient le plus souvent de la partie. Notre belle amitié remonte à des années.
— Je ne compte même plus les fois où j'ai dû vous mettre au lit Devon et toi.
— Je me souviens d'avoir dormi dans une putain de baignoire pour veiller sur toi, car tu as vomi toute la nuit.
— Ça n'est arrivé qu’une seule fois, je venais d'avoir vingt et un ans.
— Oui, je t'ai organisée une super fête d'anniversaire et tout ce que j'ai gagné, c'est de me bousiller le dos, de n'avoir dormi que deux heures et bien sûr d'avoir nettoyé ta gerbe.
— Tu m'as fait endurer bien pire que ça !
— Tu exagères...
— Attends, tu rigoles ! J'ai appris à conduire en dix minutes parce que tu t’es pété la jambe en faisant l'imbécile sur la glace.
— Soit tu apprenais à conduire, soit on mourrait de froid ! Bien que ce fût presque le cas puisque tu roulais à deux à l'heure. Deux heures pour faire deux kilomètres, lance-t-il d’un air dépité.
— La route était verglacée !
— Au moins, grâce à moi, tu as eu ton permis du premier coup.
— J'ai largué Anna Jefferson à ta place.
— Tu as vu le cinéma qu'elle t'a fait !
— Oui, oui, j'étais aux premières loges.
— Tu ne croyais quand même pas que j'allais supporter ses jérémiades pendant une heure.
— Mais moi oui ?
— Bah t'es une nana...
— Quand ça t'arrange !
— Ouais.
Il se lève avant de partir vers sa chambre.
— Va te préparer si tu veux que nous sortions.
— Mais...
— Hal, je vais changer d'avis si tu me fais attendre.
— OK !
Je débarrasse notre petit déjeuner à la hâte avant de filer à la salle de bains pour prendre une douche.
Je me déshabille rapidement avant d'entrer dans la baignoire et tirer le rideau de douche, je règle l'eau quand :
— Tu sais où...
— Merde Aidan ! Sors de là, crié-je, en me cachant désespérément dans mes bras.
— Quoi !? Tu es derrière un putain de rideau. Tu as vu mon sac de sport noir ?
— Tire-toi !
— Hal, où est mon sac ?
— Je crois l’avoir vu dans ma chambre.
— D'accord. Merci.
Il sort en claquant la porte. Je râle contre lui avant de me reconcentrer sur ma douche quand je m'aperçois alors que mon gel douche et mon shampooing sont restés dans le placard près du lavabo. Mince !
— Aidan !
Il revient dans la pièce.
— Tu te fiches de moi ?
— J'ai oublié mes produits...
— Ah non ! Démerde-toi.
— Aidan !
L'instant d'après, il me tend mes deux flacons.
— C'est bon où il faut aussi que je te frotte le dos ?
— Merci.
— Putain ce que tu es canon, rigole-t-il, en partant.
— Aidan, maugrée-je.
— Une vraie petite bombe.
**
Je profite des quelques minutes qui s’offrent à moi pendant que mon ami se prépare à son tour pour m’occuper de ma chambre. J'ai disposé mon lit en fer forgé blanc sous les deux fenêtres. Le grand placard intégré se trouve à sa droite et mon bureau sur la gauche dans un petit renfoncement. Au sol a été posée une moquette beige et les murs sont couleur framboise. Je vais égayer la pièce avec quelques photographies qui ornaient déjà les pans de murs de mon ancienne chambre. J'aime voir le résultat d'un objectif capturant certains paysages prodigieux que recueille ce monde.
— Magne ton cul, me crie Aidan depuis l'entrée.
Je sors de ma chambre et le trouve adossé à la porte d'entrée, le nez dans son téléphone.
Je comprends que toutes les filles lui courent après tels des papillons attirés par la lumière. Il est l'incarnation de la perfection masculine. Sur un plan purement physique, autrement, c'est l'homme dont il ne faut surtout pas tomber amoureuse sous peine d'avoir le cœur brisé. Non, mais vous y croyez ? Il porte un jean parsemé de trous, un tee-shirt gris, on ne peut plus basique, une paire de boots noires et il pourrait faire un shoot photo. Il n'a qu'à attacher ses cheveux noirs grossièrement sur le haut de sa tête et il a de l'allure. Je dois avouer que je raffole de son look hipster, avec sa barbe fournie et parfaitement entretenue. Et regardez-moi, j'ai dû penser ma tenue pendant quinze minutes, lisser mes cheveux pendant vingt minutes, pour obtenir un résultat tout juste passable pour aller boire un café à Central Park.
— Quoi ? me questionne-t-il, en levant ses beaux yeux verts, tellement perçants qu'ils vous donnent l'impression de sonder votre âme.
— Je te déteste !
Il hausse les épaules.
— Es-tu toujours obligé d'être aussi sexy ?
— Je n’y peux rien, c'est naturel chez moi.
— Fais un effort, essaie d'être un peu moche parfois.
— Qu'est-ce que ça peut te faire de toute façon ?
— Comment veux-tu que je trouve un mec si je me balade toujours à tes côtés ?
— Tu n’as pas besoin d'un mec vu que tu m'as moi !
— J'ai le droit de m'envoyer en l'air moi aussi.
— Je t’achèterai un vibro ! On peut y aller ?
— D'accord.
Nous quittons notre petit appartement et descendons les trois étages qui nous séparent de la sortie.
Il n'y a pas d'ascenseur, car l'immeuble n'en comporte que cinq. Les parties communes sont un peu piteuses, bien qu'elles soient propres. Aidan m'avait lancé un regard du style « je te l'avais dit que ça puait ce truc-là » en découvrant l'endroit. La surprise n'en fût que plus grande quand le gardien a poussé la porte d'entrée de notre petit logement.
À peine avons-nous posé un pied sur le trottoir que nous sommes saisis par la chaleur ambiante. Et il n'est que 10 h 00 du matin ! L’été bat son plein et des températures caniculaires sévissent dans tout le pays depuis plus d'une semaine.
La rue sur laquelle se situe notre bâtiment est assez calme. Il y a quelques voitures stationnées ici et là. En quelques pas, nous la remontons jusqu'à la grande avenue bien plus animée. C'est là qu’est installée la fameuse épicerie qui va certainement devenir notre point de ravitaillement désigné. Central Park est situé sur notre droite à l'autre bout de cette avenue. Nous marchons à un rythme tranquille tout en découvrant notre nouvel environnement alors qu'autour de nous s'agitent les passants se rendant au travail ou à des rendez-vous importants. Bientôt cela sera notre quotidien également. Aidan doit commencer dans une semaine. Quant à moi, je vais devoir travailler dur pour me faire connaître dans les environs afin de gagner des clients.
Nous remarquons un bar avec une ambiance qui semble sympathique dans lequel nous pourrions aller boire un verre à l’occasion. Il ne sera pas aussi convivial et chaleureux que celui de Wesley, mais il faut bien tenter de nouvelles expériences.
Après une marche d'une heure dans le fameux parc, nous entrons dans un petit café pour y faire une halte avant de retourner à la maison. Il fait chaud et j'ai envie d'une boisson rafraîchissante.
Nous passons commande auprès du serveur avant qu'Aidan s'excuse pour aller aux toilettes.
Quand il revient, il s'arrête derrière moi et me prend dans ses bras avant de m'embrasser avec douceur puis, l'air de rien, il se rassied en face de moi. Je scrute la pièce avec intérêt.
— Laquelle ?
— La rousse.
— Ah oui, je comprends.
— J'ai cru qu'elle allait venir me la tenir pendant que je pissais.
— Beurk !
— C'est quoi leur problème à ces gonzesses en chaleur. Elle me matait genre « baise-moi dans ces chiottes... »
— Arrête Aidan, elle aurait été jolie, tu l'aurais fait, soit un peu honnête.
Il fait une grimace coupable tel un enfant en faute.
— Que je n’apprenne jamais que tu te conduis de cette façon Halsey ! Me gronde-t-il.
— Qu'est-ce que ça peut te faire ?
— Je suis sérieux ! Ne sois pas comme ces filles. Tu es différente, tu es...
— Unique, je sais. Je commence vraiment à être en manque.
— Eh bien, trouve-toi un mec valable que j'aurais validé bien sûr.
— Tu n'as pas à valider quoi que ce soit.
— Attention petite chose, ou ton putain de vibro sera le seul partenaire que je tolérerai sous mon toit.
— Tu es d'une humeur à faire pâlir Satan lui-même...
— C'est moi Satan !
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