Halsey

Elma Hilde · Chapitre 35 sur 48

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Halsey

Halsey

 

 

Je pousse la porte de mon appartement en début de soirée, après une longue journée de travail. Je me suis rendue dans diverses boutiques à la recherche de certaines petites choses pour le mariage que je prépare. Il se déroulera dans deux mois et j'ai encore plusieurs détails à peaufiner, mais je suis heureuse, car je suis aisément dans les temps. J'ai un deuxième mariage en préparation, mais il n'a lieu que dans six mois.

Retrouver l'intérieur familier du logement qu'Aidan et moi avons loué est vraiment agréable. Il l'a joliment décoré. 

La pièce qui m'a le plus touchée est, bien évidemment, mon bureau. On voit tout de suite qu'Aidan a voulu me créer un espace de travail très personnel dans lequel je pourrais laisser libre court à mon imagination et à mon talent pour organiser le mariage de mes clients. J'ai été stupéfaite devant les changements qu'il a opérés pendant mon absence. La couleur des murs est plus douce, c'est un très joli vert clair. C'est une teinte que j'affectionne particulièrement et ce détail ne lui a pas échappé. Il a installé deux grandes bibliothèques, ce qui m'offre bon nombre de rangements. Dans le renfoncement, se trouve un grand bureau d'angle et une table, qui ressemble à celle des architectes. Des dizaines de photographies de paysages que j'aime ont été fixées aux murs.

Mais mon bonheur, à la découverte de cet endroit, a été de courte durée. Je n'ai pas pu ignorer bien longtemps les raisons qui me poussent à revenir ici. J'ai un choix essentiel à faire pour mon avenir. D'un côté, il y a Eli : notre vie commune est un vrai bonheur. Il est doux, gentil et attentionné, et se donne beaucoup de mal pour que ses absences répétées à cause de son travail ne soient pas trop pesantes. Il m'aime profondément, c’est indéniable. De l'autre, il y a Aidan : il m'a dit de belles choses lors de nos retrouvailles, pleines de sincérité et d'amour. Je vois la portée de ses sentiments et je n'en doute plus, comme cela a été le cas à New Haven. Ce jour-là, j'étais persuadée que son aveu était une ruse pour me faire quitter Eli, et qu'à l'instant où cela serait fait, Aidan me briserait le cœur encore une fois en se vautrant dans le lit de la première venue. J'étais en droit de m'interroger après tout ce qui s'est passé quand nous étions plus jeunes. Mais je crois en lui et je sais qu'il m'aime vraiment. Cependant, j'ai du mal à pardonner, et même, à comprendre son attitude. Il prétend m'aimer depuis toujours et cela ne l'a jamais empêché d'être volage. Aidan est un homme, et ces choses peuvent être moins importantes pour eux, mais je ne suis pas convaincue d'être en mesure de tirer un trait sur le passé pour avancer vers notre avenir.

En comparaison d'Aidan, Eli rend notre relation très facile et simple. Certes, c'est moins passionné qu'avec mon meilleur ami, mais plus sécurisant. Je suis censée l'épouser dans un peu moins d'un mois. Que vais-je faire ? Si je choisis de faire ma vie avec Aidan, je vais devoir tout annuler. Nos familles planifient la cérémonie depuis six mois et j'anéantirais leur travail ! Si je choisis Eli, je devrais oublier Aidan. Il refuse que nous restions amis si je décide d'engager mon cœur ailleurs, et je le comprends parfaitement. Comment vivre sans lui ? J'en ai fait la douloureuse expérience depuis son départ, et ce n'était pas joli à voir. J'ai essayé de dissimuler ma peine à Eli, car il n'aimait pas la nature de ma relation avec Aidan. Le seul à qui j’ai pu confier ma peine était Devon, lui seul se montrait compréhensif, sans me juger. Mes autres amis étaient plus catégoriques. Selon eux, je devais être avec Aidan, tout simplement. Seulement, j'étais perdue, et j'avais besoin que l'on me guide de façon plus neutre et Devon a été extraordinaire pour cela.

Je fais un détour par la chambre pour passer une tenue plus décontractée. Là aussi, les modifications sont détonantes. Aidan a appliqué une peinture dans les tons taupe. Son ancien lit en bois a laissé place à une tête de lit en tissu beige. Il a investi dans un matelas plus grand qu'il a habillé de draps en lin de couleur ivoire. Il a aussi acheté deux grandes commodes blanches et des rideaux assortis au linge de lit, c'est le parfait petit nid d'amour. Une fois que je suis plus à l'aise, je me dirige vers la cuisine où je me sers un verre de vin blanc. Je m'apprête à aller m'asseoir sur le canapé quand mon téléphone sonne. Un rapide coup d'œil sur l'écran m'apprend que c'est Aidan.

— Salut, chantonné-je dans l'appareil.

— Coucou ma puce, tu es rentrée ?

— À l'instant.

— Tes achats se sont bien passés ?

— Oui, j'ai trouvé tout ce qu'il me fallait.

— Super !

— Et toi, qu'as-tu fait ?

— Pas grand-chose. J'ai bossé un peu le jardin de mon père.

— Houlà, il t'a laissé faire ?

— Je ne lui ai pas tellement laissé le choix en fait !

— C'est bien.

— Tu fais quoi ?

— Je bois un verre de vin, tranquillement installée sur le canapé.

— On ne se refuse rien.

— J'aurais tort de m'en priver.

— Tu as raison. Quel est ton programme pour ce soir ?

— Je vais manger un morceau et me mettre au lit.

— Que vas-tu manger ?

— J'ai pris des plats tout prêts.

— Tu ne sais toujours pas faire un repas digne de ce nom ?

— J'entretiens mes mauvaises habitudes Aidan. N'est-ce pas toi qui me disais que tu voulais des omelettes aux coquilles d'œuf à tous les repas ?

— Attends ma puce, je disais ça dans le seul but de te prouver que j’étais prêt à endurer le pire pour toi, rigole-t-il.

— Je me disais aussi...

— Bon, je vais te laisser te reposer. Fais attention à toi.

— Oui, bonne soirée Aidan.

— Toi aussi. À demain.

— À demain. Je t'aime.

— Je sais.

Après avoir englouti mon dîner, je me mets au lit. J'ai besoin d'un peu de calme pour réfléchir à tout ça. Après de longues minutes à me repasser les paroles d'Aidan en boucle, je me décide à dormir quand la sonnerie de mon téléphone m'annonce l'arrivée d'un SMS.

« Halsey, es-tu libre demain soir pour dîner. Il faut que l'on discute ? E »

« Oui, pas de problème. »

« Chez Jack ? »

« D'accord. À quelle heure ? »

« 19H30 »

« OK ! »

« Je t'aime ma chérie. »

« Je sais. »

**

Je ne suis pas en avance quand je quitte mon appartement pour rejoindre Eli chez Jack. J'ai eu du mal à me décider quoi porter, car je n'ai pas vraiment de vêtements à ma disposition. J'ai donc opté pour un jean noir et un pull en cachemire bleu. Je décide de prendre un taxi pour résoudre mon problème de stationnement. Heureusement, il ne me faut pas longtemps pour en trouver un. J'indique au chauffeur l'adresse du restaurant que nous fréquentons souvent Eli et moi. Le chef propose une cuisine absolument divine et l'ambiance est très agréable. La décoration est inspirée des années vingt et le résultat est spectaculaire. Cela donne beaucoup d'élégance au lieu. La salle est assez sombre, avec cette lumière très tamisée et les meubles en bois d'acajou. Les murs sont recouverts d'un revêtement en bois sombres jusqu'au trois quarts de sa hauteur, pour finir de les habiller, une peinture beige a été appliquée.

Une fois à l'intérieur, je me dirige vers la jeune femme qui se trouve derrière son pupitre.

— Bonsoir, vous avez une réservation au nom de monsieur Clark.

— Oui, il est déjà là. Je vais vous conduire à votre table.

— Merci infiniment.

Je la suis avant d'apercevoir Eli dans le fond de la salle. Encore une fois, il est très beau dans son joli costume gris. Il se lève quand il me voit.

— Merci, dis-je à l'attention de l'hôtesse qui s'éloigne immédiatement.

Je me tourne vers Eli avant de me blottir dans ses bras.

— Bonsoir.

— Bonsoir ma chérie. Je t'en prie, assieds-toi.

Il me tire ma chaise avant que je prenne place.

— Merci d'être venue.

— De rien. Je me rends compte que la situation doit te paraître incompréhensible. Je pense que je te dois une explication plus concise sur les raisons qui m’ont poussées à prendre un peu de recul.

— Finalement, je ne suis pas vraiment surpris. Je te mentirais si je te disais que je ne redoutais pas qu’un jour nous 

— Vraiment ?

— La seule fois où j'ai vu Aidan, il m'a bien fait comprendre que j’étais de trop. J’ai vite compris qu’il était amoureux de toi. Il t’a fait part de ses sentiments pour toi et tu l’as rejeté. À partir de là, je pensais que l’on serait tranquille, que tu avais fait un choix. Je t’ai vue disparaître sous le poids du chagrin et j’étais persuadé que ça finirait par passer, que tu avais besoin de temps pour te faire à son départ. Mais aujourd’hui, il est de retour, et je ne me voile pas la face, son but est de te récupérer. Pour être honnête, je ne sais rien des sentiments que tu éprouves pour lui. Je pensais le savoir, mais vu que tu as tout quitté pour courir le rejoindre, et qu’il t’a suffi d’une nuit avec lui pour ne plus être sûre de rien, j’ignore quoi penser.

— Je suis tellement désolée de tout ça Eli. Je n’ai jamais voulu te faire de mal. J’étais loin de penser que tu ressentais tout ça au sujet d’Aidan et moi. Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit de toutes tes interrogations ?

— Contrairement à ton ami, je n'avais pas dans l'idée d'entrer en guerre, ni avec lui, ni avec toi. Je pense que tu es assez intelligente pour faire tes propres choix, et je n'ai pas envie d'essayer de t'influencer d'une quelconque manière. Tu sais où est ton cœur, Halsey. Tu dois juste être honnête avec toi-même.

— Merci de te montrer si compréhensif.

— Je préfère que tout soit clair avant que nous nous mariions. Une union est sacrée pour moi, et tu ne dois le faire que si tu es parfaitement certaine que c'est ce que tu veux.

— Tu as parfaitement raison. Je suis confuse, vraiment Eli.

— Je te crois volontiers. Je te connais Hal et tu es une personne sincère. Tu es prise entre tes sentiments pour moi et ton attachement pour ce garçon. Tu l'aimais quand vous étiez plus jeunes ?

— Oui, j'étais amoureuse de lui.

— Ne crois-tu pas que ce n'est rien de plus qu'un amour d'enfance ? Une part de toi s'est peut-être toujours demandé quel genre de relation vous auriez eue tous les deux, mais est-ce suffisant pour briser notre propre histoire ?

— Je ne sais pas Eli...

— Hal, je t'aime profondément. Je veux juste le faire tout le reste de ma vie.

— Je n'en doute pas un seul instant.

— Je sais que je suis souvent absent...

— Eli, le coupé-je. Ce ne sont pas les critères que je regarde. Tu as un très beau métier et tu peux en être fier. Je peux te promettre que, même si tu me manques souvent, j'ai toujours respecté ça.

La serveuse s'approche pour prendre notre commande. Après son départ, Eli commence à m'interroger sur mon travail et il ne fait plus allusion à la situation qui nous préoccupe. Nous passons simplement une très bonne soirée autour d'un dîner succulent. Nous parlons, nous rions, et ce moment me rappelle à quel point la vie près de lui est légère et agréable. Mon cœur saigne à l'idée que ce ne soit notre dernière rencontre en tant que couple. Je chasse cette idée afin de profiter pleinement de l'instant. Nous venons de finir notre dessert quand Eli s'excuse pour aller aux toilettes. Il vient de disparaître dans le couloir quand mon téléphone sonne, c'est Aidan.

— Salut.

— Salut Hal, je ne te dérange pas ?

— Non, tout va bien ?

— Oui, je n'ai pas vu l'heure. Je voulais juste m'assurer que tout allait bien.

— Oui, très bien. Tu fais quoi ?

— Je viens de finir de me préparer, on va chez Wes avec Devon.

— D'accord.

C'est alors qu'Eli surgit à mes côtés.

— On peut y aller ma chérie ? Me dit-il gentiment.

— Hal, tu es avec lui ? Me demande Aidan à l'autre bout du téléphone.

— Oui, mais ce n'est pas...

—Ça va, laisse tomber, j'ai compris.

— Aidan, ce n'est rien, je te jure.

— Tu te fous de ma gueule ou quoi ! Alors, je n'ai pas le droit de te voir pour que tu puisses réfléchir, mais tu ne te gênes pas pour passer du temps avec lui, crie-t-il.

— Cesse de réagir de façon si agressive ! Je n'ai rien fait de mal...

— Ouais. Passez une bonne soirée, lâche-t-il avant de raccrocher.

— Aidan, l'appelé-je, un peu surprise qu'il est coupé si vite.

Les battements de mon cœur s'emballent dangereusement. Je le rappelle immédiatement pour le rassurer. J'ai si peur qu'il disparaisse de nouveau. Répondeur.

— Ce n'est pas vrai ! Sangloté-je, en manipulant nerveusement mon téléphone.

— Hal, calme-toi, me dit doucement Eli.

— Il va encore s'en aller, m'emporté-je.

Je recompose encore le numéro de mon ami, mais le résultat est le même. Mes larmes roulent sur mes joues alors que j'essaie désespérément de le joindre. Je me redresse avant de passer mon manteau.

— Il faut que j'y aille. Je suis désolée.

— OK ! Soupire Eli

Je prends mes affaires avant de me tourner vers lui. Il fixe son assiette vide du regard.

— Eli...

Il lève ses grands yeux tristes vers moi.

— Je ne veux pas de cette situation bancale Halsey. Si tu l’aimes, et si c’est lui que tu veux, alors va-t’en, mais sois franche.

Je pleure de plus bel.

— Je te demande pardon.

— Je n'avais aucune chance, pas vrai ?

— Je suis tellement désolée.

— Hal, s'il te plaît, fais attention à toi.

Je m'approche avant de déposer un baiser sur sa joue.

— Tu es un homme bien Eli Clark, murmuré-je avant de quitter le restaurant.

 

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