Halsey
Aidan
Aller boire un verre en ville avec Halsey est tout ce dont j'ai besoin ce soir. Je suis un peu tendu depuis quelques jours et j'ai de plus en plus de mal à dormir. Je ne comprends pas tout à fait ce qui m'arrive. Je crois que je suis un peu inquiet de notre avenir ici. Mon contrat avec l'agence me garantit un confort financier, je suis tranquille à ce niveau-là. Seulement pour Halsey, c'est une autre affaire. J'ai confiance en elle, c'est une bosseuse. Je l'ai vue à l'œuvre, je vois bien qu'elle est douée dans son domaine. J'espère que sa petite entreprise va décoller, sinon je crains le pire. Soit elle va se trouver un petit job peu valorisant, mais lui offrant un salaire, soit elle repartira vivre chez ses parents à Woodbury. Je dois veiller à ce que cela n'arrive pas, car je sais très bien que c'est la pire chose qui pourrait lui arriver. Ses parents se feront un plaisir de lui rappeler qu'ils l'avaient prévenue, que c'était un mauvais choix de carrière, et qu'il serait temps qu'elle prenne sa vie en main.
Ils ne sont pas foncièrement mauvais, mais ils ne peuvent pas accepter que leur fille soit différente de ce qu'ils avaient imaginé. Je ne comprends pas en quoi c'est un problème, car c'est une fille extraordinaire. Elle ne se prend pas au sérieux, elle est drôle et facile à vivre et surtout, elle m'accepte tel que je suis. Jamais elle n'a cherché à me faire changer. Bien au contraire, elle m'a toujours encouragé à vivre ma vie à ma façon.
Et c'est ce que j'ai toujours fait ! Même si cela m'a valu quelques prises de tête avec mes parents. Ils ont absolument voulu me faire comprendre que je ne pouvais pas vivre avec autant de légèreté et que de grandir engendrait des responsabilités. Sauf que ça ne m'intéresse pas. Je suis déjà responsable de moi et ça me suffit amplement.
Heureusement, ce soir, on sort et je vais pouvoir mettre toute cette merde de côté.
— Je suis prête ! On peut y aller.
Je lève la tête et découvre ma meilleure amie sur le pas de sa porte. Je constate qu'elle est encore ravissante ce soir. Elle porte une jolie robe rose clair qui met parfaitement ses belles formes en valeur, sans que cela ne soit vulgaire. Je ne le tolérerais pas. Hal est une sublime jeune femme, faite de grâce et d’élégance. J’aime beaucoup quand elle lisse ses cheveux comme c’est le cas ce soir. Comme d’habitude, elle s'est légèrement maquillée, mais sans trop en faire. Elle n’en a pas besoin pour être absolument charmante.
— Tu en as mis du temps !
J’adore la faire râler. C’est tellement facile, elle marche à chaque fois.
— C'est une plaisanterie, tu as passé une heure dans la salle de bains.
Je me lève du canapé pour me diriger vers la porte d'entrée.
— Allons-y.
Nous quittons notre appartement et prenons la direction du bar que nous avons vu quelques jours auparavant.
Il ne nous faut pas longtemps pour atteindre la devanture du bar. L'endroit à l'air bondé. Nous poussons la lourde porte en bois sombre et entrons dans l'établissement. Effectivement, il y a beaucoup de monde. L'ambiance est apparemment très bonne. Je repère deux serveuses qui déambulent entre les tables rondes en bois. Le bar se trouve sur notre gauche, il fait la longueur de la salle. Sur la droite sont installées des banquettes en forme de U en cuir rouge. La lumière est assez faible. Au mur sont accrochées des photos de motos genre « Harley Davidson ».
— Oh ! Aidan, regarde, me dit Halsey avec entrain, en me tirant sur le bras.
Je comprends alors qu'elle me montre le vieux juke-box dans le fond de la salle. Je souris devant son enthousiasme.
— C'est presque comme à la maison.
— Presque.
— Il manque juste nos amis.
— On y retournera très bientôt.
Je repère une table vide près du fameux juke-box.
— Suis-moi, il y a une table là-bas.
Nous prenons place autour de la table ronde. Après quelques minutes, la serveuse vient vers nous pour prendre notre commande sans cesser de me regarder. Elle ne détourne même pas les yeux quand Hal s'adresse à elle et ça m'énerve vraiment.
— Mais quelle malpolie !
— Je ne te le fais pas dire.
— Je t'interdis de coucher avec elle !
Je ris.
— Tu as mauvais caractère quand tu t'y mets.
— C'est vexant quand même.
— Oui, c'est vrai.
La serveuse revient vers nous avec un plateau chargé de verres. Elle prend le verre de margarita d'Halsey et le pose devant elle précipitamment, avant de me faire un sourire mielleux et de me donner ma bière.
— C'est tout ce qu'il vous faut ?
Je regarde alors Halsey.
— Pour moi c'est tout bon, et toi mon ange, tu as tout ce que tu veux ?
— Mais oui, mon petit sucre d'orge.
Je me retiens difficilement de rire devant sa bouille. Je n'aime pas l'attitude de cette fille alors cela m'amuse assez d'offrir cette petite victoire à Hal. Malheureusement, ce genre de situation arrive souvent. Le nombre de filles sans scrupules qui n'hésitent pas à me chauffer sous le nez de ma meilleure amie est hallucinant, elles ne reculent devant rien. Nous ne sommes pas en couple, mais cela, elles ne le savent pas.
La jeune femme brune, qui fait grise mine, se dirige vers une autre table.
— Merci !
— Elle était jolie, t'es chiante !
— Dois-je en déduire que tu ne veux pas rentrer seul, ce soir ?
— Je n'en sais rien encore. Je vais mater et voir s'il y a quelque chose à se mettre sous la dent.
— Je trinque à ta future pêche mon sucre d'orge, dit-elle, en tendant son verre vers moi.
Je lui présente ma bière et nous trinquons en rigolant.
Après quelques gorgées, je la vois agitée ses bras comme une folle. Je fronce les sourcils, ne comprenant pas ce qui lui prend. Je fais un quart de tour sur ma chaise pour voir ce qui se passe.
L'homme qui lui répond est assez vieux, il porte des lunettes rondes.
— C'est qui ce type ?
— C'est Jefferson.
— Et qui est Jefferson ?
— Voyons, je t'ai déjà parlé de lui. C'est notre voisin.
— Oh !
L'homme surgit à nos côtés. Il est en compagnie d'un deuxième homme. Ce dernier est bien plus petit avec la carrure d'un grand sportif. Il a les cheveux noirs bouclés. Même son style vestimentaire est assez sportif.
— Halsey, ravie de te revoir, lui dit Jefferson.
— Moi aussi.
— Nous n'allons pas vous déranger longtemps, je voulais vous présenter mon ami Hunter, nous vivons tous les deux à côté de chez vous.
— Oh, je suis contente de faire votre connaissance Hunter, répond Halsey chaleureusement.
Cette fille est mon parfait opposé. Je ne suis pas de nature sociable en général, mais Halsey est très différente, elle aime les gens. Faire une nouvelle rencontre est, pour elle, une source de plaisir. Moi, je m'en fiche éperdument.
Je me lève pour saluer convenablement les deux hommes.
— Je suis Aidan, le coloc d'Halsey !
— Ravi de vous connaître. Jefferson et moi avions dans l'idée de vous proposer de venir boire un verre à la maison un de ces jours, histoire de faire connaissance.
— Pourquoi pas !
Je me tourne vers mon amie.
— Hal ?
— Mais bien sûr, avec plaisir.
— Vous seriez libre le week-end prochain ?
— Disons le vendredi soir, si ça ne vous gêne pas. Nous voudrions rentrer dans le Connecticut pour le week-end. La petite demoiselle a déjà le mal du pays.
— Ça nous va !
— Alors, à vendredi, leur dit Hal.
— Passez une bonne soirée.
— À vous également.
Les deux hommes s'éloignent pour s'asseoir à une table à quelques pas de la nôtre où ils sont attendus par un groupe de plusieurs personnes.
Je me rassieds face à ma colocataire.
— Tu crois qu'ils sont gays ?
Elle hausse les épaules.
— Ce n'est pas très important.
— Je m'en fous complètement, c'est juste de la curiosité.
— Je crois qu'ils le sont. Ils ont l'air sympas, non ?
— Je ne sais pas, je les ai vu cinq minutes.
— Je suis certaine que nous passerons un bon moment en leur compagnie.
— Peut-être...
— Alors, on rentre à Woodbury le week-end prochain ?
— Il vaut mieux sinon, tes parents vont flipper et me faire coffrer pour kidnapping.
— Ce n'est arrivé qu'une fois !
— Ils sont graves quand même.
Je n'oublierai jamais cette histoire. Nous avions quinze ans à l'époque, et Halsey voulait absolument aller à une fête organisée chez un copain de classe de Devon et Andy. Ses parents s'étaient absentés pour un week-end. J'ai eu l'autorisation d'y aller avec mon grand frère et Hal était folle de jalousie. Nous avions donc organisé une petite évasion pour elle. Nous nous étions rendus à la fameuse soirée, mais au bout de deux heures, nous avons eu la visite de la police. Ils cherchaient Halsey. Ses parents se doutaient qu'elle serait là avec moi, car Andrew leur avait demandé le droit d’y assister et ils avaient refusé.
Selon eux, j'étais le seul responsable de l'attitude de leur fille et, comme son père travaillait à la mairie, il avait demandé aux agents de police de me faire regretter d'être ami avec Hal.
Mais ma meilleure amie a toujours été loyale envers moi. Je sais à quel point je peux compter sur elle. Notre amitié m'est tellement précieuse.
Je repose ma bière avant de scruter la salle. Je vois alors un groupe de jeunes femmes quelques tables plus loin. Elles picolent et rigolent un peu bruyamment. On voit tout de suite qu'elles sont venues pour s’amuser. Je m'arrête sur une petite blondinette qui semble bien faite de sa personne. Elle se lève et se dirige vers les toilettes.
Effectivement, elle est parfaite. Je prends !
— Aidan, râle Halsey.
Je me tourne vers elle et vois tout de suite qu'elle n'est pas contente.
— Tu veux que je te laisse ?
— Non.
Je reporte mon attention sur elle et recommence à bavarder avec Hal jusqu'à ce que la jolie blonde revienne à sa table.
— Il fallait sortir seul si tu voulais simplement draguer !
— Pourquoi tu me prends la tête ? Tu as même trinqué pour que ma chasse soit une réussite.
— On est là depuis trente minutes et tu ne me parles même plus.
— Non, non ! Je suis là...
— Ce que tu es pénible. Tu peux m'accorder encore une heure avant de me ramener, après tu viendras la chercher.
— OK
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