Halsey

Elma Hilde · Chapitre 12 sur 48

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Halsey

Aidan

 

Lorsque je stationne mon véhicule devant la maison d’Halsey, nous sommes déjà en milieu de matinée. La demoiselle veut passer la journée en compagnie de ses parents. Je viendrai la chercher pour que nous nous rendions ensemble chez Wesley en fin de soirée. Je l’observe remonter l’allée qui la conduit chez elle et, bizarrement, j’éprouve une drôle de sensation en la regardant s’éloigner. Je l’ai trouvée ailleurs au cours de ces deux derniers jours. Elle prétend que tout va bien, mais une petite voix dans ma tête me conseille de ne pas la croire et de l’avoir à l’œil. Halsey est une fille assez réservée en général. Elle a la fâcheuse habitude d’intérioriser ses sentiments, quitte à être profondément malheureuse. J’espérais lui faire plaisir en rentrant à Woodbury pour le week-end, mais le doute s’immisce en moi : et si c’était une très mauvaise idée. Ses relations avec ses parents ne sont pas au beau fixe. D’après eux, elle gâche son avenir à s’entêter à vouloir lancer cette société dans l’événementiel et le fait est que pour le moment, elle est au point mort. Je redoute qu’ils ne l’accablent un peu plus et n’entravent au passage le peu de confiance qu’elle a en elle. Chose complètement stupide puisque cette nana est tout simplement parfaite. Elle est belle, intelligente, drôle et surtout, elle sait toujours trouver les mots justes pour me pousser à donner le meilleur de moi-même et, croyez-moi, ce n’est pas chose aisée. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi ils ne l’acceptent pas tel qu’elle est, il n’y a rien à changer chez Hal. 

Je me gare devant la maison de mes parents quelques minutes après avoir déposé ma meilleure amie. Même si cette fichue baraque n'a rien d'extraordinaire, j’ai vécu une enfance heureuse entre ses murs. Le lotissement où elle se trouve est un peu piteux. Il faut dire que nous ne sommes pas dans le quartier le plus huppé de Woodbury, mais ici tout le monde se connaît, chacun est prêt à rendre service à l'autre, il y a un bel esprit communautaire.

À première vue, mon père est seul à la maison. J'imagine que ma mère doit être chez les parents de ce connard de Travis pour y faire le ménage. Ça me prend vraiment la tête qu'elle continue à faire ce job pourri, Devon et moi leur avons proposé plusieurs fois de les aider financièrement pour qu’elle puisse arrêter, mais ils ont toujours refusé catégoriquement notre soutien. Je trouve ça regrettable car, depuis toujours, ils se sont saignés pour nous offrir tout ce que nous voulions et c’est un juste retour des choses que nous leur venions en aide maintenant que nous sommes adultes, mais ils sont plus que têtus.

Quand je pénètre dans la maison, le silence est omniprésent. Après avoir déposé mon sac en bas des marches à ma droite, je longe l'étroit couloir jusqu'à la cuisine qui se trouve sous l’escalier. J’y jette un petit coup d’œil afin de m’assurer qu’elle soit vide. Comme je le pensais, il n’y a pas âme qui vive. Ici c’est le domaine de maman. Elle aime y passer du temps pour nous mijoter de bons petits plats. Aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours vu vêtue d’un tablier à s’affairer derrière ses fourneaux. Je continue mon chemin et entre dans la grande pièce à vivre qui fait office de salon et de salle à manger. Ici l’ambiance est très sobre. Mes parents sont des gens simples, sans chichi et leur intérieur reflète leurs personnalités. Ils accordent davantage d’intérêt aux objets sentimentales que matériels. Cette pièce est imprégnée d’un fort esprit familial. Les murs sont ornés de photos de Devon et moi à tous âges, ne laissant plus aucune place pour les tableaux de maîtres et les œuvres d'arts, qui sont essentiellement des présents de nombreux anniversaires et fêtes des parents, exposées ici ont une valeur inestimable. Ma mère y tient tout particulièrement. Elle les conserve comme des trésors.

Je traverse le salon et sors par la porte qui ouvre sur l’extérieur. Je suis certain d'y trouver mon père. Il passe tout son temps libre à entretenir, à jardiner. Là aussi résident les vestiges de notre enfance avec notre vieille balançoire et cette cabane vraiment bancale que nous avions faite avec notre père.

— Salut papa !

J’avance vers l’abri de jardin dans lequel il se trouve.

— Mon grand ! Je suis content de te voir.

Je l'embrasse affectueusement, avant de reprendre appui contre son établi.

— Moi aussi. Comment tu vas ?

— Bien. Maman m'a dit que ton emménagement s'était bien passé.

— Oui, on est bien installé.

— Halsey est chez ses parents ?

— Oui, je l'ai déposée en chemin.

— Comment va-t-elle ?

— Très bien. Où est Devon ?

— Il est parti acheter des pièces de rechange pour sa voiture, il a des bricoles à faire dessus. Il ne devrait plus tarder.

— Maman est chez ces trous du cul ?

— Aidan !

— J'en ai marre qu'elle bosse pour eux. Pourquoi n'acceptez-vous pas que nous vous aidions…

— Nous en avons déjà parlé, me coupe-t-il soudainement.

— Papa, elle se ruine la santé et toi aussi d’ailleurs. Vous n'avez plus vingt ans.

— On ne peut pas dépendre de nos enfants.

— Ce n'est pas le cas ! Papa, vous avez travaillé dur tous les deux pour que nous ne manquions de rien. Aujourd'hui, Devon et moi sommes dans la capacité de nous assumer et c'est grâce à vous. C'est un juste retour des choses je trouve.

— Nous ne doutons pas de votre bonne volonté fiston, mais ce n'est pas aussi simple.

— Parce que vous êtes trop fiers, mais vous n'avez pas à l'être face à vos garçons.

— Je ne sais pas Aidan.

— Maman finira par céder si tu es de notre côté. Pense à elle.

— Nous en reparlerons.

— Sûr ?

— Tu as ma parole. Je suis fier de toi mon garçon, tu le sais ?

— Bien sûr. Toi et maman vous êtes responsables de ce que je suis devenu.

— Il n'y a pas que nous. Devon et Halsey t'ont beaucoup influencé.

— Devon m'a seulement appris à draguer les nanas.

Mon père se met à rire.

— Par contre, sans Hal je n'aurais jamais mis un pied à l'université, c'est certain.

— C'est une gentille fille.

— Oui, c'est vrai.

Je reste avec mon père jusqu'au retour de Devon. Nous discutons quelques minutes avant de nous intéresser à sa voiture.

— Alors, c'est comment New York ?

— Ce n'est pas comme si tu n'y étais jamais allé.

— Bien sûr, mais ça doit être différent d’y vivre.

— J’aime bien la vie new yorkaise. Hal m'a traîné partout déjà.

Il éclate de rire.

— Cette fille est une vraie plaie, je te jure.

Il rit de plus bel.

— Elle m'a amené à Central Park, à la Statue de la Liberté, au muséum d'histoires naturelles...

— Quelle idée de vouloir vivre avec une gonzesse aussi, ironise-t-il.

— Attends ! Elle voulait me mettre ses conneries de tableaux fleuris aux murs et d'autres trucs dans le même genre.

— Elle a osé !

— Ne te fous pas de ma gueule. Le pire c'est qu'elle ne sait même pas faire une omelette valable. Je ne risque pas de grossir avec elle en cuisine.

— Décrit comme ça, on pourrait penser que tu vis un cauchemar.

— Non, elle est cool ! Il y a peut-être un ou deux détails qu’elle pourrait améliorer.

— Comme lui apprendre à faire à bouffer.

— Comme de me laisser sauter les nanas que je veux sans me prendre la tête.

— Houlà ! Hal est jalouse ?

— Arrête tes conneries, non. Elle veut juste dormir en paix, c'est tout.

— Je vois. C'est quand même bizarre que tu aies voulu vivre avec elle.

— Pourquoi ? Il n’y a rien de bizarre là-dedans.

— Je ne sais pas... vous êtes amis, mais ni toi, ni elle n'avait de relation sérieuse. Tu pars à New York et tu l'amènes avec toi, elle te fait une crise quand tu te tapes une nana sous votre toit. Tu ne vois pas un truc se profiler à l'horizon...

— Quoi ? Genre, moi et Hal...

—Bah oui ! Ça semble assez logique.

— Tu ne trouverais pas ça un peu étrange si nous étions en couple ?

— Je crois que tout le monde s’attend plus ou moins à ce que ça se termine comme ça entre vous !

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée.

— Qu'est-ce qui te gêne ?

— J'ai vingt-trois ans, j’ai encore envie de m’amuser.

— Tu joues avec le feu Aidan ! Hal est une jolie et brillante jeune femme et si tu ne t’en rends pas compte, un autre le fera…

— Je ne m'inquiète pas pour ça. Elle est bien trop introvertie pour faire le premier pas. De plus, on sort toujours tous les deux, alors si un enfoiré s’approche d’elle, je lui ferai comprendre qu’il est préférable pour lui de passer son chemin.

— Tu es conscient que ça fait de toi un gros connard ?

— Je veille sur mes intérêts.

Je sais parfaitement que Devon a raison. Je suis un connard ! Est-ce que j'aime Halsey ? Oui, mais j'ignore si mes sentiments sont assez forts pour que nous ayons une vraie relation elle et moi. Et puis, je ne me sens pas prêt à être l'homme d'une seule femme pour le reste de ma vie. Hal, c'est la personne que tu épouses, que tu respectes, que tu chéris, et avec qui tu fondes une famille. Ce n'est pas une vulgaire nana que tu soulèves dans un bar pour la sauter et prier pour qu'elle se tire avant que tu te réveilles.

Il est vrai que l’idée qu’elle soit avec un autre type me rend dingue. Je suis un mec et je sais ce qui peut nous passer par la tête. Les gars bien et respectueux ne courent pas les rues. Je ne veux pas qu’elle se fasse avoir. Je deviendrais fou si un enfoiré agissait mal avec elle. Elle mérite l'amour, le respect, l'adoration et surtout, le bonheur.

 

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