Halsey

Elma Hilde · Chapitre 38 sur 48

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Halsey

Aidan

 

 

Dix secondes, c'est le laps de temps qu'il a fallu pour que toute cette merde me revienne en mémoire à mon réveil. Dix secondes pendant lesquelles mon frère n'était pas mort, dix secondes pendant lesquelles elle n'allait pas épouser un autre homme. La mémoire m'est revenue, m'occasionnant une vive douleur dans la poitrine. J'ai l'impression que l'expression « avoir le cœur brisé » prend tout son sens. J'ai vraiment la sensation qu'il a éclaté en mille morceaux à l'intérieur de moi. Je sens alors que l'on remue à côté de moi. Je me tourne. Elle est là, encore endormie. J'ai été hanté toute la nuit par son regard rempli d'une tristesse et d'une détresse certaines quand je l'ai accusée d'être responsable de la mort de Devon. Je me suis senti tellement con. Comment ai-je pu l'accabler de la sorte ? Je devais sortir avec lui et j'ai refusé au dernier moment, car je n'avais plus la tête à ça, mais ce n'est pas la faute de Hal. J'ai bien vu que je l'avais blessée, mais j'étais si en colère. Je n'ai pas su me contrôler.

— Salut, me dit-elle d'une voix ensommeillée.

Même après tout ce temps éloigné l'un de l'autre, elle a toujours cette incroyable capacité à m'apaiser, rien qu'au son de sa voix, elle m'en a fait la démonstration cette nuit. L'écouter me parler de notre enfance m'a fait un bien fou et j'ai pu trouver le sommeil. Cette fille est la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie. Elle me comprend mieux que quiconque. Je suis une tornade que seule Halsey peut canaliser. Elle est l'écho parfait à toutes mes émotions et je ne peux pas lutter contre ça. Je l'attire vers moi avant de me nicher dans son cou. Je la serre comme si ma vie en dépendait, comme pour la retenir. Je la respire, m'imprégnant de cette divine odeur de vanille qui m'a tant manquée.

Elle referme ses bras autour de moi pour me tenir précieusement contre elle. Je sens le soulagement et l'abandon dans son geste. Cette étreinte a raison de moi, j'ai besoin de relâcher toute cette pression, je laisse libre court à mon chagrin dans un flot de larmes, échappant à tout contrôle. Je ne peux pas me dérober face à Halsey et à quoi bon ? Mon frère est mort, et le chagrin, et la solitude, que je ressens depuis que ce fichu médecin nous a annoncé cette douloureuse nouvelle, sont trop lourds à porter seul. Elle est mon rocher et je dois m'y agripper, coûte que coûte.

— Je suis là Aidan.

— Dis-moi que tu ne partiras plus, même si tu mens, la supplié-je.

— Je ne partirai pas.

— Je t'aime Hal. Putain, je t'aime tellement.

— Je sais.

— Tu restes avec moi ?

— Oui, je vais rester avec toi, répond-elle avec une sincérité rassurante.

— Je ne veux pas être seul...

— Tu ne le seras pas, je te le promets.

Je reste près d'elle encore un moment. Je n'ai aucunement envie de revenir à la réalité. La douceur que m'apporte cet échange est bien trop précieux pour que je romps ce contact.

— Aidan, il faut que l'on se lève. Tes parents ont besoin d'aide.

Je hoche doucement la tête.

— Tu peux faire ça pour eux ?

Je réitère mon geste.

— Il va falloir parler de certaines choses et je veux que tu y sois préparé.

— Je sais...

— Tu es fort et courageux et on va gérer ça ensemble.

— D'accord.

— J'ai eu mon père au téléphone hier soir, et il voudrait organiser quelque chose de spécial pour lui tout en respectant vos désirs.

—C'est lui que tu as appelé hier soir ?

—Bien sûr, dit-elle comme une évidence.

—Je croyais que tu téléphonais à Eli.

— Non, je voulais demander à mon père d'accueillir à la maison les membres de ta famille.

— On peut se débrouiller.

— Certainement, mais pourquoi ne pas accepter l'aide de vos amis ? C'est un moment éprouvant, et mon père veut simplement vous offrir son soutien.

— Ce n'est pas à moi de prendre la décision.

— Tes parents vont tenir compte de ton avis. Je ne voulais pas te prendre au dépourvu et que tu te braques parce que ça vient de lui.

— Qu'est-ce qu'il a en tête ?

— Simplement de faire une belle cérémonie pour Devon.

— Ce qui va coûter les yeux de la tête...

— C'est le deuxième point qu'il faut que l'on aborde. Il veut s'occuper de cette partie-là aussi.

— Non ! Rétorqué-je catégoriquement. On ne veut pas de sa charité.

— Aidan, ne dis pas non sans en avoir parlé avec tes parents. Devon est le meilleur ami d'Andy, mes parents le connaissent depuis des années, lui et Andy ont le même âge, ils n'oublient pas que ça aurait pu être eux. Il est vraiment touché par ce drame. On peut en parler, non ?

— Ils n'accepteront jamais ça. Ils ne veulent déjà pas que je paie la moindre facture et puis, c'est leur fils.

— Je le sais parfaitement, mais personne ne veut leur enlever quoi que ce soit, mais juste leur venir en aide. Ne crois-tu pas que le soutien de leurs voisins ne leur sera pas précieux à l'avenir ?

— Je ne sais pas...

— Fais-le pour moi, s'il te plaît.

— T'es chiée Hal.

Elle me sourit doucement avant de passer une main dans mes cheveux.

— Tu m'as tellement manqué Aidan Parker.

— Toi aussi, tu m'as manquée ma puce.

Après une bonne douche, je descends au rez-de-chaussée, mes parents sont dans la cuisine avec Hal. Ma mère a l'air épuisée. Instinctivement, je la prends dans bras pour la réconforter.

— Tu n'as pas réussi à dormir ?

— Non, pas vraiment. Halsey m'a dit que tu t'étais reposé, c'est bien, je suis contente.

— Il faut que tu en fasses de même maman.

— Je sais mon chéri. En attendant, il faut que tu manges.

— D'accord.

Je vais vers mon père pour l'étreindre avant de m'asseoir à table. Je tends la main à Hal pour l'inviter à me rejoindre. Elle la saisit et s'installe à mes côtés.

Ma mère me sert mon petit-déjeuner et une tasse de café à Hal. Puis, mes parents prennent place face à nous et nous commençons cette douloureuse conversation au sujet des funérailles de Devon. Comme convenu, je me range à l'avis d'Halsey et mes parents acceptent l'aide de monsieur Atkins. Ça me prend vraiment la tête, mais j'y ai réfléchi pendant que je prenais ma douche. Je connais mes parents, ils vont s'endetter jusqu'au cou pour pouvoir payer la cérémonie et je ne veux pas qu'ils en arrivent là. Le mieux est de trouver un compromis avec le père de Hal. Après que nous soyons tombés d'accord sur le fait que je paie une part de l'enterrement, et que monsieur Atkins avance le reste de l'argent, afin que mes parents puissent le rembourser progressivement, mon père retourne à ses occupations. Cela m'embête qu'il se renferme de la sorte, mais il a toujours été ainsi. Je tiens de lui à ce niveau-là. Il n'y a que la jolie blonde à mes côtés qui puisse me faire réagir.

Ma mère quitte la pièce pour aller répondre au téléphone, me laissant seul avec ma petite beauté.

— C'est bien pour eux, me dit-elle, en passant son bras sous le mien. Sa tête repose sur mon épaule. Mange Aidan !

Je m'empare de ma fourchette et avale quelques bouchées.

— Tu veux que nous allions à l'hôpital pour prendre des nouvelles d'Emma ?

— Oui, j'aimerais bien.

— Je vais appeler papa pour lui demander quand il pourrait passer vous voir.

— Merci ma puce, murmuré-je, en déposant un baiser sur son front.

C'est alors que l'on sonne à la porte, Hal se précipite pour aller ouvrir. Les voix dans le couloir m’apprennent que ma tante Margaret et son mari sont là. Ils me rejoignent dans la cuisine. Ma tante m'étreint longuement. Elle est très émue. Après avoir échangé une poignée de main avec mon oncle, il me laisse pour aller voir ma mère au salon. Mon cousin Blake surgit dans la pièce, Halsey est derrière lui.

Le voir si près d'elle me donne envie de l'étrangler. Cet enfoiré a couché avec elle.

— Salut, dit-il mal à l'aise.

— Salut.

— Aidan, je suis désolé.

— Pourquoi ? Pour la mort de mon frère, ou pour avoir couché avec ma copine ?

— Je... bredouille cet imbécile.

— Aidan, gronde Hal. Ça ne te regarde pas.

Elle se tourne alors vers Blake.

— Ne fais attention à lui. C'est gentil d'être venu. Merci.

— C'est normal. Devon était un mec bien.

— Pas comme d'autre, lancé-je furieux qu'ils parlent comme si rien ne s'était passé entre eux.

— Tu devrais aller voir ton oncle et ta tante. C'est préférable.

— OK !

Il sort et Halsey se tourne vers moi. De toute évidence, elle n'a pas aimé mon attitude.

— Tu es inconvenant et odieux !

— Et alors ?

— Je dois aller prendre ma douche et me changer avant que nous allions voir Emma, tu veux rester là et vociférer contre le reste du monde ou tu m'accompagnes ?

— Je viens.

— Alors, sois plus gentil. Je n'ai pas envie de tenir compagnie à Satan aujourd'hui. Tu as perdu ton frère, tu as besoin de moi et je suis là pour toi, mais n'oublie pas que moi, j'ai perdu un ami très cher à mon cœur, dit-elle tristement.

Encore une fois, je me sens très con. Je réagis comme le pire des égoïstes dès que je suis en colère. Je me lève pour la prendre dans mes bras. C'est alors qu'elle glisse ses mains sous mon pull et entreprend de me caresser dans le dos. Ce contact est électrisant et envoûtant. Elle plonge ses yeux dans les miens.

— J'ai peur Aidan.

Le revers de ma main vient câliner sa joue.

— De quoi as-tu peur ma puce ?

— De demain, de la vie sans lui, de toi...

— De moi ?

— Si je n'avais pas la capacité de t'aider à te remettre de sa mort. Je ne veux pas te perdre toi aussi.

— Hal, bien sûr que tu peux m'aider, tu le fais déjà très bien. Tu es mon Unique, ne l'oublie pas.

— Embrasse-moi.

Je la toise incrédule. Je dois être en train de rêver...

— S'il te plaît.

Mes lèvres viennent épouser les siennes avec la plus grande prudence. J'ai peur de ne pas avoir bien compris, mais étonnement, elle se laisse faire et met de l'intensité dans notre baiser. Sa langue s'invite dans ma bouche sans que je ne fasse quoi que ce soit. Elle mène la danse et je décide de ne pas m'y opposer. J'ai l'impression qu'elle cherche avant tout des réponses dans cet échange, et je n'ai pas l'intention de l'en empêcher, surtout si ça peut l'aider à renoncer à ce fichu mariage. De plus, sa jolie bouche a le pouvoir de me faire oublier tout le reste et ces quelques instants de répits sont les bienvenus aujourd'hui.

Quand elle m'abandonne, elle a une troublante expression sur le visage, mais je ne parviens pas à terminer ce que c'est.

— Hal ?

— On y va, nous avons beaucoup à faire aujourd'hui, dit-elle gentiment.

— D'accord.

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